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jeudi 26 août 2021

L'INTERPRETATION DE L'EVEIL DANS LA NON DUALITE MAINSTREAM PEUT LIMITER L'AVENTURE DE LA CONSCIENCE.

Quand le sans chemin s'ouvre en un chemin...



L'interprétation est souvent une pellicule de mental qui demeure dans l'œil de la vérité. Certaines interprétations s'avèrent des murs de pensées qui empêchent de voir.

La mode dans la spiritualité se référant à la non dualité est d'affirmer que personne ne s'éveille.

Douglas Harding propose des expériences pour apprendre à distinguer notre conscience personnelle, notre subjectivité, d'une part, avec, d'autre part, notre champ de perception, c'est-à-dire l'intériorité qui englobe soi et le monde.

Voici une expérience :


Dans la direction du doigt, voyez-vous quelqu'un ici au centre de vous-même ? Bien sûr là-bas sur le miroir, il y a mon visage, mais ici ?


Quand on tourne l'attention vers sa source, avec l'aide de ce doigt et de questions par exemple, nos pensées qui se promènent et font le simulacre de placer notre visage et notre identité ici, ne sont-elles pas non plus périphériques à cette ouverture ici ? Cette ouverture pointée par ce doigt n'englobe-t-elle pas soi, les autres et le monde ?

Cette ouverture non en-visagée peut prendre conscience d'elle-même. C'est comme un éveil après un rêve. C'est une vision sans tête qui s'ouvre, comme y insiste Douglas Harding.

Ainsi si on effectue cette expérience de perception avec sincérité et rigueur, on peut admettre qu'ici à zéro distance, il n'y a personne. Quand on dit qu'il n'y a personne, c'est au sens de "il n'y a aucun élément de notre personnalité permanent au fond du fond de cet ICI permanent". Une perception pure englobant tout le champ des perceptions peut donc s'éveiller à elle-même en même temps qu'on fait le constat qu'il n'y a personne ici.


Mais si on se cramponne à ce genre de formulation, est-on sincère ou aussi transparent qu'on le croit dans la lumière spirituelle ainsi découverte par une telle expérience ?

De ce point de vue, qui forme l'interprétation mainstream de l'éveil dans les spiritualités de la non dualité, s'il n'y a personne ici, nul peut être fier de son éveil et nul n'a à être humble. Si je me prends à revendiquer subjectivement l'éveil de l'intériorité comme ouverture englobante, je ne suis pas vraiment fidèle aux faits.

Toutefois, pour le plaisir et la joie de l'aventure spirituelle brisant les limitations mentales, voici une autre formulation :

Même si demeure des pailles de notre personnalité dans l'œil lumineux de Dieu, on peut être à la fois humble et fier de cette lumière par essence parfaite...

A première vue, pour un esprit perspicace qui voit à partir de l'ouverture du champ de conscience, rien n'oppose ma première formulation à cette seconde.

Cependant, imageons les conséquences pratiques de cette seconde formulation :


La phrase citée ici est inspirée d'une formulation d'Augustin d'Hippone.


Celui qui préfèrera insister aussi sur ce second type de formulation le fera, car il sera aussi un dévot.

Pour lui, la non dualité est le point de vue Divin. Lorsque ce point de vue non duel s'éveille en nous, si demeurent des éléments de caractères et de désirs personnels, un point de vue dualiste relatif demeure. La voie de la connaissance peut fort bien reconnaître ces faits. Arnaud Desjardins, le disciple de Prajnanpad, ne diraient pas le contraire, par exemple.

La sincérité ou le constat humble d'un défaut de transparence n'est peut-être pas possible pour certains ou prendra du temps.

« Moi seulement, moi et les autres, les autres et moi, les autres seulement. », disait Prajnanpad pour aider à se repérer dans l'aventure de l'éveil spirituel. Mais qu'est-ce faire attention exclusivement aux autres ? Une consécration à la philanthropie est-elle le sommet du chemin spirituel ? Un travail de guru menant l'autre vers une libération est-il le modèle de relation qui advient par l'éveil ? S'oublier soi-même au profit de l'autre dans la lumière spirituelle est certainement une ouverture du cœur, mais cela suffit-il ?

Personnellement, je suis amoureux de ce qui se cache dans les ténèbres lumineuses. Je ne nierais pas être un dévot de Cela, l'intelligence auto-créatrice de ce qui est.

Le dévot peut faire humblement avec son imperfection consciente et encore inconsciente, Cela qu'il aime est en non dualité avec elle et peut le transformer évolutivement.



J'ai symbolisé ici par du bleu entourant l'espace visible, ce qui nous permet de rencontrer ces ténèbres lumineuses autour de la conscience comme vacuité et ouverture. Mais en les rencontrant entourant la vacuité et prolongeant l'ouverture de la conscience, on voit aussi qu'elles imprègnent tout le champ de la perception.

Le mystère de l'autocréation matérielle qui est lié sans aucun doute à ces ténèbres lumineuses m'échappe. Mais parfois une lumière intuitive en sort ou une lumière qui transfigure l'apparente pauvreté de ces ténèbres en Or, en Joie.

Quant à moi, plongeant dans les ténèbres lumineuses, je n'entrevois pas là une inconscience de Cela, mais je ressens la limitation de la conscience humaine au fur et à mesure qu'elles se clarifient dans l'expérience que j'en fais.
Qu'est-ce qui me permettrait de conclure que les ténèbres sont l'essence inconsciente du Divin ? Pourquoi ne pas admettre qu'elles sont liées à mon aveuglement moi qui commence à peine à sortir de mon ignorance du Divin ? Pourquoi ne pas admettre qu'une supraconscience m'échappe, même si l'éveil de la lumière spirituelle est ici indéniable ?

Et puis, dans le cœur à la croisée du visible et de l'invisible en s'enfonçant dans un passage au sein de ces ténèbres lumineuses, le dévot s'est trouvé satellisé par une étincelle divine.



Ce n'était plus comme une personne séparée de son Dieu qui s'en rapproche, mais c'était comme un acte de conscience depuis toujours influencé par une étincelle lumineuse cachée là.



Il n'y avait plus d'ego dévotionnel, il n'y avait que la source réelle divine de mon individuation dévotionnelle elle-même.


J'aimais, mais mon amour véritable était l'amour Divin lui-même. J'étais le fils de Dieu et non plus un ego désirant Dieu.

« Le dévot de Dieu veut manger du sucre et non pas devenir du sucre », disait Ramakrishna.

