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dimanche 6 septembre 2026

la Mère divine - une approche


 

Objecteur

Tu n'as que Mère à la bouche. Douce Mère par là, Mère divine par ci ! Ta déesse Mère se substitue à Dieu, ce mot éculé et patriarcal. Mais c'est encore, semble-t-il, de la religion qui t'habite, une croyance religieuse, un récit, une histoire pour vivre plus rassuré les événements chaotiques de ces temps. 

Pourquoi tu as besoin de ce galimatias, dans mon expérience, la Réalisation de la Conscience suffit. En cet Ouvert, tout surgit sans besoin de récit pour espérer, sans besoin fondamental de quoi que soit d'autre que cette liberté et de cet accueil. Pourquoi surajouter du sens religieux à l'Ouvert ?

L'Ouvert, ce n'est personne, ni un Dieu le père, ni une déesse Mère. Être Ouvert, ce n'est ni prier, ni espérer, c'est laisser Être. Même pas trace de lâcher prise. Qui lâcherait quoi que ce soit ? L'Ouvert s'ouvre sur un espace de conscience s'autocréant dans ses apparences. La liberté de l'Ouvert est sans histoire. Des histoires, des mémoires surgissent mais accueillies dans un détachement sans histoire.


Réponse du cœur à mon objecteur - 

Mère, c'est le flux principal et directeur du Devenir. Et si quelque autre semble aller autrement, ce ne sont que des courants contraires momentanés qui sont toujours des effets du courant principal. Dans mon expérience, l'apparence d'un chaos du devenir vient de notre ignorance et de nos propres inconsciences. Mère, ce n'est pas une croyance, c'est une expérience spirituelle et un ensemble de réalisations, de manifestations qui, pour se dévoiler, vont avec des progrès individuels, collectifs et cosmiques. 

La spiritualité ne se résume pas à la réalisation d'un Être en dehors du Devenir qui apaisera toutes nos angoisses au sujet du Devenir ! Qu'il y ait un grand sens et non des cycles perpétuels d'apogée et de décadence n'est pas seulement une croyance religieuse. Cela a été un facteur d'espérance qui a mené à l'apogée du plan mental, de la notion de progrès technoscientifique à celle d'une évolution spirituelle consciente de la conscience.

Aimer la Mère, aimer le Devenir, Oui. Adorer la Mère et ne pas s'offrir au Devenir ? Non.

Avoir confiance en Mère, la dimension personnelle du Devenir, c'est d'abord ressentir une foi en la vie, sans dogme mental, sans sentimentalisme ou enthousiasme vital déplacé mais aussi sans volontarisme artificiel. Le cynisme, le nihilisme, ou toute mise en scène égoïstique pour s'emparer, rivaliser, détruire, etc. sont la foi pervertie, ce sont des perversions du cœur. Beaucoup de phénomènes religieux s'inscrivent là-dedans. Et là encore, si tu vois la cohérence de la vision du réel que je te partage, cela se ramène à des flux du Devenir éloignés en apparence du flux principal mais qui, comme toutes les eaux du fleuve du Devenir, parties des sources divines, reviendront magnifiées à Son océan Divin.

L'Amour de la vie, cela peut donc être un Amour profond vraiment impersonnel du Devenir, amour humain pour travailler au Devenir, forces aimantes nourrissant l'effort de ceux travaillant au Devenir. 

Mère en Inde est la Shakti. La Shakti a autant une dimension impersonnelle qu'une dimension personnelle. Dans l'expérience, par exemple, sa présence impersonnelle est décrite par ceux qui en témoignent comme une lumière blanche intérieure qui dirige consciemment les forces d'action. 

Au début de ma sadhana, guidé par Sri Aurobindo, Mère était épisodiquement une conscience force impersonnelle descendante agissant mystérieusement sur le véhicule mental, vital et physique. Ces expériences impersonnelles de descente d'une conscience force étaient décrites par Sri Aurobindo que je découvrais alors. Ces expériences, je n'en parlais guère. Je parlais davantage de réalisation du Soi, d'ouverture du cœur ou d'une découverte du corps subtil. Avec du recul, je peux dire que tout était là. Les réalisations qui m'intéressaient, je n'en voyais pas le lien avec cette conscience force. Il est plus clair pour moi aujourd'hui que Mère agit en tout, partout et que ma conscience de cette conscience force était trop partielle pour voir son travail subtil en moi, en ce véhicule, cet adhara (le concept sanskrit visé ici). Mère a juste réussi à se faire plus de place pour agir à travers ce véhicule et son action s'y dévoile davantage, mais il lui reste bien du travail.  

Ce dévoilement de Mère est donc au commencement et à la fin du chemin dont je te parle. 

Imagine : à un moment, il y a tant de conscience dans l'action du Devenir que cela, immanquablement, se manifeste aussi sous des formes personnelles. La manifestation de la conscience dans l'ouverture de l'Ouvert et la manifestation même de l'Ouvert participent d'une supraconscience insaisissable au niveau de notre conscience mentale, vitale et physique. Depuis cette bulle, ce qui ressort de cette supraconscience s'expérimente comme un Inconscient absolu, un Non Soi impersonnel. Mais en se plongeant dans le sens du Devenir, ces expériences s'avèrent dues à des limites illusoires. Cet Insconcient se révèle un manque de conscience de la supraconscience de Mère.

Au sujet du chemin décrit par Sri Aurobindo, il y a souvent, dus à des lectures imprécises, des propos aventureux sur la supramentalisation. Des individus se mettent à valoriser leurs soi-disantes expériences supramentales, la conscience mutante de leurs cellules, etc.

Le dévoilement de la supraconscience est le dévoilement de Mère en sa supraconscience du Devenir. Autrement dit, toute expérience supramentale qui n'est pas dévoilement de Mère est épisodique, incomplète ou encore malheureusement tout à fait illusoire.

Quoi qu'il en soit de nos expériences et réalisations ou illusions dans ce domaine. Nous pourrions pressentir sa dimension personnelle et sa supraconscience en contemplant cet univers avec un peu de recul. La multitude d'individualisations dans cet univers au sein de la conscience autocréatrice de Soi traduisent une dynamique d'individuation inhérente au Devenir lui-même. Par analogie, la raison en intelligence du Soi, peut-elle n'y voir qu'un hasard ? Certains y verront une pulsion aveugle, tu l'auras compris ce n'est pas ce que m'ont révélé du Devenir ma propre aventure de la Conscience et mon vécu de l'Ouvert.

Depuis une autre perspective, ceux qui parlent d'expérience de mort imminente ont aussi ce type de vécus diverses entre lumière consciente de conscience force et personnalités divines diverses.

Moi aussi, sur mon chemin, je repartai d'abord d'une expérience spirituelle répétable à l'envie de l'Ouvert, un vécu plutôt impersonnel. Mais il y avait des expériences avec plus de conscience qui se produisaient. Cet éveil de l'Ouvert voilait donc encore du subconscient qui me déterminait souterrainement et du supraconscient qui disait des degrés de liberté potentiellement plus vastes. J'en concluais que mon expérience de l'Ouvert se situait dans des ténèbres lumineuses qui pouvaient davantage être illuminées.

Cette quête m'a conduit d'un Ouvert avec un ego au Soi avec une âme. On pourrait aussi désigner ces expériences comme celles de l'Ouvert en individuation vraie. Les individualisations de l'ego centrées sur  des désirs et la satisfaction de pulsions sont de moins en moins déterminantes. Elles sont de plus en plus transformées en aspiration à servir le Devenir en vérité, en beauté et en bonté. L'Ouvert psychisé, ou bien le Soi avec une âme, est littéralement un feu d'aspiration, de foi, de sincérité, de dévotion et de don de soi. 

Foi, Aspiration, Sincérité, Dévotion, Consécration de soi.


Et cette individuation vraie du Soi, cet Ouvert psychisé peut expérimenter une dimension personnelle du flux principal du Devenir au-delà du temps et agissante dans le temps. Cette âme vraie en Soi, cet Ouvert d'un feu d'âme se voit engendré dans une substance impersonnelle d'une intelligence personnelle qui veille à sa croissance, il se vit l'Enfant Divin de sa Mère Divine.

