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dimanche 12 octobre 2025

Sri Aurobindo et l'héritage socratique.

 

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La montagne de la sagesse socratique et la vie divine selon Sri Aurobindo. 

Socrate a eu des disciples qui ont développé des approches fort différentes de l'amour de la sagesse. Sa démarche était de faire prédominer la sincérité, le goût du vrai, par rapport aux croyances irréfléchies. Il se présentait comme un accoucheur d'âme. Sa mère était sage-femme praticienne experte en maïeutique, art de l'accouchement. Socrate est le sage-homme, le pratiquant de la maïeutique de l'âme. 

Les doctrines philosophiques sont engendrées par des types d'âme. Il y a plusieurs philosophies parce qu'il y a plusieurs types d'âme.

Chaque type d'âme a son chemin vers la vertu, la croissance du pouvoir spirituel en elle et vers le bonheur.

Au sommet, l'âme réalisera le bonheur comme source de la vertu ou la vertu comme pouvoir divin produisant le bonheur.


Face nord, l'ascétisme des stoïciens et ses excès, mais aussi le Oui à ce qui est, faire la volonté divine. 


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Face sud, l'hédonisme d'Aristippe puis d'Epicure et leurs excès, mais aussi l'attention, libérée de la dramatisation et de l'excitation, la jouissance d'être en vie.

 

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Face centrale, la voie platonicienne, que Sri Aurobindo reprendra et dépassera, l'aspiration psychique (de l'âme), l'amour du beau (de la perfection et de la lumière spirituelle). 

Toutes ces voies passent par la paix, l'ataraxie, un état de conscience où on est calme, tranquille, serein en toutes circonstances. 


Sri Aurobindo insiste, lui, sur la vertu d'égalité qui est une intégration individuelle de la paix et du silence inhérent à l'esprit, ce rien qui est tout, dit-il en référant aussi au taoïsme.




L'âme est une individuation du Divin chez les platoniciens comme chez Sri Aurobindo. L'ego est un complexe de personnalités, dont beaucoup résultent de la socialisation, de la soumission aux désirs charnels d'appropriation, de perpétuation, de reconnaissance et aux forces sentimentalo-sexuelles. 

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Ainsi l'âme vraie n'est pas l'ego. Sri Aurobindo nous invite à distinguer âme vraie, être central, d'une part, et âme de désir, d'autre part.



L'être central est ressenti dans une dimension parallèle à celle du corps physique et du corps subtil comprenant les chakras.


Pour les hédonistes, l'âme est liberté, le bonheur est liberté par rapport au désir, simple plaisir d’exister. Dans les philosophies tantriques proches de l'hédonisme philosophique occidental, on insistera sur le fait que l'accomplissement du désir, sa pleine satisfaction est libération du désir. Le sage n'est peut-être pas sans désir mais il est libre du désir.

Pour les platoniciens comme pour Sri Aurobindo plus tard, ceci n'est pas le sommet de la sagesse. Selon eux, nous pouvons aller plus loin si on distingue le désir de l'âme vraie et les désirs charnels vitaux. L'amour du beau, du vrai, du juste, etc. est un type de désir propre à l'âme vraie. 

Pour les stoïciens et les platoniciens, l'âme vraie est de substance divine, elle est liée à l'intelligence du Divin. Par ce lien, selon les stoïciens, l'âme est en harmonie avec l'univers, le corps du divin. 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir - le feu de l'hêgemonikon est le feu divin


Par ce lien substantiel, selon les platoniciens, l'âme est connectée à l'Un, au Suprême, source du multiple et pas seulement à la Déesse, l'âme du monde qui met en mouvement l'univers. 

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L'âme vraie, qui individue le Divin, ne peut donc pas avoir un sentiment de séparation.

En tant qu'enfant du Divin, rayon du Divin,  l'âme vraie aspire au Divin, elle aspire à la volonté Divine, à l'intelligence Divine au-delà du raisonnement humain le plus sage. L'âme aspire au monde des idées-forces, ces visions matérialisatrices, ces matrices de l'univers. L'âme vraie s'élève au-delà du mental rationnel vers l'intuitif suprarationnel. 



Ce n'est pas seulement la raison qui est éclairée par le suprarationnel mais aussi notre amour du beau, l'intelligence émotionnelle de l'âme. Sur cette voie, celle-ci se distinguera et se purifiera des émotions passionnelles qui résultent des désirs vitaux charnels.

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Pour Sri Aurobindo comme pour les platoniciens, l'intelligence intuitive résulte d'une élévation de l'âme à l'intelligence divine. Cependant, l'âme vraie peut atteindre une sphère de conscience divine supérieure. Plotin parle d'extases d'union directe avec l'Un, ses plus hautes élévations, au-delà de l'intelligence divine surmentale. Il admet une inconscience dans ces rares élévations au-delà de cette sphère. Pour Sri Aurobindo, cette élévation au-delà du surmental peut se faire sans inconscience, l'âme sort alors complètement de la sphère de conscience humaine. Elle évolue à un niveau de conscience surhumain. Ce nouveau niveau de conscience a des effets matériels. La chair n'est plus dévolue aux seuls désirs-appétits vitaux. Il y a une divinisation de la chair rendue possible. Cette supra-intelligence au-dessus ouvre à une nouvelle manifestation du Divin dans la matière, à une nouvelle création.

L'homme semblait au sommet de la création mentale, c'est un être de transition pour la nouvelle création supramentale.






Les pensées antiques ignoraient le processus évolutif de la vie biologique et l'histoire évolutive de l'univers. Du point de vue des sciences de la matière, une évolution de la conscience au-delà de la conscience mentale n'est pas plus choquante que l'a été un saut évolutif d'une conscience animale prémentale voire juste vitale vers une conscience mentale. Etc.

Les platoniciens estimaient que le mal résulte du fait que la lumière divine se perd et devient discontinue comme le scintillement des étoiles, des soleils vus de tellement loin que leur lumière s'éteind et se rallume pour l'observateur lointain.

Les platoniciens regardaient donc le monde terrestre charnel comme lieu d'une inévitable perdition spirituelle, lieu du mal. 

La lumière supramentale révèle que cette discontinuité spirituelle sur terre est due à la sphère mentale et à sa déformation de la lumière divine. Les ténèbres lumineuses de la lumière spirituelle sont dues à notre enfermement dans la bulle mentale.

La matière, la chair, dans cette lumière supramentale, que Sri Aurobindo nous a découverte, se libèrent inévitablement peu à peu de toutes les formes du mal que nous connaissons encore aujourd'hui. L'ignorance inhérente à la sphère mentale qui semblait former une déficience métaphysique propre au Divin sera dépassée.

Dans cette nouvelle lumière pour les âmes, ce sera peu à peu la fin du règne du mal moral qui cycliquement détruit les sociétés et civilisation. Ce sera au final un dépassement des limites physiques et des diverses formes du mal physique que sont maladie, accident et mort.

Aurore supramentale de Niranjan Guha Roy


jeudi 1 août 2024

LES ONZE PORTES PAR DOUGLAS HARDING

Tableau de Magritte


 Les onze portes par Douglas Harding

Quelles que soient nos origines, la société nous a tous tronqués, émoussés, rétrécis, en petites choses limitées et mortelles appelées êtres humains, séparées, solitaires, pleines de toutes sortes de peurs, enfermées dans la prison de nos conditionnements.

Nous imaginons maintes façons de nous échapper : acharnement au travail, télévision, shopping, sexe, drogues, spiritualité. Nous croyons que notre prison n’a pas de porte, mais en fait il n’y en a pas moins de onze, grandes ouvertes vers la liberté. Comme nous allons le voir.


J’AI BESOIN D’ETRE LIBERE DE LA CULPABILITE ET DE TOUTES SORTES D’EGOISMES ET AUTRES DEFAUTS.

Le but essentiel, la passion dominante de ma vie d’adulte a été l’union avec sa Source. Cependant j’ai l’impression d’empirer au lieu de m’améliorer ! (En fait, c’est que sans doute je suis de plus en plus conscient des tours que joue l’ego secrètement pour survivre et s’épanouir.) De toute façon, je suis de plus en plus consterné par la vilénie de Harding. Son salut ne sera pas facile ! Il lui faudra plus qu’un sauvetage ordinaire.


IL M’EST DONNE ONZE CORDES DE SECURITE, ONZE VOIES DE LIBERATION DISTINCTES, QUI CHACUNE SUFFIRAIT A ME CONDUIRE EN LIEU SÛR.

Car tels sont la bonté, la générosité débordante, le sens de l’humour, la sollicitude, l’expertise parfaite de ma Source au Centre. Il est impossible d’exagérer la force combinée des Onze. Je découvre, à ma grande stupéfaction, que déjà –


(1) JE SUIS INFINI

Quand je désigne du doigt ce à partir de quoi je regarde, je vois que cela s’étend à l’infini, dans toutes les directions – vers le haut et vers le bas, à gauche et à droite, en avant et en arrière – et toujours aussi vivant.

Quelle stupéfaction également de réaliser que je suis si grand, si ‘explosé’, sans jamais le remarquer, encore moins comprendre le sens et la valeur de cette infinitude.

Regardez maintenant ce que votre index désigne REELLEMENT lorsqu’il désigne ce qui est au-dessus de vos épaules, et vous verrez exactement ce que je veux dire.

Etre l’Explosion superbienveillante et subnucléaire continuelle aurait déjà été une libération largement suffisante. Mais pour faire bonne mesure, il y a au moins dix autres portes attendant chacune avec impatience son tour de s’ouvrir !


(2) JE SUIS PUR

« Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme la laine. » Ainsi chante le prophète Esaïe dans l’Ancien Testament.

Le pardon des péchés est, bien sûr, l’un des thèmes essentiels du Nouveau Testament. Son sujet principal, en fait.