L'ego avait été détrôné du centre en découvrant la lumière divine de la conscience. La pratique des expériences de Douglas Harding avait fait son œuvre. Mais l'ego était là encore en périphérie et il obstruait bien souvent le cœur. Ou il faussait l'intelligence intuitive de Cela par exemple en croyant encore faussement être l'auteur de l'action.



Souvent les tâches manuelles permettent plus facilement de réaliser que Cela seul agit.

Le « désir » de l'ego pour Cela en descendant dans le cœur et par son effort pour agir davantage comme instrument de Cela avait fini par faciliter un renversement que des forces plus ou moins inaperçues dans les ténèbres lumineuses avaient aussi préparé. 
Dans ce renversement, plus trace d'ego, il y avait juste un masque, un tourbillon satellite ramenant à un un feu de joie calme et tranquille individuel, un nœud individuel dans le tissu impersonnel de la lumière spirituelle. L'agrégat d'ego dévotionnel n'était plus qu'un masque agissant subtil pour que la réelle individualité puisse jouer ce rôle d'amoureux du Divin.

Oui, nous pouvons manger le sucre de la Joie et de l'Amour et ne pas impersonnellement devenir ce sucre. Car l'individualité réelle est une dimension de Cela...

Dès lors la fameuse distinction entre l'absolu et le relatif n'a qu'une valeur pédagogique très relative. Elle risque d'installer de la dualité où il n'y a en a pas. Donnant plus de valeur à une vie intérieure où l'absolu se réalisera, elle risque d'estimer que telles de nos actions concernent ce corps temporaire et son entretien et n'ont pas de réelles enjeux spirituels ; elle risque de laisser de côté certaines questions autour du plaisir et du désir personnels ; etc. Si la voie des œuvres est essentielle alors de tels éléments n'ont rien de relatifs. 

Le karma yoga n'est pas, dans mon expérience, qu'une méthode pour se détacher du relatif. Le Divin s'y réalise pleinement quand il œuvre à sa propre incarnation matérielle.

En outre, dans mon expérience de l'Être et du Devenir, l'éveil au Soi impersonnel ou au non Soi des ténèbres lumineuses ne s'oppose nullement à un éveil de l'individualité réelle de l'âme, des dieux et du Divin absolu.

Voici le point de vue de Ramakrishna. Tout en affirmant une spiritualité de la non dualité, il considérait l'Être suprême comme à la fois personnel et impersonnel, actif et inactif:

« Quand je pense à l'Être Suprême comme inactif - ni créer, ni préserver, ni détruire - je l'appelle Brahman ou Purusha, le Dieu Impersonnel. Quand je pense à Lui comme actif - créant, préservant et détruisant - je l'appelle Sakti ou Maya ou Prakriti, le Dieu personnel. Mais la distinction entre eux ne signifie pas une différence. Le Personnel et l'Impersonnel sont la même chose, comme le lait et sa blancheur, le diamant et son éclat, le serpent et son mouvement de frétillement. Il est impossible de concevoir l'un sans l'autre. La Mère Divine et Brahman ne font qu'un.»

Eveil dans l'éveil, voici ce qui me vient à l'esprit pour évoquer la réalisation de cette dimension individuelle de Cela. Eveil dans l'éveil aussi car il y a une éclaircie considérable dans les ténèbres lumineuses même si elles demeurent. Certes, des agrégats d'ego persistent à ne pas venir se purifier dans la lumière de l'âme ; dans les hauteurs de l'esprit et les abysses du corps, les ténèbres dominent et cachent sans doute encore d'autres lumières divines. Mais cette réalisation de l'individuation divine que nous sommes reste un pas décisif pour que le processus de l'Être et du Devenir s'éclaire davantage.

Dans mon cas, la dévotion, alliée à la voie des œuvres, révèle de plus en plus continûment dans les ténèbres lumineuses de la conscience une individualité vraie non séparée de l'essence. Il y a une différence de nature considérable avec les agrégats de personne constituant encore (malgré cette découverte) une dualité relative. L'impression qui en ressort est d'avoir en surface de soi un agrégat de bêtises et d'inexactitudes agissant alors qu'au fond de son cœur grandit un enfant de Dieu.

Mais maintenant seulement, faire la volonté de Cela devient une aventure spirituelle envisageable. Autrement dit, l'abolition de tout désir personnel et par extension de tout agrégat d'ego subsistant devient autant un choix qu'une grâce possibles.

Un processus de purification inédit peut alors débuter. Il s'agit d'intégrer et de transformer les constituants du véhicule individuel autour de la véritable individuation. Cette dynamique ne fait qu'une avec le fait de vraiment participer à l'aventure évolutive de cette autocréation divine.

Le si peu de marge de manœuvre dont disposait l'ego me paraît rétrospectivement lié à l'influence Individuante et à la grâce cosmique de Cela. Certains diront que l'ego est complétement déterminé. Mais là encore, j'ai une préférence pratique pour insister aussi sur ma première formulation, car sinon comment pratiquer vraiment la voie des œuvres et la dévotion alors que s'est éveillée la lumière spirituelle au centre de soi ?

D'ailleurs, la grâce pour moi n'est pas qu'un concept, il y a toujours eu un jeu de forces descendantes et œuvrant en mon véhicule. C'est cette descente qui a ouvert peu à peu une conscience des centres que le yoga nomme chakras et a déclenché une montée énergétique que le yoga nomme Kundalini. Sans cette révélation comment aurai-je pu aller au fond du cœur dans cette grotte de ténèbres lumineuses et y découvrir ma vraie individualité ? Et la révélation de mon individualité divine confirmait que ces forces, ces grâces agissaient aussi derrière le champ de perception, dans ce qui avait paru jusque là une inconscience des ténèbres lumineuses.

L'individualité divine dans le fond du cœur est, elle, une véritable liberté créatrice en croissance. Elle agit en chacun de nous qu'on en soit conscient ou non. Elle agit toujours en harmonie avec l'Etre et le Devenir universel. Elle est ce qui participe continûment à l'évolution créatrice de la vie. 

Voici une vieille tentative de symbolisation de cette nouvelle aventure évolutive :



A l'époque, je m'appuyai sur une tentative de discrimination du Purusha et de Prakriti pour faire grandir la capacité de mon véhicule à servir la volonté évolutive divine au lieu de simplement perpétuer le monde humain et terrestre actuels par mes pensées et mes désirs. J'avais déjà ressenti que l'âme (que je nommai "moi spirituel") était une individuation de la Prakriti et du Purusha divin universel et/ou transcendant.

Je ne percevai pas alors à quel point une purification du véhicule était en jeu pour participer pleinement à l'évolution. Une réintégration/transformation des composantes humaines autour de l'âme allait de paire avec la venue d'une nouvelle conscience éclaircissant les ténèbres lumineuses spirituellement et  matériellement. 

