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samedi 15 novembre 2025

La grande Non dualité des enfants du Divin


 Ceux qui ont entendu l'appel de la grande Non dualité ont commencé par ressentir que la distinction de la vacuité et de ses formes n'était pas une opposition. Ils ont bien compris que parler d'absolu et de relatif sonnait faux. Il y a en effet ces non dualistes qui avaient ânonné la sagesse du Rien et l'amour du tout, mais malgré eux, ils en revenaient sans cesse au Rien, ils faisaient du rien de conscience, un inconscient absolu. Malgré eux (ou non), cela sonnait ainsi comme si le Rien était l'absolu, et l'Amour le relatif !    

La prise de Conscience absolue est un acte pur intemporel qui est Amour à l'infini. Dès lors, si l'absolu est un acte d'émergence à Soi, l'absolu n'est ni un néant, ni seulement une conscience immuable sans Devenir, le devenir étant alors poussée aveugle ou une illusion. Comment l'Amour aurait-il du sens en cas de devenir illusoire ? Toute relation étant une illusion ! Comment aurait-il du sens en cas de poussée aveugle hors d'un néant ? 

La prise de Conscience absolue, par l'Amour atemporel qu'elle est, est aussi l'acte pur révélant un Tout possible au cœur du Rien. A chacun d'être sa propre autorité quant à l'Amour ! Oui, dans notre "expérience", le Divin est pressenti inséparablement Éternellement, Rien, Amour et Autocréation ! Pressentant Cela, nous réalisons que nos illuminations sont des ténèbres lumineuses qui demandent encore bien de la mise à jour.

Ma foi devant ces ténèbres est pressentiment de l'Amour absolu autocréateur. Et cette foi amène le vécu, non une simple croyance. Le vécu de l'Amour en Devenir renforce la foi et l'aspiration à être Cela.

Une Autocréation ne saurait être une poussée aveugle menant à l'existence si elle est avant tout Conscience d'Amour absolu. L'Amour vrai loin d'être aveugle est un joueur d'échec aussi bien qu'un poète. Il voit des millions, des milliards, une infinité de coups à l'avance, jouant un jeu de stratégie que le poète en lui réinvente sans cesse, Éternellement.

Oui, 

Ishwara, le Seigneur Suprême, la Paix et MahaShakti, Mère Divine, la Joie ne font qu'Un, inséparablement, une seule Conscience, un seul Être, Indissolublement Paix et Joie - Sat-Chit-Ananda, notre véritable nature.

Et le fruit de leur jeu d'Amour, c'est en nous, l'enfant divin, que nous sommes, en chaque monade-univers manifestée de leur.s Moi-s d'Amour. Cet enfant divin caché dans les ténèbres lumineuses de notre cœur sait sans le savoir le Divin Amour Autocréateur. Car en cet enfant divin, d'abord caché dans le tréfonds du cœur, il y a une goutte de Suprême entourée inséparablement d'un feu d'aspiration individué grandissant, feu de la substance même de notre Mère divine. 

Et l'aventure de conscience de chacune de ces âmes-enfants est l'expression d'un Moi éternel, Un et multiple, que Ishwara et MahaShakti ont engendré. Ce Moi embrasse chacun des microcosmes associés au devenir d'une âme, enfant divin. Ce Moi Éternel d'une âme, relié à tous les Moi.s, est la clé de la communion de toutes les âmes. Chaque devenir microcosmique d'un enfant divin enveloppe secrètement le macrocosme de tout l'Amour. Nous avons là des possibles expériences spirituelles, qui ont à voir avec ce que Leibniz appelle des monades, soudain tout est en nous, le décret ici est inséparable de ce qui se passa là-bas.

Selon Leibniz, l’univers est composé d’unités fondamentales appelées monades, qui sont des substances immatérielles et indivisibles. Contrairement à la matière, qui est souvent perçue comme la base de l’existence, les monades sont des entités spirituelles qui ne peuvent être ni créées ni détruites. Les monades, selon Leibniz, sont des miroirs de l’univers, chacune reflétant l’ensemble du cosmos à sa manière. Cette idée suggère que chaque monade possède une perspective unique et individuelle et que cela ne contredit pas un Devenir harmonieux, cela suggère que tout est libre et déjà prédestiné à devenir au mieux.

Si le Soi se réalise avec une âme d'enfant divin, alors l'Amour Divin, de Paix et de Joie, devient indubitablement la clé du mystère à la croisée de l'Être et du Devenir. La Conscience de Vérité est bien au-delà du mental humain, l'Amour Divin exige une transformation de la conscience corporelle, et par là de la matière, elle-même, pour se manifester sans tout abolir de ce monde qui nous entoure, nous ses enfants divins.

C'est donc dans le mystère de ce Rien et Tout, dans les ténèbres lumineuses de l'illumination spirituelle qu'il faut s'enfoncer pour découvrir dans notre cœur notre véritable âme d'enfant divin. C'est en s'enfonçant dans ce mystère du Soi avec une âme que notre Mère Divine se révélera à nous de plus en plus, qu'elle nous fera grandir et nous transformera de plus en plus. C'est dans l'aventure de la conscience qui se joue là que Mère nous apportera aux pieds du Suprême et qu'ils commenceront à incarner à travers nous le corps et la matière de leur Amour vrai.

Soi avec une âme d'enfants divin, nous approcherons du Moi secret de notre monade. Le jeu d'Amour cosmique devient de plus en plus conscient.

Dans ce que nous appelons ici bien maladroitement la grande Non-dualité, Seule la Conscience de Vérité de l'Amour créateur est sagesse.

Nous sommes ultimement cela : l'Un, la vibration d'amour qui engendre éternellement le Suprême et la Mère du Devenir.