Dans son livre, Conscience Intuitive, Ajahn Sumedo, qui est à la tête du Bouddhisme Théravada au Royaume Uni, écrit : 

« La Conscience est déjà pure. Vous n’avez pas besoin de la purifier. Vous n’avez pas besoin de faire quoi que ce soit… Notre véritable nature est pure. Quand nous commençons à réaliser cela, à l’apprécier et à faire preuve de confiance, nous voyons que c’est vrai. Ce n’est pas théorique, ce n’est pas abstrait, ce n’est pas une idée – c’est la réalité… Vous avez toujours été pur. »

Personnellement, il me suffit de faire pivoter mon attention de 180°, et de regarder Ce Qui regarde, pour voir que c’est absolument non-contaminé et non-contaminable.


(3) JE SUIS LIBRE

Spontané, imprévisible, en liberté. Je ne sais pas – personne ne sait – ce que je vais faire dans l’instant qui suit. De plus, il y a des signes évidents que des créatures de toutes sortes sont aussi libres que moi, qu’elles le réalisent ou non.

Par exemple, j’observe le vol zigzaguant du papillon qui va de fleur en fleur, les aller-retour fantasques de la mouche, en piqué, sur la vitre de la fenêtre ou sur la table, les gestes inopinés de cette main qui vous fait signe de bienvenue ou d’adieu. Dieu sait quelle bonne idée ou quelle stupidité va sortir du stylo que je tiens. Je corrige : Il ne sait pas ! S’Il le savait, Il m’aurait lié pieds et poings. Il aurait transformé l’esprit libre que je suis en un robot, un automate cybernétique très inférieur à une mouche.

« Vous saurez la vérité et la vérité vous libérera », dit Jésus de Nazareth. Et le Tao te king – ce classique chinois – attribue au sage éveillé la spontanéité d’un nouveau-né.

Mais à part quelques appels à la liberté de ce genre, toutes les grandes religions, chacune à sa façon, enseignent que la véritable piété est la soumission à la volonté toute puissante de Dieu. Si les esclaves et leurs maîtres ont une religion, c’est celle-là, c’est bien celle-là ! Pas étonnant que nos églises soient vides !

Pour parler crûment, Dieu a changé d’avis. Et au lieu de s’entourer de serviteurs, Il recherche des amis – des amis sincères qui ont choisi librement cette superbe relation.


(4) JE SUIS

Je suis certain de cela. Qui plus est, c’est la seule chose dont je sois absolument certain. C’est la Réalité Eveillée. Tout le reste est peut-être un rêve.

Je n’ai pas seulement le droit inaliénable de dire JE SUIS, mais je suis obligé de l’affirmer sans cesse. Je suis fait ainsi. Quand la Réalité m’est servie, c’est le Menu.

Dix,vingt, cent fois par jour je m’entends dire JE SUIS. JE SUIS seul, JE SUIS triste, JE SUIS très bien aujourd’hui, merci beaucoup, JE SUIS inquiet, JE SUIS très occupé en ce moment. Et ainsi de suite, continuellement. JE SUIS né ainsi.

C’est une nouvelle merveilleuse. C’est ma guérison et ma plénitude, ma déification en dépit de ma « Hardinginitude ».

Ou bien SUIS-JE en train de barboter la tête en bas dans ma petite mare aux canards d’ETRE privée ?

NON ! La vérité évidente et stupéfiante c’est que je ne puis être sans être l’ETRE MEME.


(5) JE SUIS ICI

Quand je dis que quelque chose est situé ici, que cela signifie-t-il ? Est-ce près, est-ce accessible, est-ce intime ? Quand je décris quelque chose comme ce quelque chose, quelles sont ses limites ? Où cette chose commence-t-elle, où finit-elle ?

Cela dépend. Dans la même seconde je peux parler de ce poumon, ce pays, ce groupe de galaxies. En fait mon ceci et mon ici sont sans limites dans leur immensité et leur petitesse. Je suis infiniment élastique.

Et je prends ce fait au sérieux. Je me pose la question à moi-même : QUI est Celui Qui peut à volonté se dilater et se contracter aussi facilement et naturellement ? quelle est la véritable identité de ce faiseur-de-miracle ?

Je réalise que seul l’UN qui est ma Source et mon Centre correspond à cette définition. Et ce n’est pas une idée à méditer de temps en temps : c’est une expérience à vivre tout au long de mon existence.


(6) JE SUIS MAINTENANT

De même, lorsque je dis qu’un évènement se produit maintenant, que cela signifie-t-il ? Combien de temps dure le moment présent, si l’on peut parler de durée ?

A nouveau, cela dépend. Je m’entends parler si allègrement de cet éclair, cette semaine, cette décennie, ce millénaire. La vérité est que je contiens autant de temps qu’il m’est nécessaire de temps en temps. Et le paradoxe, c’est qu’en contenant le temps je le maîtrise, et je peux reprendre à mon compte avec enthousiasme les paroles de Ludwig Wittgenstein : « La mort n’est pas un évènement dans la vie ; nous ne vivons pas pour faire l’expérience de la mort… Notre vie n’a pas de fin tout comme notre champ visuel n’a pas de limites ».

En résumé : je suis la conscience qui observe qu’elle n’a pas de commencement, ni d’interruption, ni de fin, et je ne mourrai jamais.

       



(7) JE SUIS AUTO-CREE

Voici la grande porte, la porte-clef, la plus importante des Onze. Toutes les autres sont secondaires, nécessaires, certes, mais en aval de la Source.

Voici le résumé de l’histoire terrestre de l’UN qui accomplit « l’impossible », c’est-à-dire que, sans aucune aide ni aucune raison, Il se crée Lui-même avant d’être, avant même que Rien ne soit.

(a) En décembre 1945, un pot de terre contenant 13 livres gnostiques reliés en cuir fut découvert accidentellement en Haute Egypte. Ces livres contenaient 52 textes « secrets » écrit en Copte. Sans doute avaient-ils été enterrés il y a quelques quinze siècles par les moines d’un monastère voisin de peur que l’Eglise Catholique ne les découvre.

Parmi ces textes « hérétiques » s’en trouvait un attribué aux Gnostiques Barbelo. Honneur et louanges à leur maître anonyme qui, quelques décennies seulement après la crucifixion de Jésus, fut le premier à parler de Celui qui s’auto-génère.

Bon nombre de textes gnostiques ultérieurs (un Gnostique est littéralement celui qui sait) tiennent le même langage. Par exemple : L’Evangile des Egyptiens : « Ton grand nom est sur moi, O Toi l’Auto-Créé qui n’est pas en-dehors de moi ». Bien que chrétiens pour la plupart, ils furent pratiquement exterminés par les catholiques bien avant l’an 500 ap J.-C..

(b) Environ 800 ans ap J.-C., à la cour de l’empereur Charlemagne, le philosophe irlandais John Scotus Erigena (Jean Scot Erigène) enseignait que ce n’est pas CE QUE Dieu est qui est capital, mais QU’IL SOIT.

(c) Le célèbre philosophe allemand, Leibniz (1646-1716), avec sa doctrine des Monades, était du même avis.

(d) En 1935 un autre philosophe allemand, Martin Heidegger, écrivait : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? De toute évidence, c’est la première de toutes les questions… Chacun de nous est effleuré au moins une fois, peut-être plus qu’une fois, par la puissance cachée de cette question, même s’il n’est pas conscient de ce qui se passe. » Et il parle ensuite du Fondement de l’Etre qui suscite cette question essentielle. (Introduction à la Métaphysique)

(e) Au même moment à peu près, Ludwig Wittgenstein, le philosophe autrichien que j’ai déjà cité, écrivait que ce n’est pas CE QU’est l’univers qui est mystique, mais LE FAIT QU’il existe.

(f) Au cours du dernier demi-siècle, j’ai partagé avec un grand nombre de gens l’émerveillement de l’autocréation de l’Etre. Ils sont au moins quelques centaines. Rien d’étonnant à cela ! Cela fait partie de la réalisation essentielle qui se produit aujourd’hui aux endroits les plus invraisemblables. Et c’est une cause de joie immense dans un monde qui manque terriblement de joie. C’est aussi ma fin – c’est à dire mon but et ma cessation, ma disparition délibérée en votre faveur.


(8) JE SUIS INCONNAISSABLE

Lequel est digne d’adoration, le Dieu Roc-solide qui doit forcément être, ou le Dieu Océanique auto-créé qui n’est pas obligé d’être ?

Loin de L’inquiéter, le fait qu’Il ignore totalement comment Il se produit Lui-même est une bénédiction céleste à partager avec ses amis. Révéler le secret de l’Auto-Création serait la dépouiller de toute sa fascination, de tout son charme, de toute sa puissance. Cela nous plongerait la tête la première dans un enfer d’ennui éternel.


(9) JE SUIS TOUS CEUX QUI VOIENT

A partir de quoi le scorpion, l’octopus (pieuvre), le chimpanzé, le jeune enfant regarde-t-il, selon son expérience personnelle ?

Certainement pas à partir d’un visage de scorpion, ou d’un visage d’octopus (s’il en a un), ou d’un visage de chimpanzé, ou de mon propre visage d’enfant ou d’adulte. Toutes les créatures qui voient regardent à partir du Seul et Même Espace Vide. Non pas espace vide-pour-le-vide, mais espace-vide-pour-se-remplir, espace d’accueil pour les autres visages. Cette Capacité primordiale – abnégation totale – est le brillant et charmant Visage Originel dont parle le Bouddhisme Zen.


(10) JE SUIS TOUS LES ETRES SENSIBLES

Ne puis-je alors être un avec le sourd, l’aveugle, toutes créatures souffrant d’un handicap ? Bien sûr que si. Aucun être sensible ne peut être sans être moi, sans être L’ETRE MEME. En fait, il est impossible de surestimer la puissance cumulative de ce système d’évasion universel à onze portes ?

Considérez l’immense pouvoir caché de la question : « Comment se font la structure ordonnée et la bonne marche de l’univers ? »

Exactement, quel est le plus souhaitable des pouvoirs, celui qui a la portée la plus considérable, et qui pourtant nous est donné ?