A suivre.

vendredi 16 juillet 2021

EFFORTS ET NON EFFORT dans une spiritualité de l'évolution consciente de la conscience.


TANT QUE LE DESIR DEMEURE, L'EFFORT PERSONNEL EST NECESSAIRE POUR TROUVER LA JUSTE HARMONIE DE L'ÊTRE ET DU DEVENIR.

Si le point d'achèvement de la recherche spirituelle est la réalisation de la vacuité, celle-ci prendra place sans effort de notre personne. Il est là, Le Soi véritable, notre essence, sans effort, présent en tout point de la conscience.

Mais à la lumière du Soi, lui-même, tant qu'il y aura désir, rétrécissement de notre attention à un individu désirant, un effort demeurera nécessaire pour revenir à ce que nous sommes. 

La fin de la recherche spirituelle n'est pas la fin de l'aventure spirituelle. La découverte du Soi n'est pas la fin de l'évolution auto-créatrice de ce Soi.

Un effort est juste un désir personnel allant à l'encontre d'autres désirs.

En quel sens revenir au Soi auto-créateur sera alors l'objet d'un effort ? C'est toujours un désir ou une flamme d'aspiration personnels qui nous feront remonter un courant en sens contraire du désir qui ne faisait que nous extérioriser et ne plus participer pleinement à la vie créatrice. 

Mais l'effort personnel de l'amour du divin, c'est se remettre disponible à une joie sans objet au lieu de s'enchaîner à un effort pour obtenir un plaisir fugitif ou une frustration. L'effort personnel d'apprendre à aimer, à reconnaître le chemin de l'amour du divin qui s'aime à travers nous mène à la dimension créatrice de l'amour et nous libère de ses perversions consommatrices.

Pour l'ascète, la solution est de ne plus agir : l'ascète ne veut rien que le Soi éternel et ne plus rien désirer sauf le silence et l'immobilité du Soi. 

Ici, il ne s'agit pas d'éradiquer le désir et son énergie vitale. Si le Soi a produit le monde et le désir, si le Soi est le monde et s'exprime au travers du désir, nous aspirons à devenir plus conscient de notre participation à l'autocréation du soi. Nous aspirons à soumettre nos désirs à une évolution créatrice. Il ne s'agit plus d'agir seulement pour la satisfaction de cet individu que nous sommes, y compris en désirant l'ascétisme, mais il s'agit vraiment dans la liberté d'être de participer de plus en plus fluidement et intégralement à l'action du Devenir.

Si, dans l'Être, nous sommes le Soi universel et dans le Devenir, nous sommes une âme, une individuation du Soi sans mélange, qui aspire, il y aura de moins en moins d'effort personnel. Car alors c'est la force vraie et fondamentale du Devenir, l'intelligence évolutive qui agira dans sa continuité intrinsèque avec cette flamme d'aspiration de l'âme.


dimanche 13 juin 2021

L'ÂME DU DESIR SELON NIRANJAN GUHA ROY




L’Âme du désir
L’animal redoutable, rusé, puissant, inlassable court dans les artères, les veines, les nerfs, dans tous les organes de notre corps. Toutes nos sensations, émotions, pensées, en somme toute notre conscience et par conséquent toutes nos actions et notre relation avec le monde tout est ouvertement ou subtilement teinté, perverti par cet animal qu’on peut appeler l’âme de désir. Elle a tissé sa toile épaisse et dure autour de l’âme véritable, l’être psychique. Si nous voulons nous libérer de son emprise maléfique, fatale, il faut éliminer tous les désirs mondains et aspirer uniquement à la lumière et à la paix, à l’harmonie divine, aux trésors inépuisables de l’Esprit éternel. Chaque désir apporterait dans son cortège luttes, violence, drames épuisants, fatigue et déception cruelle. Laissons au Divin tous les soucis, toutes nos aspirations, enfin l’accomplissement de notre vie. Dans sa sagesse infaillible, Il nous mènera, à travers toutes les difficultés, tous les dangers, les erreurs et les écueils, lentement mais sûrement vers la Lumière, la Connaissance, la Joie, la certitude, la Présence souriante du Divin. Le don de soi n’est pas facile à notre nature égoïste et ignorante, mais la grâce qui répond à notre moindre appel accomplira ce miracle. Au fur et à mesure que notre don de soi progresse, nous devenons conscients de la Suprême Shakti comme la Mère divine qui entreprend la transformation de la nature obscure, aveugle, humaine en une nature progressivement divine. Le don de soi est le seul moyen d’émerger du cauchemar de cette vie dans la paix et l’harmonie de la vie de plus en plus divine.


 
Om namo bhagavate
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Niranjan Guha Roy - 2000


D'autres articles de Niranjann Guha Roy ici :


mercredi 17 juin 2020

LA DECOUVERTE DE L'AME SELON NIRANJAN GUHA ROY

Quand nous découvrons l'âme,
Transparence de Niranjan Guha Roy


Le texte lu :

Quand nous découvrons l’âme, il y a un renversement complet de notre conscience normale, qui voit seulement l’univers matériel et l’existence matérielle. Au lieu de cela, nous prenons conscience d’une Réalité spirituelle, qui est concrète, réelle et infiniment plus convaincante que la matière ne pourra jamais l’être. La Maya, le voile de l’ignorance est pour toujours enlevé de notre vision et de notre conscience limitée. Nous voyons partout, en tout une existence indivisible, une conscience indivisible, un Être divin, l’Éternel. Tout est Lui et il n’y a rien d’autre – Vasudeva Servam

Il est  la Substance, la Conscience, l’Être, nous aussi et chacun de nous. Il est devenu l’énergie principale qui apparaît dans de petites ampoules électriques. Il ne vit pas dans l’illusion d’une existence séparée. Cet œil est aussi l’œil de tous partout  identique. Toute l’éternité, le passé, le futur et présent, à chaque point, dans chaque atome de cet univers est pour toujours présente. La disparition de l’univers matériel ne fait pas la moindre différence dans l’existence de cette Réalité divine éternelle. Comment puis-je mourir désormais ?  Comment pourrait on mourir ? Comment la douleur dans la séparation pourrait elle exister?  Personne ne peut jamais mourir. À chaque point, il y a l’infini d’existence, cet Etre qui prend des millions de formes et, derrière tous les masques dans l’existence, on découvre la même Personne infinie mystique, le Seigneur, la Mère, l’Eternel et l’ Âme d’amour sans nom, sans forme. 

Les mots ne peuvent pas décrire l’intensité et la vérité de cette libération, pour la simple raison  que cette expérience n’est pas accessible à l’intellect humain.