Plotin et d'autres, conscient de leur Soi avec une âme d'enfants divin, ont pressenti cet Un. Mais leurs visions du jeu d'Amour défaillaient.

Le jeu d'amour de notre Suprême Seigneur et de notre Mère sera de plus en plus conscient. Notre âme, leur enfant, y aspire qu'on le sache ou non. Elle est faite de leurs deux substances. Par sa nature, elle peut traverser les ténèbres lumineuses de son Soi jusqu'à se pressentir Un en tout. 

Il faudra que la transformation du corps avance pour que notre âme puisse se vivre Innombrablement Un. Notre corps humain est un filtre trop opaque tant qu'il est au service de pulsions dont notre conscience n'a pas la clé. 

Comprenne qui pourra. 

Et dans un premier élan de prise de conscience du Soi avec une âme, nous pourrions dire ensemble :

Que la grâce du Seigneur soit sur nous et que notre Mère divine veille sur nous, pour que nous nous rappelions que nous sommes, avant tout, leurs enfants, une de leurs individuations ! 




lundi 3 novembre 2025

La grande non dualité du jeu d'Amour Divin selon Sri Aurobindo et Mère.

 

Fragmentation Divine - œuvre de Niranjan Guha Roy 



https://sri-aurobindo.co.in/workings/ma/playground_audio/57-01-23.htm?fbclid=IwdGRjcANqA2FjbGNrA2oCXWV4dG4DYWVtAjExAAEeJiSrMceqqoZApc2GhpRVTSiHanKb6uXttzsF88J1my5JqsTkPNVLrAKZkK0_aem_ZJokvxc3J4YwmpnVe7GmOg



Mère

Entretiens


Le 23 janvier 1957


La fin


« La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du Divin dans l’humain et une immersion de l’homme dans la Divinité.

Mais cette immersion n’est pas une espèce d’annihilation. L’extinction n’est pas l’aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n’aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.

La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.

Quel fut donc le commencement de toute l’histoire ? Une existence qui s’est multipliée pour la seule joie d’être et qui s’est plongée en d’innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.

Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d’une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d’une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.

Et quelle sera la fin de toute l’histoire ? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l’une l’autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l’âme de l’homme et l’univers.

L’Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l’accord, la Connaissance est l’exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l’auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l’harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes. », Aperçus et Pensées.


Comment apprendre la joie pure ?


D’abord, pour commencer, il faut par une observation attentive, s’apercevoir que les désirs et la satisfaction des désirs ne donnent qu’un vague plaisir incertain, mélangé, fugitif et tout à fait insatisfaisant. Cela, c’est généralement le point de départ.

Alors, si l’on est un être raisonnable, il faut apprendre à discerner ce qui est désir et se refuser à faire quoi que ce soit pour satisfaire ses désirs. Il faut les repousser sans essayer de les satisfaire. Et alors le premier résultat, c’est justement l’une des premières constatations du Bouddha dans son enseignement : il y a une joie infiniment plus grande à maîtriser et supprimer un désir qu’à le satisfaire. Tout chercheur sincère et obstiné, au bout de quelque temps, plus ou moins longtemps, quelquefois très peu de temps, s’apercevra que c’est une vérité absolue, et que la joie qu’on éprouve à surmonter un désir est incomparablement supérieure au petit plaisir fugitif et mélangé que l’on peut trouver à la satisfaction de ses désirs. Cela, c’est le second pas.

Naturellement, avec cette discipline continue, au bout de très peu de temps les désirs seront à une distance et ne vous ennuieront plus. Alors vous serez libre d’entrer un peu plus profondément dans votre être et de vous ouvrir dans une aspiration vers... le Donneur de Joie, l’élément divin, la Grâce divine. Et si on le fait avec un don de soi sincère — quelque chose qui se donne, qui s’offre et qui n’attend rien en échange de son offrande —, on sentira cette espèce de chaleur, douce, confortable, intime, rayonnante, qui remplit le coeur et qui est l’avant-coureur de la Joie.

Après, le chemin est facile.


Douce Mère, quelle est la vraie joie d’être ?


Celle-là même dont je parle !


Alors, Douce Mère, ici, quand Sri Aurobindo parle d’une existence qui «se multiplie pour la seule joie d’être», quelle est cette joie ?


La joie d’exister.

Il y a un moment, quand on commence à être un peu prêt, où l’on peut sentir dans chaque chose, dans chaque objet, dans chaque mouvement, dans chaque vibration, dans toutes les choses qui vous entourent — pas seulement les gens et les consciences, mais les choses, les objets; pas seulement les arbres et les plantes et les choses vivantes, mais simplement un objet dont on se sert, les choses qui vous entourent — cette joie, cette joie d’être, d’être tel qu’on est, simplement d’être. Et on voit que tout cela, ça vibre comme cela. On touche une chose et on sent cette joie. Mais naturellement, je dis, il faut avoir suivi la discipline dont j’ai parlé au commencement; autrement, tant que l’on a un désir, une préférence, un attachement, ou des affinités et des répulsions et tout cela, on ne peut pas — on ne peut pas. Et tant que l’on trouve des plaisirs — le plaisir, n’est-ce pas, le plaisir vital ou physique à une chose — on ne peut pas sentir cette joie. Parce que cette joie est partout. Cette joie est quelque chose de très subtil. On bouge au milieu des choses et c’est comme si elles vous chantaient toutes leur joie. Il arrive un moment où c’est très familier dans la vie qui vous entoure. Naturellement, je dois reconnaître que c’est un petit peu difficile de la sentir dans les êtres humains, parce qu’il y a toutes leurs formations mentales et vitales qui viennent dans le champ de la perception et qui dérangent cela. Il y a trop cette espèce d’âpreté égoïste qui se mélange aux choses, alors c’est plus difficile de toucher la joie là. Mais même dans les animaux, on la sent; c’est déjà un peu plus difficile que dans les plantes. Mais dans les plantes, dans les fleurs, c’est si merveilleux ! Elles parlent toute leur joie, elles l’expriment. Et je l’ai dit, n’est-ce pas, tous les objets familiers, les choses que l’on a autour de soi, dont on se sert, il y a un état de conscience où chacune est joyeuse d’être, telle qu’elle est. Alors on sait à ce moment-là que l’on a touché la vraie joie. Et cela, ce n’est pas conditionné. Je veux dire, cela ne dépend pas... cela ne dépend de rien. Cela ne dépend pas des circonstances extérieures, cela ne dépend pas d’un état plus ou moins favorable, cela ne dépend de rien : c’est une communion avec la raison d’être de l’univers.