C’est tout simplement le pouvoir de prendre, d’absorber et d’enlever la souffrance de tous les êtres sensibles.


(11) JE SUIS VOUS

CE QUE je regarde est mon problème, et CE A PARTIR DE QUOI je regarde est sa solution. Et – paradoxe des paradoxes ! – la véritable solution, c’est que vous, ainsi que tous les autres, et certainement pas moi-même, êtes ma Guérison, l’Antidote contre mon ego-centrisme invétéré. Ici au Centre, Je suis Vous !


Au commencement, je vous ai promis onze portes grandes ouvertes pour sortir de la prison de notre conditionnement, et j’ai tenu ma promesse.


Alors, prenons le large !


Douglas Harding


Tableau de Magritte

   
    

jeudi 29 février 2024

En vue de ne pas confondre l'Eveil du Soi et un accomplissement définitif - Épisode 2/4 - Les dimensions inconscientes et les illusions de la conscience éveillée.


Haruyo Morita née en 1945 à Saitama, Japon


Ce qu'autrui reconnaît comme ma personne est à la lumière du Soi, une manifestation instantanée dans ce qui est vécu ici comme une Présence consciente atemporelle et impersonnelle embrassant tout ce qui apparait. 


Ceci constaté tout est-il réglé ?


Un certain néo-advaita affirme que la présence consciente du Soi étant réalisé, tout est parfait, il n'y a rien à faire. 

Eveil du Soi et réalisation de Soi sont confondus par ce néo-advaita.

Premièrement, pour certains, il y a va-et-vient entre une conscience du Soi et une conscience égocentrique où la présence du Soi est éclipsée. Pour de telles personnes, le constat précédent que ma personne est une manifestation du Soi peut être fait, mais il est évident que quelque chose manque de clarté pour que soudain l'ego séparé seul subsiste éclipsant le Soi. De telles expériences invitent à modérer l'identification de l'éveil du Soi et de sa réalisation.

Ce type de néo-advaita soulignera que cet ego éclipse le Soi tant qu'il prolonge l'identification à un chercheur. C'est l'effort spirituel qui provoquerait ce va-et-vient.

Ce néo-advaita va dès lors dénoncer toute approche spirituelle qui consiste à dire que l'Eveil du Soi ne signifie nullement l'abolition de l'ego à sa périphérie et qu'un effort reste requis tant qu'il y a ego en périphérie du Soi. 

Ce néo-advaita va proclamer que si la conscience de notre vraie nature est réalisée dans son impersonnalité alors il n'y a plus d'ego. Soit il y a le Soi, soit il y a l'ego. 

Comment oser dire, comme Douglas Harding, qu'il y a le Grand au centre (le Soi) et le petit (notre ego) à la périphérie prêt à reprendre sa place au centre ? 

Comment oser distinguer comme Yvan Amar, à la suite de son maître Chandra Swami, l'éveil du Soi et sa réalisation voire divers niveaux de réalisations ? 

J'aimerais ici insister sur des indices qui montrent que l'éveil du Soi n'est pas la fin de l'ego : troubles émotionnels, désirs et pulsions relatives à une personne demeurent. Tant qu'il y a du désir et des pulsions, il y a de l'ego au moins périphérique, il y a un vécu séparé où il y a sujet et objet. Il reste une dualité relative au sein d'un vécu non duel du Soi.

Là-dessus, le néo-advaita n'est pas clair. Il affirme qu'il n'y a plus d'ego quand il laisse libre le cours des désirs et des pulsions.

L'éveil au Soi, même momentané car aussitôt de nouveau éclipsé, montre l'usurpation de l'ego qui s'illusionne centre de la conscience. Si en l'ego, il y a une collaboration qui se développe, un disciple se forme, la lumière du Soi œuvrera en complicité avec ce disciple du Soi. Un processus amènera l'individu à faire face à tous ses autres aspects qui refusent la lumière où ils finiront dissouts, refondus, à ses aspects qui la craignent pour de mauvaises raisons, etc.

Bien entendu, quand la lumière spirituelle du Soi brille consciemment, la personne n'occupe plus illusoirement le centre de la conscience. L'essence de la présence consciente, notre vraie nature est cette lumière spirituelle que nous sommes. Et quand celle-ci brille intensément, notre vraie nature imprégnant tout à l'évidence, comment distinguer de notre Soi une quelconque trace d'ego encore séparé ? comment distinguer notre personne de l'impersonnalité du Soi ?

Mais une proclamation d'une réalisation du Soi à partir d'une expérience et non d'un état n'est pas sincère et dit bien un manque de soumission d'un restant d'ego au Soi. Le disciple du Soi en la personne est irrémédiablement devenu un ego spirituel discret mais luciférien, son accès à la lumière du Soi est indéniable mais sa capacité à agir dans l'ombre de cette lumière l'est aussi !

L'éveil du Soi est un pas, mais plus de cœur et d'intelligence pour le monde et son Devenir est entrer davantage dans la lumière. 

L'amour pur et vrai ne comporte et ne s'accompagne d'aucune forme de désir centré sur nos intérêts personnels. La dévotion ou Bhakti en sanscrit est rendue possible par la coexistence du Soi éveillé avec un ego bhakta qui demeure en sa périphérie, mais cherche à s'y fondre par amour et désir mêlés. Le paradoxe est que l'accomplissement de son désir personnel d'amour le mènera vers la réalisation d'un amour pur et vrai, une saturation de Joie dans le cœur qu'il n'est pas possible de confondre avec des désirs appétits et des pulsions. L'accomplissement de la dévotion est précisément une purification de l'amour dévotionnel de tout désir appétit ou pulsion. Ici si l'union d'amour est réalisée, il n'y a plus d'ego spirituel possible sur cet aspect de notre personne où s'est réalisé cette union. Il y a réalisation que l'amour pur et vrai est une unité de substance entre individu et Divin au sein du Soi. L'amour pur et vrai ainsi réalisé au sein d'une relation d'un aspect de ce petit avec le Grand abolit par son vécu toute idée de différenciation de valeur entre individu et Soi, toute idée de différenciation de valeur entre personnalité et impersonnalité.

La dévotion même réalisée n'empêche pas que des désirs et pulsions d'agrégats d'ego demeurent non encore transmutés dans l'amour vrai et pur présent dans le centre du cœur. Si cette irruption de l'Amour divin dans la lumière du Soi se poursuit dans son activité transformatrice alors même les petits désirs que sont les pulsions peuvent commencer à se soumettre à la lumière du Soi. Il y a à côté d'un Soi vécu comme indifférence au devenir du monde, un chemin d'incarnation de la lumière du Soi comme lumière de l'Amour divin.

Le chemin de la prise de conscience du Soi surmontant l'illusion égocentrique est assez balisé et simple. Il est nécessaire. Mais l'aventure en aval de l'éveil du Soi ne semble pas avoir de fin car l'ego périphérique et l'inconscient de l'individu où il demeure est le terrain où se joue le Devenir du Soi.


Il y a là plusieurs chemins, les aventures sont singulières, les chemins ne sont même pas établis, plusieurs vocabulaires sont possibles. Ces cartes qui dessinent un territoire encore inexploré s'avèrent forcément subtiles et délicates pour quelqu'un qui n'a que quelques pressentiments de ce dont il pourrait s'agir. Toutefois si l'heure est venue, l'éveil du Soi servira en cet individu l'aspiration de l'amour pour qu'émerge l'individuation du Divin. Alors, face à ces cartes offertes par des pionniers de cette aventure spirituelle, il saura surmonter le défi de leurs subtilités, de la délicatesse d'interprétation due aux zones imprécisément cartographiées et elles commenceront à lui être utiles.

Par exemple, la Katha Upanishad donne un enseignement à Nachiketas qui selon Yama, la mort, manifeste consciemment le Soi (Katha 1.II.9) et aspire à la vérité aux mépris de tous les désirs mondains (Katha 1.II. 12-13). Le lecteur pressé citera les passages qui le confirment dans son néo-advaita. Mais devant l'idée qu'au fond de la grotte du cœur soit présent un feu sans fumée, un purusha individuel, pouvant grandir par la présence de la Mère Divine, etc. il passera son chemin. Les notions d'Isvahra au-delà de l'atman et de purusha qui comportent l'idée d'un absolu individuel et personnel seront même traduites à contresens.

Qui aujourd'hui parmi nos éveillés néo-advaïtas ouvre un passage dans ces subtilités du Soi en prenant vraiment au sérieux une telle carte laissée par les rishis des Upanishads ?

Et évidemment d'autres aventuriers qui partent de là et vont encore plus loin seront ainsi aussi banalisés ou méprisés par ces tenants du néo-advaita qui ont pu les rencontrer. Bien sûr, leur vécu du Soi leur inspire l'idée qu'ils sont ouverts et tolérants puisque tout est accueilli sans jugement ici et maintenant. Par ailleurs, eux, ont le sentiment de l'humilité de leur non-savoir et sont, il est vrai, reliés à des traditions multiséculaires éprouvées, contrairement à ces aventuriers parlant d'une nouvelle conscience et prétendant redessiner les cartes du territoire spirituel.






Ce n'est pas un problème : comprenne qui pourra. Seuls ceux qui y sont destinés, parce que c'est leur heure de Dieu, prendrons le chemin de l'aventure qui commence dans les territoires inconnus qui s'ouvrent à un individu où brille l'éveil du Soi.


Pour repérer ces territoires inconnus, revenons à notre observation initiale :

Ce qu'autrui reconnaît comme ma personne est à la lumière du Soi, une manifestation instantanée dans ce qui est vécu ici comme une Présence consciente atemporelle et impersonnelle embrassant tout ce qui apparait. 

Essayons d'observer, avec la qualité de lumière du Soi qui brille en nous, cet acte de Conscience à l'instant qui produit notre forme individuelle et ses désirs relatifs. 