Au fond, ma véritable individualité est une individuation de la Shakti, par laquelle les personnalités de Mère peuvent s'exprimer. Ces personnalités de Mère résonnent à travers la personnalité de notre âme, elle-même une personnalité de Mère. Tout est le jeu Divin. L'aspiration de mon âme est le Divin en moi, Mère qui grandit avec une nouvelle personnalité. La conscience force qui lui répond est ma dimension divine transcendante : la Shakti du Devenir, Mère exécutrice du Divin Suprême. 

Pour résumer, Mère était au début de ma sadhana dévoilée comme conscience force. Quand le Soi avec une âme s'est dévoilé, Mère s'est dévoilée comme flux principal du Devenir et comme Mère de mon âme, moi son Enfant Divin. Et sa supraconscience commençant à lever ses voiles, mon individualité tend à devenir une de ses personnalités au service du Suprême. Des traces d'ego perdurent toutefois sur tous les plans et ceci est loin d'être assuré et réalisé solidement, cela demeure au stade d'expériences répétées. Sur ce chemin, il y a des cycles, une ascension en spirale qui nous ramène sur nos pas, il y a des percées suivies comme de retour en arrière. L'Ouvert semble une des seules réalisations accessibles à volonté même par un ego mental, vital et physique qui serait assez coopératif pour se mettre en périphérie et ne pas obturer cette ouverture. L'Ouvert peut devenir une ouverture à la transformation de Mère. Un Soi avec du cœur est un pas, un Soi avec une âme un autre. Etc. Pour l'instant, en ce qui concerne mon cas, c'est au niveau de la mentalisation physique que l'ego reste le plus consistant dans ses défaillances. Il y a ici un "je" du corps qui collabore difficilement au travail de Mère. Cet ego du mental physique produit une séparation illusoire de ce corps avec le reste du physique, il fait nettement barrage à une conscience de l'action physique de Mère. Peu à peu, Mère fera qu'il n'y aura plus qu'une grande Non dualité du Divin en Être et en Devenir y compris sur le plan matériel. Pour moi qui te parle, c'est dans ce processus de dévoilement de Mère que l'idée de supramentalisation dont parle Sri Aurobindo peut prendre vraiment sens et se réaliser.

Si tu as une aspiration, toi aussi, pour explorer d'autres possibilités de conscience au-delà d'un simple éveil de l'Ouvert avec un égo humain en périphérie, tu peux lire ce qui suit. 




Réponse philosophique d'ordre  phénoménologique -

Dans l'ouverture de l'Ouvert, il y a Être atemporel, mais ce qui s'ouvre en l'Ouvert déjà comme Ouvert est Devenir. L'autocréation n'est pas en avant de l'Ouvert, L'Ouvert lui-même s'autocrée, c'est un "il y a". Dans l'acte pur d'"il y a", plus vif et impensable que le déploiement total d'une infinité, n'y a-t-il pas coïncidence de l'immuable et du muable, du Devenir et de l'Eternité ? L'autocréation n'est pas un "au sein de l'Ouvert", l'autocréation est la substance première purement relationnelle de l'Ouvert qui s'ouvre multiplement. La conscience ne se limite pas à un espace temps dans l'Ouvert, l'Ouvert est l'acte pur de la Prise de Conscience originaire, l'acte pur d'une Prise de Conscience autocréatrice avant tout temps et tout espace. 

L'Ouvert est Prise de Conscience automanifestée du Divin lui-même par les filtres de nos individualités. En effet, il s'agit quelque part d'une Prise de conscience impersonnelle, d'un "il y a" de pures perceptions, d'énergies, de forces, etc. En même temps, il s'agit aussi à l'évidence d'une Prise de conscience individuée, unique Première Personne d'une multitude de personnalités et unique spectatrice accueillant les impressions des choses. Autrement dit l'Ouvert, acte originaire atemporel de prise de conscience y compris temporelle est tout autant un "Cela", un "Il y a" qu'un "Moi absolu", un "Je suis".

Dans quelle mesure ces filtres mentaux, vitaux et physiques suscitent-ils les ténèbres masquant le supraconscient et le subconscient qui épisodiquement montrent leur présence en l'Ouvert ? Admettons que l'impression de percevoir l'Ouvert par delà la sphère mentale n'est certainement qu'une vérité partielle si, par définition, telle interprétation finit par être privilégiée contre telle autre au motif qu'on n'en a pas l'expérience ou qu'elle nous semble impossible. S'enfermer dans une optique mentale sous prétexte qu'elle a permis le basculement en l'Ouvert est une forme d'identification mental égoïque, comme on s'identifie à l'appartenance à un pays, une culture, une religion, à des options politiques sans s'ouvrir authentiquement à leur transformation par le dialogue. 

Ne confondons pas nos véhicules mentaux et notre destination spirituelle.

Bien sûr, vivre à partir de l'Ouvert au lieu de vivre seulement centré sur l'ego implique un certain basculement de la conscience au-delà de notre activité mentale, vitale et physique ordinaire. Il ne s'agit pas en l'occurrence de changement de concepts, il s'agit d'une autre intuition perceptive de la vie prenant sa source dans cette vie-même. 

Cependant, l'animal, lui aussi, est, à l'évidence, un vécu conscient de l'Ouvert. Peut-être vit-il plus naturellement que nous à partir de l'Ouvert n'ayant pas ce complexe égoïque de conscience qui vit malheureusement la vie à partir de "son" monde, une vision du monde d'ailleurs non régulée par des instincts naturels. Le poète Rilke a certainement raison contre le philosophe Heidegger, qui, lui, le nie au nom d'une association d'une conscience de l'Ouvert à celle de notre finitude humaine, dont le point saillant serait notre conscience temporelle et son horizon mortel. En fait, la conscience de l'Ouvert en son caractère atemporel, d'une part, et le rythme de sa simple présence instantanée, d'autre part, ne présuppose pas forcément une conscience de la mort et une mentalisation du temps. De très jeunes enfants vivent à partir de l'Ouvert sans encore ressentir l'horizon mortel de leur humanité et sans se repérer dans nos calendriers et horloges. 



Admettre ce point est paradoxalement reconnaître des degrés de conscience divers et une intuition commune de l'Ouvert propre à la vie des vivants. Le philosophe Heidegger parlant de l'Ouvert méprisait donc l'animal et, pire, par son antisémitisme, son ego persistant avec sa mentalité étroite raciste, il a méprisé ses proches, son maître Husserl, son ami Jaspers, marié à une épouse juive, Hannah Arendt, son élève, son amante, etc. L'animal est peut-être pauvre en monde mental. Mais telle humanité reste bien misérable au niveau de ses qualités de cœur. Car oui, des différences de degré de conscience sont aussi sur d'autres plans des différences de degré d'amour. L'illumination des ténèbres lumineuses où l'on se vit Ouvert met en jeu un progrès, une évolution consciente de la conscience impliquant sagesse et amour. C'est le cœur qui a des ailes et non la tête. Mais une tête bien faite permet d'aller bien plus haut. Les philosophies platoniciennes l'expliquent fort bien.  

Pour réaliser en l'Ouvert cette Prise de Conscience qui transcende personnel et impersonnel, Être et Devenir, ou en avoir une expérience, il y a déjà la nécessité que notre voilement de ténèbres lumineuses se retire assez ou devienne assez transparent, il y a la nécessité que l’œil de conscience et la sensibilité de notre cœur propre à notre vécu de l'Ouvert deviennent plus pénétrants. 

Ici même, si l'on prend l'idée de la grande Non dualité que "Tout est CELA" au sérieux, en le premier vécu de l'Ouvert où il y a encore un englobant et un englobé, se dévoilera en un Devenir que Tout est le Divin, par le Divin, à travers le Divin en train de se dévoiler Divin. L'évolution de la conscience de l'Ouvert sera un dévoilement du Divin toujours déjà involué.  

L'interprétation de l'Ouvert comme Soi peut amener l'expérience du Soi unique présent en l'autre être humain, en l'animal, l'objet, la nature, etc. Mais la grande Non dualité va plus loin car pour elle la manifestation Divine est aussi une multitude infinie d'individuations du Divin. Voir le Soi unique en tout n'est pas percevoir cette individuation en tout. Malheureusement certains voient le Soi unique les englobant eux et la personne avec qui ils sont censés dialoguer, mais ils n'entendent pas l'altérité du Divin qui s'exprime là. Ils sont accueillants mais sourds à des dimensions du Divin qu'ils ignorent et que pourtant ils pourraient accueillir en évitant d'étouffer l'altérité du Divin qui demeure en ce Soi unique. La surdité ou l'aveuglement leur fait manquer la relation non duelle avec le Divin. Ils confondent réalisation d'une non dualité et absence de relation !