Et quand cela vient, ça remplit toutes les cellules du corps. Ce n’est pas une chose qui se pense même — on ne raisonne pas, on n’analyse pas, ce n’est pas cela: c’est un état dans lequel on vit. Et quand le corps y participe, il est si frais — si frais, si spontané, si... il n’a plus aucun retour sur lui-même, il n’y a plus aucun sens d’observation propre, d’analyse de soi ou des choses. Tout cela, c’est comme un cantique de vibrations joyeuses, mais très, très tranquille, sans violence, sans passion, rien de tout cela. C’est très subtil et très intense en même temps, et quand ça passe, il semble que tout l’univers soit une harmonie merveilleuse. Même ce qui pour la conscience humaine ordinaire est laid, déplaisant, apparaît merveilleux.

Malheureusement, comme je dis, les gens, les circonstances, tout cela, avec toutes ces formations mentales et vitales, ça dérange tout le temps. Alors on est obligé de retourner à cette perception si ignorante, si aveugle des choses. Mais autrement, dès que tout cela s’arrête et que l’on peut s’en sortir... tout change. Comme il le dit là, à la fin: tout change. Une harmonie merveilleuse. Et c’est tout la Joie, la vraie Joie, la Joie véritable.

Cela demande un peu de travail.

Et cette discipline dont j’ai parlé, à laquelle il faut se soumettre, si on la fait dans le but de trouver la joie, on retarde le résultat, parce qu’on y introduit un élément égoïste, on le fait dans un but et ce n’est plus une offrande, c’est une demande, et alors... Ça vient — ça viendra, même si cela prend beaucoup plus de temps — quand on ne demande rien, quand on n’attend rien, qu’on n’espère rien, que simplement c’est cela, c’est le don de soi et l’aspiration, et le besoin spontané, sans aucun marchandage — le besoin d’être divin, c’est tout.


Mère, tu expliqueras cette « goutte de miel » ?


Oh ! le miel !... Mais c’est une image, mon enfant.

Il dit : si l’on pouvait s’imaginer... C’est simplement pour donner une approche qui soit plus concrète que les abstractions intellectuelles. Il dit: si vous pouvez vous imaginer, par exemple, un rayon de miel, n’est-ce pas... un rayon de miel qui aurait la capacité de se goûter lui-même et en même temps chaque goutte du miel; non seulement de se goûter lui-même en tant que miel, mais de se goûter lui-même dans chaque goutte, étant chaque goutte du rayon de miel, et que chacune de ces gouttes puisse goûter toutes les autres, soi-même et toutes les autres, et en même temps que chaque goutte ait la capacité de goûter, d’avoir le goût du rayon tout entier comme si c’était elle-même.

Alors, ce serait le rayon capable de se goûter lui-même et de goûter en détail toutes les gouttes du rayon, et chaque goutte capable de se goûter elle-même et individuellement toutes les autres et le rayon tout entier comme une unité, comme ellemême... C’est une image très exacte. Seulement il faut avoir un pouvoir imaginatif !

Comme cela, j’ai compris. Je demande ce que cela signifie.

Le miel, c’est une chose délicieuse, n’est-ce pas, alors ce sont les délices de la Joie divine.

Et tout à l’heure, quand j’évoquais cette joie qui est dans les choses, spontanée, simple, cette joie qui est au fond de tout, eh bien, pour le corps physique, cela a quelque chose de vraiment — oh! naturellement, le goût du miel est très rude et grossier en comparaison —, mais quelque chose comme cela, quelque chose d’extrêmement délicieux. Et très simple, très simple et très total dans sa simplicité; très complet dans sa simplicité, et pourtant très simple.

Cela, n’est-ce pas, ce n’est pas une chose à penser, il faut avoir la capacité de l’évoquer, il faut avoir de l’imagination. Alors, si l’on a cette capacité, on peut faire cela rien qu’en lisant, alors on peut comprendre... C’est une analogie, qui n’est qu’une analogie, mais c’est une analogie qui a vraiment une capacité d’évocation.


Mais chacun imaginera quelque chose de différent, non, Mère ?

Évidemment. Mais cela ne fait rien! Ce sera bon pour lui.


(silence)


C’est tout ?


J’avais apporté des questions que l’on m’a posées, mais je crois qu’il est déjà un peu tard. (Mère feuillette des questions)

Il y en a une qui est terriblement intellectuelle et que nous laisserons pour une autre fois. Il y en a une autre... qui n’est qu’une apparence, et puis il y en a une troisième qui est intéressante, mais à laquelle il faudrait répondre en détail, et ce soir il est déjà un peu tard.


Ici, n’est-ce pas, la question à laquelle on peut répondre très facilement, c’est un texte de moi, où il est dit :

« C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde. »


Et puis, dans La Synthèse des Yogas de Sri Aurobindo:

«Si nous voyons l’unité partout, si nous reconnaissons que tout arrive par la Volonté divine... etc.»