L'autocréation de notre forme individuelle humaine n'est certes pas un hasard, elle n'est pas réductible à un pur produit d'indéterminations matérielles ! Mais soyons sincère, la présence consciente de la Conscience infinie dont il y a ici vécu semble être aussi en partie bien inconsciente ! L'autocréation est pressentie, mais elle est à l'œuvre dans les ténèbres lumineuses du Soi. Au niveau de notre subconscient humain physique, vital et mental, peut-on nier l'évidence de l'inéclairé. Si par le fait du Soi, ce que nous sommes est imbriqué et interdépendant avec le tout de l'univers, à l'évidence, il y a de l'inconscient concernant ces imbrications et interdépendances pourtant partiellement aperçues. 

A côté de notre subconscient et de notre inconscient cosmique, y a-t-il de l'Inconscient au sein de la Conscience infinie ? La présence consciente malgré son infinité serait-elle intrinsèquement liée à une base d'Êtreté inconsciente ? Ou, là encore, manque-t-il la prise de conscience au-delà du Soi et de ses ténèbres d'une supraconscience, l'Ishvara, le Suprême ? Peut-il se dévoiler en nous tant que la révélation du Soi au lieu de se clarifier les ténèbres et l'inconscient du Soi, un Non Soi sont absolutisés mentalement ? 

Face à la conscience infinie qui forme pourtant notre vraie nature, ne serions-nous pas comme quelqu'un quittant une pièce très sombre dans une journée d'été, qui voit certes l'évidence ensoleillée, mais n'en reste pas moins aveuglé et enténébré parce qu'il n'est pas coutumier de cet excès de lumière ?

Alors cet inconscient de la Conscience infinie est-il ténèbres intrinsèques à celle-ci ou est-il le fruit de notre enténèbrement individuel et cosmique ? 

Cette question qui semble résulter d'un jeu intellectuel, qui semble oiseuse, superflue, met en jeu une carte lié à un territoire : elle pointe l'espace immense d'une aventure, d'un jeu de cache cache du Divin avec lui-même.


Quant à ce qui se passe ici, entourant l'individu que je suis, je dirais que la Conscience source est pressentie à la racine de cette individuation de manière bien plus claire que ne l'est le Devenir des autres et de ce monde. Cette inconscience affecte le mental, le vital et le physique de cette individualisation et limite le chemin d'individuation qui s'y produit. Certes il y a éveil du Soi avec une âme. Mais une parfaite soumission et consécration du mental, du vital et du physique au Divin n'étant pas réalisée, l'autocréation Divine de tout ce qui est, reste, dès lors, pour la plus grande part inconsciente.

Ainsi quant à ce qui passe ici, le pressentiment d'être l'autocréation de la Conscience est intrinsèque à la présence de l'âme. Mais ce pressentiment d'un Suprême créateur conscient est loin d'en être la réalisation. Ici la Conscience d'être l'Un innombrable en Devenir n'est pas réalisé. 


L'auto-expérience de la Conscience au-delà de l'illusion d'une conscience égocentrique peut certainement s'approfondir dans une transformation de ses véhicules individuels car cette auto-expérience quand elle celle d'un Soi avec une âme est tempiternelle autant qu'atemporelle. 


"Petit doute, petit éveil ; grand doute, grand éveil. Pas de doute, pas d'éveil", sentence du bouddhisme T'chan. 


Haruyo Morita


samedi 10 février 2024

PREMIER PAS POUR QUE L'EGO CESSE D'OBLITERER L'IMMENSITE INTERIEURE

Offrande - Œuvre de Niranjan Guha Roy

Si nous avons connu une expérience d'ouverture à un état de conscience différent de notre état de conscience usuel centré sur notre ego, nous pouvons être amené à nous intéresser à la spiritualité.

Ou, c'est simplement la curiosité pour une aventure que des témoignages nous rendent attrayante, parce que nous ressentons comme un manque, un vide que cette possibilité pourrait combler.

Nous lisons, nous pensons, nous fantasmons à ce sujet. Mais nous ne sommes encore la plupart du temps qu'un ego qui accumule des informations sur des états de conscience sans pour autant revivre un état de conscience qui n'est plus centré sur notre conscience de moi usuelle.

Nous pouvons apprendre à mieux penser, à mieux vivre nos émotions et à détendre notre corps, mais c'est encore et toujours une vie de conscience centrée sur notre ego que nous vivons.


Alors ?


Avec le plus grand sérieux, je vous invite à penser à la plus grande chose possible. Pour rendre cela plus aisé, je vous invite à vous imaginer une sphère que vous allez faire grandir le plus possible.

Pour la faire grandir le plus possible, vous devez vous inclure à l'intérieur d'elle et ne pas seulement la faire grandir devant vous.

Vous pouvez lui donner une couleur par imagination si cela vous aide, un bleu translucide par exemple.

Tout ce que vous entendez, sentez, voyez, ressentez sera inclus dedans. Cela ira au-dessus du champ visuel, au-delà de l'horizon, cela  s'étendra au-dessous du sol.

Mais bientôt votre sphère de pensée la plus grande possible sera arrivée à un point où votre effort mental patine. C'est comme si vous faisiez déborder la pensée au-delà de la possibilité de grandeur de votre pensée.

Dans quoi cette sphère de pensée s'est-elle étendue ? Dans quoi cette pensée s'évanouit-elle au-delà de ses possibilités d'imagination d'extension ?

Si vous avez tenu bon et mené l'expérience à fond, vous venez de toucher une immensité intérieure qui échappe à votre vie centrée sur l'ego et la pensée.

Et alors, me direz-vous ? N'est-ce pas une bien pauvre expérience puisqu'à peine je reviens à mes pensées usuelles, cette immensité intérieure entrevue s'efface ?

Vous pouvez refaire l'expérience les yeux fermés et vous constaterez que cette immensité intérieure, ces ténèbres lumineuses sont partout, une sphère sans borne, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.

Mais, me direz-vous encore, et vous avez raison de questionner, cette intériorité qui dépasse ma subjectivité même si elle est là, en arrière-plan, en quoi pourrait-elle changer ma vie subjective centrée sur mon ego ? Le frêle moment où l'expérience l'a découverte, qu'a-t-il découvert sinon comme des ténèbres lumineuses au-delà de mes possibilités de pensée. 

Or les témoins spirituels parlent d'une paix, d'une joie, de lumières, d'énergies décuplées, de mémoires de vies antérieures, d'anges, de dieux, etc.

Cette expérience d'une immensité non saisissable mentalement n'est-elle pas bien pauvre ?

Ce premier pas est pourtant un pas spirituel dans une conscience immense au-delà de la conscience de l'ego. En trouvant cela bien trop pauvre, n'oubliez-vous pas dans vos lectures et vos informations qu'il y a une valeur spirituelle de la pauvreté ?

Avez-vous compris la voie de la pauvreté comme une voie du renoncement de l'ego à ses biens ? La pauvreté, c'est renoncer à l'enrichissement de l'ego aux dépends des autres, des êtres sensibles et du monde. Mais ce n'est pas le choix d'une misère matérielle qui est requis, il s'agit de renoncer à être un propriétaire et de se contenter d'être un régisseur de biens, le temps de ce corps au service de tout et de tous. La pauvreté au sens spirituel, consiste à renoncer à nos désirs d'ego de s'approprier de la valeur, y compris par des expériences extrêmes d'émotion, d'énergie et de vision de pensées-sensations merveilleuses.

Ces ténèbres lumineuses au-delà des possibilités de nos lumières intellectuelles nous invitent à leur pauvreté, à leur silence, à leur laisser-être sans juger, à leur ouverture inconditionnelle à ce qui se manifeste... 

Les pauvres ne dirigent pas le destin du monde et rien ne les amène à le penser. 

Faisons vœu de pauvreté, consentons à descendre du trône de la conscience où nous siégions en ramenant tout à nous ! Cédons ce siège égocentrique où notre règne catastrophique n'était que querelles avec nos voisin(e)s et nos frères ! Laissons ces ténèbres lumineuses au centre de nous-mêmes. Devenons ce régisseur inquiet, ce simple ouvrier qui œuvre même s'il n'a encore jamais vu ses Maîtres qui l'ont embauché et s'il n'entend pas intuitivement leur volonté hormis par quelques réflexions universalisables toujours à amender.

Pauvres d'Esprit, faisons place avec foi au centre de nous-mêmes à ces ténèbres lumineuses où notre Seigneur Suprême et notre douce Mère se tiennent cachés. Des indices par eux laissés, des murmures discrets, de petites variations de luminosité finiront par nous parler de ce qui en est précisément de nos résistances du moment à surmonter, de l'offrande à faire.


Pour en revenir à l'expérience de ce premier pas à tester et à pratiquer, voici un plan d'action qui pourrait aider :

 

Plan pour éprouver l'immensité inspiré par Douglas Harding

Dans cet article, avec l'aide d'expériences transmises par Douglas Harding, je propose un deuxième pas sur ce chemin de pauvreté et d'humilité :


vendredi 2 février 2024

Les différentes voies spirituelles par Douglas Harding ou le quadruple sentier

 21 décembre 2015

Les différentes voies spirituelles par Douglas Harding

être-et-ne-pas-être



LA  FEUILLE  DE  TREFLE ou Montre-moi  Le Chemin Pour Rentrer Chez Moi


 par Douglas E. Harding, dans Être et ne pas être, telle est la réponse, Edition Almora


 


           


Il y a peu de chances que les éditeurs de la précieuse revue WHICH ? publient, dans un avenir prévisible, un numéro consacré cette fois non pas à comment choisir votre voiture, ou votre caméscope ou votre carrière professionnelle, mais votre carrière spirituelle ou le Chemin Pour Rentrer Chez Vous. C’est donc à vous d’étudier la question, même superficiellement et brièvement. Et j’ajouterai qu’il serait grand temps !


