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dimanche 6 septembre 2026

la Mère divine - une approche


 

Objecteur

Tu n'as que Mère à la bouche. Douce Mère par là, Mère divine par ci ! Ta déesse Mère se substitue à Dieu, ce mot éculé et patriarcal. Mais c'est encore, semble-t-il, de la religion qui t'habite, une croyance religieuse, un récit, une histoire pour vivre plus rassuré les événements chaotiques de ces temps. 

Pourquoi tu as besoin de ce galimatias, dans mon expérience, la Réalisation de la Conscience suffit. En cet Ouvert, tout surgit sans besoin de récit pour espérer, sans besoin fondamental de quoi que soit d'autre que cette liberté et de cet accueil. Pourquoi surajouter du sens religieux à l'Ouvert ?

L'Ouvert, ce n'est personne, ni un Dieu le père, ni une déesse Mère. Être Ouvert, ce n'est ni prier, ni espérer, c'est laisser Être. Même pas trace de lâcher prise. Qui lâcherait quoi que ce soit ? L'Ouvert s'ouvre sur un espace de conscience s'autocréant dans ses apparences. La liberté de l'Ouvert est sans histoire. Des histoires, des mémoires surgissent mais accueillies dans un détachement sans histoire.


Réponse du cœur à mon objecteur - 

Mère, c'est le flux principal et directeur du Devenir. Et si quelque autre semble aller autrement, ce ne sont que des courants contraires momentanés qui sont toujours des effets du courant principal. Dans mon expérience, l'apparence d'un chaos du devenir vient de notre ignorance et de nos propres inconsciences. Mère, ce n'est pas une croyance, c'est une expérience spirituelle et un ensemble de réalisations, de manifestations qui, pour se dévoiler, vont avec des progrès individuels, collectifs et cosmiques. 

La spiritualité ne se résume pas à la réalisation d'un Être en dehors du Devenir qui apaisera toutes nos angoisses au sujet du Devenir ! Qu'il y ait un grand sens et non des cycles perpétuels d'apogée et de décadence n'est pas seulement une croyance religieuse. Cela a été un facteur d'espérance qui a mené à l'apogée du plan mental, de la notion de progrès technoscientifique à celle d'une évolution spirituelle consciente de la conscience.

Aimer la Mère, aimer le Devenir, Oui. Adorer la Mère et ne pas s'offrir au Devenir ? Non.

Avoir confiance en Mère, la dimension personnelle du Devenir, c'est d'abord ressentir une foi en la vie, sans dogme mental, sans sentimentalisme ou enthousiasme vital déplacé mais aussi sans volontarisme artificiel. Le cynisme, le nihilisme, ou toute mise en scène égoïstique pour s'emparer, rivaliser, détruire, etc. sont la foi pervertie, ce sont des perversions du cœur. Beaucoup de phénomènes religieux s'inscrivent là-dedans. Et là encore, si tu vois la cohérence de la vision du réel que je te partage, cela se ramène à des flux du Devenir éloignés en apparence du flux principal mais qui, comme toutes les eaux du fleuve du Devenir, parties des sources divines, reviendront magnifiées à Son océan Divin.

L'Amour de la vie, cela peut donc être un Amour profond vraiment impersonnel du Devenir, amour humain pour travailler au Devenir, forces aimantes nourrissant l'effort de ceux travaillant au Devenir. 

Mère en Inde est la Shakti. La Shakti a autant une dimension impersonnelle qu'une dimension personnelle. Dans l'expérience, par exemple, sa présence impersonnelle est décrite par ceux qui en témoignent comme une lumière blanche intérieure qui dirige consciemment les forces d'action. 

Au début de ma sadhana, guidé par Sri Aurobindo, Mère était épisodiquement une conscience force impersonnelle descendante agissant mystérieusement sur le véhicule mental, vital et physique. Ces expériences impersonnelles de descente d'une conscience force étaient décrites par Sri Aurobindo que je découvrais alors. Ces expériences, je n'en parlais guère. Je parlais davantage de réalisation du Soi, d'ouverture du cœur ou d'une découverte du corps subtil. Avec du recul, je peux dire que tout était là. Les réalisations qui m'intéressaient, je n'en voyais pas le lien avec cette conscience force. Il est plus clair pour moi aujourd'hui que Mère agit en tout, partout et que ma conscience de cette conscience force était trop partielle pour voir son travail subtil en moi, en ce véhicule, cet adhara (le concept sanskrit visé ici). Mère a juste réussi à se faire plus de place pour agir à travers ce véhicule et son action s'y dévoile davantage, mais il lui reste bien du travail.  

Ce dévoilement de Mère est donc au commencement et à la fin du chemin dont je te parle. 

Imagine : à un moment, il y a tant de conscience dans l'action du Devenir que cela, immanquablement, se manifeste aussi sous des formes personnelles. La manifestation de la conscience dans l'ouverture de l'Ouvert et la manifestation même de l'Ouvert participent d'une supraconscience insaisissable au niveau de notre conscience mentale, vitale et physique. Depuis cette bulle, ce qui ressort de cette supraconscience s'expérimente comme un Inconscient absolu, un Non Soi impersonnel. Mais en se plongeant dans le sens du Devenir, ces expériences s'avèrent dues à des limites illusoires. Cet Insconcient se révèle un manque de conscience de la supraconscience de Mère.

Au sujet du chemin décrit par Sri Aurobindo, il y a souvent, dus à des lectures imprécises, des propos aventureux sur la supramentalisation. Des individus se mettent à valoriser leurs soi-disantes expériences supramentales, la conscience mutante de leurs cellules, etc.

Le dévoilement de la supraconscience est le dévoilement de Mère en sa supraconscience du Devenir. Autrement dit, toute expérience supramentale qui n'est pas dévoilement de Mère est épisodique, incomplète ou encore malheureusement tout à fait illusoire.

Quoi qu'il en soit de nos expériences et réalisations ou illusions dans ce domaine. Nous pourrions pressentir sa dimension personnelle et sa supraconscience en contemplant cet univers avec un peu de recul. La multitude d'individualisations dans cet univers au sein de la conscience autocréatrice de Soi traduisent une dynamique d'individuation inhérente au Devenir lui-même. Par analogie, la raison en intelligence du Soi, peut-elle n'y voir qu'un hasard ? Certains y verront une pulsion aveugle, tu l'auras compris ce n'est pas ce que m'ont révélé du Devenir ma propre aventure de la Conscience et mon vécu de l'Ouvert.

Depuis une autre perspective, ceux qui parlent d'expérience de mort imminente ont aussi ce type de vécus diverses entre lumière consciente de conscience force et personnalités divines diverses.

Moi aussi, sur mon chemin, je repartai d'abord d'une expérience spirituelle répétable à l'envie de l'Ouvert, un vécu plutôt impersonnel. Mais il y avait des expériences avec plus de conscience qui se produisaient. Cet éveil de l'Ouvert voilait donc encore du subconscient qui me déterminait souterrainement et du supraconscient qui disait des degrés de liberté potentiellement plus vastes. J'en concluais que mon expérience de l'Ouvert se situait dans des ténèbres lumineuses qui pouvaient davantage être illuminées.

Cette quête m'a conduit d'un Ouvert avec un ego au Soi avec une âme. On pourrait aussi désigner ces expériences comme celles de l'Ouvert en individuation vraie. Les individualisations de l'ego centrées sur  des désirs et la satisfaction de pulsions sont de moins en moins déterminantes. Elles sont de plus en plus transformées en aspiration à servir le Devenir en vérité, en beauté et en bonté. L'Ouvert psychisé, ou bien le Soi avec une âme, est littéralement un feu d'aspiration, de foi, de sincérité, de dévotion et de don de soi. 

Foi, Aspiration, Sincérité, Dévotion, Consécration de soi.


Et cette individuation vraie du Soi, cet Ouvert psychisé peut expérimenter une dimension personnelle du flux principal du Devenir au-delà du temps et agissante dans le temps. Cette âme vraie en Soi, cet Ouvert d'un feu d'âme se voit engendré dans une substance impersonnelle d'une intelligence personnelle qui veille à sa croissance, il se vit l'Enfant Divin de sa Mère Divine.

Au fond, ma véritable individualité est une individuation de la Shakti, par laquelle les personnalités de Mère peuvent s'exprimer. Ces personnalités de Mère résonnent à travers la personnalité de notre âme, elle-même une personnalité de Mère. Tout est le jeu Divin. L'aspiration de mon âme est le Divin en moi, Mère qui grandit avec une nouvelle personnalité. La conscience force qui lui répond est ma dimension divine transcendante : la Shakti du Devenir, Mère exécutrice du Divin Suprême. 