Et une autre chose de moi, dans Prières et Méditations :

«C’est Toi qui agis en toute chose et en tout être, et celui qui est assez proche de Toi pour Te voir en tout acte sans exception, sait transformer tout acte en bénédiction.» (Le 10 décembre 1912)

Et alors, on me demande comment réconcilier ces contradictions. Moi, je ne vois aucune contradiction. Parce que la première phrase où il est dit: « C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde »... Je dirai : il est extrêmement rare qu’elle agisse ouvertement. Elle agit toujours, mais pas ouvertement. Et quand elle agit ouvertement, c’est ce que les hommes appellent des « miracles ». Et c’est une chose extrêmement rare. La plupart du temps elle n’agit pas ouvertement, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’agisse pas. Elle n’agit pas ouvertement, c’est tout. Alors là, il n’y a pas de contradiction. C’était tout ce que je voulais dire. C’est une contradiction tout à fait superficielle née de l’incompréhension des mots.

La Volonté divine agit, mais pas ouvertement. Quand elle agit ouvertement, éh bien, les hommes appellent cela des miracles. Voilà. Mais cela ne l’empêche pas d’agir.


Vers la source - œuvre de Niranjan Guha Roy 


samedi 1 novembre 2025

Genres, sexualités et l'âme en transformation évolutive.

  

Les nouveaux êtres selon Niranjan Guha Roy 


 Tout est toujours déjà accueilli dans la Présence consciente. Le jugement arrive toujours après, s'il arrive. Aucun jugement de la part de la Présence consciente. Tout est l'autocréation de l'essence de la Présence consciente. Nos jugements sont des fictions, nos actes ne font que s'inscrire dans l'autocréation. Instant après l'instant, tout est parfait et s'autoperfectionne selon un processus qui échappe au jugement mental.

Alors comment peut-on prétendre témoigner de réalisations spirituelles et juger socialement des gens au sujet de leurs identités sexuelles ?

Notre âme vraie est asexuelle, cela la distingue de notre ego. Notre ego se situerait-il asexuel, notre âme vraie est libre, elle par nature, de toute identité sexuelle. Si notre âme est le développement d'une individuation d'étincelle divine, le Divin étant une pure liberté, elle ne saurait être genrée en essence. Notre âme vraie, qui n'est pas notre ego, est existence de pure liberté, elle n'est déterminée par aucune pulsion. 

Une âme vraie n'étant pas genrée, au niveau de l'ego, le désir de changer de genre ressemble comme à un reflet de sa liberté en profondeur émanée de l'âme.

Celui qui vit au niveau de son âme vraie, qui est entré dans le processus de psychisation, peut-il déconsidérer tout  comportement sexuel consenti sans desservir la vie ? 

Bien sûr, si un comportement criminel a mis en jeu des relations sexuelles non consenties, ne devons-nous pas en protéger la société et rendre justice à la victime ? De même, des accusations mensongères concernant la sexualité pour détruire une personne, la faire rejeter socialement et familialement ne doivent-elles pas être considérées comme un désordre social criminel à empêcher.  Ne devons-nous pas rendre justice à la victime ? Bien entendu, le travail de la justice est de juger sans idéologie, de déterminer qui est criminel, qui est victime.

Dans le christianisme, il y a cette question de qui sera-t-il l'époux, celui qui ressuscitera avec les épouses dont il fut successivement veuf. Le Christ répond qu'il n'y aura pas de corps sexué, lors de la résurrection, rendant cette question, par laquelle on cherchait à l'embarasser, vide de sens. Jésus-Christ se présentait comme fils de Dieu. Du point de vue d'une psychisation, c'est-à-dire d'une transparence à la vie de l'âme, l'âme vraie est enfant de Dieu, enfant divin de même substance que Dieu.

Les apparences féminines et masculines ou de quelque genre sexuel que ce soit sont dès lors relatives vis-à-vis de chemins qui visent à la divinisation individuelle et collective. 

S'accrocher à des symboles d'identité sexuelles, craindre tout ce qui pourrait les confondre, en rendre les limites confuses n'est-ce pas se rendre sourd à l'âme, à la divinisation de nos corps dont nos âmes enfant du divin ont soif ?

La divinisation par transformation évolutive est liée à une individuation de l'âme qui se libèrera des déterminismes sexuels quels qu'ils soient. Juger que tel genre sexuel, telle orientation sexuelle est inapproprié, et cela manque l'objet de cette libération.

Le tantrisme nous propose usuellement d'amener l'énergie du plaisir sexuel dans le cœur, le plaisir sexuel semble alors participer de l'amour Divin.

Mais pour les âmes qui sont parvenues à  ce point, où elles se réalisent aspirer à l'évolution divinisatrice, qu'en sera-t-il ?  Cela ne signifierait-il pas aspirer à la formation d'un corps répondant vraiment à la dimension divine asexuée de notre âme ?

Peut-on spéculer sur une telle évolution divinisatrice qui transformerait notre appartenance sexuelle biologique et vitale ? Ce serait l'amour Divin, qui s'installerait d'abord dans le centre subtil des pulsions charnelles qu'elles soient sexuelles ou autres. Cet amour Divin descendant ferait là une félicité de plus en plus intense et forte, bien moins conditionnée et limitée que le plaisir sexuel. Au lieu de dépendre d'une relation sexuelle extérieure même multiorgasmique, qui monte dans le cœur, il y aurait là par la présence constante d'une félicité une plénitude sans manque. Cette félicité, cet ananda supramental, semblerait même insoutenable pour les corps humains usuels. 

Cependant il faudrait un premier saut évolutif dans le corps pour que cette félicité de l'amour créateur s'intègre à la vie du corps.