Car, voyons un peu les faits. Avant d’en choisir une pour la vie, les jeunes gens intelligents et responsables prennent la peine d’examiner soigneusement les carrières qui s’offrent à eux dans ce monde. Ils pèsent le pour et le contre de chaque métier. Ils demandent conseil. Ils en essaient même parfois quelques uns, pour vérifier la température de l’eau du bain avant de s’y plonger. Il est rare que l’on épouse une carrière pour la vie par accident ou distraction. Comme il en va différemment si et quand ces mêmes jeunes personnes intelligentes et responsables en arrivent à choisir ce qui est infiniment plus important, leur carrière spirituelle. Choisir, mon œil ! Pourquoi ne pas admettre que vous y avez été poussé(e) par ce qui avait toutes les marques du plus pur des hasards ? Un ami avait un ami qui avait un billet de trop pour cette conférence passionnante. On vous a poussé(e) à lire ce livre sensationnel. Vous avez voulu draguer cette charmeuse dans le train : en fait c’est elle qui vous a dragué, et recruté ainsi un disciple de plus pour son gourou bien-aimé. Vous vous ennuyiez, vous ne saviez pas trop quoi faire, et voici que cette circulaire flamboyante a atterri sur votre paillasson, y mettant presque le feu ! Etc. Quoi que ce soit qui ait déclenché votre voyage de retour Chez Vous, je parie que, pas plus dans votre cas que dans le mien, cela n’a été une étude approfondie du terrain spirituel, des routes qui le traversent et de leurs conditions de circulation respectives.


Eh bien, il est tard, mais pas trop tard, pour nous amender. Peu importe si le voyageur a l’habitude ou non des grandes routes, peu importe où il en est sur le trajet, plus il a de renseignements sur la route, mieux c’est. Visibilité, intempéries, flux de la circulation, limites de vitesse, accidents, travaux, et surtout les détournements éventuels – autant de signaux ou d’informations radio auxquels il n’est ni prudent, ni raisonnable de s’aveugler ou de faire la sourde oreille. Et c’est particulièrement important s’il s’agit de la route spirituelle, la voie qui vous ramène Chez Vous. D’où cet article.


Ici, vous allez peut-être me dire qu’en réalité votre engagement spirituel n’a pas été déterminé par le hasard, mais par votre tempérament. Certains d’entre nous sont naturellement attirés par la poursuite de la Vérité, d’autres pas celle de la Bonté, d’autres encore par celle de la Beauté. Ou bien, si vous vous inspirez d’une autre tradition, vous allez peut-être faire remarquer à quel point notre legs spirituel ou héritage karmique varie – de sorte que certains d’entre nous sont attirés par la voie de la Connaissance, celle du Sage qui Voit – beaucoup par la voie de la Dévotion, de l’adoration de Dieu ou l’abandon total à Dieu ou à l’une de Ses incarnations – et quelques-uns par la voie des Bonnes Œuvres, celle d’une vie désintéressée consacrée au service d’un monde souffrant. « Si je suis fidèle à ma vocation, à mes dons (tels qu’ils sont) ils me conduiront finalement Chez Moi », me direz-vous. « Je suis ma propre voie et m’occupe de mes propres affaires, reconnaissant que les autres routes sont faites pour d’autres voyageurs, qui conduisent d’autres marques de voiture, qui roulent probablement avec d’autres sortes de carburant. Je leur souhaite bonne chance ! »


 Argument plausible, certes, mais qui ne me convainc pas. Pour deux raisons. Tout d’abord, je dois dire que cette invocation de mon tempérament, de mon caractère, de mon inclination n’a guère de sens pour moi. J’ignore ce qu’il en est pour vous, mais quant à moi, je ne parviens tout simplement pas à décider si je suis le type intellectuel, ou le type sensoriel-sensuel, ou le type émotionnel, ou le type actif, ou le type fainéant, ou un peintre de trottoir manqué, ou (par la grâce de Dieu) une sorte d’idiot éveillé. Et qui plus est, personne d’autre que moi n’est en mesure de me le dire. Ma source de renseignements intérieure me dit que si j’ai un tempérament, c’est un brouet de sorcière composé de tous les ingrédients que j’ai cités, et bien plus encore. Celui qui fait surface dépend de la personne qui tourne le brouet dans le chaudron. Deuxièmement – et c’est ma raison principale – bien qu’il soit certainement possible de rentrer Chez Soi par une seule route, on ne peut y rester que très brièvement, la visite est une visite éclair. En fait, j’affirmerai plus loin, dans cet article, que pour arriver Chez Soi, s’y reposer et s’y installer, il faut y arriver par plusieurs routes différentes. De sorte que finalement l’approche est latérale et pas seulement linéaire, elle est convergente, et non unidirectionnelle. Ainsi, notre soi-disant tempérament ou disposition est une restriction imaginaire dont il faut nous débarrasser, et non une particularité réelle à cultiver.


 Ou peut-être au lieu d’invoquer le fantôme du tempérament interprétez-vous (assurément avec plus de raison) les « évé­nements fortuits » qui vous ont lancé sur votre chemin spirituel pas du tout comme des événements fortuits mais comme les sages dispositions d’un Dieu bienveillant et omniscient. Dans ce cas je suggère que ce même Dieu, qui est certainement l’ex­pert par excellence en toutes choses, le prince de la tolérance et absolument pas chicaneur en ce qui concerne le chemin de Retour à Lui-même, accueillera chaleureusement votre découverte, à savoir que la voie qui vous a été tracée par Lui pour rentrer Chez Vous est tellement liée aux autres voies également tracées par Lui, qu’ensemble elles constituent un réseau routier invisible, l’unique flux du grand Retour. Comme nous allons le voir incessamment.


 Ces préliminaires nécessaires étant terminés, passons maintenant à notre étude comparative des quatre chemins de Retour suivants :


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Route n°1 : Le chemin de Celui Qui Voit, celui qui voit ce qui est Donné, ce qui est Vrai ; son voyage de Retour au Centre de toutes choses est le même que son voyage de Retour en son propre Centre et véritable Soi.


Route n°2 : Le chemin du Disciple Fervent, de l’Amour absolu ; cette voie de Retour conduit le voyageur au Divin Autre, seul objet d’adoration auquel on doive s’abandonner totalement.


Route n°3 : Le chemin du Serviteur, celui qui fait le Bien, et qui rentre Chez Soi incidemment, pour ainsi dire, en aidant les autres à se diriger dans cette direction.


Route n°4 : Le chemin de l’Artiste, celui qui savoure profondément la Beauté, qui est si totalement ému par la beauté du panorama de cette route qu’elle le ramène Chez Lui.


Chacune de ces quatre voies a ses avantages et ses inconvénients, ses pour et ses contres.


 


Route n°1 : La voie de celui qui Voit ce qui est Vrai


 



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POUR


De toutes les routes de Retour Chez Soi, c’est de loin la plus droite et la plus directe, la plus rapide (il n’y a aucune limite de vitesse dans aucune direction) et la circulation y est vraiment très réduite. Pour tous ceux qui la suivent, c’est la voie absolument EVIDENTE, et ils sont très étonnés qu’elle soit si impopulaire.


Pour voir, simplement, à quel point c’est évident, direct et rapide, faites ce voyage des voyages dès maintenant. Mon dessin vous montre ce qu’il faut faire, mais ne vous dispense pas de le faire.


Tenez un miroir à bout de bras et jetez un coup d’œil tout neuf sur ce que vous y voyez, comme si c’était pour la première fois. Observez comme ce visage est petit, opaque, compliqué, plein de lui-même à l’exclusion de tous les autres – sans parler de son caractère éphémère : ici-aujour-d’hui-disparu-demain.


Eh bien voilà ce que vous êtes pour vous-même et pour les autres là-bas, dans le pays lointain, loin de Chez Vous….


Maintenant, faites ce voyage des voyages : lentement, avec le plus grand soin et la plus grande attention, longez la route de votre bras tendu, du poignet à l’avant-bras jusqu’à l’articulation du coude, ensuite le long de votre bras jusqu’à l’épaule, puis tout le long de votre épaule – jusqu’à… QUOI ?


Jusqu’à l’ABSENCE ici de cou, de pomme d’Adam, de menton, de bouche, d’absolument tout. Jusqu’à la Non-chose, l’immense Espace, la Vacuité ou Clarté Consciente (je répète : Consciente), la Grande Ouverture qui vous Accueille à la fin du voyage.


De toutes les demeures, la vôtre est certainement la plus majestueuse. Remarquez le contraste total entre le Palais d’où vous regardez maintenant, et la masure (jolie, peut-être, et couverte de chèvrefeuille, mais masure tout de même, promue à la démolition) que vous regardez, loin là-bas, au bout de votre bras. Et vérifiez maintenant qu’ici vous n’êtes plus petit(e), mais immense et libre, vous n’êtes plus opaque mais complètement transparent(e), vous n’êtes plus enfermé(e) en vous-même, mais éclaté(e), grand ouvert(e) pour accueillir tout ce qui se présente dans votre infinie hospitalité, vous n’êtes plus du tout périssable, mais absolument impérissable (puisqu’il n’y a rien ici qui puisse périr), vous êtes sans âge, intemporel(le), immortel(le). Ici, Chez Vous, vous n’êtes visiblement plus un quelque-chose insignifiant dans le monde, mais l’unique Non-chose dans laquelle apparaît le monde, la Conscience qui contient le tout, le Mystère d’où tout procède et où tout retourne.


Oui, cette route qui vous ramène Chez Vous est aussi facile que cela, aussi évidente que cela, aussi rapide que cela. Et je vous assure (parole d’honneur) que ce voyage le long de votre bras n’était pas une excursion-en-chambre, ce n’était ni une imitation, ni un aperçu, ni une version inférieure de votre Retour Chez Vous. Si vous avez pris la peine de chercher un miroir et de prendre un vrai départ, si vous avez fait le voyage avec toute l’attention requise et un esprit ouvert, c’était le véritable voyage et il vous a ramené droit à votre vraie demeure. Mais alors, pourquoi cette route est-elle si impopulaire, si peu fréquentée ?