Pour résumer, Mère était au début de ma sadhana dévoilée comme conscience force. Quand le Soi avec une âme s'est dévoilé, Mère s'est dévoilée comme flux principal du Devenir et comme Mère de mon âme, moi son Enfant Divin. Et sa supraconscience commençant à lever ses voiles, mon individualité tend à devenir une de ses personnalités au service du Suprême. Des traces d'ego perdurent toutefois sur tous les plans et ceci est loin d'être assuré et réalisé solidement, cela demeure au stade d'expériences répétées. Sur ce chemin, il y a des cycles, une ascension en spirale qui nous ramène sur nos pas, il y a des percées suivies comme de retour en arrière. L'Ouvert semble une des seules réalisations accessibles à volonté même par un ego mental, vital et physique qui serait assez coopératif pour se mettre en périphérie et ne pas obturer cette ouverture. L'Ouvert peut devenir une ouverture à la transformation de Mère. Un Soi avec du cœur est un pas, un Soi avec une âme un autre. Etc. Pour l'instant, en ce qui concerne mon cas, c'est au niveau de la mentalisation physique que l'ego reste le plus consistant dans ses défaillances. Il y a ici un "je" du corps qui collabore difficilement au travail de Mère. Cet ego du mental physique produit une séparation illusoire de ce corps avec le reste du physique, il fait nettement barrage à une conscience de l'action physique de Mère. Peu à peu, Mère fera qu'il n'y aura plus qu'une grande Non dualité du Divin en Être et en Devenir y compris sur le plan matériel. Pour moi qui te parle, c'est dans ce processus de dévoilement de Mère que l'idée de supramentalisation dont parle Sri Aurobindo peut prendre vraiment sens et se réaliser.

Si tu as une aspiration, toi aussi, pour explorer d'autres possibilités de conscience au-delà d'un simple éveil de l'Ouvert avec un égo humain en périphérie, tu peux lire ce qui suit. 




Réponse philosophique d'ordre  phénoménologique -

Dans l'ouverture de l'Ouvert, il y a Être atemporel, mais ce qui s'ouvre en l'Ouvert déjà comme Ouvert est Devenir. L'autocréation n'est pas en avant de l'Ouvert, L'Ouvert lui-même s'autocrée, c'est un "il y a". Dans l'acte pur d'"il y a", plus vif et impensable que le déploiement total d'une infinité, n'y a-t-il pas coïncidence de l'immuable et du muable, du Devenir et de l'Eternité ? L'autocréation n'est pas un "au sein de l'Ouvert", l'autocréation est la substance première purement relationnelle de l'Ouvert qui s'ouvre multiplement. La conscience ne se limite pas à un espace temps dans l'Ouvert, l'Ouvert est l'acte pur de la Prise de Conscience originaire, l'acte pur d'une Prise de Conscience autocréatrice avant tout temps et tout espace. 

L'Ouvert est Prise de Conscience automanifestée du Divin lui-même par les filtres de nos individualités. En effet, il s'agit quelque part d'une Prise de conscience impersonnelle, d'un "il y a" de pures perceptions, d'énergies, de forces, etc. En même temps, il s'agit aussi à l'évidence d'une Prise de conscience individuée, unique Première Personne d'une multitude de personnalités et unique spectatrice accueillant les impressions des choses. Autrement dit l'Ouvert, acte originaire atemporel de prise de conscience y compris temporelle est tout autant un "Cela", un "Il y a" qu'un "Moi absolu", un "Je suis".

Dans quelle mesure ces filtres mentaux, vitaux et physiques suscitent-ils les ténèbres masquant le supraconscient et le subconscient qui épisodiquement montrent leur présence en l'Ouvert ? Admettons que l'impression de percevoir l'Ouvert par delà la sphère mentale n'est certainement qu'une vérité partielle si, par définition, telle interprétation finit par être privilégiée contre telle autre au motif qu'on n'en a pas l'expérience ou qu'elle nous semble impossible. S'enfermer dans une optique mentale sous prétexte qu'elle a permis le basculement en l'Ouvert est une forme d'identification mental égoïque, comme on s'identifie à l'appartenance à un pays, une culture, une religion, à des options politiques sans s'ouvrir authentiquement à leur transformation par le dialogue. 

Ne confondons pas nos véhicules mentaux et notre destination spirituelle.

Bien sûr, vivre à partir de l'Ouvert au lieu de vivre seulement centré sur l'ego implique un certain basculement de la conscience au-delà de notre activité mentale, vitale et physique ordinaire. Il ne s'agit pas en l'occurrence de changement de concepts, il s'agit d'une autre intuition perceptive de la vie prenant sa source dans cette vie-même. 

Cependant, l'animal, lui aussi, est, à l'évidence, un vécu conscient de l'Ouvert. Peut-être vit-il plus naturellement que nous à partir de l'Ouvert n'ayant pas ce complexe égoïque de conscience qui vit malheureusement la vie à partir de "son" monde, une vision du monde d'ailleurs non régulée par des instincts naturels. Le poète Rilke a certainement raison contre le philosophe Heidegger, qui, lui, le nie au nom d'une association d'une conscience de l'Ouvert à celle de notre finitude humaine, dont le point saillant serait notre conscience temporelle et son horizon mortel. En fait, la conscience de l'Ouvert en son caractère atemporel, d'une part, et le rythme de sa simple présence instantanée, d'autre part, ne présuppose pas forcément une conscience de la mort et une mentalisation du temps. De très jeunes enfants vivent à partir de l'Ouvert sans encore ressentir l'horizon mortel de leur humanité et sans se repérer dans nos calendriers et horloges. 



Admettre ce point est paradoxalement reconnaître des degrés de conscience divers et une intuition commune de l'Ouvert propre à la vie des vivants. Le philosophe Heidegger parlant de l'Ouvert méprisait donc l'animal et, pire, par son antisémitisme, son ego persistant avec sa mentalité étroite raciste, il a méprisé ses proches, son maître Husserl, son ami Jaspers, marié à une épouse juive, Hannah Arendt, son élève, son amante, etc. L'animal est peut-être pauvre en monde mental. Mais telle humanité reste bien misérable au niveau de ses qualités de cœur. Car oui, des différences de degré de conscience sont aussi sur d'autres plans des différences de degré d'amour. L'illumination des ténèbres lumineuses où l'on se vit Ouvert met en jeu un progrès, une évolution consciente de la conscience impliquant sagesse et amour. C'est le cœur qui a des ailes et non la tête. Mais une tête bien faite permet d'aller bien plus haut. Les philosophies platoniciennes l'expliquent fort bien.  

Pour réaliser en l'Ouvert cette Prise de Conscience qui transcende personnel et impersonnel, Être et Devenir, ou en avoir une expérience, il y a déjà la nécessité que notre voilement de ténèbres lumineuses se retire assez ou devienne assez transparent, il y a la nécessité que l’œil de conscience et la sensibilité de notre cœur propre à notre vécu de l'Ouvert deviennent plus pénétrants. 

Ici même, si l'on prend l'idée de la grande Non dualité que "Tout est CELA" au sérieux, en le premier vécu de l'Ouvert où il y a encore un englobant et un englobé, se dévoilera en un Devenir que Tout est le Divin, par le Divin, à travers le Divin en train de se dévoiler Divin. L'évolution de la conscience de l'Ouvert sera un dévoilement du Divin toujours déjà involué.  

L'interprétation de l'Ouvert comme Soi peut amener l'expérience du Soi unique présent en l'autre être humain, en l'animal, l'objet, la nature, etc. Mais la grande Non dualité va plus loin car pour elle la manifestation Divine est aussi une multitude infinie d'individuations du Divin. Voir le Soi unique en tout n'est pas percevoir cette individuation en tout. Malheureusement certains voient le Soi unique les englobant eux et la personne avec qui ils sont censés dialoguer, mais ils n'entendent pas l'altérité du Divin qui s'exprime là. Ils sont accueillants mais sourds à des dimensions du Divin qu'ils ignorent et que pourtant ils pourraient accueillir en évitant d'étouffer l'altérité du Divin qui demeure en ce Soi unique. La surdité ou l'aveuglement leur fait manquer la relation non duelle avec le Divin. Ils confondent réalisation d'une non dualité et absence de relation !

Ouvert à des possibles, notre mental rendu plus plastique, comment dès lors se contenter de mettre d'un côté, un immuable et de l'autre un muable ? Ou encore de croire séparer un Rien et le Tout ? 

Réduire le Tout au Rien, peu d'amour ! oublier tout Rien du Tout, peu de liberté et de sagesse ! 