 Pour ceux chez qui un tel processus de la divinisation de la chair par l'amour Divin créateur prédominerait, tous les débats humains sur la sexualité seraient regardés comme mineurs et comme de faux-problèmes recouvrant les vrais. Pour de tels être en transition vers une espèce nouvelle, la recherche du plaisir sexuel ou les question de genres et d'orientations sexuelles tomberaient loin du centre de leur champ d'attention.

C'est au moment où la félicité de l'âme en évolution surgira que l'intérêt pour satisfaire des pulsions sexuelles tombera. A ce propos, c'est peut-être l'expérience de Jésus-Christ quand il dit que certains se sont retrouvés eunuques pour le royaume des cieux. 

La libération du désir sexuel fruit de la psychisation et la transformation évolutive en cours ne seront pas le résultat d'une ascèse volontariste. Elles ne passeront pas non plus par une quelconque sublimation tantrique. Ce sera le résultat naturel d'une émergence de l'âme au premier plan devenue consciente du processus évolutif de transformation. 

La libération du désir sexuel sera liée à la transformation des plans subtils et organiques où se forment nos pulsions subconscientes et déterminées. En lieu et place, il y aura de l'amour Divin, une félicité sans limite et une puissance créatrice consciente.


Œuvre de Niranjan et Amita Guha Roy 


dimanche 12 octobre 2025

Sri Aurobindo et l'héritage socratique.

 

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La montagne de la sagesse socratique et la vie divine selon Sri Aurobindo. 

Socrate a eu des disciples qui ont développé des approches fort différentes de l'amour de la sagesse. Sa démarche était de faire prédominer la sincérité, le goût du vrai, par rapport aux croyances irréfléchies. Il se présentait comme un accoucheur d'âme. Sa mère était sage-femme praticienne experte en maïeutique, art de l'accouchement. Socrate est le sage-homme, le pratiquant de la maïeutique de l'âme. 

Les doctrines philosophiques sont engendrées par des types d'âme. Il y a plusieurs philosophies parce qu'il y a plusieurs types d'âme.

Chaque type d'âme a son chemin vers la vertu, la croissance du pouvoir spirituel en elle et vers le bonheur.

Au sommet, l'âme réalisera le bonheur comme source de la vertu ou la vertu comme pouvoir divin produisant le bonheur.


Face nord, l'ascétisme des stoïciens et ses excès, mais aussi le Oui à ce qui est, faire la volonté divine. 


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Face sud, l'hédonisme d'Aristippe puis d'Epicure et leurs excès, mais aussi l'attention, libérée de la dramatisation et de l'excitation, la jouissance d'être en vie.

 

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Face centrale, la voie platonicienne, que Sri Aurobindo reprendra et dépassera, l'aspiration psychique (de l'âme), l'amour du beau (de la perfection et de la lumière spirituelle). 

Toutes ces voies passent par la paix, l'ataraxie, un état de conscience où on est calme, tranquille, serein en toutes circonstances. 


Sri Aurobindo insiste, lui, sur la vertu d'égalité qui est une intégration individuelle de la paix et du silence inhérent à l'esprit, ce rien qui est tout, dit-il en référant aussi au taoïsme.




L'âme est une individuation du Divin chez les platoniciens comme chez Sri Aurobindo. L'ego est un complexe de personnalités, dont beaucoup résultent de la socialisation, de la soumission aux désirs charnels d'appropriation, de perpétuation, de reconnaissance et aux forces sentimentalo-sexuelles. 

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Ainsi l'âme vraie n'est pas l'ego. Sri Aurobindo nous invite à distinguer âme vraie, être central, d'une part, et âme de désir, d'autre part.



L'être central est ressenti dans une dimension parallèle à celle du corps physique et du corps subtil comprenant les chakras.


Pour les hédonistes, l'âme est liberté, le bonheur est liberté par rapport au désir, simple plaisir d’exister. Dans les philosophies tantriques proches de l'hédonisme philosophique occidental, on insistera sur le fait que l'accomplissement du désir, sa pleine satisfaction est libération du désir. Le sage n'est peut-être pas sans désir mais il est libre du désir.

Pour les platoniciens comme pour Sri Aurobindo plus tard, ceci n'est pas le sommet de la sagesse. Selon eux, nous pouvons aller plus loin si on distingue le désir de l'âme vraie et les désirs charnels vitaux. L'amour du beau, du vrai, du juste, etc. est un type de désir propre à l'âme vraie. 

Pour les stoïciens et les platoniciens, l'âme vraie est de substance divine, elle est liée à l'intelligence du Divin. Par ce lien, selon les stoïciens, l'âme est en harmonie avec l'univers, le corps du divin. 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir - le feu de l'hêgemonikon est le feu divin


Par ce lien substantiel, selon les platoniciens, l'âme est connectée à l'Un, au Suprême, source du multiple et pas seulement à la Déesse, l'âme du monde qui met en mouvement l'univers. 

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L'âme vraie, qui individue le Divin, ne peut donc pas avoir un sentiment de séparation.

En tant qu'enfant du Divin, rayon du Divin,  l'âme vraie aspire au Divin, elle aspire à la volonté Divine, à l'intelligence Divine au-delà du raisonnement humain le plus sage. L'âme aspire au monde des idées-forces, ces visions matérialisatrices, ces matrices de l'univers. L'âme vraie s'élève au-delà du mental rationnel vers l'intuitif suprarationnel. 



Ce n'est pas seulement la raison qui est éclairée par le suprarationnel mais aussi notre amour du beau, l'intelligence émotionnelle de l'âme. Sur cette voie, celle-ci se distinguera et se purifiera des émotions passionnelles qui résultent des désirs vitaux charnels.