Puisque le Divin est partout, presque chacun de nous a eu un jour, à un moment, un très petit aperçu ou une pâle reflet de cette réalité extraordinaire. Mais, en général,  l’homme moyen recule et refuse cette vision, incapable qu’il est de supporter son appel et sa pression, incapable de comprendre sa signification, incapable de lui donner sa vraie valeur. Pourtant, c’est le destin de chacun de découvrir un jour la réalité divine, l’esprit immortel qui est sa vraie existence. Le poète,  le penseur impersonnel  et vaste dans l’homme est souvent admis dans cette splendeur de l’Esprit. Cette foi profondément enfouie dans le cœur de l’homme en une existence immortelle est son appel de l’âme ; c'est en même temps le pouvoir, le guide et la révélation suprême. Cette conscience d’immortalité est si étrangère à notre conscience normale, à notre nature humaine que, même quand on est en contact avec cette vraie conscience, la vieille nature continue à avoir une action dominante sur notre être. Ceci jusqu’au moment où  la nature entière est pénétrée de la substance de cette nouvelle conscience, saturée à un tel point que toutes ses fonctions sont radicalement transformées. Alors il n’y a plus de compréhension possible entre la conscience humaine limitée basée sur l’ego, la séparation et la division et la conscience divine basée sur l’unité absolue, sur l’unité de l’être.

Pour donner une idée de la différence dans la conscience entre l’homme et l’être divin – Dans la conscience divine tout appartient au Divin. On est entièrement satisfait des conditions ou des biens matériels donnés par le Divin. Il n’y a aucun sens de possession, il n’y a aucune lutte pour la possession, il n’y a aucune lutte pour le pouvoir, tout est fait et mu  par la conscience divine, tout est à chaque instant en harmonie parfaite avec tout. Extérieurement qu’on soit haut ou bas, riche ou pauvre, au milieu d’un banquet ou d’une bataille n’a aucune importance. On est mu seulement par la volonté divine et dans la conscience, il n’y a aucune barrière, il n’y a personne qui soit près ou loin car tous et tout sont Lui, le Moi divin. Intérieurement il est inébranlable et calme, et suit le plan divin de la manifestation éternelle dans le temps. L’homme divin n’a aucune famille, aucun pays, aucune race, aucune nationalité – Il appartient au Divin comme tout le reste ou tous les autres appartiennent au Divin. Il n’a rien à réaliser personnellement – Son seul travail est de manifester l’amour divin, la beauté, l’harmonie, la paix et le pouvoir de la conscience divine. C’est un contraste extrême avec l’homme et son existence – il n’est pas utile de dépeindre la nature humaine, nous la connaissons trop bien.  Mais, dans les meilleurs des hommes, nous trouvons toujours une aspiration vers le Divin, l’amour, la vérité, la beauté – Satyam Sivam Sundaram : la Vérité, la Bonté suprême et la Beauté suprême.

Les deux mondes doivent donc se séparer. Mais le monde divin ne peut pas exclure le reste de la création, c’est lui qui délivrera graduellement ce monde d’obscurité de la souffrance et la limitation. L’homme aime son individualité, sa petite vie et l’existence  basée sur l’ego. Il en résulte ainsi ce qui apparaît comme une bataille entre le monde humain et le monde divin. L’histoire est pleine de milliers d’exemples où les messagers qui sont venus pour délivrer  leurs frères et sœurs de l’ignorance et la souffrance ont été moqués, persécutés, torturés, très souvent tués  et sacrifiés par les hommes. L’histoire n’a pas beaucoup changé, mais la Mère et  Sri Aurobindo ont amené sur cette terre le pouvoir suprême de vérité. Cette fois ci l’évolution sera victorieuse. Ce pouvoir est le pouvoir de l’esprit invincible, la puissance de Kali, de Maha Shakti. Ceux qui deviennent des canaux pour la manifestation de cette nouvelle conscience jouiront de la protection divine et graduellement une nouvelle race divine apparaîtra et le monde souffrant de l’homme sera aussi délivré.

Niranjan Guha Roy

On trouvera cet article et d'autres ici :

dimanche 23 février 2020

LE CŒUR DOIT ETRE LE GUIDE selon Niranjan Guha Roy

Tableau de Niranjan Guha Roy




C’est le cœur qui doit être le guide

Nous sommes réunis ici pour accomplir la tâche la plus difficile et la plus sublime jamais entreprise. Nous sommes les enfants d’une évolution dans l’ignorance et les cellules mêmes de notre corps contiennent des éléments qui s’insurgent violemment contre tout changement ou transformation que notre âme peut exiger d’elles.

La vérité est un intrus, un invité inopportun, un étranger dangereux dans un pays entièrement dominé par le mensonge. Notre conscience est le champ d’une bataille  au bruit fracassant. Personne n’est épargné. Chacun d’entre nous doit faire face à l’attaque maximale que nous sommes capables de supporter.

Mais nous n’avons pas peur des difficultés. Nous les accueillons parce qu’elles donnent de la force à notre âme et nous apportent constamment la joie de la victoire.

La Mère et  Sri Aurobindo ont ouvert devant nous la vision d’une nouvelle création, la certitude d’une vie divine sur terre pour laquelle aucun prix n’est trop grand à payer. La bataille est engagée et sera gagnée une fois pour toutes par la grâce divine.

Nous avons pris conscience d’un Amour qui nous soutient dans notre effort, déverse dans nos cœurs la chaleur tendre de la Mère quand nous nous tournons vers lui et qui transforme magiquement  notre  morne existence en un chant de félicité.
Si nous voulons faire le travail divin, nous devons aussi devenir cet amour, cette grâce. Le cœur doit être le guide, devenir le prêtre du sacrifice,  le conseiller dans chaque action. Le cœur doit devenir une immense Cathédrale avec sa porte grande ouverte pendant le jour et pendant des longues nuits sombres pour que chacun puisse y trouver le repos pour un moment, s’imprégner de paix, de force et de lumière, se rassasier de nourriture céleste  et repartir ensuite de nouveau plein d’espoir et de courage pour affronter la vie et ses luttes.

Nous devons devenir purs, purs, toujours plus purs jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre dans notre conscience que le Divin, la Mère, Son Amour et Grâce.
Quand nous ne verrons, ne percevrons rien d’autre que la constante présence de cette Réalité divine inexprimable et mystérieuse alors seulement notre vie serait vraiment accomplie, alors seulement nous deviendrions vraiment aptes pour le travail Divin. Comme l’eau cristalline surgit d’une fontaine profonde, une nouvelle création sortira joyeusement de notre âme.
C’est la tâche que nous avons devant nous, c’est la mission que nous devons accomplir.
La Mère est avec nous à l’intérieur, à l’extérieur, partout avec Son Amour.