Réduire le Tout au Rien et oublier tout Rien du tout : ce sont deux façons de manquer de pénétrer le mystère de "Je suis Cela" à la croisée du Rien de Conscience et de la Conscience cosmique. Or la pénétration de ce mystère de "Je suis Cela" à la croisée de l'Être et du Devenir approfondira notre Conscience cosmique qui, pour nous, demeure subconsciente matériellement et supraconsciente spirituellement surtout du point de vue de son autocréation. Rester béat devant le mystère de l'autocréation n'est pas vivre un élan évolutif, seul un élan évolutif fait du mystère un territoire à explorer. Cette tentative de cartographie que je partage avec toi, mon objecteur, résulte de ce goût particulier du mystère qui consiste à aspirer l'éclaircir.

Associer l'Ouverture de l'Ouvert à l'immuable et le muable à ce qui s'ouvre en l'Ouvert revient déjà à relativiser le Devenir par rapport à l'Être. Ceci revient à affirmer comme les platoniciens que ce qui se manifeste est une perte d'Être, un moindre Être. Le Devenir serait réduit à une perte d'Être. Ce n'est plus, aujourd'hui, mon expérience vécue fondamentale de l'Ouvert. Ceci formait mon expérience vécue tant que mon égo subsistait  dans l'Ouvert avec l'illusion de croire les désirs siens et les pulsions siennes. Vivre en l'Ouvert mû par des désirs et des pulsions conduit forcément à du dualisme. Et contrairement à ce que certains discours spirituels affirment, il est loin d'être relatif ce dualisme puisqu'il conduit à ressentir d'un côté un monde de devenir spatio-temporel et de l'autre une réalité atemporelle. Pour l'égo, par nature condamné à s'effacer, soit par la mort, soit par le service du Divin, cela semble réel : le devenir personnel est alors une perte d'être seulement surmontable en son annihilation en l'Être véritable. Et certes, la perte d'Être se poursuit inéluctablement tant que notre vie humaine se focalise sur nos désirs humains et, en amont, accepte de se soumettre à nos appétits animaux, à nos circonvolutions du mental physique. 

Mais, par ailleurs, comme nous l'avons déjà évoqué précédemment, les platoniciens eux-mêmes parlent d'un amour du vrai, du juste et du beau. Pour eux aussi, il y a une aspiration à la perfection qui n'est pas réductible au besoin pulsionnel ou au désir de satisfaction vitale matérialiste. Cette aspiration à plus de perfection, cet Amour du Divin est le fond vrai de notre individualité, ce qui fait de quelqu'un ou d'une personne qu'elle est une âme avant d'avoir un ego. Notre réalité psychologique se déploie sur un fond réellement psychique et un complexe égoïque d'une foule amorphe de personnalités,  de volontés divisées, de désirs incohérents, etc. Ce mouvement psychique peut parvenir à surmonter la déficience d'être de l'ego, du désir et des pulsions, mais pas forcément en se détournant du Devenir, y compris chez les grecs de l'antiquité eux-mêmes. 

Dans l'univers de la sagesse grecque, la psychè, l'âme, l'être psychique est liée à Eros, à la fois le Divin originaire, la Source et le besoin d'Être, la soif inextinguible du Devenir Divin à la Ressource intarissable. Mon vécu d'une aspiration psychique peut peu à peu se distinguer de mes désirs ou des pulsion. Elle découvre en sa racine une âme, une individuation vraie de l'Ouvert. Cette individuation peut, sans nier la vitalité individuelle, se défaire des désirs et des pulsions contraires à l'aspiration érotique au beau, au vrai, au bien. Elle peut abolir tout le désir où s'enracine l'égocentrisme de l'ego sans renoncer à la vie. Au contraire, cette aspiration érotique grandissant avec notre individuation  vraie peut créer une réceptivité accroissant les capacités de la force vitale par laquelle se déployait auparavant inconsciemment ces désirs.

Ainsi cette individuation est, dans mon expérience, liée à un processus d'incarnation et non du côté d'une aspiration à une vie spirituelle désincarnée. Si mon action participe de plus en plus consciemment au Devenir le plus profond, elle se réalise de plus en plus participant par essence d'une autocréation consciente, le "il y a, ouverture de l'Ouvert"

Dans ma vie vécue en l'Ouvert, la Mère Divine est une manière de nommer une dimension de la Prise de Conscience personnelle du Devenir inhérent à l'Ouvert, une réalité personnelle divine de "Il y a ouverture de l'Ouvert". Ce que j'appelle Mère divine est, pour moi, une expérience concrète récurrente d'une Âme de toutes les âmes, la Réalisation d'une source avec une dimension personnelle du flux de toute individuation vraie à l’œuvre dans l'Ouvert. 

A un extrême, il y a le temps mental, une construction avec des ordres de grandeur comme une seconde, deux ans, mille ans, etc. Cette construction, je ne la confonds pas avec le Devenir de l'Ouvert en tant que telle. Une âme, c'est à la croisée du Devenir et de l'Être, c'est une expérience d'une réalité tempiternelle. Elle est la croissance d'une réalité immortelle. Tu te demandes ce que j'entends par le concept de tempiternité. L'aspect de cette expérience tempiternelle la plus immédiate est, selon moi, celle de la famille de la madeleine de Marcel Proust dans A la Recherche du temps perdu. Soudain une sensation nous fait faire un revécu vivant et présent de ce qui avait eu lieu dans le passé, un morceau de vie en Devenir surnageait donc dans l’Éternité. Ce n'est pas qu'une mémoire vive, c'est une réminiscence, il y a un accès à des vécus éternisés de notre vie individuelle.

Notre individuation vraie est le fruit d'évènements inscrits en éternité, à la croisée de l'Être et du Devenir, du non temps et du temps. 

Je me permets donc ici de nuancer ton affirmation selon laquelle toute liberté de l'Ouvert est sans histoire, que tous nos récits de nous-mêmes seraient fausseté. Notre individuation est une somme d'événements de dévoilement du Divin, ces dévoilements passés sont vivants présentement et aucun n'annule les autres, ils s'harmonisent tous ensemble comme les gouttes de pluie font des ruisseaux, des fleuves et un unique océan.

Le "Tu es Cela" des Oupanishads ne peut pas plus valoriser soit l'Être soit le Devenir. 

Si tu relavises l'Être, un pur multiple décrit un pur devenir inconscient de lui-même, rien ne s'unit absolument. Toutes les configurations deviennent toutefois possibles ! Si tu relativises l'Être, certes Tout devient masque, paraître. L'imagination créatrice n'aura aucune limite. Si tu relativises l'Être,  ton vécu de l'Ouvert se limite à une perspective parmi d'autres, l'ouvert de l'un ne peut pas comprendre l'ouvert de l'autre. Des muets parlent à des sourds. De vagues secousses d'épidermes font un commun. Nos histoires sont des logorrhées avec de temps à autres des échos qui se chevauchent en dissonant. L'harmonie devient ici un fantasme. Agitation, stress, absurde triomphent. Bien que détachées des chaînes de l'immuable, les imaginations et les possibles se focalisent sur le drame. La vie n'est pas belle, seules les images de la vie le sont, dirait Schopenhauer. Tu ne paraîs pas dogmatique mais tu bâtis une religion nihiliste, genre bouddhisme du petit véhicule ou advaita mayaniste !

Si, au contraire, tu relativises le Devenir, tu cherches à te relaxer du Devenir qui te traverse et qui s'étend dans l'Être immuable de l'Ouvert. Tu apprécies la paix et tu déprécies la vie. Là souvent tu dogmatises. Le risque est que bientôt tu adores un édifice mental rigide de douteur invétéré, ou te voilà conformiste servant une tradition plutôt que le nihilisme, mais douteur, tu rejettes toute évolution, toute création. Tu sers une mentalité caractéristique du traditionalisme religieux. 

A vrai dire, dans ces diverses relativisations au dépend d'une vérité au-dessus des contradictions et mettant toute chose à sa place, il y a toujours notre vie de sujet mental, vital et physique qui fait comme une ombre dans l'Ouvert et qui ne te permet pas de voir vraiment le Devenir à sa source.

Voici l'invitation : il s'agit de mieux voir en l'Ouvert, là où en Cela, encore Un, rien ne distingue Être et Devenir, là où Cela ne montre aucune préséance de l'Être sur le Devenir ou du Devenir sur l'Être.

 Comment mieux voir en l'Ouvert et mieux voir l'articulation de l'Être et du Devenir ? 

La posture du sujet qui se tient en l'Ouvert doit évoluer pour que le voir s'affine. En sciences, l'objectivité est acquise par un détachement gnoséologique du sujet. Une spiritualité de l'évolution consciente nécessite une transformation qualitative du sujet qui oriente la vision de l'Ouvert.

Parmi les sentiers spirituels, on distingue usuellement la voie de la connaissance, la voie de la dévotion et la voie des œuvres. 