Ouvert à des possibles, notre mental rendu plus plastique, comment dès lors se contenter de mettre d'un côté, un immuable et de l'autre un muable ? Ou encore de croire séparer un Rien et le Tout ? 

Réduire le Tout au Rien, peu d'amour ! oublier tout Rien du Tout, peu de liberté et de sagesse ! 

Réduire le Tout au Rien et oublier tout Rien du tout : ce sont deux façons de manquer de pénétrer le mystère de "Je suis Cela" à la croisée du Rien de Conscience et de la Conscience cosmique. Or la pénétration de ce mystère de "Je suis Cela" à la croisée de l'Être et du Devenir approfondira notre Conscience cosmique qui, pour nous, demeure subconsciente matériellement et supraconsciente spirituellement surtout du point de vue de son autocréation. Rester béat devant le mystère de l'autocréation n'est pas vivre un élan évolutif, seul un élan évolutif fait du mystère un territoire à explorer. Cette tentative de cartographie que je partage avec toi, mon objecteur, résulte de ce goût particulier du mystère qui consiste à aspirer l'éclaircir.

Associer l'Ouverture de l'Ouvert à l'immuable et le muable à ce qui s'ouvre en l'Ouvert revient déjà à relativiser le Devenir par rapport à l'Être. Ceci revient à affirmer comme les platoniciens que ce qui se manifeste est une perte d'Être, un moindre Être. Le Devenir serait réduit à une perte d'Être. Ce n'est plus, aujourd'hui, mon expérience vécue fondamentale de l'Ouvert. Ceci formait mon expérience vécue tant que mon égo subsistait  dans l'Ouvert avec l'illusion de croire les désirs siens et les pulsions siennes. Vivre en l'Ouvert mû par des désirs et des pulsions conduit forcément à du dualisme. Et contrairement à ce que certains discours spirituels affirment, il est loin d'être relatif ce dualisme puisqu'il conduit à ressentir d'un côté un monde de devenir spatio-temporel et de l'autre une réalité atemporelle. Pour l'égo, par nature condamné à s'effacer, soit par la mort, soit par le service du Divin, cela semble réel : le devenir personnel est alors une perte d'être seulement surmontable en son annihilation en l'Être véritable. Et certes, la perte d'Être se poursuit inéluctablement tant que notre vie humaine se focalise sur nos désirs humains et, en amont, accepte de se soumettre à nos appétits animaux, à nos circonvolutions du mental physique. 

Mais, par ailleurs, comme nous l'avons déjà évoqué précédemment, les platoniciens eux-mêmes parlent d'un amour du vrai, du juste et du beau. Pour eux aussi, il y a une aspiration à la perfection qui n'est pas réductible au besoin pulsionnel ou au désir de satisfaction vitale matérialiste. Cette aspiration à plus de perfection, cet Amour du Divin est le fond vrai de notre individualité, ce qui fait de quelqu'un ou d'une personne qu'elle est une âme avant d'avoir un ego. Notre réalité psychologique se déploie sur un fond réellement psychique et un complexe égoïque d'une foule amorphe de personnalités,  de volontés divisées, de désirs incohérents, etc. Ce mouvement psychique peut parvenir à surmonter la déficience d'être de l'ego, du désir et des pulsions, mais pas forcément en se détournant du Devenir, y compris chez les grecs de l'antiquité eux-mêmes. 

Dans l'univers de la sagesse grecque, la psychè, l'âme, l'être psychique est liée à Eros, à la fois le Divin originaire, la Source et le besoin d'Être, la soif inextinguible du Devenir Divin à la Ressource intarissable. Mon vécu d'une aspiration psychique peut peu à peu se distinguer de mes désirs ou des pulsion. Elle découvre en sa racine une âme, une individuation vraie de l'Ouvert. Cette individuation peut, sans nier la vitalité individuelle, se défaire des désirs et des pulsions contraires à l'aspiration érotique au beau, au vrai, au bien. Elle peut abolir tout le désir où s'enracine l'égocentrisme de l'ego sans renoncer à la vie. Au contraire, cette aspiration érotique grandissant avec notre individuation  vraie peut créer une réceptivité accroissant les capacités de la force vitale par laquelle se déployait auparavant inconsciemment ces désirs.

Ainsi cette individuation est, dans mon expérience, liée à un processus d'incarnation et non du côté d'une aspiration à une vie spirituelle désincarnée. Si mon action participe de plus en plus consciemment au Devenir le plus profond, elle se réalise de plus en plus participant par essence d'une autocréation consciente, le "il y a, ouverture de l'Ouvert"

Dans ma vie vécue en l'Ouvert, la Mère Divine est une manière de nommer une dimension de la Prise de Conscience personnelle du Devenir inhérent à l'Ouvert, une réalité personnelle divine de "Il y a ouverture de l'Ouvert". Ce que j'appelle Mère divine est, pour moi, une expérience concrète récurrente d'une Âme de toutes les âmes, la Réalisation d'une source avec une dimension personnelle du flux de toute individuation vraie à l’œuvre dans l'Ouvert. 

A un extrême, il y a le temps mental, une construction avec des ordres de grandeur comme une seconde, deux ans, mille ans, etc. Cette construction, je ne la confonds pas avec le Devenir de l'Ouvert en tant que telle. Une âme, c'est à la croisée du Devenir et de l'Être, c'est une expérience d'une réalité tempiternelle. Elle est la croissance d'une réalité immortelle. Tu te demandes ce que j'entends par le concept de tempiternité. L'aspect de cette expérience tempiternelle la plus immédiate est, selon moi, celle de la famille de la madeleine de Marcel Proust dans A la Recherche du temps perdu. Soudain une sensation nous fait faire un revécu vivant et présent de ce qui avait eu lieu dans le passé, un morceau de vie en Devenir surnageait donc dans l’Éternité. Ce n'est pas qu'une mémoire vive, c'est une réminiscence, il y a un accès à des vécus éternisés de notre vie individuelle.

Notre individuation vraie est le fruit d'évènements inscrits en éternité, à la croisée de l'Être et du Devenir, du non temps et du temps. 

Je me permets donc ici de nuancer ton affirmation selon laquelle toute liberté de l'Ouvert est sans histoire, que tous nos récits de nous-mêmes seraient fausseté. Notre individuation est une somme d'événements de dévoilement du Divin, ces dévoilements passés sont vivants présentement et aucun n'annule les autres, ils s'harmonisent tous ensemble comme les gouttes de pluie font des ruisseaux, des fleuves et un unique océan.

Le "Tu es Cela" des Oupanishads ne peut pas plus valoriser soit l'Être soit le Devenir. 

Si tu relavises l'Être, un pur multiple décrit un pur devenir inconscient de lui-même, rien ne s'unit absolument. Toutes les configurations deviennent toutefois possibles ! Si tu relativises l'Être, certes Tout devient masque, paraître. L'imagination créatrice n'aura aucune limite. Si tu relativises l'Être,  ton vécu de l'Ouvert se limite à une perspective parmi d'autres, l'ouvert de l'un ne peut pas comprendre l'ouvert de l'autre. Des muets parlent à des sourds. De vagues secousses d'épidermes font un commun. Nos histoires sont des logorrhées avec de temps à autres des échos qui se chevauchent en dissonant. L'harmonie devient ici un fantasme. Agitation, stress, absurde triomphent. Bien que détachées des chaînes de l'immuable, les imaginations et les possibles se focalisent sur le drame. La vie n'est pas belle, seules les images de la vie le sont, dirait Schopenhauer. Tu ne paraîs pas dogmatique mais tu bâtis une religion nihiliste, genre bouddhisme du petit véhicule ou advaita mayaniste !

Si, au contraire, tu relativises le Devenir, tu cherches à te relaxer du Devenir qui te traverse et qui s'étend dans l'Être immuable de l'Ouvert. Tu apprécies la paix et tu déprécies la vie. Là souvent tu dogmatises. Le risque est que bientôt tu adores un édifice mental rigide de douteur invétéré, ou te voilà conformiste servant une tradition plutôt que le nihilisme, mais douteur, tu rejettes toute évolution, toute création. Tu sers une mentalité caractéristique du traditionalisme religieux. 