CONTRE


Il y a plusieurs raisons. La Route n°1 a plusieurs inconvénients (réels ou imaginaires), et on peut trouver plusieurs excuses plus ou moins spécieuses pour l’éviter comme la peste, ou même pour l’effacer carrément de la carte.


La première raison et la plus importante n’est pas difficile à trouver : nous l’avons déjà entrevue. Vous avez sans doute remarqué que votre vision de la Clarté Infinie dans laquelle disparaît votre épaule était un aperçu des plus brefs. Vous vous êtes peut-être déjà posé la question : pourquoi se donner la peine de rentrer Chez Soi (ou n’importe où, d’ailleurs) si l’on ne peut même pas s’y arrêter un moment pour regarder autour de soi, encore moins s’y garer ? En fait, ce n’est qu’après de nombreuses visites éclair de ce genre que vous aurez droit à un ticket de parking. Et naturellement, peu de voyageurs sont assez persévérants et patients pour gagner ce privilège.


La seconde raison tout aussi évidente pour laquelle la Route n°1, la voie de la Vision, est impopulaire, c’est qu’elle traverse un pays inintéressant : le paysage est terne, ennuyeux, austère, gris. Dites-moi, votre voyage de-la-main-à-l’absence-de-bouche vous a-t-il édifié(e) ? Vous a-t-il transporté(e), donné un sentiment d’élévation ? Ou au contraire, cela n’a-t-il pas été une descente en chute libre ? Vous et moi entendons tellement parler des joies et consolations de la voie spirituelle – de n’importe quelle voie digne de ce nom. Avez-vous fait l’expérience de quoi que ce soit de ce genre au cours de ce voyage extrêmement bref et le moins spirituel qui soit ? Ou y a-t-il la moindre chance qu’il vous soit donné de la faire si vous refaites éternellement ce voyage, tel un fou du Shuttle fasciné par la vue sous le tunnel de la Manche ?


Ici, pour ma part j’aimerais ajouter un troisième écueil à notre liste. Pendant un demi-siècle, j’ai observé les voyageurs suivant cette voie de la Vision, y compris moi-même, bien sûr. Et cela m’a persuadé d’une chose : il n’est que trop facile de rentrer fréquemment Chez Soi par cette route, et pourtant de manquer désespérément de l’humilité, de l’amour et de la compassion active – sans parler de l’émotion devant la Beauté – dont nous ferions certainement l’expérience si seulement nous pouvions y rester assez longtemps. Certes, nous, adeptes de la Vision, ne sommes pas des saints. J’ai même l’impression que tôt ou tard chacun d’entre nous va être horrifié de se trouver pire, et non pas meilleur, que  la moyenne des êtres humains. Alors, « que vaut donc cette voie spirituelle ? » allez-vous me demander.


Cet inconvénient de la Route n°1 est déjà assez sérieux, mais le quatrième est pire et de loin le plus décourageant. Le voyage vous a peut-être inspiré une certaine crainte, peut-être même avez-vous éprouvé une peur bleue, plutôt qu’une plénitude. Ce n’est pas étonnant. Même si le vous qui apparaît dans votre miroir, et en bien d’autres endroits, est une pauvre petite chose, très déficiente à bien des égards, et en fait un criminel attendant l’heure de son exécution – du moins ce vous existe, si brièvement que ce soit. Vous êtes au moins quelque chose, même dérisoire. Vous êtes au moins quelqu’un, même si ce quelqu’un est solitaire, sans amour, perdu au milieu des milliards d’autres « quelqu’uns » également infortunés. Mais même cette lueur de réconfort s’évanouit en fumée au bout de la route. Je vous demande alors (et vous me demandez ) : quel est donc l’intérêt de persister à rentrer assidûment chez Soi si ce n’est que pour découvrir que, malheureusement, on a disparu en route ? De quel accueil Chez Soi peut-on parler lorsqu’il n’y a personne à accueillir ? Parlez-moi des dangers de la route de nos jours ! Voilà une route qui est garantie suicidaire !


POUR


Bref, voilà bien un formidable acte d’accusation ! Et pourtant, je suis ravi de vous assurer qu’il existe une réponse radicale et convaincante à cette avalanche d’objections. Qui plus est, il se trouve que la réponse est intégrée dans la Route n°1 elle-même, et fournie par elle, là où elle prend la forme, si familière aux automobilistes, d’une feuille de trèfle – et dans ce cas, d’un trèfle à quatre feuilles, le vrai porte-bonheur.


 



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 En termes imagés, très souvent, la dernière ligne droite avant d’arriver au but est bloquée par des travaux sur la route, un accident ou des conditions atmosphériques atroces. Résultat : le voyageur est détourné sur l’une ou l’autre des trois autres voies qui mènent au Centre, Chez Soi, via la feuille de trèfle. En vérité, bien sûr, ces obstacles fréquents se révèlent en définitive une vraie bénédiction. Grâce à eux, finalement, mon chemin de Retour linéaire, mon approche unilatérale, devient une convergence multilatérale. Le pratiquant assidu de la Vision n’est pas contraint de pratiquer la dévotion, le service d’autrui ou le culte de la beauté, il y est amené doucement, naturellement. Selon les termes du Mundaka Upanishad : « S’étant approché par tous les côtés de Ce Qui est partout et tout, il passe dans le Tout. » Le mérite ne nous revient ni à lui ni à moi. Cela se passe tout simplement ainsi. Alors, et seulement alors, nous recevons un ticket de parking valable indéfiniment au Centre même de la Cité. Alors, et seulement alors, nous sommes en mesure de réaliser que c’est ici, et seulement ici, que se trouve notre Plénitude, notre Refuge incomparable, et à quel point ces craintes de l’annihilation étaient peu fondées.


En résumé, quelle que soit la voie que vous avez choisie (ou pas) pour rentrer Chez Vous, essayez sincèrement, je vous prie, la Route n°1, pour les bonnes raisons suivantes : elle est directe, rapide et facile, elle s’accorde parfaitement avec les autres routes auxquelles elle vous amène forcément, et en fin de compte on ne peut pas l’éviter. (Oui, les voyageurs qui suivent d’autres routes doivent finalement emprunter celle-ci aussi.) Mais n’en attendez pas trop tant que vous n’aurez pas fait le voyage si souvent que les conditions variées de circulation (par quoi j’entends les épreuves et obstacles que la vie nous  réserve toujours) vous auront obligé(e) à rentrer Chez Vous fréquemment par les autres routes, en particulier la Route n°2. Et vous comprendrez ce que Dieu veut dire lorsqu’il vous dit, comme à Al Niffari : « Contente Moi en t’occupant de ton Œil, et Je te contenterai en m’occupant de ton Cœur. »


 


Route n°2 : La voie du Disciple Fervent, de l’amour pour l’ADORABLE


 


POUR


Le voyage de Retour Chez Soi par cette route, qui est la Voie du Cœur, contraste nettement, à presque tous les égards, avec le voyage par la Route n°1, qui est la Voie de l’Œil. Par exemple : la Route n°1 était fraîche, parfois glacée, celle-ci est agréablement chaude, parfois brûlante. La première consistait à contempler le Vide – une Vacuité, une Absence pas plus exaltante, ni adorable, ni colorée, ni belle, ni parfumée qu’un trou dans votre chaussette – celle-ci est une Emotion qui n’est pas seulement teintée de rose et parfumée à la rose mais vraiment belle comme une rose, un Amour qui est déversé sur un Etre ou une Personne ou une Super-personne absolument adorable. La première était un exercice rigoureux d’indépendance, le Ne-cherchez-pas-de-refuge-à-l’extérieur que recommandait fortement le Bouddha – celle-ci est une façon détendue de s’en remettre à, se reposer avec un soupir de soulagement sur, Quelqu’Un dont vous savez qu’Il ou Elle ne vous décevra jamais. La première était un voyage solitaire, celle-ci est une joyeuse ballade dans un autocar plein de joyeux codisciples. Et, bien sûr, il n’y a rien de plus contagieux, de plus favorable à l’amitié, rien qui fasse mieux sauter les barrières que l’adoration commune et collective du même Quelqu’un divin – que ce Quelqu’un soit l’Un Lui-même, ou (plus vraisemblablement) une manifestation très spéciale ou un représentant de cet Un.


L’un dans l’autre, il n’est donc guère surprenant que la Route n°2 soit tellement plus populaire que la Route n°1. Et elle n’est pas seulement encombrée, elle est finalement obligatoire. Jusqu’à un certain point en route, et totalement à l’arrivée Chez Vous, de quelque direction que vous veniez, votre volonté personnelle et superficielle doit être subordonnée à – et se fondre dans – la volonté de l’UN que vous êtes vraiment, vraiment. C’est seulement si vous n’avez aucune volonté propre à déclarer, seulement si vous n’avez RIEN à déclarer à la douane du Ciel, qu’on vous laisse entrer pour de bon.


CONTRE


Ceci est la condition la plus dure et la plus astreignante que l’on puisse imaginer. C’est tellement difficile que, sur la multitude d’individus qui empruntent la Route n°2 et le nombre considérable d’entre eux qui la suivent assez longtemps, fort peu arrivent au bout du voyage et y établissent leur demeure. De sorte que finalement, la dernière ligne droite de cette route n’est pas plus populaire ni plus fréquentée que celle de la Route n°1. Plutôt moins, peut-être.


De plus, deux dangers formidables nous guettent sur cette route. D’abord, le risque que le Maître adoré se révèle un jour tout à fait indigne de notre adoration, sans parler de notre respect. Somme toute, s’il revendique, ou néglige de refuser, un titre tel que Sat-guru (terme sanscrit signifiant : « enseignant divinement inspiré »), ou Swami (sanscrit signifiant : « le Seigneur »), ou Maharaj (sanscrit signifiant : « Grand Roi »), ou Bhagwan (sanscrit signifiant : « Dieu »), ou l’un ou l’autre de nos équivalents occidentaux moins ambitieux, on peut dire qu’il se fixe un niveau très élevé, sinon qu’il cherche les ennuis. Et si l’on devait apprendre par la suite que toute sa vie se révèle être la négation et la contradiction de toutes les valeurs qu’il a prêchées, alors à la consternation de ses disciples s’ajoutent le scandale public et le discrédit jeté sur la spiritualité en général. Je ne dis pas que c’est ce qui arrive normalement, mais que cela arrive trop souvent. Disciples, prenez garde !