La voie de la connaissance  est celle que ma phénoménologie spiritualiste a majoritairement emprunté ici dans un dialogue critique avec la tienne, celle que tu m'as exposée de manière synthétique. 

En évoquant la dimension personnelle du Devenir comme la Mère de mon individuation vraie, je suggère bien sûr la nécessité de compléter la voie de la connaissance par une voie de dévotion. Celle-ci révèlera par le ressenti des réalités et expériences d'Union avec le Divin. L'Amour de la Sagesse est un sens de la démarche philosophique fort souvent oublié. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, dit Pascal. Cette citation bien comprise suggère que le cœur, lieu d'intuition, transcende intelligence émotionnelle, finesse de ressentis autant que solides raisonnements ou esprit de géométrie. C'est au fond du cœur que notre Amour fera l'expérience de l'union au Divin. Un lien substantiel nous relie là au Divin, notre dévotion peut nous faire réaliser être une individuation divine engendrée dans la substance même du Divin. La mystique chrétienne la plus profonde comme celle de maître Eckhart, de Madame de Guyon ou plus récemment de Ma Suryananda Lakshmi approfondit cela.

Et par ailleurs, s'il s'agit de mieux voir à la croisée de l'ouverture et de ce qui s'ouvre, notre besoin est de mieux discerner à la croisée du voir et de l'action, de la contemplation et de l'activité. Une voie de la connaissance pragmatique s'impose. Et donc, s'il s'agit mieux voir à la croisée de la contemplation et du contemplé en Être et en Devenir, le sentier de la voie des œuvres devra être exploré ardemment.

Voir le non effort inhérent à l'Ouvert revient à privilégier l'ouverture toujours déjà là, l'Être, et déjà cela risque encore très souvent de relativiser le Devenir. La voie de la connaissance devenant dogmatique risque d'effacer l'accès à la profondeur pragmatique de l'action en survalorisant le non effort ! Voir le non effort de l'Être peut en même temps être voir le mystère de la nature manifester l'effort de l'action s'effectuant à travers notre bulle individuelle. 

Par exemple, Témoin Ouvert aux mouvements des mes bras et de mes mains, ces mouvements s'écoulent dans une conscience sans l'impression de qui que ce soit qui s'efforce. Mais de sensations apparaissent, disparaissent, de mouvements avec certaines forces, certaines énergies, il y a un effort impersonnel de la nature dans le corps et l'esprit. Mon mental évoque un objectif pour ces mouvements, il y a une concentration. C'est la nature qui agit, qui fait à travers moi des efforts en manipulant des forces, en suggérant telle idée.

Pour moi, il y a là un mystère de l'action à explorer. C'est dans l'effort de l'action que je découvre non seulement un non effort mais que je découvre aussi que l'effort qui se maintient n'est pas mon œuvre personnelle. Je vois la nature qui détermine tout cela. Mais venues d'au-delà de la nature, se découvrent aussi des courants de forces conscientes de l'œuvre divine en perfectionnement de sa propre autocréation. Sur la voie des œuvres, il n'y a pas essentiellement découverte d'une illusion intrinsèque de l'effort mais d'illusions sur l'auteur et l'intérêt de l'effort. Certes il y a un non effort de la Conscience, une ouverture sans effort à ce qui se manifeste. Mais ce non effort n'abolit pas le fait de courants de conscience énergétiques parcourant sa vacuité. 

L'effort ici à mieux vivre, à mieux dévoiler  n'est pas uniquement celui d'un individu empêchant la dispersion de sa concentration, la rendant ainsi plus stable et plus constante. La révélation essentielle en jeu concernant l'effort sera celle d'une force de Conscience, d'un courant du Devenir modifiant en moi les filtres et manières d'être imparfaits de mon mental, vital et physique. Cet effort de la nature et au-delà d'une surnature s'explore et gagne en conscience d'elle-même en modifiant les courants ordinaires de mon humanité. Les courants ordinaires du devenir suivent le cours des pulsions, des désirs : les activités servant la persistance de la nature nous laissent loin d'une Prise de Conscience du Devenir. Le mystère de l'action de la nature par delà les apparences de l'action individuelle peut être entraperçu. Ça pense, ça désire, ça vit, ça matérialise, à la fois universellement et individuellement. A partir d'activités servant uniquement la perpétuation de la nature, l'essence du Devenir reste bien enténèbrée. Le ressenti d'absurdité d'être humain peut l'emporter sur le mystère d'une évolution d'une autocréation divine. Les intérêts qui m'amènent à vouloir agir sont souvent illusoires et trompeurs en tant qu'ego humain, même si en arrière-plan tout se colore d'un non-agir impersonnel en la conscience de l'Ouvert. Le désintéressement nous rapproche davantage du flux principal du Devenir et de son mystère à sa croisée de l'Être, quoique mes impressions d'être l'auteur, même désintéressé, sont aussi une ignorance à dépasser. 

Une nouvelle connaissance surgit en l'Ouvert au-delà des savoirs, elle n'est plus réductible à une phénoménologie de l'Être. Cette nouvelle connaissance émerge en dissipant ou en dépassant les ténèbres lumineuses de l'Ouvert grâce à des luminosités jusque là inconnues. Elle s'apparente davantage à une phénoménologie pragmatique à la croisée de l'Être et du Devenir qu'à une phénoménologie axée sur la fixité de l'Être. Ce sont des actions pratiques de transformation évolutive de notre humanité qui facilitent l'émergence en l'Ouvert de nouvelles formes de connaissance. 

Une évolution de la conscience est nécessaire pour connaître et toute connaissance éclaircissant le mystère de l'Ouvert est évolution de la conscience.

L'intuition de l'Ouvert la plus immédiate nécessite l'intuition la plus instinctive. Rilke a certainement eu la connaissance de sa présence intuitive y compris pour l'animal. Nos savoirs mentaux nous en permettent des représentations, mais son vécu intuitif demeure premier. Et l'animal muet rencontré en cet Ouvert commun est notre frère.

Notre célébration mentale de l'Ouvert ne nous éloigne pas tant que cela de la conscience animale de l'Ouvert. Mais dans une pratique pragmatique, il y a évolution consciente de notre conscience. Au niveau mental déjà, la capacité mentale d'estimer des quantités et des rapports peut connaître des sauts qualitatifs de la petite enfance à la préadolescence. La plasticité mentale elle-même évolue en fonction de nos mentalités. Les travaux de Ken Wilber sur la spiritualité de l'évolution de la conscience rendent compte de cela. Pour nous, l'évolution consciente de la conscience peut aller plus loin encore grâce à des pratiques de spiritualisation concentrée. Sri Aurobindo a décrit des plans de connaissance surmentaux et supramentaux. Décrire ces plans sur un plan inférieur présente peu d'intérêt. Sri Aurobindo disait que le supramental s'expliquera de lui-même. Par contre, détailler les pratiques de spiritualisation qui permettent d'y accéder revient à fournir une cartographie permettant d'explorer réellement ce qui relevait du mystère de l'inconnu. Le dévoilement du domaine intuitif et la levée des ténèbres lumineuses limitant notre perception de l'Ouvert (à partir de l'Ouvert et de l'essence de l'Ouvert) passe par une pratique spirituelle. Le chemin de la connaissance peut aider à corriger des limitations herméneutiques mentales d'expériences intuitives phénoménologiques. Une pragmatique phénoménologique dispose à des sauts de conscience connaissante : en fait, l'Intuition, la connaissance par identité se décline en divers degré elle-aussi. Explorer le mystère du Devenir par le sentier des œuvres prédispose à ces évolutions. L'acte de connaître le Devenir autocréateur au-delà de nos savoirs passe par une action évolutive de la conscience mentale puis intuitive. Le sentier des œuvres est une participation de plus en plus consciente à l'autocréation de l'Être et du Devenir.

Cependant le sentier des œuvres ne culmine pas seulement dans des nouvelles luminosités connaissantes au-delà des savoirs. Reste encore une étape vers la Prise de conscience de l'auteur Divin du Devenir, celle de s'offrir et de se consacrer à cette Conscience force directrice de tous les devenirs, y compris donc des flux de perpétuation. 

En sanskrit, la Shakti désigne les flux principaux du Devenir, prakriti les flux de perpétuation de la Nature manifestée. Cette étape de dévotion à l'action de la Shakti vise à dépasser toute illusion d'être l'auteur d'une action quelconque y compris celle de s'offrir et de se consacrer. 

Cette dévotion d'offrande et de consécration devra s'initier depuis notre âme vraie, notre individuation du Divin pour révéler par la suite de plus en plus les dimensions personnelles du Devenir. 

Alors, par cette investigation intuitive des œuvres confluente avec la quête dévotionnelle, deux dimensions personnelles originaires à la croisée de l'Être et du Devenir pourraient se révéler : la Mère Divine, la MahaShakti et aussi l'Âme de la manifestation, qu'en sanskrit la Bhagavad Gîta nomme Purusha suprême ou Uttama Purusha ou encore Purushottama. 