A vrai dire, dans ces diverses relativisations au dépend d'une vérité au-dessus des contradictions et mettant toute chose à sa place, il y a toujours notre vie de sujet mental, vital et physique qui fait comme une ombre dans l'Ouvert et qui ne te permet pas de voir vraiment le Devenir à sa source.

Voici l'invitation : il s'agit de mieux voir en l'Ouvert, là où en Cela, encore Un, rien ne distingue Être et Devenir, là où Cela ne montre aucune préséance de l'Être sur le Devenir ou du Devenir sur l'Être.

 Comment mieux voir en l'Ouvert et mieux voir l'articulation de l'Être et du Devenir ? 

La posture du sujet qui se tient en l'Ouvert doit évoluer pour que le voir s'affine. En sciences, l'objectivité est acquise par un détachement gnoséologique du sujet. Une spiritualité de l'évolution consciente nécessite une transformation qualitative du sujet qui oriente la vision de l'Ouvert.

Parmi les sentiers spirituels, on distingue usuellement la voie de la connaissance, la voie de la dévotion et la voie des œuvres. 

La voie de la connaissance  est celle que ma phénoménologie spiritualiste a majoritairement emprunté ici dans un dialogue critique avec la tienne, celle que tu m'as exposée de manière synthétique. 

En évoquant la dimension personnelle du Devenir comme la Mère de mon individuation vraie, je suggère bien sûr la nécessité de compléter la voie de la connaissance par une voie de dévotion. Celle-ci révèlera par le ressenti des réalités et expériences d'Union avec le Divin. L'Amour de la Sagesse est un sens de la démarche philosophique fort souvent oublié. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, dit Pascal. Cette citation bien comprise suggère que le cœur, lieu d'intuition, transcende intelligence émotionnelle, finesse de ressentis autant que solides raisonnements ou esprit de géométrie. C'est au fond du cœur que notre Amour fera l'expérience de l'union au Divin. Un lien substantiel nous relie là au Divin, notre dévotion peut nous faire réaliser être une individuation divine engendrée dans la substance même du Divin. La mystique chrétienne la plus profonde comme celle de maître Eckhart, de Madame de Guyon ou plus récemment de Ma Suryananda Lakshmi approfondit cela.

Et par ailleurs, s'il s'agit de mieux voir à la croisée de l'ouverture et de ce qui s'ouvre, notre besoin est de mieux discerner à la croisée du voir et de l'action, de la contemplation et de l'activité. Une voie de la connaissance pragmatique s'impose. Et donc, s'il s'agit mieux voir à la croisée de la contemplation et du contemplé en Être et en Devenir, le sentier de la voie des œuvres devra être exploré ardemment.

Voir le non effort inhérent à l'Ouvert revient à privilégier l'ouverture toujours déjà là, l'Être, et déjà cela risque encore très souvent de relativiser le Devenir. La voie de la connaissance devenant dogmatique risque d'effacer l'accès à la profondeur pragmatique de l'action en survalorisant le non effort ! Voir le non effort de l'Être peut en même temps être voir le mystère de la nature manifester l'effort de l'action s'effectuant à travers notre bulle individuelle. 

Par exemple, Témoin Ouvert aux mouvements des mes bras et de mes mains, ces mouvements s'écoulent dans une conscience sans l'impression de qui que ce soit qui s'efforce. Mais de sensations apparaissent, disparaissent, de mouvements avec certaines forces, certaines énergies, il y a un effort impersonnel de la nature dans le corps et l'esprit. Mon mental évoque un objectif pour ces mouvements, il y a une concentration. C'est la nature qui agit, qui fait à travers moi des efforts en manipulant des forces, en suggérant telle idée.

Pour moi, il y a là un mystère de l'action à explorer. C'est dans l'effort de l'action que je découvre non seulement un non effort mais que je découvre aussi que l'effort qui se maintient n'est pas mon œuvre personnelle. Je vois la nature qui détermine tout cela. Mais venues d'au-delà de la nature, se découvrent aussi des courants de forces conscientes de l'œuvre divine en perfectionnement de sa propre autocréation. Sur la voie des œuvres, il n'y a pas essentiellement découverte d'une illusion intrinsèque de l'effort mais d'illusions sur l'auteur et l'intérêt de l'effort. Certes il y a un non effort de la Conscience, une ouverture sans effort à ce qui se manifeste. Mais ce non effort n'abolit pas le fait de courants de conscience énergétiques parcourant sa vacuité. 

L'effort ici à mieux vivre, à mieux dévoiler  n'est pas uniquement celui d'un individu empêchant la dispersion de sa concentration, la rendant ainsi plus stable et plus constante. La révélation essentielle en jeu concernant l'effort sera celle d'une force de Conscience, d'un courant du Devenir modifiant en moi les filtres et manières d'être imparfaits de mon mental, vital et physique. Cet effort de la nature et au-delà d'une surnature s'explore et gagne en conscience d'elle-même en modifiant les courants ordinaires de mon humanité. Les courants ordinaires du devenir suivent le cours des pulsions, des désirs : les activités servant la persistance de la nature nous laissent loin d'une Prise de Conscience du Devenir. Le mystère de l'action de la nature par delà les apparences de l'action individuelle peut être entraperçu. Ça pense, ça désire, ça vit, ça matérialise, à la fois universellement et individuellement. A partir d'activités servant uniquement la perpétuation de la nature, l'essence du Devenir reste bien enténèbrée. Le ressenti d'absurdité d'être humain peut l'emporter sur le mystère d'une évolution d'une autocréation divine. Les intérêts qui m'amènent à vouloir agir sont souvent illusoires et trompeurs en tant qu'ego humain, même si en arrière-plan tout se colore d'un non-agir impersonnel en la conscience de l'Ouvert. Le désintéressement nous rapproche davantage du flux principal du Devenir et de son mystère à sa croisée de l'Être, quoique mes impressions d'être l'auteur, même désintéressé, sont aussi une ignorance à dépasser. 

Une nouvelle connaissance surgit en l'Ouvert au-delà des savoirs, elle n'est plus réductible à une phénoménologie de l'Être. Cette nouvelle connaissance émerge en dissipant ou en dépassant les ténèbres lumineuses de l'Ouvert grâce à des luminosités jusque là inconnues. Elle s'apparente davantage à une phénoménologie pragmatique à la croisée de l'Être et du Devenir qu'à une phénoménologie axée sur la fixité de l'Être. Ce sont des actions pratiques de transformation évolutive de notre humanité qui facilitent l'émergence en l'Ouvert de nouvelles formes de connaissance. 

Une évolution de la conscience est nécessaire pour connaître et toute connaissance éclaircissant le mystère de l'Ouvert est évolution de la conscience.

L'intuition de l'Ouvert la plus immédiate nécessite l'intuition la plus instinctive. Rilke a certainement eu la connaissance de sa présence intuitive y compris pour l'animal. Nos savoirs mentaux nous en permettent des représentations, mais son vécu intuitif demeure premier. Et l'animal muet rencontré en cet Ouvert commun est notre frère.

Notre célébration mentale de l'Ouvert ne nous éloigne pas tant que cela de la conscience animale de l'Ouvert. Mais dans une pratique pragmatique, il y a évolution consciente de notre conscience. Au niveau mental déjà, la capacité mentale d'estimer des quantités et des rapports peut connaître des sauts qualitatifs de la petite enfance à la préadolescence. La plasticité mentale elle-même évolue en fonction de nos mentalités. Les travaux de Ken Wilber sur la spiritualité de l'évolution de la conscience rendent compte de cela. Pour nous, l'évolution consciente de la conscience peut aller plus loin encore grâce à des pratiques de spiritualisation concentrée. Sri Aurobindo a décrit des plans de connaissance surmentaux et supramentaux. Décrire ces plans sur un plan inférieur présente peu d'intérêt. Sri Aurobindo disait que le supramental s'expliquera de lui-même. Par contre, détailler les pratiques de spiritualisation qui permettent d'y accéder revient à fournir une cartographie permettant d'explorer réellement ce qui relevait du mystère de l'inconnu. Le dévoilement du domaine intuitif et la levée des ténèbres lumineuses limitant notre perception de l'Ouvert (à partir de l'Ouvert et de l'essence de l'Ouvert) passe par une pratique spirituelle. Le chemin de la connaissance peut aider à corriger des limitations herméneutiques mentales d'expériences intuitives phénoménologiques. Une pragmatique phénoménologique dispose à des sauts de conscience connaissante : en fait, l'Intuition, la connaissance par identité se décline en divers degré elle-aussi. Explorer le mystère du Devenir par le sentier des œuvres prédispose à ces évolutions. L'acte de connaître le Devenir autocréateur au-delà de nos savoirs passe par une action évolutive de la conscience mentale puis intuitive. Le sentier des œuvres est une participation de plus en plus consciente à l'autocréation de l'Être et du Devenir.