Photomontage d'Amita et Niranjan Guha Roy

                                  La couronne d’harmonie


Om Anandamayi, Chaitanyamayi, Satyamayi parame.


Niranjan Guha Roy - 1967

mardi 28 mai 2019

DON DE SOI SELON SRI AUROBINDO

Niranjan Guha Roy - L'heureux esclave de Dieu

[N]otre yoga n'est pas seulement un yoga de la bhakti, il est ou du moins se déclare un yoga intégral, c'est-à-dire qu'il oriente tout l'être, dans toutes ses parties, vers le Divin. Il doit par conséquent englober la connaissance et les œuvres autant que la bhakti; en outre il implique une transformation totale de la nature, une recherche de la perfection, afin que la nature puisse, elle aussi, devenir une avec la nature du Divin. Ce n'est pas seulement le cœur qui doit se tourner vers le Divin et se transformer, mais aussi le mental, donc la connaissance est nécessaire; mais aussi la volonté et le pouvoir d'agir et de créer, donc les œuvres aussi sont nécessaires. Bien que notre yoga adopte les méthodes des autres yogas, comme celle de Pourousha-Prakriti, son objectif ultime est différent. Pourousha se sépare de Prakriti, non pas afin de l'abandonner, mais pour se connaître lui-même et la connaître afin de ne plus en être le jouet et de devenir au contraire celui qui connaît la nature, règne sur elle et la soutient; mais une fois que l'on est parvenu à cet état ou même lorsqu'on est encore en train d'y parvenir, on offre tout cela au Divin. On peut commencer par la connaissance, par les œuvres ou par la bhakti, ou encore par une tapasyâ purificatrice visant à la perfection (c'est la transformation de la nature), puis développer le reste dans un mouvement ultérieur; ou bien on peut tout combiner en un seul mouvement. Il n'y a pas de règle unique pour tous, la méthode dépend de la personnalité et de la nature de chacun. Le don de soi est le principal pouvoir du yoga, mais il est par nature progressif: un don de soi complet n'est pas possible dès le début: tout ce qu'il peut y avoir dans l'être c'est une volonté qui tend vers cette complète soumission; en fait elle prend du temps; et pourtant c'est seulement quand le don de soi est complet que le plein flot de la sâdhanâ est possible. Jusque-là, il faut l'effort personnel, accompagné d'un don de soi de plus en plus réel. On fait appel au pouvoir de la Shakti divine et dès qu'il commence à pénétrer l'être, il soutient d'abord l'effort personnel puis, peu à peu, assume la totalité de l'action, bien que le consentement du sâdhak demeure toujours nécessaire. A mesure que la Force agit, elle apporte au sâdhak les diverses méthodes qui lui sont nécessaires: méthode de connaissance, de bhakti, d'action spiritualisée, de transformation de la nature. C'est une erreur de penser que ces méthodes ne peuvent pas se combiner.

Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, volume 2, section 2.

Niranjan Guha Roy - Surrender



samedi 4 mai 2019

L'EVOLUTION DIVINE, L’ÂME ET LE PRINCIPE DU GOUROU.

PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - VIBRATION SUPRÊME

Dans l'intimité de moi-même, je parle souvent en utilisant le terme Divin. Pour parler de spiritualité, il y a quantité d'autres termes, et celui-là entraîne la vie spirituelle dans des directions auxquelles les termes vacuité, véritable nature, lumière intérieure, libération, réalisation, éveil, etc. n'invitent pas toujours aussi directement.

Le Divin implique des niveaux d'Être et de Devenir. Toute la vie est divine, tout est manifestation du Divin mais certaines manifestations manifestent davantage le Divin que d'autres. Le Oui à ce qui est n'est pas dans cette perspective complicité avec les formes inférieures et déviées de la manifestation du Divin. Le Oui à ce qui est s'inscrit dans une évolution divine... Avouons que beaucoup de compromissions avec un refus de l'évolution divine peuvent se cacher derrière un Oui à ce qui est, qui n'est qu'un Oui à l'inertie, au refus d'évoluer, etc.

Parfois je reprends l'idée judéo-chrétienne que l'amour est le but de la vie spirituelle et que mon souci de l'autre authentifie mon progrès spirituel. Mais quand je reviens au Divin, tout ce discours de charité s'en trouve modifié. Augustin d'Hippone lui-même m'a permis de comprendre qu'il me fallait d'abord vivre l'amour avec le Divin avant de vouloir le vivre avec quelque créature. Tout être que le Divin me donne d'aimer ou par laquelle j'expérimente d'être aimé n'est pas le Divin avec qui seul l'amour peut grandir authentiquement et se réaliser en tant que réalité divine. D'ailleurs, combien de fois n'ai-je pas été conduit à choisir entre un amour bien humain trop humain et l'amour du Divin ? C'est toujours en revenant à la priorité donné à l'amour du Divin que l'amour humain pouvait retrouver sa vraie place. L'amour Divin embrasse l'amour humain mais la réciproque n'est pas vraie. La spiritualité, c'est d'abord pour le Divin, par le Divin et au service du Divin. L'humain a sa place dans la vie spirituelle mais sa juste place sera trouvée par le Divin. Car prendre au sérieux le Divin pour moi, c'est aussi prendre au sérieux une divinisation qui ne peut que nous amener vers la perfection de l'humain puis un au-delà de l'humain et ses limites...

Une autre conséquence de mon rapport au Divin en ce qui concerne la vie spirituelle est mon rapport aux gourous, aux enseignements et aux religions. Rares sont, me semble-t-il, les prétendus instructeurs, enseignants ou gourou au bénéfice d'un enseignement ou d'une religion qui nous ramènent au seul amour du Divin. Les religions enferment le Divin dans leurs dogmes, leurs institutions et leurs désirs d'apporter leurs lumières... L'amour d'une religion n'embrasse pas l'amour du Divin. Les enseignements spirituels en affirmant leur pérennité de même enferment le Divin dans leurs limites mentales. On trouvera vraiment le Divin en dépassant ces limites. L'amour d'un enseignement n'embrasse pas l'amour du Divin. Si on admet l'évolution divine autant que son éternité alors tous ces enseignements devraient avoir l'humilité de se présenter comme une aide pour monter telle marche spirituelle précise, à un moment historique de l'évolution humaine donné et laisser ouverte l'aventure divine que chacun devra ensuite mener... 
Enfin le gourou... A la rigueur lui-même pourrait évoluer et être un guide en avant de nous sur le chemin d'une évolution divine. Mais même en ce sens, il nous renverrait au Divin avant de nous renvoyer à lui en tant que gourou ou même "plus modestement" à son propre gourou. 
Mais si un gourou n'est pas réductible à n'être qu'un instructeur ou qu'un enseignant, comme certains le précisent, notre critique vaut-elle ? Et dans ce cas qu'est-il ? 
Un gourou véritable ne vivrait pas sa vie de gourou parce qu'il y a des élèves, des disciples s'affirmant ou se reconnaissant comme tels. Un gourou serait celui ou cela qui, au moins momentanément, aurait le poids spirituel, du point de vue d'une influence occulte plus ou moins consciente, de servir l'oeuvre du Divin par la cristallisation d'individualités réceptacles suffisamment plastiques. 