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Pour Sri Aurobindo comme pour les platoniciens, l'intelligence intuitive résulte d'une élévation de l'âme à l'intelligence divine. Cependant, l'âme vraie peut atteindre une sphère de conscience divine supérieure. Plotin parle d'extases d'union directe avec l'Un, ses plus hautes élévations, au-delà de l'intelligence divine surmentale. Il admet une inconscience dans ces rares élévations au-delà de cette sphère. Pour Sri Aurobindo, cette élévation au-delà du surmental peut se faire sans inconscience, l'âme sort alors complètement de la sphère de conscience humaine. Elle évolue à un niveau de conscience surhumain. Ce nouveau niveau de conscience a des effets matériels. La chair n'est plus dévolue aux seuls désirs-appétits vitaux. Il y a une divinisation de la chair rendue possible. Cette supra-intelligence au-dessus ouvre à une nouvelle manifestation du Divin dans la matière, à une nouvelle création.

L'homme semblait au sommet de la création mentale, c'est un être de transition pour la nouvelle création supramentale.






Les pensées antiques ignoraient le processus évolutif de la vie biologique et l'histoire évolutive de l'univers. Du point de vue des sciences de la matière, une évolution de la conscience au-delà de la conscience mentale n'est pas plus choquante que l'a été un saut évolutif d'une conscience animale prémentale voire juste vitale vers une conscience mentale. Etc.

Les platoniciens estimaient que le mal résulte du fait que la lumière divine se perd et devient discontinue comme le scintillement des étoiles, des soleils vus de tellement loin que leur lumière s'éteind et se rallume pour l'observateur lointain.

Les platoniciens regardaient donc le monde terrestre charnel comme lieu d'une inévitable perdition spirituelle, lieu du mal. 

La lumière supramentale révèle que cette discontinuité spirituelle sur terre est due à la sphère mentale et à sa déformation de la lumière divine. Les ténèbres lumineuses de la lumière spirituelle sont dues à notre enfermement dans la bulle mentale.

La matière, la chair, dans cette lumière supramentale, que Sri Aurobindo nous a découverte, se libèrent inévitablement peu à peu de toutes les formes du mal que nous connaissons encore aujourd'hui. L'ignorance inhérente à la sphère mentale qui semblait former une déficience métaphysique propre au Divin sera dépassée.

Dans cette nouvelle lumière pour les âmes, ce sera peu à peu la fin du règne du mal moral qui cycliquement détruit les sociétés et civilisation. Ce sera au final un dépassement des limites physiques et des diverses formes du mal physique que sont maladie, accident et mort.

Aurore supramentale de Niranjan Guha Roy


samedi 20 septembre 2025

Joie océanique

 



Un peu de prose poétique...


Tout est Lui, tout est Cela, il n'y a qu'une vie, Tout est Son autocréation. Comment pourrait-il échouer à être ce qu'il est et ce qu'il devient ? 

Pauvres vagues désespérées qui se voient dans les tempêtes et pressentent cette falaise côtière où elles viendront toutes échouer... Si elles savaient cet océan en elle et en tout, cette falaise à l'horizon n'est rien. C'est l'océan qui dessine tous les paysages et il ne peut pas échouer.... Océan de vie dans nos cœurs nous débordons de joie, il n'y a plus de frontière, plus d'horizon barré...  et en moi, le vieil homme, ce désillusionné cynique ou ce désespéré des informations catastrophiques n'ont plus de place pour respirer... La joie océanique les a tous emportés... noyés et recyclés dans son grand élan de vie... 

Oui, tout est possible, tout est sublime, fabuleux, magique et inespéré. Qu'il m'emporte tout entier ou qu'il m'abandonne en ce monde inachevé, l'autocréateur porte en lui un monde de conte de fées qui deviendra réalité. Et quoi qu'il en soit, j'aurai pu être une esquisse plus ou moins lointaine et achevée de l'être futur non humain qui viendra et qui sera bien mieux que l'humain. L'autocréateur porte en lui la merveilleuse réalité de l'être transmuté auquel mon âme aspire.




jeudi 21 août 2025

De la perspective ordinaire du Témoin à la perspective évolutive Intégrale.

Œuvre de Priti Ghosh


PARLER DE REALISATION DE LA CONSCIENCE TEMOIN EST PLUS SÛR QUE DE PARLER DE CELLE DU SOI, SI POUR LA NON DUALITE LA PLUS AUTHENTIQUE, TOUT EST DIVIN.

Dans la spiritualité de la non dualité mainstream, la conscience Témoin est vue comme un succédané, un errement du chercheur avant que le Soi ne se réalise pleinement. 

Premièrement, cependant, la conscience Témoin ne doit pas être confondue avec une dissociation entre un ego agissant et un ego qui s'observe. Le Témoin, dont nous allons parler ici est un déjà-là, une dimension préexistante qu'il s'agit à un moment de voir se réaliser au sein d'une évolution spirituelle.





Deuxièmement, en amenant en avant la notion de conscience Témoin, nous souhaitons nous tenir à distance d'interprétations courantes du Soi.

La notion du Soi suppose bien souvent une unicité et une absolutisation de la conscience immuable, d'une part, et, d'autre part, une dévalorisation discutable des phénomènes relatifs muables. Plus généralement, elle conduit à séparer un absolu et un relatif. Dans certaines interprétations le Soi est lui-même le premier phénomène relatif, déjà du côté des phénomènes temporels. Car l'absolu est affirmé comme un Non soi. A ce sujet, il y a le risque d'absolutiser les ténèbres lumineuses de l'expérience du Soi alors qu'elles sont dues à des dimensions inexplorées, à des aveuglements relatifs, etc.

Notre vision spirituelle du Témoin veut éviter d'affirmer trop vite une conception qui nierait que tout jusqu'au moindre détail est réellement divin. 