Cependant le sentier des œuvres ne culmine pas seulement dans des nouvelles luminosités connaissantes au-delà des savoirs. Reste encore une étape vers la Prise de conscience de l'auteur Divin du Devenir, celle de s'offrir et de se consacrer à cette Conscience force directrice de tous les devenirs, y compris donc des flux de perpétuation. 

En sanskrit, la Shakti désigne les flux principaux du Devenir, prakriti les flux de perpétuation de la Nature manifestée. Cette étape de dévotion à l'action de la Shakti vise à dépasser toute illusion d'être l'auteur d'une action quelconque y compris celle de s'offrir et de se consacrer. 

Cette dévotion d'offrande et de consécration devra s'initier depuis notre âme vraie, notre individuation du Divin pour révéler par la suite de plus en plus les dimensions personnelles du Devenir. 

Alors, par cette investigation intuitive des œuvres confluente avec la quête dévotionnelle, deux dimensions personnelles originaires à la croisée de l'Être et du Devenir pourraient se révéler : la Mère Divine, la MahaShakti et aussi l'Âme de la manifestation, qu'en sanskrit la Bhagavad Gîta nomme Purusha suprême ou Uttama Purusha ou encore Purushottama. 

Tout Purusha est ce détachement permettant la maîtrise, notre individuation vraie est un Purusha, le Suprême est le détachement du Devenir qui en a la totale maîtrise. Mère, la Mahashakti est l'amoureuse du Purusha, sa volonté exécutrice, son pouvoir d'exécution. La Mère est l'amour du Suprême se manifestant pour Elle, en Elle et par Elle entre toutes leurs autocréations. 

Au-delà des savoirs, sur la voie des œuvres, à la confluence de la voie de la connaissance et de la dévotion, il y aura la reconnaissance intime de la relation première d'Amour créateur où s'embrassent Être et Devenir, la Mère et le Suprême.

Ce seront peut-être d'abord des expériences, mais comme au départ de notre cheminement la présence de l'Ouvert s'expérimente discontinument, le jeu de dévoilement et voilement dure et accompagne notre transformation nécessaire avant que des réalisations se cristallisent.

Une nouvelle fois, ces rythmes suggèrent le mystère à la croisée de l'Être et du Devenir que je t'invite à explorer.


Article publié initialement le 31 juillet 2026,  amplement repris et approfondi le 6 septembre.

samedi 15 novembre 2025

La grande Non dualité des enfants du Divin


 Ceux qui ont entendu l'appel de la grande Non dualité ont commencé par ressentir que la distinction de la vacuité et de ses formes n'était pas une opposition. Ils ont bien compris que parler d'absolu et de relatif sonnait faux. Il y a en effet ces non dualistes qui avaient ânonné la sagesse du Rien et l'amour du tout, mais malgré eux, ils en revenaient sans cesse au Rien, ils faisaient du rien de conscience, un inconscient absolu. Malgré eux (ou non), cela sonnait ainsi comme si le Rien était l'absolu, et l'Amour le relatif !    

La prise de Conscience absolue est un acte pur intemporel qui est Amour à l'infini. Dès lors, si l'absolu est un acte d'émergence à Soi, l'absolu n'est ni un néant, ni seulement une conscience immuable sans Devenir, le devenir étant alors poussée aveugle ou une illusion. Comment l'Amour aurait-il du sens en cas de devenir illusoire ? Toute relation étant une illusion ! Comment aurait-il du sens en cas de poussée aveugle hors d'un néant ? 

La prise de Conscience absolue, par l'Amour atemporel qu'elle est, est aussi l'acte pur révélant un Tout possible au cœur du Rien. A chacun d'être sa propre autorité quant à l'Amour ! Oui, dans notre "expérience", le Divin est pressenti inséparablement Éternellement, Rien, Amour et Autocréation ! Pressentant Cela, nous réalisons que nos illuminations sont des ténèbres lumineuses qui demandent encore bien de la mise à jour.

Ma foi devant ces ténèbres est pressentiment de l'Amour absolu autocréateur. Et cette foi amène le vécu, non une simple croyance. Le vécu de l'Amour en Devenir renforce la foi et l'aspiration à être Cela.

Une Autocréation ne saurait être une poussée aveugle menant à l'existence si elle est avant tout Conscience d'Amour absolu. L'Amour vrai loin d'être aveugle est un joueur d'échec aussi bien qu'un poète. Il voit des millions, des milliards, une infinité de coups à l'avance, jouant un jeu de stratégie que le poète en lui réinvente sans cesse, Éternellement.

Oui, 

Ishwara, le Seigneur Suprême, la Paix et MahaShakti, Mère Divine, la Joie ne font qu'Un, inséparablement, une seule Conscience, un seul Être, Indissolublement Paix et Joie - Sat-Chit-Ananda, notre véritable nature.

Et le fruit de leur jeu d'Amour, c'est en nous, l'enfant divin, que nous sommes, en chaque monade-univers manifestée de leur.s Moi-s d'Amour. Cet enfant divin caché dans les ténèbres lumineuses de notre cœur sait sans le savoir le Divin Amour Autocréateur. Car en cet enfant divin, d'abord caché dans le tréfonds du cœur, il y a une goutte de Suprême entourée inséparablement d'un feu d'aspiration individué grandissant, feu de la substance même de notre Mère divine. 

Et l'aventure de conscience de chacune de ces âmes-enfants est l'expression d'un Moi éternel, Un et multiple, que Ishwara et MahaShakti ont engendré. Ce Moi embrasse chacun des microcosmes associés au devenir d'une âme, enfant divin. Ce Moi Éternel d'une âme, relié à tous les Moi.s, est la clé de la communion de toutes les âmes. Chaque devenir microcosmique d'un enfant divin enveloppe secrètement le macrocosme de tout l'Amour. Nous avons là des possibles expériences spirituelles, qui ont à voir avec ce que Leibniz appelle des monades, soudain tout est en nous, le décret ici est inséparable de ce qui se passa là-bas.

Selon Leibniz, l’univers est composé d’unités fondamentales appelées monades, qui sont des substances immatérielles et indivisibles. Contrairement à la matière, qui est souvent perçue comme la base de l’existence, les monades sont des entités spirituelles qui ne peuvent être ni créées ni détruites. Les monades, selon Leibniz, sont des miroirs de l’univers, chacune reflétant l’ensemble du cosmos à sa manière. Cette idée suggère que chaque monade possède une perspective unique et individuelle et que cela ne contredit pas un Devenir harmonieux, cela suggère que tout est libre et déjà prédestiné à devenir au mieux.

Si le Soi se réalise avec une âme d'enfant divin, alors l'Amour Divin, de Paix et de Joie, devient indubitablement la clé du mystère à la croisée de l'Être et du Devenir. La Conscience de Vérité est bien au-delà du mental humain, l'Amour Divin exige une transformation de la conscience corporelle, et par là de la matière, elle-même, pour se manifester sans tout abolir de ce monde qui nous entoure, nous ses enfants divins.

C'est donc dans le mystère de ce Rien et Tout, dans les ténèbres lumineuses de l'illumination spirituelle qu'il faut s'enfoncer pour découvrir dans notre cœur notre véritable âme d'enfant divin. C'est en s'enfonçant dans ce mystère du Soi avec une âme que notre Mère Divine se révélera à nous de plus en plus, qu'elle nous fera grandir et nous transformera de plus en plus. C'est dans l'aventure de la conscience qui se joue là que Mère nous apportera aux pieds du Suprême et qu'ils commenceront à incarner à travers nous le corps et la matière de leur Amour vrai.

Soi avec une âme d'enfants divin, nous approcherons du Moi secret de notre monade. Le jeu d'Amour cosmique devient de plus en plus conscient.

Dans ce que nous appelons ici bien maladroitement la grande Non-dualité, Seule la Conscience de Vérité de l'Amour créateur est sagesse.

Nous sommes ultimement cela : l'Un, la vibration d'amour qui engendre éternellement le Suprême et la Mère du Devenir.