Le second danger, c’est que même si le maître spirituel rejette ce titre et ne cherche pas le pouvoir, il y a toujours un grand risque que la dévotion du disciple envers lui, personnellement, crée une telle dépendance qu’il s’arrête là. On pourrait presque dire que moins le maître a de prestance, mieux c’est, parce qu’il risque moins de bloquer le disciple à mi-chemin de Dieu. (Je songe à St Jean de la Croix et St Vincent de Paul qui ne rayonnaient ni l’un, ni l’autre, la sainteté). C’est bien joli que le maître déclare (en toute sincérité, on l’espère) : « Si vous n’êtes pas prêts, ou pas disposés à vous abandonner à Dieu, abandonnez-vous à moi pour le moment, comme une première étape avant d’arriver au but véritable de toute dévotion. » Mais trop souvent, cette première étape s’avère être la dernière dans cette direction, et le pauvre disciple reste bloqué sur le bord de la route, indéfiniment, très, très loin de sa Demeure. Probablement bloqué, s’il est chrétien, dans une adoration idolâtre de l’homme Jésus – oubliant cet avertissement : « Seul Dieu est bon » que donna Jésus lui-même à l’homme qui, dans un moment d’impétuosité, l’avait appelé « Bon Maître ». Titre bien moins prétentieux, je vous prie de remarquer, que Maharaj ou « Grand Roi », sans parler de Bhagwan ou « Dieu ». Oubliant également que St Paul se décrivait lui-même comme: « le plus grand des pécheurs ». Entre parenthèses, où nous situons-nous alors vous et moi, qui ne sommes certainement pas des saints ?


Je m’empresse cependant de répéter que, malgré ces conditions de circulation et de voyage risquées, ceci est une route que nous devons tous emprunter finalement, pour arriver au Centre. Ensuite, nous n’avons plus qu’à nous laisser aller dans l’abandon ultime, nous y fondre, lâcher prise totalement, et surtout ne rien faire. En termes chrétiens, c’est simplement la participation à la Divine Procession des Personnes, à l’adoration du Père pour Lui-même en tant qu’autre que Lui-même, en tant que le Fils qui est le Christ universel – et inversement, à l’adoration du Fils pour Lui-même en tant qu’autre que Lui-même, en tant que le Père de tous. Oui, vraiment : l’adoration de soi ne sent pas meilleur en Dieu qu’en l’homme. En vérité, seul Dieu ne dégage pas la moindre bouffée de cette odeur écœurante. Ce n’est qu’en Lui, qui est l’amour même, que notre amour est pur, sans la moindre trace d’amour de soi.


 


Route n°3 : La voie du Serviteur, de celui qui fait le Bien.


 


POUR


Il semblerait que ce soit une voie de Retour Chez Soi comparativement sûre et qui ne prête pas à controverse. En fait, la majorité des citoyens instruits et sages sont bien près d’affirmer que c’est la seule voie, les autres (dans la mesure où elles apparaissent même sur la carte) n’étant que l’expression d’un égocentrisme morbide. Nourrir les affamés, vêtir, loger et instruire les pauvres, soigner les malades – (s’ils ne le disent pas franchement, ils le laissent entendre) – c’est cela, vivre selon l’Esprit, c’est-à-dire s’oublier soi-même, oublier son bien-être personnel en servant avec amour. Et c’est juste, bien sûr. La soi-disant spiritualité qui consiste à regarder son nombril et reste fermée à la compassion est une imposture. En termes chrétiens une fois encore, le mendiant lépreux est le Christ voyageant incognito, et tout ce que vous ferez pour lui, c’est pour le Christ que vous le ferez, dans l’esprit même du Christ qui se soucie plus de lui que de toute la spiritualité de la chrétienté.


CONTRE


Mais là encore, si c’est la seule route que vous empruntiez, vous êtes sûr(e) d’avoir des problèmes et d’être retenu(e) loin de Chez Vous. Il est certain qu’aucun d’entre nous ne peut se permettre de contourner cette route, mais nous ne pouvons pas non plus nous permettre d’ignorer ses difficultés et ses dangers. En voici trois :


Se consacrer à faire le bien tout à fait naturellement, par pure compassion, sans la moindre trace d’autosatisfaction à jouer ce rôle de saint, c’est extrêmement difficile. Non : c’est humainement impossible ! St Vincent lui-même était-il saint à ce point ? Et Mère Teresa ? Non, je ne crois pas que vous puissiez rentrer Chez Vous par cette route. Vous devrez la combiner avec d’autres. Avec la Route n°1, par exemple, où le voyageur est à l’abri de l’autocongratulation puisqu’il n’y a plus personne à congratuler. Bien sûr, celui ou celle à qui vous venez en aide se moque pas mal de votre précieuse motivation. Et bien sûr, mieux vaut une charité qui se passe un peu (ou même beaucoup) la main dans le dos, que pas de charité du tout.


Bien plus grave que le problème des intentions mitigées, ce sont les conséquences mitigées. Songez aux résultats néfastes de vos actions les mieux intentionnées, aux effets secondaires imprévus de vos remèdes les plus efficaces. Il est notoire que l’aide à court terme a une méchante façon de dégénérer en entrave à long terme. Aider ceux qui sont dans le besoin à cesser d’avoir besoin de votre aide – voilà l’aide véritable, mais ce n’est ni facile, ni courant.


Finalement et essentiellement, il reste la question de savoir quelle qualité, quel niveau d’aide est vraiment salutaire. Une aide matérielle et psychologique qui ne tient pas compte de ses conséquences spirituelles peut s’avérer être un très mauvais service. Je songe à ces « chrétiens du riz » dont la conversion par des missionnaires bien intentionnés a été non seulement vaine, mais néfaste. Je pense à ces analgésiques que l’on administre par compassion aux mourants et qui les abrutissent à tel point que le Grand Retour Chez Soi qui aurait pu être l’aventure la plus brillante, le couronnement de la vie du patient, est effacée, ensevelie dans un épais brouillard. Bref, donner à votre patient ou à votre pauvre ce qu’il veut, sans discernement, ce n’est pas plus raisonnable que donner à votre enfant tout ce qu’il veut, sans discernement.


Que faire alors ? Comment découvrir ce dont il a vraiment besoin ? Les problèmes que vous rencontrez le long de la Route n°3 commencent à sembler si insolubles que l’on peut vraiment se demander si ce n’est pas simplement une énorme dérive, et pas du tout un Chemin de Retour Chez Soi.


POUR


Mais ne vous inquiétez pas, âmes généreuses ! Il y a bel et bien une sauvegarde contre toutes les mauvaises conséquences imprévues de vos bonnes œuvres, et contre les autres défauts de cette voie. Et il ne s’agit pas de bien calculer les résultats possibles, ni d’aucune autre sorte de réflexion habile. Non, ce n’est pas cela. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il s’agit simplement de combiner ce voyage de Retour Chez Soi par la Route n°3 avec le même voyage le long d’autres routes, et en particulier la Route n°1. Et voici comment procéder :


 


Tout en tournant votre regard vers l’intérieur de vous-même pour voir Qui vous êtes vraiment, vraiment, regardez à l’extérieur pour voir ce que vous allez être amené naturellement à faire. Ne demandez par pourquoi vous agissez comme vous le faites, n’essayez surtout pas de le calculer d’aucune façon. Cesser de fermer les yeux sur votre Œil Unique. Cessez d’ignorer l’Immobilité Centrale, l’Immuable qui meut toutes choses et certainement vos mains charitables et vos pieds d’évangéliste. Cessez de faire la sourde oreille au Silence Central qui parle à travers votre voix réconfortante et encourageante. Faites cela et le reste vous sera donné par surcroît. Faites cela, et soyez assurés que vous faites et dites ce qui est bon, au bon moment, de la bonne manière, et aux bonnes personnes – malgré vos doutes et toutes les apparences du contraire. Peut-être allez-vous donner à ce mendiant tout ce qu’il vous reste comme monnaie – ou peut-être pas. Peut-être allez-vous répondre généreusement à cet appel lancé par cette nouvelle organisation humanitaire – ou peut-être pas. Attendez et voyez, voyez et attendez. Vous n’attendrez pas longtemps. La vie Chez Vous ne suit pas de règles. C’est un bus, non un tramway. En fait, c’est un hélicoptère libre comme l’air et non un bus collé à la route. C’est cette seule vraie Spontanéité, expression authentique de la compassion, qui n’est déterminée ni par l’habitude ni par des principes mais va directement de l’Origine de toutes choses à la Solution des problèmes qu’elles posent continuellement. Le savoir-faire et le savoir-comment-faire issus de votre Centre Divin sont infiniment sages et merveilleux, alors que leurs analogues qui se prétendent produits par votre périphérie qui n’est que trop humaine sont illusoires et, en fait, non existants.


Ne me croyez pas. A partir de ce jour et désormais, essayez de faire confiance aux premiers et de vous méfier des derniers.


 


Route n°4 : La voie des Amoureux de la Beauté


 Cette voie de Retour Chez Soi est si peu reconnue dans les milieux dits spirituels que vous êtes sans doute surpris de voir que je l’ai incluse ici. Eh bien, pour vous l’expliquer, je commencerai par une histoire vraie.