Pour moi, au moins cinq ou six conséquences s'ensuivent : 

1 - La divinisation de l'humain passe par un principe d'individuation du divin en l'homme, une âme qui n'est pas à confondre avec notre ego, nos personnalités, etc. ; l'âme est le guide le plus sûr de notre vie spirituelle ; elle-seule peut reconnaître ce qui fera office de gourou pour qu'elle parvienne à prendre vraiment les rênes de notre individualité et dans le même mouvement s'offrir à l'Être et au Devenir Divin

2 - On ne peut pas parler de relation authentique à un gourou tant que l'action de ce dernier ignore consciemment ou inconsciemment l'âme, le principe d'individuation du Divin en une personne ; de ce point de vue, il y a peut-être eu plus des disciples authentiques que des gourous vraiment conscients de leur action ;

3 - Un groupe d'amis spirituels pourrait former un gourou en servant l'esprit divin qui, au milieu d'eux, les ouvrirait dans une communion de plus en plus solide à leur âme respective ; cela a déjà eu lieu, par exemple, lors des dialogues avec l'ange que Gitta Mallasz a pu nous transmettre ; la fraternité vraie ne peut croître qu'avec l'émergence de(s) (l')âmes ;

4 - Seule une âme divinisée pourrait  être un gourou menant chacun sur son chemin individuel d'âme divine ; il y a surement très peu de gourous légitimes et honnêtes actuellement ; la possibilité d'une âme divinisée sur terre capable de cet exploit d'un enseignement et d'une influence occulte totalement individualisée n'est pas à exclure par principe cependant...

5 - Le rejet du principe du gourou en devenant un enseignement spirituel peut faire de celui qui l'enseigne le gourou des gourous ; il faudrait parler depuis notre point 3 ou 4 pour être paradoxalement spirituellement vrai sur la question du gourou dans ce moment actuel de l'évolution divine... 

6 - Reste le point de vue de disciple et d'élève, en haut de cette page de blog, j'ai affiché Douglas Harding qui s'est toujours refusé au rôle de gourou ; mais vivre avec ses amis et ses outils, n'est-ce pas suivre un gourou au sens de mon 3 ? Et j'ai aussi affiché Mère et Sri Aurobindo lors d'un darshan. Sri Aurobindo et Mère n'ont-ils pas pris la posture indienne du gourou ? A ceci près qu'ils ont formé un gourou bicéphale et que leur rôle du gourou a toujours été subordonné au fait de remettre leurs disciples au Divin. Car leur action étaient d'abord de servir une incarnation du Divin et d'inviter ceux qui se sentaient prêts à se consacrer à son incarnation.  Ce qui me rapproche d'un gourou aux sens de mon 3 et de mon 4.
Absolutiser le rôle du gourou, c'est adorer un tabernacle du Divin au lieu de se soumettre vraiment au seul Divin pour qu'il nous humanise et nous divinise. 
Dans un monde où les âmes disposeraient d'une culture et d'une éducation leur permettant de prendre les rênes de leur individuation, le rôle humain du gourou personnel n'aurait plus de sens. 
La collectivisation du gourou est donc un chemin culturel et spirituel qui sert au mieux une humanisation individuelle enfin transparente au Devenir de son âme et qui prépare ainsi une divinisation de l'individualité au-delà des limites de l'humain. 
Elle annonce aussi la fin du moment historique où le rôle de gourou incarné par une personne humaine transmettant une tradition avait une pertinence culturelle et spirituelle. 
Voici, si je suis honnête ce que mes maîtres en humanité et en divinisation, les libérateurs de mon âme, paradoxalement m'apprennent au sujet du gourou.


PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - LE BUT A ATTEINDRE
... 

Remarque : cet article veut interroger certaines défenses actuelles du principe du gourou qui semblent sous-entendre que sans gourou, il ne saurait y avoir de véritable spiritualité.

Citation :


Sri Aurobindo écrit dans les Lettres sur le yoga, tome 3, Buchet Chastel, p. 130 :

"La relation entre Gourou et disciple n'est que l'une des nombreuses relations que l'on peut avoir avec le Divin et dans notre yoga, où le but est une réalisation supramentale, il n'est pas habituel de lui donner ce nom ; le Divin est plutôt considéré comme la Source, le vivant soleil de lumière, de Connaissance, de Conscience et de réalisation spirituelle, et tout ce que l'on reçoit, on le sent venir de là, on sent que tout l'être est remodelé par la main divine. C'est une relation plus grande et plus intime que la relation entre gourou humain et disciple qui relève d'un idéal plus limité. Néanmoins si l'intellect a encore besoin de cette conception mentale, qui lui est plus familière, elle peut être conservée tant qu'elle est nécessaire ; seulement ne permettez pas à l'âme de s'y attacher, ne laissez pas cette conception mentale restreindre l'afflux d'autres relations avec le Divin et de formes d'expériences plus vastes."
Résumons : 
 Ne donne pas ton âme au gourou, trouve-là pour être Offrande divine.

dimanche 14 avril 2019

FOI ET CROYANCES. DÉPASSER LE MENTALO-CENTRISME.


Le besoin de croyances revient à se crisper sur une identité. Ce besoin de croyances est un besoin d'adorer. Adorer c'est s'installer. Adorer ce n'est pas chercher un pur amour. Un pur amour initie toujours au fait d'entrer plus consciemment dans le libre jeu de la vie. Un pur amour n'enchaîne pas. Le mot foi doit être purifié de toutes les croyances. La seule foi dont nous avons besoin est la fidélité et la confiance dans un courant de vie libérateur et créateur, évolutionnaire. 
Foi en la vraie vie qui est et dont le devenir est encore à faire surgir. Foi qui produira l'effondrement de toutes les forteresses mentales. 
Foi dont l'espérance est la fin des croyances en des modes de vie qui font obstacles à de nouvelles aventures dans la manière de vivre et s'ingénient à frustrer d'autres modes de vie qui pourtant n'empêchent pas la leur. 
Foi qui nous conduira à la fin de toutes nos tendances aliénantes : égocentrisme, tribalisme (familio-centrisme), ethnocentrisme, anthropocentrisme au sens de conscience mentalocentrique qui absolutise des limites et des différences mentales niant l'Un innombrable du vivant...