Les conceptions courantes du Soi impliquent trop souvent une survalorisation discutable de l'immuabilité atemporelle sur la muabilité temporelle. Elles impliquent alors la survalorisation de l'Etre par rapport au Devenir.  

Il nous semble que, bien que revendiquant une non dualité, beaucoup des interprétations courantes du Soi ne sont pas radicalement et intégralement non duelles.

Les visions non duelles attachées au Soi sont, d'après nous, loin d'être intégrales : elles aboutissent à des dualités entre être et devenir, éternel et temporel, vacuité et formes, espace de conscience et phénomènes, entre non manifesté et manifestations, entre personnel et impersonnel, etc.


LA PLACE DU TEMOIN SUR LE CHEMIN DE LA NON DUALITÉ INTÉGRALE DU TOUT EST DIVIN.

Nous allons ici évoquer une approche du Témoin dont le vécu interdit d'absolutiser une quelconque dualité qui nous ferait conclure hâtivement que tout n'est pas divin.

La dimension de conscience Témoin peut être réalisée au niveau du plan de conscience où nous en sommes de l'évolution consciente de la conscience. Certains animaux qui n'ont pas un mental développé manifeste à l'évidence cette réalisation.

La conscience Témoin, y compris au plan de conscience ordinaire humain, est alors comme un "œil" sans bord, in-fini. Cet œil se tient là en arrière-plan de toute chose et simultanément en toute chose, qui paraît dans notre présence consciente. C'est un vide inhérent aux choses, une non-chose en laquelle se tient toute chose. Et sans chose, ce Témoin n'est rien, il est conscience de rien, devenant pratiquement inconscient. Sans mémoire ou autre façon de retenir quelque chose du passé, il y a traces de discontinuité de la conscience y compris dans sa dimension Témoin. Un inconscient l'affecte, il est Témoin de son rien de conscience ou du moins de son manque de conscience.

Cependant cette inconscient est-il absolu ? On observe que la conscience et son Témoin peut s'étendre sur un plan subtil. Dès lors la conscience Témoin réalisée sur un niveau de conscience ordinaire ne peut-elle pas s'étendre vers la supraconscience et le subconscient ? 

Par exemple, on peut sentir une force active intérieurement au niveau des sourcils, il y a présence d'une lumière, d'une forme, d'une énergie, qui n'est ni une pensée, ni une émotion, ni une sensation physique. Ce centre subtil par lequel une force de conscience jusque-là inaperçue génère des réactions et des actions sur le plan de conscience qui nous était jusqu'à présent familier s'avère une extension de conscience. Elle peut s'inviter d'ailleurs sans que le Témoin dont nous parlions soit réalisé.

Prenons le cas où le Témoin se tient réalisé en arrière-plan et au sein du mode de conscience humain usuel. Celui-ci  s'observera immédiatement Témoin de cette dimension subtile, qui se révèle soudain à l'œuvre alors qu'elle était ignorée précédemment.


Si je suis dans ma chambre, le Témoin englobe cette chambre selon ma perspective. 



Si je suis dehors à l'extérieur de mon logement, il englobe ma vision du ciel.



 Il s'étend et se contracte selon les dimensions spatiales que les sens humains captent. Mettre des bouchons d'oreille réduit la sphère auditive, la conscience Témoin est le Témoin d'un espace auditif réduit. J'enlève mes bouchons d'oreille, le Témoin demeure, il est le Témoin étendu à un espace auditif plus étendu dans la réception des sons. 

De la même façon, si la dimension d'un monde subtil paraît, il est Témoin du monde subtil. Si notre capacité subtile se voile, c'est le Témoin de ce voilement.

S'il y a un monde au-dessus du mental ordinaire, s'il y a un monde des idées, de vagues intuitives, etc., le Témoin réalisé sur le plan ordinaire du mental analytique sera ouvert automatiquement à ces expériences nouvelles. Si elles sont momentanées, l'extension automatique du Témoin n'aura été que momentanée.

Le Témoin est alors témoin d'un jeu propre à une automanifestation supra-individuelle de la perspective de conscience propre à notre individualité. Le Témoin, que le sanskrit nomme le purusha, est donc révélé dans ses divers plans par des flux d'automanifestation du Devenir. Ce type de flux est désigné en sanskrit comme prakriti.

Mais le Témoin Purusha, s'il accueille toute chose sans refus, sans jugement sur les prakritis, peut commencer à voir s'exprimer son aspiration silencieuse à des qualités de flux plus évoluées. Le Témoin Purusha ne consent plus à s'étendre et se réduire selon les caprices des flux de conscience, des prakritis. Les désirs sont l'œuvre d'une prakriti inférieure, mais l'aspiration émane d'un purusha aussi bien que d'un flux de prakriti supérieur. Le purusha Témoin ne consent plus passivement à voir ses dimensions de perception de plans de conscience paraître et disparaître. 

Il aspire à percevoir la source de tous ces flux, la Mahashakti, le flux de tous les flux de conscience, l'intelligence du Devenir, le flux supérieur du devenir de conscience par excellence. 

Cette aspiration révèle une personnalisation de ce Témoin anonyme, il se découvre une dimension Témoin individuel s'individuant, enfant aimant de la Mahashakti, enfant formé par la Mahashakti. Sri Aurobindo le nomme Chaïtya purusha. Cette dimension du Témoin se rencontre en arrière-plan du centre subtil du cœur.

Ce Témoin est un reflet d'un Témoin amoureusement soumis à la dynamique créatrice première, à la Mahashakti. Il est témoin d'une aspiration à contempler son Aimée dans sa nudité glorieuse, sans ses voiles d'ignorance, sans incapacité. 