Tout Purusha est ce détachement permettant la maîtrise, notre individuation vraie est un Purusha, le Suprême est le détachement du Devenir qui en a la totale maîtrise. Mère, la Mahashakti est l'amoureuse du Purusha, sa volonté exécutrice, son pouvoir d'exécution. La Mère est l'amour du Suprême se manifestant pour Elle, en Elle et par Elle entre toutes leurs autocréations. 

Au-delà des savoirs, sur la voie des œuvres, à la confluence de la voie de la connaissance et de la dévotion, il y aura la reconnaissance intime de la relation première d'Amour créateur où s'embrassent Être et Devenir, la Mère et le Suprême.

Ce seront peut-être d'abord des expériences, mais comme au départ de notre cheminement la présence de l'Ouvert s'expérimente discontinument, le jeu de dévoilement et voilement dure et accompagne notre transformation nécessaire avant que des réalisations se cristallisent.

Une nouvelle fois, ces rythmes suggèrent le mystère à la croisée de l'Être et du Devenir que je t'invite à explorer.


Article publié initialement le 31 juillet 2026,  amplement repris et approfondi le 6 septembre.

mardi 14 octobre 2025

La grande Non-dualité, c'est l'Amour divin

 



Dans la plus profonde Non-dualité,

Mon guide me dit qu'il n'y a plus l'océan et ses vagues, le Seigneur et ses masques,

Il me dit qu'il n'y a plus que des moments sculptés de la lumière divine éternelle.

Il me dit que ce qu'on appelle Amour Divin commence là.

Ce n'est que le Seigneur qui S'aime en se rencontrant en chacune de Ses formes sculptées.




dimanche 30 mars 2025

EXAMEN CRITIQUE DE L'ÉVEIL COMME PAIX : AU CŒUR DE LA VISION SANS TÊTE, L'EVOLUTION CONSCIENTE DE L'ÂME et quelques unes de ses conséquences concernant l'évolution de l'humanité.

Œuvre de Ton Dubbeldam


AU COEUR DE LA VISION SANS TETE, VIVRE LE SOI AVEC UNE AME OU L'EVEIL DE L'EVOLUTION CONSCIENTE DE LA CONSCIENCE


Pour percevoir cet œil ouvert de lumière intérieure en moi, de façon plus continue, les expériences de Douglas Harding me furent d'un grand secours. Grâce à elle, cette Ouverture consciente de la conscience, entraperçue régulièrement auparavant,  a pu se stabiliser au sein du vécu. 

La perception et la pensée sont distinguées aisément et de plus en plus radicalement avec la pratique d'un retour aux faits perceptifs pointés par Douglas Harding. Cette distinction entre perception et pensées ou émotions reste usuellement minorée par une vie ordinaire d'un ego ignorant de sa source. L'égocentrisme de mes personnalités est grâce à cela viscéralement relativisé. Mes personnalités ne trônent plus au centre de ce que je suis, elles n'y parviennent que fort épisodiquement. 

La lumière intérieure me met devant le mystère de l'autocréation de ce qui est et paraît comme mon individualité avec ses personnalités, les autres et le monde. Cette lumière intérieure se désenténébrant est lumière divine, Félicité,  Beauté, Bonté. Elle me révèle mon cœur. Ma présence personnelle dans cette présence divine descend s'enfoncer dans le cœur au centre du torse. Là certains pans de ma personnalité commencent à ne faire qu'un avec l'Ouverture de conscience. Des dimensions personnelles s'avèrent être dans la continuité de la Présence. Certaines s'avèrent de l'essence même la Présence. L'union sans séparation est aussi vue comme un fait en croissance. Elle n'est pas uniquement le produit d'une transparence acquise par ma personne en évoluant dans le Voir inhérent à l'Ouverture de conscience consciente. Elle ne résulte pas uniquement d'une intégration de mon individualité au sein de la Présence.
Cette réalité d'union par essence entre la Présence et des pans de ma personne rend la notion de Divin encore plus pertinente et évidente. Par cette union devenue perceptible, mes dimensions individuelles participent d'un amour universel dirigeant le Devenir. Là commence la découverte de ce que j'ai pu appeler, sur ce blog, le Soi avec une âme.

Pour prendre conscience de la lumière intérieure, nous avons des techniques psychocorporelles. Pour trouver une continuité avec le parfum de mon âme, cette dimension de ma personne véritable qui prend naissance dans cette lumière du divin, je ne peux témoigner d'aucune technique précise et réitérable par chacun, parce que, sans doute, il ne s'agit pas d'un simple retour à l'esprit et sa lumière. C'est un retour de notre âme vraie à elle-même. Cet enfant Divin que je suis/nous sommes commence par lui-même à se percevoir dans l'humain qu'il expérimente. Lui seul s'exprime dans l'aspiration à la descente dans le cœur. Lui-seul donc peut inspirer à ce qui descend vers lui le mouvement le plus juste qui correspond à sa propre rencontre avec lui-même au sein de l'individualité humaine dont il est le soubassement et pour laquelle il est la source véritable du sens de cette vie humaine temporaire.

Il y a bien sûr quelque chose qui a un rapport avec une descente du sentiment de notre personne dans le cœur ; le pur amour, ou la karuna, brille davantage quand une de nos personnalités en devient davantage l'instrument au lieu de se croire le pseudo-auteur de ce qui est moral. 
Dans cette descente, Il y a des bouffées de joie sans cause et sans objet qui surgissent de là et encourage la descente. D'où l'aspiration pour une large part de notre personne de servir le centre et de ne plus le masquer illusoirement. 
Cependant, c'est à l'acmé de notre authenticité dans la situation, ici et maintenant, qui exige de devenir et d'agir avec le plus de justesse possible, qu'il y a ce parfum. 
La justesse n'est pas simplement une question de servir l'amour. Il y a une vérité à servir avant d'être sûr de servir l'amour pur dans son flux autocréateur global. Cette vérité à pressentir n'est pas une vérité humaine mentalement exprimable.

Qualité des actions, justesse des connaissances dans leur inconnaissance sont exigées autant que dévotion à la bonté. La voie triple ou le quadruple sentier qui unit pratique des œuvres, de la dévotion, de la connaissance voire voie de la Perfection est donc utile et requise. Mais quelle inflexion mettre ? quand la mettre ? etc. Tout ceci reste à préciser pour chacun et selon le chemin singulier de chacun. 
Pour dire synthétiquement la visée focale de ce chemin, je parlerais d'authenticité du fait de se confier le plus entièrement possible au Divin et à sa dynamique évolutive. 
La foi la plus pure n'est plus seulement une volonté plus ou moins ferme, un sentiment plus ou moins fluctuant, une croyance mentale plus ou moins solide, elle s'avère un engagement naturel du cœur, shraddha en sanscrit. Se confier au Divin, c'est se soumettre vraiment à Lui. Se soumettre au sens de s'abandonner à son action dans la confiance, se soumettre au sens d'ancrer de plus en plus notre humanité individualisée par notre âme vraie, enfant du Divin, engendrée, non pas créée, dans l'œuvre Divine de perfection.


Le parfum de l'âme s'avère un feu. Il semble me ramener des morceaux d'histoire très fugitifs qui font écho maintenant comme à quelque chose qui rejoue une butée, ici et maintenant, d'une subtilité défiant toutes traductions mentales.

La présence de l'âme nous met en présence de l'action vraie. A côté de mes impressions d'action sur le plan mental, vital et physique, qui restent le fait de mes personnalités de surface, il y a l'action vraie. Elle nous fait d'abord pressentir que derrière tous les flux multiple du Devenir, il y a un fleuve unique du Devenir, un flux supraconscient. La dimension autocréatrice de ce qui est, quand elle est pressentie peut sembler inconsciente du point de vue mental, vital et physique : illusion, erreur, émotions perturbantes, souffrances, douleurs physiques, destructions incompréhensibles accompagnent inexorablement le Devenir autocréateur. Mais quand on pénètre sur ce plan de l'âme, on y voit ce flux du Devenir engendrer son étincelle d'individuation : le Suprême divin éternel est son Père et cette réalité divine autocréatrice est sa Mère. L'âme est de la même substance que la Mère du Devenir. L'aspiration de l'âme et de la Mère Divine est de s'aligner sur la "volonté" du Suprême même si nos dimensions humaines nous empêchent de connaître le pourquoi du comment. 
Et au fond, rien n'est contre du point de vue du développement de nos âmes. 
Un ego peut être balayé de la vie, un individu peut subir des injustices inacceptables du point de vue des idéaux humains mentaux, vitaux et physiques. Une âme s'incarne, elle, quelles que soient les circonstance ; si elle quitte la scène terrestre, chassée par les circonstances, elle en aura tout de même tirée une évolution. 