Plotin et d'autres, conscient de leur Soi avec une âme d'enfants divin, ont pressenti cet Un. Mais leurs visions du jeu d'Amour défaillaient.

Le jeu d'amour de notre Suprême Seigneur et de notre Mère sera de plus en plus conscient. Notre âme, leur enfant, y aspire qu'on le sache ou non. Elle est faite de leurs deux substances. Par sa nature, elle peut traverser les ténèbres lumineuses de son Soi jusqu'à se pressentir Un en tout. 

Il faudra que la transformation du corps avance pour que notre âme puisse se vivre Innombrablement Un. Notre corps humain est un filtre trop opaque tant qu'il est au service de pulsions dont notre conscience n'a pas la clé. 

Comprenne qui pourra. 

Et dans un premier élan de prise de conscience du Soi avec une âme, nous pourrions dire ensemble :

Que la grâce du Seigneur soit sur nous et que notre Mère divine veille sur nous, pour que nous nous rappelions que nous sommes, avant tout, leurs enfants, une de leurs individuations ! 




lundi 3 novembre 2025

La grande non dualité du jeu d'Amour Divin selon Sri Aurobindo et Mère.

 

Fragmentation Divine - œuvre de Niranjan Guha Roy 



https://sri-aurobindo.co.in/workings/ma/playground_audio/57-01-23.htm?fbclid=IwdGRjcANqA2FjbGNrA2oCXWV4dG4DYWVtAjExAAEeJiSrMceqqoZApc2GhpRVTSiHanKb6uXttzsF88J1my5JqsTkPNVLrAKZkK0_aem_ZJokvxc3J4YwmpnVe7GmOg



Mère

Entretiens


Le 23 janvier 1957


La fin


« La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du Divin dans l’humain et une immersion de l’homme dans la Divinité.

Mais cette immersion n’est pas une espèce d’annihilation. L’extinction n’est pas l’aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n’aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.

La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.

Quel fut donc le commencement de toute l’histoire ? Une existence qui s’est multipliée pour la seule joie d’être et qui s’est plongée en d’innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.

Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d’une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d’une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.

Et quelle sera la fin de toute l’histoire ? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l’une l’autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l’âme de l’homme et l’univers.

L’Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l’accord, la Connaissance est l’exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l’auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l’harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes. », Aperçus et Pensées.


Comment apprendre la joie pure ?


D’abord, pour commencer, il faut par une observation attentive, s’apercevoir que les désirs et la satisfaction des désirs ne donnent qu’un vague plaisir incertain, mélangé, fugitif et tout à fait insatisfaisant. Cela, c’est généralement le point de départ.

Alors, si l’on est un être raisonnable, il faut apprendre à discerner ce qui est désir et se refuser à faire quoi que ce soit pour satisfaire ses désirs. Il faut les repousser sans essayer de les satisfaire. Et alors le premier résultat, c’est justement l’une des premières constatations du Bouddha dans son enseignement : il y a une joie infiniment plus grande à maîtriser et supprimer un désir qu’à le satisfaire. Tout chercheur sincère et obstiné, au bout de quelque temps, plus ou moins longtemps, quelquefois très peu de temps, s’apercevra que c’est une vérité absolue, et que la joie qu’on éprouve à surmonter un désir est incomparablement supérieure au petit plaisir fugitif et mélangé que l’on peut trouver à la satisfaction de ses désirs. Cela, c’est le second pas.

Naturellement, avec cette discipline continue, au bout de très peu de temps les désirs seront à une distance et ne vous ennuieront plus. Alors vous serez libre d’entrer un peu plus profondément dans votre être et de vous ouvrir dans une aspiration vers... le Donneur de Joie, l’élément divin, la Grâce divine. Et si on le fait avec un don de soi sincère — quelque chose qui se donne, qui s’offre et qui n’attend rien en échange de son offrande —, on sentira cette espèce de chaleur, douce, confortable, intime, rayonnante, qui remplit le coeur et qui est l’avant-coureur de la Joie.

Après, le chemin est facile.


Douce Mère, quelle est la vraie joie d’être ?


Celle-là même dont je parle !


Alors, Douce Mère, ici, quand Sri Aurobindo parle d’une existence qui «se multiplie pour la seule joie d’être», quelle est cette joie ?


La joie d’exister.

Il y a un moment, quand on commence à être un peu prêt, où l’on peut sentir dans chaque chose, dans chaque objet, dans chaque mouvement, dans chaque vibration, dans toutes les choses qui vous entourent — pas seulement les gens et les consciences, mais les choses, les objets; pas seulement les arbres et les plantes et les choses vivantes, mais simplement un objet dont on se sert, les choses qui vous entourent — cette joie, cette joie d’être, d’être tel qu’on est, simplement d’être. Et on voit que tout cela, ça vibre comme cela. On touche une chose et on sent cette joie. Mais naturellement, je dis, il faut avoir suivi la discipline dont j’ai parlé au commencement; autrement, tant que l’on a un désir, une préférence, un attachement, ou des affinités et des répulsions et tout cela, on ne peut pas — on ne peut pas. Et tant que l’on trouve des plaisirs — le plaisir, n’est-ce pas, le plaisir vital ou physique à une chose — on ne peut pas sentir cette joie. Parce que cette joie est partout. Cette joie est quelque chose de très subtil. On bouge au milieu des choses et c’est comme si elles vous chantaient toutes leur joie. Il arrive un moment où c’est très familier dans la vie qui vous entoure. Naturellement, je dois reconnaître que c’est un petit peu difficile de la sentir dans les êtres humains, parce qu’il y a toutes leurs formations mentales et vitales qui viennent dans le champ de la perception et qui dérangent cela. Il y a trop cette espèce d’âpreté égoïste qui se mélange aux choses, alors c’est plus difficile de toucher la joie là. Mais même dans les animaux, on la sent; c’est déjà un peu plus difficile que dans les plantes. Mais dans les plantes, dans les fleurs, c’est si merveilleux ! Elles parlent toute leur joie, elles l’expriment. Et je l’ai dit, n’est-ce pas, tous les objets familiers, les choses que l’on a autour de soi, dont on se sert, il y a un état de conscience où chacune est joyeuse d’être, telle qu’elle est. Alors on sait à ce moment-là que l’on a touché la vraie joie. Et cela, ce n’est pas conditionné. Je veux dire, cela ne dépend pas... cela ne dépend de rien. Cela ne dépend pas des circonstances extérieures, cela ne dépend pas d’un état plus ou moins favorable, cela ne dépend de rien : c’est une communion avec la raison d’être de l’univers.

Et quand cela vient, ça remplit toutes les cellules du corps. Ce n’est pas une chose qui se pense même — on ne raisonne pas, on n’analyse pas, ce n’est pas cela: c’est un état dans lequel on vit. Et quand le corps y participe, il est si frais — si frais, si spontané, si... il n’a plus aucun retour sur lui-même, il n’y a plus aucun sens d’observation propre, d’analyse de soi ou des choses. Tout cela, c’est comme un cantique de vibrations joyeuses, mais très, très tranquille, sans violence, sans passion, rien de tout cela. C’est très subtil et très intense en même temps, et quand ça passe, il semble que tout l’univers soit une harmonie merveilleuse. Même ce qui pour la conscience humaine ordinaire est laid, déplaisant, apparaît merveilleux.

Malheureusement, comme je dis, les gens, les circonstances, tout cela, avec toutes ces formations mentales et vitales, ça dérange tout le temps. Alors on est obligé de retourner à cette perception si ignorante, si aveugle des choses. Mais autrement, dès que tout cela s’arrête et que l’on peut s’en sortir... tout change. Comme il le dit là, à la fin: tout change. Une harmonie merveilleuse. Et c’est tout la Joie, la vraie Joie, la Joie véritable.

Cela demande un peu de travail.

Et cette discipline dont j’ai parlé, à laquelle il faut se soumettre, si on la fait dans le but de trouver la joie, on retarde le résultat, parce qu’on y introduit un élément égoïste, on le fait dans un but et ce n’est plus une offrande, c’est une demande, et alors... Ça vient — ça viendra, même si cela prend beaucoup plus de temps — quand on ne demande rien, quand on n’attend rien, qu’on n’espère rien, que simplement c’est cela, c’est le don de soi et l’aspiration, et le besoin spontané, sans aucun marchandage — le besoin d’être divin, c’est tout.


Mère, tu expliqueras cette « goutte de miel » ?