Entrevoyant sa Mère, la shakti-prakriti qui soutient son aspiration et y répond, ce Témoin se pressent à fois témoin et miroitement du purusha témoin Suprême uni à la Mahashakti. 

Le Témoin du plan humain ordinaire est purusha du mental-vital, miroitement-rayonnement du Suprême purusha, Ishwara, uni à la Mahashakti, Mère du Devenir. 

Mais initialement ce Témoin est aussi bien ignorant de son essence ultime, union d'Iswahra et de Mahashakti que de sa dimension proprement individuelle. C'est par affinement de ce qui s'observe en lui qu'il commence à se réaliser dans un voilement moins prononcé de sa propre source. C'est par purification de ce qui vient troubler son observation qu'il commence aussi à voir l'insensibilité attachée à son propre cœur, à s'approcher ainsi de sa dimension individuelle, notre vraie personne. 

Ainsi le plus souvent, lorsque le purusha témoin mental-vital se réalise, au début, sa vision reste très  enténébrée. Entre autres, ses ténèbres masquent alors le secret de cette aspiration qui se reflète en lui de se relier à sa source et à sa véritable individuation en croissance. Son observation imprécise confond alors encore aspiration et désir. Il est le témoin mental, il n'est pas pleinement le témoin du vital.

Cette aspiration en lui à son authentique individuation, distincte du désir, c'est Chaïtya Purusha qui la produit. Cette aspiration est un fil qui, suivi, dévoile Chaïtya Purusha. Celui-ci est l'enfant de l'amour de l'Amant, l'Ishwara Purusha, le Purusha de tous les purushas, et de l'Aimée, Mahashakti, la Mère divine. Cet enfant est amour de la beauté-perfection, Eros, l'enfant d'Aphrodite, la Beauté Mère de toutes les beautés. Cet enfant est un feu 🔥 individué, fils du feu Suprême qui éclaire et engendre en son sein primordialement toute chose. 

Cette aspiration en lui à sa source divine au-dessus vient de son individualité éternelle, le purusha propre au jivatman au-dessus de la tête.

Son Père divin, la source des purushas, ouvre par sa lumière, l'espace rendant possible l'œuvre de notre Mère, Mahashakti, Mère de toutes choses. Son Père, Ishwara Prusha, se manifeste par des vagues de Paix,  des ondes de Silence qui débordent et amplifient la Paix et le silence inhérents au Témoin, d'abord découvert sur le seul plan ordinaire. Son Père prépare ou accompagne ainsi sa prise de conscience. Son individuation croissante deviendra par la grâce de Mahashakti, suffisante pour ne plus rester indiscernable dans les ténèbres lumineuses du Témoin jusque-là  seulement réalisé sur certains plans mentaux, vitaux et physiques, les plans ordinairement propres à la conscience humaine. 

Par les soins de Mahashakti, sa Mère, et par les attentions d'Iswahra Purusha,  son Père, cet enfant divin se révèlera au cœur d'une vie individuelle humaine. Il se révèlera, à son heure, au cœur du cœur de la perspective individuelle du Purusha Témoin. Le dégagement et l'aspiration du jivatman au-dessus, l'individu éternel uni au divin universel et transcendant et le dégagement de et l'aspiration du Chaïtya purusha au niveau du cœur sont étroitement liés.

Autrement dit, la pleine réalisation du Témoin au niveau de conscience la plus ordinaire, une perspective humaine sur le monde, est concomitante à l'effort de la Mahashakti pour faire émerger son enfant divin enfoui en arrière-plan et au-dessus de chaque perspective individuelle.


Œuvre de Priti Ghosh

Il est évident que l'influence psychique de l'enfant Divin aura eu lieu en nous sans que nous soyons alors conscient du Témoin. Cette aspiration peut certainement établir un lien de pressentiment avec Mère, notre Mahashakti. On pressent ainsi une providence qui prend soin d'une partie de nous-même, on s'étonne de synchronicités, on a le sentiment d'une protection absolue. Un jour au lieu d'interpréter cela faussement comme concernant notre ego, nous réaliserons que cela concerne d'abord et prioritairement l'individuation vraie en nous. Cela semblera concerner notre ego dans la mesure où notre individuation divine vraie en tire profit. Si des forces coupaient notre vie égoïque de tout lien avec notre filiation divine, les synchronicités seraient celles de forces "antidivines" (une prakriti éloignée du flux principal du Devenir, peut plus ou moins longtemps s'opposer en apparence à l'impulsion de la Mahashakti) qui, au final, nous couperaient de la protection de notre Mère. La destruction de l'ego et de son véhicule font dès lors partie des moyens de libération dont dispose Mère pour servir son Enfant immortel en nous. 

Tous ces pressentiments de notre filiation divine peuvent donc prendre place sans la réalisation du Témoin. La réalisation du Témoin sur le seul plan ordinaire peut ne pas permettre d'éviter une victoire momentanée des forces que la Mahashakti n'a pas encore ramenées et soumises à sa nouvelle onde créatrice propagée parmi celles plus anciennes. 

Ceci explique les comportements aberrants de gens ayant pourtant une expérience non duelle indéniable. Leur prétendue réalisation absolue du Soi s'accompagne sans qu'ils le perçoivent d'une soumission à des prakritis inférieures œuvrant en sens dysharmonieux par rapport à la Mahashakti. Ils risquent de se couper de leurs âmes vraies, de l'enfant de Mahashakti en eux.

Ceci dit, une émergence solide en avant de l'enfant Divin s'accompagne de la réalisation du Témoin Purusha ordinaire de l'humain, cet œil toujours là, inhérent à notre présence consciente. Donc la recherche du Soi et d'expérience non duelle peut être au service de notre aspiration d'enfant divin que nous sommes.


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Œuvre de Priti Ghosh