INDICES D'UNE COEVOLUTION EN COURS DE L'HUMANITE CONTRIBUANT A UN EXAMEN CRITIQUE DE L'EVEIL COMME PAIX POUR LA BULLE MENTALE HUMAINE

Même hors du point de vue expérientiel de l'âme, en considérant nos connaissances mentales de l'histoire de l'univers, on voit bien que la matière se vitalise, que la vie se mentalise et que dans ses sommets, l'évolution autocréatrice prend conscience d'elle-même au moins partiellement en un individu. Du point de vue mental, on sait qu'il y a une évolution de la matière produisant une individualisation ; du point de vue spirituel, on découvre un lien entre la conscience de l'Ouverture consciente, l'autocréation de tout ce qui se manifeste comme évolution universelle et ce que nous devenons individuellement. 
On peut pressentir, à partir de ces lignes de faits intérieurs et extérieurs objectifs, une réalité qui surgit d'au-delà de la conscience mentale humaine et peut matérialiser quelque chose au-delà des possibilités de compréhension de cette conscience. 
Si nous prenons au sérieux une évolution où par le passé des individualisations deviennent de plus en plus consciente, pourquoi ne pas envisager que ce mouvement se poursuive ? Le scandale de l'évolution de la matière n'est pas notre filiation passée, mais le fait que nous, humains, soyons nous-même un pont, une transition. 
Nous pourrions être un jour face à un être surhumain qui nous ressemble, un peu comme notre animal domestique nous ressemble ; nous pourrions communiquer avec lui comme notre animal domestique peut communiquer avec nous ; mais, comme notre animal domestique avec nous, nous saurions que quelque chose nous échappe dans son action au vu de ses résultats, nous serions amené à reconnaître un niveau de conscience incarné qui nous dépasse.

Cessons cette spéculation, même si elle est conséquente du point de vue du paradigme évolutif. Considérons juste le point de vue humain quand il reçoit une poussée évolutive, une intuition qui change son vécu mental de la vie. On doit admettre que cette expansion ne dure pas et produit le plus souvent ses propres obstacles qui devront recevoir une solution nouvelle jamais envisagée. 
Cette lumière qui s'est levée là sous la forme d'une intuition renouvelant la vie mentale, y compris matériellement, a tôt fait de s'éteindre dans les décombres de l'histoire. 
Et puis, même ce qu'il y a de plus lumineux dans tel regard de la vie mentale sur elle-même, ce qu'il y a d'amour le plus convaincant, paraît toujours s'accompagner d'ombres, qui à un moment deviennent concrètes et nécessitent un élan nouveau. 

Un Bouddha nous parle d'éveil, mais il ne reprend guère ses disciples affirmant que les femmes doivent se réincarner en homme pour qu'il se réalise plus aisément. 
Un Jésus-Christ nous parle d'un Dieu d'amour. Mais, d'après les Evangiles, il invite ses apôtres à maudire ceux qui n'accueillent pas sa Bonne Nouvelle en secouant leurs sandales à l'entrée de leur demeure ; il parle de cris et pleurs dans l'enfer, ce qui ressemble à une menace pour qui refuse son enseignement.

Le bonhomme humain ne change pas fondamentalement tant que l'âme et la lumière spirituelle n'exercent qu'une influence mentale, vitale et physique qui reste intermittente ou, plus encore, inconsciente en surface de notre individualité.

Revenons, maintenant, à ce qui se passe de nos jours. Actuellement, pour qui est attentif et rassemble les données, à l'évidence, il y a une émergence de l'âme plus radicale soutenue par l'action de la Mère divine, l'intelligence, pour nous, supraconsciente du Devenir autocréateur. 

Concrètement, les aspirations spirituelles se démultiplient et elles sont de moins en moins rattrapées par des dogmes collectifs, des pratiques standardisées, etc. Elles échappent ainsi de plus en plus à toute forteresse mentale religieuse.
Les aspirations spirituelles se singularisent, la religion s'individualise parce qu'une force intérieure, à laquelle les événements extérieurs répondent, accélère sans aucun doute l'individuation des âmes.


On peut observer ici comme un effet co-évolutif sur les formes du vivant qui accompagnent cette nouvelle individualisation matérielle en cours. 
L'émergence mentale s'est elle-même caractérisée par une co-évolution du vivant, aujourd'hui de plus en plus renseignée objectivement. Avec la disparition des dinosaures-mastodontes, des insectes pollinisateurs émergent avec les fleurs, émergent aussi alors les fruits produits de ces fleurs et nos ancêtres dont le volume cérébral croissant nécessite le sucre abondant de ces fruits.

Le vieil homme en nous, en qui s'effectue l'œuvre de cette supraconscience, force transformatrice, perd ses repères mentaux, il n'a plus de désirs qui le portent, son caractère se fissure, ses habitudes physiques déraillent insuffisantes. Le vieil homme perd pied. 
Certes l'âme émerge dans la conscience jusque là individualisée humainement, ce processus passe par un consentement intérieur, une soumission volontaire de notre personne. 
Mais aujourd'hui, même s'il n'y a pas cette intériorisation et ce consentement, celui qui ne vit que dans la perspective du vieil homme se voit le jouet des circonstances extérieures : il s'accroche à des repères, à des valeurs, à des désirs qui, sans cesse, sont ballotés, désarçonnés, inquiétés. 


Le besoin de Paix devient tellement criant que les chercheurs et les trouveurs de la Présence se démultiplient dans nos sociétés.
Pour l'humain ordinaire, l'horreur de la situation est de plus en plus impossible à fuir dans un quelconque divertissement. 
Mais même vivant déjà au sein de la Présence de cette Paix, l'horreur de la situation, demeure un objet de lutte constant : c'est ce monde, en ébullition, cet autre de plus en plus envahissant, qui met le désordre, menace nos modes de vie. 
Parmi ceux qui ont réalisé la Présence comme Paix, il y a beaucoup de fake-news qui sont partagées en tout sens, il y a un manque de discernement dans l'action, même si la Paix immuable est indéniablement présente en arrière-plan des actes de cette personne. 

Car se tenir humainement dans la Paix immuable, ce n'est encore n'y rien comprendre au Divin, c'est risquer de continuer à empirer les circonstances, l'horreur de la situation. Le premier danger certainement est d'absolutiser mentalement cette réalisation ; dès lors on exclut toute autre possibilité spirituelle, on commence à dogmatiser, à s'enfermer tout en se croyant l'Ouvert, une conscience indubitable de l'absolu. 

S'enfermer mentalement avec cette Paix, c'est refuser la Félicité et la divinisation qui se proposent, c'est refuser la nouvelle harmonie qui croît. C'est refuser de se mettre à l'écoute de son cœur et du feu de son âme vraie qui s'y tient cachée en arrière-plan. 
Et c'est forcément trouver aberrante toute idée d'un nouvel être au-delà de l'humain, même si son émergence parmi nous humains et sa victoire incarnée matériellement est peut-être la seule réponse à la crise évolutive que nous vivons. 
Car nous ne vivons pas, si vraiment nous nous plaçons dans la perspective de l'âme vraie, une crise écologique, politique, morale, etc., nous vivons actuellement d'abord et avant tout une crise évolutive. L'horreur de la situation ne peut être traitée authentiquement avec un début d'égalité d'âme qu'à ce niveau.

Les rôles qui font l'horreur de la situation et ceux qui la subissent s'inversent aisément et même se superposent. 
Et cela dessine comme en miroir inversé, la coévolution humaine qui accompagnera le saut évolutif au-delà de l'humain, si une espèce humaine demeure comme les oiseaux demeurèrent après la disparition des autres dinosaures, lors du dernier saut évolutif.

Par exemple, les palestiniens font l'horreur de la situation des israéliens et les israéliens font l'horreur de la situation des palestiniens. Il y a ceux qui font le choix des victimes palestiniennes et ceux qui font le choix des victimes israéliennes. Et ainsi va l'horreur de cette situation. Mais aussi émergera une vie humaine sans victimisation, sans cercle vicieux de la violence ainsi perpétuée par le jeu de la dramatisation.

La corruption et le vide de sens des propositions des politiciens libéraux et démocrates font que parmi ceux qui vivent la Présence, on lorgne vers des visions avec plus d'ordre et de valeurs. Même éveillé à la Présence, on relaie les idées illébérales d'un Trump, d'un Poutine - le fascisme d'un Julius Evola ne choquerait pas ceux qui le promeuvent sans le savoir. 
Mais comme une dictature de gauche, un autoritarisme de droite, c'est la vindicte contre des gens qui défendent d'autres points de vue.
Le mensonge politique s'inscrit plus largement dans l'œuvre du mensonge y compris celui de l'homme éveillé à la Paix spirituelle. Il peut y avoir la Paix et elle ne peut pas pour autant empêcher la fausseté du dialogue : on prétend écouter, on déforme le propos, on ne retient rien au nom d'un point effectivement faux, la part de vérité de l'autre est systématiquement niée et ignorée.