Oh ! le miel !... Mais c’est une image, mon enfant.

Il dit : si l’on pouvait s’imaginer... C’est simplement pour donner une approche qui soit plus concrète que les abstractions intellectuelles. Il dit: si vous pouvez vous imaginer, par exemple, un rayon de miel, n’est-ce pas... un rayon de miel qui aurait la capacité de se goûter lui-même et en même temps chaque goutte du miel; non seulement de se goûter lui-même en tant que miel, mais de se goûter lui-même dans chaque goutte, étant chaque goutte du rayon de miel, et que chacune de ces gouttes puisse goûter toutes les autres, soi-même et toutes les autres, et en même temps que chaque goutte ait la capacité de goûter, d’avoir le goût du rayon tout entier comme si c’était elle-même.

Alors, ce serait le rayon capable de se goûter lui-même et de goûter en détail toutes les gouttes du rayon, et chaque goutte capable de se goûter elle-même et individuellement toutes les autres et le rayon tout entier comme une unité, comme ellemême... C’est une image très exacte. Seulement il faut avoir un pouvoir imaginatif !

Comme cela, j’ai compris. Je demande ce que cela signifie.

Le miel, c’est une chose délicieuse, n’est-ce pas, alors ce sont les délices de la Joie divine.

Et tout à l’heure, quand j’évoquais cette joie qui est dans les choses, spontanée, simple, cette joie qui est au fond de tout, eh bien, pour le corps physique, cela a quelque chose de vraiment — oh! naturellement, le goût du miel est très rude et grossier en comparaison —, mais quelque chose comme cela, quelque chose d’extrêmement délicieux. Et très simple, très simple et très total dans sa simplicité; très complet dans sa simplicité, et pourtant très simple.

Cela, n’est-ce pas, ce n’est pas une chose à penser, il faut avoir la capacité de l’évoquer, il faut avoir de l’imagination. Alors, si l’on a cette capacité, on peut faire cela rien qu’en lisant, alors on peut comprendre... C’est une analogie, qui n’est qu’une analogie, mais c’est une analogie qui a vraiment une capacité d’évocation.


Mais chacun imaginera quelque chose de différent, non, Mère ?

Évidemment. Mais cela ne fait rien! Ce sera bon pour lui.


(silence)


C’est tout ?


J’avais apporté des questions que l’on m’a posées, mais je crois qu’il est déjà un peu tard. (Mère feuillette des questions)

Il y en a une qui est terriblement intellectuelle et que nous laisserons pour une autre fois. Il y en a une autre... qui n’est qu’une apparence, et puis il y en a une troisième qui est intéressante, mais à laquelle il faudrait répondre en détail, et ce soir il est déjà un peu tard.


Ici, n’est-ce pas, la question à laquelle on peut répondre très facilement, c’est un texte de moi, où il est dit :

« C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde. »


Et puis, dans La Synthèse des Yogas de Sri Aurobindo:

«Si nous voyons l’unité partout, si nous reconnaissons que tout arrive par la Volonté divine... etc.»


Et une autre chose de moi, dans Prières et Méditations :

«C’est Toi qui agis en toute chose et en tout être, et celui qui est assez proche de Toi pour Te voir en tout acte sans exception, sait transformer tout acte en bénédiction.» (Le 10 décembre 1912)

Et alors, on me demande comment réconcilier ces contradictions. Moi, je ne vois aucune contradiction. Parce que la première phrase où il est dit: « C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde »... Je dirai : il est extrêmement rare qu’elle agisse ouvertement. Elle agit toujours, mais pas ouvertement. Et quand elle agit ouvertement, c’est ce que les hommes appellent des « miracles ». Et c’est une chose extrêmement rare. La plupart du temps elle n’agit pas ouvertement, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’agisse pas. Elle n’agit pas ouvertement, c’est tout. Alors là, il n’y a pas de contradiction. C’était tout ce que je voulais dire. C’est une contradiction tout à fait superficielle née de l’incompréhension des mots.

La Volonté divine agit, mais pas ouvertement. Quand elle agit ouvertement, éh bien, les hommes appellent cela des miracles. Voilà. Mais cela ne l’empêche pas d’agir.


Vers la source - œuvre de Niranjan Guha Roy 


samedi 1 novembre 2025

Genres, sexualités et l'âme en transformation évolutive.

  

Les nouveaux êtres selon Niranjan Guha Roy 


 Tout est toujours déjà accueilli dans la Présence consciente. Le jugement arrive toujours après, s'il arrive. Aucun jugement de la part de la Présence consciente. Tout est l'autocréation de l'essence de la Présence consciente. Nos jugements sont des fictions, nos actes ne font que s'inscrire dans l'autocréation. Instant après l'instant, tout est parfait et s'autoperfectionne selon un processus qui échappe au jugement mental.

Alors comment peut-on prétendre témoigner de réalisations spirituelles et juger socialement des gens au sujet de leurs identités sexuelles ?

Notre âme vraie est asexuelle, cela la distingue de notre ego. Notre ego se situerait-il asexuel, notre âme vraie est libre, elle par nature, de toute identité sexuelle. Si notre âme est le développement d'une individuation d'étincelle divine, le Divin étant une pure liberté, elle ne saurait être genrée en essence. Notre âme vraie, qui n'est pas notre ego, est existence de pure liberté, elle n'est déterminée par aucune pulsion. 

Une âme vraie n'étant pas genrée, au niveau de l'ego, le désir de changer de genre ressemble comme à un reflet de sa liberté en profondeur émanée de l'âme.

Celui qui vit au niveau de son âme vraie, qui est entré dans le processus de psychisation, peut-il déconsidérer tout  comportement sexuel consenti sans desservir la vie ? 

Bien sûr, si un comportement criminel a mis en jeu des relations sexuelles non consenties, ne devons-nous pas en protéger la société et rendre justice à la victime ? De même, des accusations mensongères concernant la sexualité pour détruire une personne, la faire rejeter socialement et familialement ne doivent-elles pas être considérées comme un désordre social criminel à empêcher.  Ne devons-nous pas rendre justice à la victime ? Bien entendu, le travail de la justice est de juger sans idéologie, de déterminer qui est criminel, qui est victime.

Dans le christianisme, il y a cette question de qui sera-t-il l'époux, celui qui ressuscitera avec les épouses dont il fut successivement veuf. Le Christ répond qu'il n'y aura pas de corps sexué, lors de la résurrection, rendant cette question, par laquelle on cherchait à l'embarasser, vide de sens. Jésus-Christ se présentait comme fils de Dieu. Du point de vue d'une psychisation, c'est-à-dire d'une transparence à la vie de l'âme, l'âme vraie est enfant de Dieu, enfant divin de même substance que Dieu.

Les apparences féminines et masculines ou de quelque genre sexuel que ce soit sont dès lors relatives vis-à-vis de chemins qui visent à la divinisation individuelle et collective. 

S'accrocher à des symboles d'identité sexuelles, craindre tout ce qui pourrait les confondre, en rendre les limites confuses n'est-ce pas se rendre sourd à l'âme, à la divinisation de nos corps dont nos âmes enfant du divin ont soif ?

La divinisation par transformation évolutive est liée à une individuation de l'âme qui se libèrera des déterminismes sexuels quels qu'ils soient. Juger que tel genre sexuel, telle orientation sexuelle est inapproprié, et cela manque l'objet de cette libération.

Le tantrisme nous propose usuellement d'amener l'énergie du plaisir sexuel dans le cœur, le plaisir sexuel semble alors participer de l'amour Divin.

Mais pour les âmes qui sont parvenues à  ce point, où elles se réalisent aspirer à l'évolution divinisatrice, qu'en sera-t-il ?  Cela ne signifierait-il pas aspirer à la formation d'un corps répondant vraiment à la dimension divine asexuée de notre âme ?

Peut-on spéculer sur une telle évolution divinisatrice qui transformerait notre appartenance sexuelle biologique et vitale ? Ce serait l'amour Divin, qui s'installerait d'abord dans le centre subtil des pulsions charnelles qu'elles soient sexuelles ou autres. Cet amour Divin descendant ferait là une félicité de plus en plus intense et forte, bien moins conditionnée et limitée que le plaisir sexuel. Au lieu de dépendre d'une relation sexuelle extérieure même multiorgasmique, qui monte dans le cœur, il y aurait là par la présence constante d'une félicité une plénitude sans manque. Cette félicité, cet ananda supramental, semblerait même insoutenable pour les corps humains usuels. 