Il y a dans cette foi purifiée l'intégration d'une saine relativisation de toute formulation mentale même la mieux démontrée et expérimentalement testée. Il s'agit bien d'une foi qui a réalisé la nécessité de l'intégration de la fin de la croyance exclusive en un quelconque grand récit parmi d'autres, de la quelconque adhésion à une théorie, une idée aussi généreuses soient-elle au dépend de toute autre considération. 


Toute ligne mentale partisane aussi généreuse et humaniste soit-elle finira par montrer qu'elle embrouille une intelligence intuitive qui pourrait autant produire de clairvoyance de l'esprit que de clarté du cœur. Et toute tentative de produire une synthèse quoique plus ouverte pendant un moment finira par s’avérer une ligne partisane juste un peu plus subtile. L'intelligence intuitive seule rapproche notre volonté d'être plus amplement instrument de la vie créatrice et libératrice instant après instant.

Les postmodernes avaient la nostalgie des grands récits, ils aimaient à retrouver ceux des autres cultures et contestaient le progrès moderne qui pourtant avait sapé les monopoles des grands récits prémodernes. Ils risquaient de nier l'importance de l'expérimentation à force de vouloir mettre fin à la suprématie théorique de l'objectivité sur la subjectivité.

Quand notre foi libre des croyances admet que les grands récits ont des ressources expérimentales non duelles dont nous pouvons hériter sans nous y cantonner, elle est alors surmoderne. Car alors nous admettons l'existence de faits intérieurs.


Cette foi devient plus que surmoderne quand elle envisage la libération de la conscience mentalo-centrique. Elle découvre non seulement un immuable au-delà du mental mais aussi et surtout un devenir au-delà et derrière la conscience mentale.

Cette foi aime viscéralement le pluralisme. Un perspectivisme n'est pas un pluralisme car un perspectivisme est la défense d'une coexistence de perspectives qui au final tend à s’accommoder de toutes les régressions 
antimodernes.

La foi dans le pluralisme repose sur la foi en une unité du vivant non représentable, l'Un innombrable de la vie. La foi qui veut se purifier des croyances aime de plus en plus le pluralisme car elle aime le bouillonnement fraternel vivier des nouvelles harmonies de demain qui n'auront rien de belles synthèses rationnelles et seulement mentales.

Les antimodernes refusent l'évolution des espèces car ils n'apprécient pas leur entière appartenance au règne des êtres vivants, ils refusent l'ancêtre commun. Le postmoderne veut que l'évolution du vivant ne soit pas identifiée à la marche d'un progrès. La surmodernité avancée comprendra aisément que le choc de l'évolution consiste à ouvrir la possibilité d'un après l'homme, une conscience en devenir par delà l'action mentale. 


La surmodernité réhabilite-elle alors le progrès moderne ? "Sur" peut signifier poussé à l'excès, il est alors synonyme d'"hyper". Le transhumanisme est du côté de l'hypermodernité. "Sur" peut signifier au delà. L'après l'homme a alors à voir alors avec la fin de toutes les croyances mentalo-centriques. 

Les seuls liens possibles entre la conscience mentale et ce qui dépasse son MENTALO-CENTRISME sont alors les arts et la poésie à nouveau reconnus comme ouverture au surréel et non plus cantonnée à l'irréel.

Si nous prenons ceci au sérieux l'économie quantitative financière, l'hubris technoscientifique et la politique partisane sont des obstacles à ce dépassement évolutif. Ils sont aussi des conditions de la crise évolutive qui peuvent nourrir l'aspiration à les dépasser. Sous le règne de demi-vérités qui nourrissent le chaos et prolonge le vieil homme, la lumière de la foi de notre besoin d'être est nécessaire pour nous amener au pied de la lumière de demain.



jeudi 4 avril 2019

POUR UNE EDUCATION QUI SERT L'ÂME



J'adhère à l'évidence qu'un monde vivant pousse en ce moment même aux milieux des décombres du vieux monde dominé encore quoi qu'il en pense par la bestialité. Plus le temps passe, plus je sais que je vois surgir ce Monde nouveau si et seulement j'y participe. L'évidence de l'horreur du vieux monde fait partie des ruines. C'est même une impression de grisaille interne dépressive qui participe de l'auto-destruction du vieux monde. Le monde nouveau n'est vue qu'à partir d'une certitude de Joie sans objet qui accueille une force créatrice et transformatrice. 

Dans cette perspective et expérience spirituelle une évidence me saute aux yeux : l'éducation authentique n'est pas une sortie (ducere) hors de soi (e-) mais une initiation à soi c'est-à-dire une intégration de puissance de pensées, d'émotions (voire de sentiments) ou encore de capacités physiques répondant aux besoin d'une âme

Ici je croise les valeurs chrétiennes selon laquelle nous avons à rendre compte du développement de nos talents. Mais bien trop souvent les monothéistes confondent l'ego et l'âme. Et quand les gens de culture occidentale s'intéressent aux sagesses orientales ils confondent l'illusion égocentrique avec l'illusion d'être une âme. Ils ignorent la croissance de la personne dans la transparence spirituelle qui se découvrent à eux. Ils ignorent qu'expérimenter la  transparence spirituelle peut aboutir à expérimenter la présence d'un principe d'individuation, une dimension lumineuse de la transparence elle-même, comme un feu d'individuation unique de la transparence de l'esprit en nous.

La société du vieux monde ne connaît que des egos manipulables par leurs désirs égocentriques puisque foncièrement mimétiques et qui donc suscitent de la concurrence. Même la bonne conscience de ce vieux monde a cette mécanique. La société du vieux monde ignore tout de l'âme.