Ce n'est guère manifester la Paix ! Car la Paix sans l'Amour, ce n'est guère la Paix. L'absence de dialogue authentique est toujours une absence de pureté et de vérité de l'Amour !

La Présence sourde au dialogue et les spiritualités sans âme ignorent les bienfaits du pluralisme. La paix sans âme, ce sont les tentations de régler les problèmes par uniformisation politique. L'âme nécessite le pluralisme, à la surdité dialogale, elle préfère le dissensus fraternel comme base d'une communion véritable et authentique. La fraternité pluraliste est tout sauf une  massification communiste d'où aucune tête ne doit dépasser, quitte à ce qu'on les coupe. La fraternité pluraliste est tout sauf un ordre fasciste où aucun écart du rang n'est pardonné quitte à tuer toute figure d'originalité qui ose interroger cet ordre. 

La Paix et l'Amour supposent un pluralisme créateur car sinon ce n'est guère de l'Amour Ouvert. Une autorité qui n'encourage pas un pluralisme créateur et ne partage pas ses pouvoirs aboutit inéluctablement à un autoritarisme tout à fait contraire à la Vérité de la Paix et de l'Amour Ouvert.

Ainsi s'emballe un processus qui semble contraire à toute harmonie, à tout sens de l'âme, qui, par essence, n'est d'aucun pays, d'aucune nation, d'aucune religion. Mais la maladie redouble ses symptômes avant qu'un saut évolutif immunise le corps définitivement. 

Si vraiment tout est Divin, ce que nous ressentons comme l'horreur de la situation est le refus secret dans notre cœur de poursuivre sur la voie du vieil humain en nous qui croit tout solutionner mentalement, dogmatiquement, autoritairement, violemment. En fait, l'horreur avait toujours été là mais nous la ressentons enfin comme telle ; notre âme émerge et avec elle, l'intelligence de l'œuvre Divine supraconsciente à commencer par le sens de l'imperfection de ce qui est. 
La Paix et une aspiration au Vrai, au Bien et à la Beauté sont indispensables dans cette zone intermédiaire où nous guettent les réponses mentales qui nous ramènent à la vieille humanité, mais où nous guettent aussi l'angoisse, la dépression qui de l'autre côté des forces nihilistes surgiront. 
A côté du surhumain que des âmes d'élites commenceront à incarner physiquement s'il s'agit d'un saut évolutif au-delà de l'humain, il y a donc place pour une coévolution humaine. 

Cela s'entend, si on veut bien l'entendre et répondre à son appel. Ce ne sera pas une paix molle ! Ce ne sera pas une paix pactisant avec l'horreur de la situation ! La Paix spirituelle saura se répandre sans nourrir ce qui est contraire à l'Amour vrai ! Elle sera le socle de base pour qui veut se rencontrer en son âme vraie et participer à la divinisation de son individualité mentale et vitale, et en cela ne pas faire obstacle au saut évolutif à venir.

Avant de parvenir à un nouvel équilibre co-évolutif, des gangues du genre humain seront le théâtre d'une transformation en autre chose au-delà de l'humain. Dans la foule des humains, un surhumain se fera ; comme dans la foule des poissons asphyxiés à l'air libre, une forme de respiration alvéolaire s'est fait jour.
Cela ne finira plus comme une lumière intuitive à chaque foie rattrapée par la bulle mentale humaine, touchant à chaque nouveau pas en avant une de ses limites. La bulle humaine mentale avec ses préjugés, ses dogmes, ses condamnations, ses contradictions ne règnera plus en imposant à la vie terrestre ses propres limites. 
Car déjà, Cela va autre part, Cela suscite un saut évolutif. 

Œuvre de Ton Dubbeldam

2024 - mars 2025

vendredi 9 août 2024

UNE SPIRITUALITE INTEGRALE DE L'ETRE ET DU DEVENIR DEVOILE LA MERE DE NOS AMES, LA CONSCIENCE FORCE CREATRICE.

Michel Larionov - Acacias au printemps -1904


Le message de Jésus semble unir l'Etre et le Devenir. 

L'amour comme agapè prolongeant la vision d'une source divine créatrice unit, me semble-t-il, l'Etre et le Devenir. 

Autour du deuxième siècle après Jésus-Christ, des débats entre chrétiens ont commencé à porter sur ces points : y a-t-il une action divine qui va perfectionner le monde terrestre ou la terre n'est-elle qu'une création démoniaque (d'un dieu du mal) ? Certes les dualistes gnostiques semblent avoir été dominés voire éliminés par le camp adverse devenu de plus en plus intolérant. Mais certaines idées dualistes fustigeant la chair nous liant aux forces obscures et hostiles ont durablement influencé la culture chrétienne y compris spirituelle. La plupart des chrétiens y compris les mystiques espèrent que Dieu les libérera des tourments de la chair dans un avenir postmortem.

Chez les philosophes de l'antiquité gréco-romaine, le débat était entre les partisans d'un univers terminant cycliquement en déflagration et les tenants d'un univers infini. 

Quelles étaient les expériences fondant leurs métaphysiques. Quelles conséquences pratiques ont ces métaphysiques ?

La question me paraît actuelle. 

En durcissant dogmatiquement leurs interprétations sur le rapport entre l'Etre et le Devenir, la plupart des courants religieux chrétiens ont malheureusement souvent étouffé et amoindri l'accès évident à l'Etre. La mystique chrétienne n'a jamais été bien accueillie par les institutions religieuses. Et celle-ci si elle a touché à l'union substantielle de l'âme et du divin dit, au final, assez peu de chose sur la divinisation du corps. L'incarnation du divin qui surmonte la mort est restée une espérance ; elle ne s'est guère traduite dans une aventure spirituelle concrète avec pour ceux qui l'entreprendrait une cartographie mentale.

Mais quoi qu'il en soit, pour moi postchrétien plutôt qu'antichrétien, la voie du cœur ne se résume pas dans des moyens de se détacher, car ce serait éventuellement se détacher des conséquences des interactions de nos actes humains. Un tel cœur serait luciférien. Il n'échapperait guère au seigneur du mensonge, ce flux de forces vitales et mentales qui nous rendent insincères et incohérents.


Et bien que les spiritualités non dualistes m'apportent beaucoup, y compris l'évidence d'une vacuité englobant le devenir, je ne m'y reconnais donc pas entièrement sur la question du cœur et du Devenir. En mettant entre parenthèses le devenir des personnes, y compris la leur, beaucoup des non dualistes me semblent décider mentalement que l'absolu est autre que l'amour. Pour moi, le danger est luciférien : le propre de Lucifer, des forces vitales et mentales lucifériennes, le porteur de lumière est effectivement la  capacité de réaliser une lumière spirituelle et de l'utiliser, malgré les apparences sans cœur, et surtout sans aucune âme pour son propre avantage. Or sans influence tangible de l'âme, l'ouverture du cœur ne va guère sans confusions. Le seigneur du mensonge, les forces de conscience qui nous individualisent dans cette confusion d'insincérité, est le champion des demi-vérités qu'il parvient à mettre en conflit évitant et retardant la venue de la Vérité et de l'action autocréatrice intelligente. La victoire contre une vision prisonnière de la dualité, contre le Séparateur, le diabolique, les forces vitales et mentales de l'isolement et de l'enfermement en soi-même est devenue plus aisée de nos jours. Mais la spiritualité mainstream ne résout guère le problème luciférien. Or comment nous sortir de ce que certains dénomment l'ère de la post-vérité ? L'autre est toujours le menteur. C'est toujours l'erreur, la mécréance de l'autre qui est fautive. Quelles que soient les demi-vérités que l'autre véhicule, elles sont rejetées en même temps que ses erreurs. Bien sûr, ce sont toujours d'autres que nous, les auteurs du chaos. La demi-vérité d'autrui est évidente comme étant son mensonge, sa mauvaise foi. Mais pourquoi manquons-nous notre propre déformation de la vérité ? Pourquoi sommes-nous sans cesse en train de jeter le bébé vérité avec l'eau sale de son bain ?


Ici et maintenant, pouvons-nous affirmer être un instrument docile de la Vérité ? Nous avons des éléments à notre disposition, que valent-ils ? Pouvons-nous nous appuyer sur des souvenirs, des informations ou des faits, ici et maintenant, non pas interprétés mais observés ? Ai-je des garanties sur la qualité subjective et objective de mon observation ? Nous avons bien quelques vérités parmi nos jugements et observations, mais sommes-nous intégralement en Vérité ? 