Cependant il faudrait un premier saut évolutif dans le corps pour que cette félicité de l'amour créateur s'intègre à la vie du corps.

 Pour ceux chez qui un tel processus de la divinisation de la chair par l'amour Divin créateur prédominerait, tous les débats humains sur la sexualité seraient regardés comme mineurs et comme de faux-problèmes recouvrant les vrais. Pour de tels être en transition vers une espèce nouvelle, la recherche du plaisir sexuel ou les question de genres et d'orientations sexuelles tomberaient loin du centre de leur champ d'attention.

C'est au moment où la félicité de l'âme en évolution surgira que l'intérêt pour satisfaire des pulsions sexuelles tombera. A ce propos, c'est peut-être l'expérience de Jésus-Christ quand il dit que certains se sont retrouvés eunuques pour le royaume des cieux. 

La libération du désir sexuel fruit de la psychisation et la transformation évolutive en cours ne seront pas le résultat d'une ascèse volontariste. Elles ne passeront pas non plus par une quelconque sublimation tantrique. Ce sera le résultat naturel d'une émergence de l'âme au premier plan devenue consciente du processus évolutif de transformation. 

La libération du désir sexuel sera liée à la transformation des plans subtils et organiques où se forment nos pulsions subconscientes et déterminées. En lieu et place, il y aura de l'amour Divin, une félicité sans limite et une puissance créatrice consciente.


Œuvre de Niranjan et Amita Guha Roy 


dimanche 12 octobre 2025

Sri Aurobindo et l'héritage socratique.

 

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La montagne de la sagesse socratique et la vie divine selon Sri Aurobindo. 

Socrate a eu des disciples qui ont développé des approches fort différentes de l'amour de la sagesse. Sa démarche était de faire prédominer la sincérité, le goût du vrai, par rapport aux croyances irréfléchies. Il se présentait comme un accoucheur d'âme. Sa mère était sage-femme praticienne experte en maïeutique, art de l'accouchement. Socrate est le sage-homme, le pratiquant de la maïeutique de l'âme. 

Les doctrines philosophiques sont engendrées par des types d'âme. Il y a plusieurs philosophies parce qu'il y a plusieurs types d'âme.

Chaque type d'âme a son chemin vers la vertu, la croissance du pouvoir spirituel en elle et vers le bonheur.

Au sommet, l'âme réalisera le bonheur comme source de la vertu ou la vertu comme pouvoir divin produisant le bonheur.


Face nord, l'ascétisme des stoïciens et ses excès, mais aussi le Oui à ce qui est, faire la volonté divine. 


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Face sud, l'hédonisme d'Aristippe puis d'Epicure et leurs excès, mais aussi l'attention, libérée de la dramatisation et de l'excitation, la jouissance d'être en vie.

 

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Face centrale, la voie platonicienne, que Sri Aurobindo reprendra et dépassera, l'aspiration psychique (de l'âme), l'amour du beau (de la perfection et de la lumière spirituelle). 

Toutes ces voies passent par la paix, l'ataraxie, un état de conscience où on est calme, tranquille, serein en toutes circonstances. 


Sri Aurobindo insiste, lui, sur la vertu d'égalité qui est une intégration individuelle de la paix et du silence inhérent à l'esprit, ce rien qui est tout, dit-il en référant aussi au taoïsme.




L'âme est une individuation du Divin chez les platoniciens comme chez Sri Aurobindo. L'ego est un complexe de personnalités, dont beaucoup résultent de la socialisation, de la soumission aux désirs charnels d'appropriation, de perpétuation, de reconnaissance et aux forces sentimentalo-sexuelles. 

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Ainsi l'âme vraie n'est pas l'ego. Sri Aurobindo nous invite à distinguer âme vraie, être central, d'une part, et âme de désir, d'autre part.



L'être central est ressenti dans une dimension parallèle à celle du corps physique et du corps subtil comprenant les chakras.


Pour les hédonistes, l'âme est liberté, le bonheur est liberté par rapport au désir, simple plaisir d’exister. Dans les philosophies tantriques proches de l'hédonisme philosophique occidental, on insistera sur le fait que l'accomplissement du désir, sa pleine satisfaction est libération du désir. Le sage n'est peut-être pas sans désir mais il est libre du désir.

Pour les platoniciens comme pour Sri Aurobindo plus tard, ceci n'est pas le sommet de la sagesse. Selon eux, nous pouvons aller plus loin si on distingue le désir de l'âme vraie et les désirs charnels vitaux. L'amour du beau, du vrai, du juste, etc. est un type de désir propre à l'âme vraie. 

Pour les stoïciens et les platoniciens, l'âme vraie est de substance divine, elle est liée à l'intelligence du Divin. Par ce lien, selon les stoïciens, l'âme est en harmonie avec l'univers, le corps du divin. 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir - le feu de l'hêgemonikon est le feu divin


Par ce lien substantiel, selon les platoniciens, l'âme est connectée à l'Un, au Suprême, source du multiple et pas seulement à la Déesse, l'âme du monde qui met en mouvement l'univers. 

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L'âme vraie, qui individue le Divin, ne peut donc pas avoir un sentiment de séparation.

En tant qu'enfant du Divin, rayon du Divin,  l'âme vraie aspire au Divin, elle aspire à la volonté Divine, à l'intelligence Divine au-delà du raisonnement humain le plus sage. L'âme aspire au monde des idées-forces, ces visions matérialisatrices, ces matrices de l'univers. L'âme vraie s'élève au-delà du mental rationnel vers l'intuitif suprarationnel. 



Ce n'est pas seulement la raison qui est éclairée par le suprarationnel mais aussi notre amour du beau, l'intelligence émotionnelle de l'âme. Sur cette voie, celle-ci se distinguera et se purifiera des émotions passionnelles qui résultent des désirs vitaux charnels.

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Pour Sri Aurobindo comme pour les platoniciens, l'intelligence intuitive résulte d'une élévation de l'âme à l'intelligence divine. Cependant, l'âme vraie peut atteindre une sphère de conscience divine supérieure. Plotin parle d'extases d'union directe avec l'Un, ses plus hautes élévations, au-delà de l'intelligence divine surmentale. Il admet une inconscience dans ces rares élévations au-delà de cette sphère. Pour Sri Aurobindo, cette élévation au-delà du surmental peut se faire sans inconscience, l'âme sort alors complètement de la sphère de conscience humaine. Elle évolue à un niveau de conscience surhumain. Ce nouveau niveau de conscience a des effets matériels. La chair n'est plus dévolue aux seuls désirs-appétits vitaux. Il y a une divinisation de la chair rendue possible. Cette supra-intelligence au-dessus ouvre à une nouvelle manifestation du Divin dans la matière, à une nouvelle création.

L'homme semblait au sommet de la création mentale, c'est un être de transition pour la nouvelle création supramentale.






Les pensées antiques ignoraient le processus évolutif de la vie biologique et l'histoire évolutive de l'univers. Du point de vue des sciences de la matière, une évolution de la conscience au-delà de la conscience mentale n'est pas plus choquante que l'a été un saut évolutif d'une conscience animale prémentale voire juste vitale vers une conscience mentale. Etc.

Les platoniciens estimaient que le mal résulte du fait que la lumière divine se perd et devient discontinue comme le scintillement des étoiles, des soleils vus de tellement loin que leur lumière s'éteind et se rallume pour l'observateur lointain.

Les platoniciens regardaient donc le monde terrestre charnel comme lieu d'une inévitable perdition spirituelle, lieu du mal. 

La lumière supramentale révèle que cette discontinuité spirituelle sur terre est due à la sphère mentale et à sa déformation de la lumière divine. Les ténèbres lumineuses de la lumière spirituelle sont dues à notre enfermement dans la bulle mentale.

La matière, la chair, dans cette lumière supramentale, que Sri Aurobindo nous a découverte, se libèrent inévitablement peu à peu de toutes les formes du mal que nous connaissons encore aujourd'hui. L'ignorance inhérente à la sphère mentale qui semblait former une déficience métaphysique propre au Divin sera dépassée.

Dans cette nouvelle lumière pour les âmes, ce sera peu à peu la fin du règne du mal moral qui cycliquement détruit les sociétés et civilisation. Ce sera au final un dépassement des limites physiques et des diverses formes du mal physique que sont maladie, accident et mort.

Aurore supramentale de Niranjan Guha Roy