L'éducation véritable consiste certainement à permettre à une âme de ne pas se perdre dans les mécaniques des pensées, des désirs et des pulsions. Aujourd'hui la paresse, l'inertie l'emporte souvent faute de souligner un idéal d'évolution et de création. La spiritualité contemporaine avec la non-dualité nous donne d'échapper peu à peu à la mécanique. Mais quid du mouvement de transformation du monde ? L'ego n'est que le visage défiguré de notre âme quand pire malheur il n'en est pas la tombe où elle se tient étouffée dans le silence. L'éducation authentique est au service d'un principe d'individuation. L'individualisation avec son pendant individualiste, on connaît. Mais au fond cette individualisation c'est acquérir et réclamer le droit d'être reconnu dans la société. C'est parfois réclamer le droit d'être regardé et envié sans daigner voir la fausseté qui est en jeu dans ce qui ressort de la concurrence mimétique. Celui qui aime ses enfants ou le professeur qui se soucie de ses élèves travaille pour leur proposer ce qui leur facilitera de devenir ce qu'ils sont : il leur donne de quoi s'individuer en dehors des clous de la seule individualisation sociale. Un tel parent ou un tel professeur lutte parfois contre l'ego de l'enfant ou de l'enseigné pour en libérer l'influence de son âme. Le principe d'individuation qui au cœur de la conscience pure commande vraiment le devenir d'un individu quand il est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à cette conscience pure, cette transparence au fond de l'esprit.

Ceci commande même la manière dont parfois on peut introduire auprès d'un enfant ou d'un enseigné une manière de voir y compris par exemple la non dualité. Il s'agit juste d'une boîte à outils ou de moyens de partager une sensibilité (poétique) dont l'enfant ou l'enseigné peuvent user s'ils le désirent pour ne pas se faire engrener dans la mécanique. Il ne s'agit pas encore une fois de s'enfermer dans telle croyance mentale en niant telle possibilité ou au contraire en affirmant telle réalité sans en faire du tout aucune expérience. L'éducation ainsi entendue est clairement en opposition avec n'importe quelle attitude religieuse.

Plus on s'approche du continent perdu de l'âme, plus on peut aider les plus jeunes à trouver leur âme au cœur de l'humanité. Il ne s'agit pas d'une manière de penser mais d'une aspiration au cœur de la conscience pure, la transparence de notre conscience. C'est un monde paradoxal où la plénitude de la conscience se découvre un besoin poignant d'être, , une soif de conscience encore plus ample.

Le monde de l'âme, le monde psychique de l'individuation est vraiment libre du monde psychologique individualiste qui ne trouvera jamais de solution en lui-même. C'est une dimension spirituelle que l'éducation de demain devra sans aucun doute découvrir si elle veut s'accomplir.



mardi 26 mars 2019

KARMA YOGA AVEC SRI AUROBINDO



Inclure la conscience extérieure dans la transformation est d’une importance capitale dans notre yoga ; la méditation ne peut pas le faire. La méditation ne peut agir que sur l’être intérieur. Le travail est donc d’une importance primordiale, mais il doit être accompli dans l’attitude juste et dans la conscience juste. Il est alors aussi fructueux que n’importe quelle méditation.

L’une des grandes utilités du travail est de mettre la nature à l’épreuve et de placer le sâdhak face à ses imperfections de son être extérieur qui autrement auraient pu lui échapper. Garder un travail aide à conserver l’équilibre entre l’expérience intérieure et le développement extérieur. Sinon, on risque de trop pencher d’un coté, de manquer de mesure et de pondération. De plus, il est nécessaire de poursuivre la sâdhanâ du travail pour le divin, parce que finalement elle permet au sâdhâk de faire passer dans la nature et dans la vie extérieures le progrès réalisé intérieurement et elle contribue à l’intégralité de la sâdhanâ.

Il peut être nécessaire pour un individu de se plonger dans la méditation pendant un certain temps et par là-même d’interrompre son travail ou de lui donner une importance secondaire ; mais ce ne peut être que dans certains cas individuels et pour une retraite temporaire. Une cessation complète du travail et le retrait total en soi-même sont rarement à conseiller ; ceci peut encourager un état trop excessif et visionnaire où l’on vit dans une sorte de monde intermédiaire d’expériences purement subjectives sans avoir de prise solide sur la réalité extérieure ni sur la Réalité suprême, et sans utiliser correctement l’expérience subjective pour créer un lien solide, puis l’unification, entre la Réalité suprême et la réalisation extérieure dans la vie.

On peut faire n’importe quel travail en le considérant comme un domaine d’application pour pratiquer l’esprit de la Guîtâ.

Par « travail » je ne veux pas dire l’action faite dans l’ego et dans l’ignorance, pour la satisfaction de l’ego sous la poussée du désir radjasique. Il ne peut pas y avoir de karma yoga sans la volonté de se débarrasser de l’ego, du radjas et du désir, qui sont les sceaux de l’ignorance. Je ne veux pas parler non plus de philanthropie ni de service à l’humanité ni de tous les autres buts moraux ou idéalistes que le mental humain substitue à la vérité profonde des œuvres.

Par « travail » j’entends l’action faite pour le divin - pour le Divin seul et rien d’autre. Naturellement, ce n’est pas facile au début, pas plus que ne le sont la méditation profonde et la connaissance lumineuse, ni même l’amour et la vraie bhakti. Mais comme le reste, le travail doit être entrepris dans l’esprit et l’attitude véritables, avec la volonté juste en soi, et toutes les autres choses viendront d’elles-mêmes.

En général les individus travaillent et vaquent à leurs affaires sous l’impulsion des mobiles ordinaires de l’être vital : nécessité, désir de la richesse, de la réussite, d’une situation en vue, du pouvoir ou de la renommée, ou encore besoin d’agir et plaisir de manifester ses capacités ; ils réussissent ou échouent selon leurs possibilités, leur puissance de travail et la fortune bonne ou mauvaise qui est la conséquence de leur nature et de leur karma. Quand on entreprend le yoga et que l’on désire consacrer sa vie au Divin, ces mobiles ordinaires de l'être vital ne peuvent plus avoir leur pleine liberté d’action ; ils doivent être remplacés par un autre mobile, principalement psychique et spirituel, qui permettra au sâdhâk de travailler avec autant de force qu’auparavant non plus pour lui-même, mais pour le Divin.

Tout devrait être fait tranquillement du dedans : travailler, parler, lire, écrire, comme faisant partie de la vraie conscience, non dans un mouvement dispersé et agité de la conscience ordinaire.
L’idée de grandeur ou de petitesse est tout à fait étrangère à la vérité spirituelle. Spirituellement rien n’est grand ni petit. Ces conceptions rappellent celles des hommes de lettres qui pensent qu’écrire un poème est un travail élevé et fabriquer des chaussures ou faire la cuisine est un travail petit et bas. Mais tout est égal au regard de l’Esprit et seul importe l’attitude intérieure dans lequel le travail est fait.

Il est exagéré de dire que l’on peut entrer dans le courant de la sâdhanâ que par le travail. On peut y entrer aussi par la méditation et par la bhakti, mais le travail est nécessaire pour entrer dans le fort du courant et de ne pas dériver vers la berge où l’on tournerait en rond.