Dès que nous sommes sincères, il nous faut bien admettre notre appartenance à un monde de demi-vérités et dès lors à un monde de mensonges.


Dès lors que nous défendons notre monde de libertés contre d'autres qui au fond défendent leur monde de libertés, nous n'avons pas de certitude d'un regard intègre. Pouvons-nous prétendre défendre le monde en imposant le nôtre ? On peut prétendre défendre nos libertés contre ceux qui y attenteraient, mais de quelle liberté parlons-nous ? La liberté de suivre nos désirs, nos idées, nos mœurs est-elle une liberté créatrice de liberté ou une réclamation de poursuivre tout comme avant, notre petit esclavage y compris à des actions qui ne changent rien au fond ? Et ces changements relatifs qui refusent la transformation vers un mieux de la vie, ne sont-ils pas une hostilité à une évolution de la conscience, un refus de participer sincèrement à l'intelligence autocréatrice ?


Une foi en un Devenir évolutif où le cœur se réalisera divinisé, où une transformation même de notre matérialité sera en jeu, va de pair avec une meilleure vision de l'Etre. Nous pourrions développer une telle foi ouverte au fait de Devenir et d'Etre plus en Vérité.


Dans une telle dynamique, l'évidence du Soi, si elle est factuellement reconnue, si un espace de vacuité au-dessus des épaules se voit comme l'ouverture où tout apparait, ne changera pas : c'est une présence immuable. 



Mais sa lumière semble s'éclairer de mieux en mieux en éclairant ce qui sert le Devenir du cœur et de l'autocréation de l'univers matériel en Vérité. Notre individualité semble donc évoluer dans sa perception au sein de la présence immuable. De l'évidence du seul Soi englobant le devenir de notre individualité,  des autres et du monde, se découvre plus en plus dans une descente dans le cœur un Soi avec une âme [en cliquant ici, on trouvera une présentation approfondie de ce Soi avec une âme] .  En d'autres termes, se découvre une Vie Universelle divine, Être et Devenir, qui développe son individuation au sein de l'individualisation humaine que nous sommes.


Envisageons vraiment l'Etre et le Devenir comme une seule réalité. Ne privilégions ni le presque rien d'Etre ni le tout en Devenir. L'un et l'autre ne se recouvrent-ils pas dans des ténèbres lumineuses encore fort mystérieuse ? Les ténèbres internes du sommeil profond ne s'entrecroisent-elles pas avec les ténèbres de l'univers matériel pointant un inconscient pour nous ? Mais cet inconscient, ces ténèbres le sont-elles absolument ?


Le subconscient matériel (par exemple, les drogues agissent sur nous sans que nous en soyons pleinement conscient physiologiquement) et l'inconscient spirituel (La réalisation de la lumière spirituelle est celle de ténèbres lumineuses qui masquent des dimensions) ne disent-ils pas la limite de notre conscience humaine même spirituelle ? L'éveil d'une conscience surmentale ne laisserait-elle pas en suspens un éveil à une action consciente par-delà toute la bulle mentale y compris surmentale ?


Ceux qui pensent  exprimer une réalisation spirituelle relativisent souvent le Devenir. La présence est appelée absolu et le reste le relatif. Ils ne voient pas la dimension absolue du Devenir. A moins de gagner en sincérité, ils diront mordicus que leur réalisation n'est pas une expérience. Il est vrai que ceux qui restent identifiés au seul devenir mental et vital en demeurent à des expériences d'un agrégat psychologique. Ils entendent le mot expérience dans cette perspective d'un devenir de leur ego. 


Nier que nos réalisations spirituelles soient des expériences humaines en prétendant réaliser absolument l'absolu n'est-ce pas encore le règne de demi-vérités ? L'accès au monde des intuitions, à une connaissance par identité ne nous arrache pas encore tout à fait à la division propre à la bulle mentale. Notre intuition d'être le Soi est ainsi un éclairage surmental de l'Etre qui laisse, selon nous, inéclairé le Devenir. 


En effet, il y a des expériences spirituelles du Devenir qui ne sont pas simplement des pics de nos vies mentales et vitales. Elles indiquent que notre réalisation de l'absolu n'est pas une réalisation totale de l'absolu même si cette réalisation partielle comprend une dimension atemporelle immuable : cette réalisation quand elle s'ouvre à des expériences spirituelles du DEVENIR s'interprète avec plus de modestie.


Dans certains yogas, la Kundalini est à la base une expérience et un Devenir qui au sommet du crâne nous ramène et nous bascule en l'Etre.


Dans les voies dévotionnelles, la grâce est une expérience de Devenir qui peut aboutir à une union où notre personne et le Divin ont une même essence, un seul Être infini.


Sur la voie du yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère, quand la force de Mère descend et travaille en nous, il y a bien une expérience d'un Devenir qui n'est pas celle d'un ego. Cette action n'est pas qu'une action éclairée partiellement par le mental et dynamisée obscurément par notre vitalité. 


On voit bien que cette force de Mère unit l'Etre et le Devenir, travaillant plus sur un aspect ou l'autre. Elle peut faire descendre ou déplacer du Silence et de la paix, il y a alors un Devenir approfondissant l'Etre, une expérience renouvelée de l'Etre. Cette force de Mère peut rester davantage du côté du Devenir en réharmonisant nos énergies vitales, en intervenant dans le fonctionnement du corps, etc. 


Cette expérience d'une grâce, d'une force divine montante ou descendante peut aider à réaliser le Soi de l'advaita vedanta. Elle peut nous mettre sur la voie en disposant des indices. La Kundalini, par exemple, pointe l'espace vide du Soi qui englobe et réabsorbe cette débauche énergétique menaçante pour un ego.


La force devient clairement la force et l'expérience d'une dimension maternelle du Divin quand elle nous révèle l'enfant Divin que nous sommes. Pour moi, l'expérience de la Mère, de la Mahashakti est celle qui a en même temps produit la désobstruction du cœur. Ouvrir un passage à l'influence du principe d'individuation Divin ne peut pas se produire sans l'expérience de Mère, le Devenir, le souffle et la force divine, le Saint-Esprit. Cette individuation en est une flamme, un feu en croissance. Elle est aussi l'intuition d'un Être suprême, notre Père, car il y a en elle une goutte de cet Océan d'Etre au-delà de tout être. Mère est le Devenir de cet Être Suprême et nous nous réalisons alors leur enfant divin en croissance. 


Ce n'est plus alors une croyance ou un espoir que le royaume des cieux sur terre, le règne de l'amour. Réalisant dans l'ouverture du cœur notre âme divine, la terre et l'univers apparaissent le lieu de notre évolution et de la possible émergence d'un royaume de Dieu, pour chacun d'entre nous, ses enfants divins.


Dans cette vision renouvelée de la spiritualité, il n'y a pas de victoires c'est-à-dire de réalisations sans expériences multiples sur divers plans. La réalisation de la lumière spirituelle du Soi est vue forcément comme la reconnaissance de ténèbres lumineuses qui voilent d'autres plans et profondeurs de cette lumière. 


L'inconscient spirituel et le subconscient matériel ne sont plus supposés tels par essence. Ce sont plutôt les traductions des limites de notre conscience humaine mentale et vitale, des limites de la bulle mentale même en ses stratosphères intuitives surmentales. Mère a une action surgissant de ce qui nous semblait un inconscient spirituel. D'ailleurs, l'influence de notre âme divine et notre Soi ne l'étaient-ils pas quand nous étions identifié à un ego ? Et par ailleurs, l'action de Mère s'enfonce dans ce que nous estimions un inconscient matériel en deçà de tout subconscient psychologique. Là encore, n'étions-nous pas victimes de demi-vérités en ignorant cette action seule réellement transformatrice et créatrice ?


L'ouverture du cœur jusqu'à la réalisation de l'âme, l'individuation du Divin que nous sommes, est l'aboutissement d'une suite d'expériences qui est le commencement d'un autre type d'expériences allant avec une nouvelle compréhension voire une nouvelle conscience du Devenir et de l'Etre. Cette nouvelle conscience est reconnue comme l'oeuvre de la Mère divine, une intelligence supramentale de la force de coscience autocréatrice de notre univers. C'est le seul chemin pour mettre fin à cette ère de post-vérité où la crise évolutive en cours s'amplifie à grande allure. C'est le seul chemin pour ne plus la prolonger inconsciemment en la dénonçant. Car en se positionnant comme une de ses victimes impuissantes, on reste ignorant du fait qu'on en est aussi l'auteur.


Natalia Gontcharova (Tula, 1881 - Paris, 1962) - Forêt verte et jaune