Le Curé d’Ars, canonisé sous le nom de St. Jean-Marie Vianney, est l’un des saints modernes les plus émouvants et les plus doués de pouvoirs surnaturels. Pourtant, lorsque l’une de ses ouailles lui apporta une belle rose rouge délicieusement parfumée, il s’en détourna immédiatement, de peur qu’elle ne le distraie de son adoration de la Beauté Eternelle. Pour le curé, « la soif des yeux », comme « la soif de la chair », était un obstacle diabolique et en aucune façon une aide divine sur le chemin du Retour Chez Soi. Je soupçonne que cette malheureuse partialité était liée aux deux fait suivants : d’une part, comme Padre Pio, il était la proie d’horribles combats avec le Diable en personne, d’autre part il jugeait nécessaire de se flageller à intervalles réguliers. Deux disgrâces qu’il aurait pu éviter s’il avait seulement vu que toute beauté – et celle de la chair pas moins que les autres – témoigne de et procède de la Beauté de l’UN qu’il adorait si passionnément. Il est regrettable que, n’ayant pas reçu une instruction libérale, il n’ait sans doute jamais lu ‘Le Banquet’ de Platon, dans lequel Socrate, avec le charme et l’éloquence qui le caractérisent, montre comment l’appré­ciation des belles formes terrestres peut et doit vous amener peu à peu à l’amour de la Beauté Pure céleste.


Mais peut-être allez-vous prendre le parti du curé plutôt que celui du philosophe grec, niant – ou du moins doutant – que la poursuite de la Beauté vous ramène nécessairement Chez Vous. Après tout, ceux qui ont consacré leur vie à cette poursuite, comme Toulouse-Lautrec, Paul Gaugin et Pablo Picasso (pour ne mentionner que quelques uns des Maîtres modernes), ainsi que la grande majorité des Maîtres anciens, n’étaient ni des saints, ni des sages. Pas plus que Dante, Shakespeare ou Mozart ne courent le risque d’être canonisés. D’accord. Néanmoins je soutiens que la pléiade prestigieuse de génies des beaux arts nous rend à tous un service inestimable et indispensable, et ce dans le dévouement le plus absolu, sans se soucier du prix élevé que cela leur coûte personnellement. Dans notre contexte, on peut dire que, sans en avoir aucunement l’intention, tout en empruntant leur Route personnelle n°4, ils empruntent également les Routes n°2 et 3. Et je suis persuadé que les plus doués d’entre eux (sans parler des maîtres spirituels exceptionnels tels que Eckhart, Rumi et St Jean de la Croix qui étaient également des maîtres littéraires exceptionnels) ont emprunté aussi la Route n°1, la voie de la Vision. Shakespeare, en tous cas, l’a fait, en toute conscience, témoin la façon dont il nous avertit solennellement dans ‘Mesure pour Mesure’ que nous risquons fort de nous comporter comme des singes en colère aussi longtemps que nous persisterons à ignorer notre « essence cristalline », c’est à dire notre Transparence au Centre.


Evidemment, peu d’entre nous sont des maîtres, encore moins de grands maîtres, en quelque art que ce soit. C’est vrai. Mais cela ne veut pas dire que la Route n°4 nous soit fermée à nous, humbles mortels. Pas du tout. Voici une autre histoire vraie qui illustre mon propos.


En 1964, je conduisais ce que, faute de mieux, j’appelle « un atelier sans tête », dans le cadre d’une Ecole Bouddhiste d’Eté, près de Londres. Parmi ceux qui « perdirent leur tête » en cette occasion, se trouvait un monsieur qui se présenta comme Lieutenant Colonel Roger Gunter Jones. Le lendemain, alors que nous nous promenions ensemble dans le jardin, il fut transporté par l’éclat de certaines roses, se demandant de quel pays elles avaient été importées. Mais devant d’autres sortes de fleurs, un peu plus loin, il découvrit qu’elles aussi étaient d’une beauté saisissante. C’était comme si toutes les couleurs du monde de Roger s’étaient soudain mises à chanter. Et l’histoire ne s’arrête pas là. Au bas de la route, il y avait une décharge mal dissimulée et malodorante. Une semaine plus tard, je découvris Roger en contemplation devant un tas de vieilles boîtes de conserves, de débris de meubles et de vaisselle, de vieux journaux crasseux et froissés, en extase devant la perfection absolue de cet ensemble de formes et de couleurs. Nullement le genre de sentiment ou d’attitude que vous vous attendriez à trouver chez un officier de l’armée et attaché d’ambassade en retraite !


La vérité, c’est que lorsqu’en grandissant, nous commettons l’erreur monstrueuse mais inévitable d’amener cette tête-dans-notre-miroir sur nos épaules ici, au lieu de la laisser là-bas où elle est très bien sur ces autres épaules, elle obscurcit, déforme et ternit tout ce que nous voyons. Et le seul moyen de retrouver le monde brillant et resplendissant que nous avons perdu en grandissant, c’est de retourner notre attention vers ce qui reçoit le monde, et de voir qu’ici il n’y a pas l’ombre d’un grain de poussière – encore moins une tête – entre le monde et moi. Je vous accorde, bien sûr, qu’il y a une grande différence entre cette capacité renouvelée de savourer le monde et le don de le célébrer par de grandes œuvres de peinture, de littérature ou de musique. Mais cette capacité est vraiment merveilleuse et – oui ! – profondément créatrice : ne vous méprenez pas, elle n’a rien de passif. Et finalement elle est nécessaire si vous voulez élire domicile dans le Palais même de la Beauté.


Alors je vous dis : s’il se trouve que vous pratiquez assidûment l’un ou l’autre des beaux arts, que vous êtes donc engagé(e) sur la Route n°4, laissez-vous détourner aussi souvent que possible sur les autres routes et surtout sur la Route n°1. Vous deviendrez ainsi un(e) artiste encore plus doué(e), et un(e) artiste qui Voit. Ou si, comme c’est probable, vous pensez que vous n’êtes pas un(e) artiste, je vous dis : incluez la Route n°1 dans votre itinéraire, et vous verrez que vous êtes vraiment un(e) artiste, même un(e) grand(e) artiste, qui voit que, à partir du Centre du monde Qui vous êtes vraiment crée un univers incroyablement beau, y compris les décharges d’ordures.


Vous aurez remarqué que jusqu’ici je n’ai pas réussi à trouver un seul défaut inhérent à cette voie de Retour Chez Soi, à la différence des trois autres. Ma description de la Route n°4 a consisté essentiellement en « pours », plutôt qu’en « contres ». Ceci est à la fois surprenant et significatif, et c’est l’une des meilleures raisons pour lui accorder une place honorable dans notre rond-point, notre trèfle porte-bonheur. Le pire que je puisse dire sur cette Route n°4, c’est que ceux qui l’empruntent ont tendance à en baver et à en faire baver les autres. Comme Mozart, par exemple. Et après ? Sa musique me révèle des choses sur Dieu, sur moi-même et sur l’Univers qui ne peuvent être révélées d’aucune autre façon, ni dans aucun autre langage, ni par aucun autre être humain.


 


Conclusion


En un mot, notre travail, notre raison d’être, consiste à faire le tour de la rose des vents, à nous exercer dans toutes les directions, chacun à sa façon. Je ne vous propose pas de prendre pour modèle le célèbre sage indien Ramakrishna (1836-1886), mais son exemple est fascinant et révélateur. A l’âge de six ans (six ans !), il fut si bouleversé par la beauté d’un vol d’oiseaux blancs se détachant sur un ciel de nuages noirs qu’il perdit connaissance pendant des heures, et jusqu’à la fin de sa vie, une phrase musicale, un ensemble d’objets harmonieux pouvaient avoir le même effet sur lui. A l’âge de vingt ans, il devint le prêtre d’un temple dédié à Kali, la Mère qui crée l’univers d’une main, et le détruit de l’autre. La dévotion de Ramakrishna à Dieu sous cette forme frappante était totale. Mais un jour arriva au Temple un sadhu nu, appelé Tota Puri. Pour accomplir la tâche difficile de détourner sur le Dieu Sans Forme la dévotion que Ramakrishna portait à Kali, il prit un éclat de verre, l’enfonça dans le front de celui-ci, entre les yeux, et lui recommanda de méditer là-dessus. Cette fois-ci, Ramakrishna perdit connaissance pendant plusieurs jours, et lorsqu’il revint à lui, ce n’était plus à Kali qu’il était dévoué, mais à la Source de tout, la Source sans nom, ineffable. Voilà pour les Routes n°4, 2 et 1. Et la Route n°3, la voie du Service ? Eh bien, c’est précisément celle de l’Ordre de Ramakrishna, la communauté de moines qu’il fonda et dont la spécialité est de se mettre au service de l’humanité de toutes les façons concrètes possibles. Ainsi le rond-point est bouclé, la roue tourne en un cercle parfait et les rayons mouvants convergent sur l’Axe immobile.


Quand j’étais jeune, il y avait un chant à la mode, intitulé « Montre-moi le chemin pour rentrer chez moi ». C’était Stanley Holloway qui le chantait, et dans ce temps-là, il buvait. Je dirai cependant ceci en sa faveur : même ivre, il voyait juste, contrairement à la plupart d’entre nous. Nous sommes tellement « bourrés » que nous ne réalisons pas à quel point nous nous sommes tragiquement égarés loin de notre Demeure. (Les chiens perdus sont-ils aussi inconscients d’être perdus ?) Ou alors, nous sommes tellement ivres morts que nous prenons pour notre Demeure la boîte minable dans laquelle nous nous glissons le soir. Et beaucoup d’entre nous qui avons la nostalgie de notre vraie Demeure et tendons vers elle sommes tellement soûls que nous imaginons qu’il n’y a qu’un seul chemin vers elle – c’est-à-dire, bien sûr, le nôtre. Eh bien, désenivrons-nous et, avec l’aide de notre trèfle porte-bonheur, regagnons notre Demeure par tous les côtés, rejoignons-la, savourons-la, et élisons domicile dans le Palais que nous n’avons jamais quitté.

 En bref, la réponse à la question QUELLE VOIE ? est toujours TOUTES LES VOIES.


Douglas Harding



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