samedi 4 mai 2019

L'EVOLUTION DIVINE, L’ÂME ET LE PRINCIPE DU GOUROU.

PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - VIBRATION SUPRÊME
Dans l'intimité de moi-même, je parle souvent en utilisant le terme divin. Pour parler de spiritualité, il y a quantité d'autres termes, et celui-là entraîne la vie spirituelle dans des directions auxquelles les termes vacuité, véritable nature, lumière intérieure, libération, réalisation, éveil, etc. n'invitent pas toujours aussi directement.

Le divin implique des niveaux d'être et de devenir. Toute la vie est divine, tout est manifestation du divin mais certaines manifestations manifestent davantage le divin que d'autres. Le Oui à ce qui est n'est pas dans cette perspective complicité avec les formes inférieures et déviées de la manifestation du divin. Le Oui à ce qui est s'inscrit dans une évolution divine... Avouons que beaucoup de compromissions avec un refus de l'évolution divine peuvent se cacher derrière un Oui à ce qui est, qui n'est qu'un Oui à l'inertie, au refus d'évoluer, etc.

Parfois je reprends l'idée judéo-chrétienne que l'amour est le but de la vie spirituelle et que mon souci de l'autre authentifie mon progrès spirituel. Mais quand je reviens au divin, tout ce discours de charité s'en trouve modifier. Augustin d'Hippone lui-même m'a permis de comprendre qu'il me fallait d'abord vivre l'amour avec le divin avant de vouloir le vivre avec quelque créature. Tout être que le divin me donne d'aimer ou par laquelle j'expérimente d'être aimé n'est pas le divin avec qui seul l'amour peut grandir authentiquement et se réaliser en tant que réalité divine. D'ailleurs combien de fois n'ai-je pas été conduit à choisir entre un amour bien humain trop humain et l'amour du divin ? C'est toujours en revenant à la priorité donné à l'amour du divin que l'amour humain pouvait retrouver sa vraie place. L'amour divin embrasse l'amour humain mais la réciproque n'est pas vraie. La spiritualité c'est d'abord pour le divin, par le divin et au service du divin. L'humain a sa place dans la vie spirituelle mais sa juste place sera trouvée par le divin. Car prendre au sérieux le divin pour moi c'est aussi prendre au sérieux une divinisation qui ne peut que nous amener vers la perfection de l'humain puis un au-delà de l'humain et ses limites...

Une autre conséquence de mon rapport au divin en ce qui concerne la vie spirituelle est mon rapport aux gourous, aux enseignements et aux religions. Rares sont, me semble-t-il, les prétendus instructeurs et enseignants au bénéfice d'un gourou, d'un enseignement ou d'une religion qui nous ramènent au seul amour du divin. Les religions enferment le divin dans leurs dogmes, leurs institutions et leurs désirs d'apporter leurs lumières... L'amour d'une religion n'embrasse pas l'amour du divin. Les enseignements spirituels en affirmant leur pérennité de même enferment le divin dans leurs limites. On trouvera vraiment le divin en dépassant ces limites. L'amour d'un enseignement n'embrasse pas l'amour du divin. Si on admet l'évolution divine autant que son éternité alors tous ces enseignements devraient avoir l'humilité de se présenter comme une aide pour monter telle marche spirituelle précise, à un moment historique de l'évolution humaine donné et laisser ouverte l'aventure divine que chacun devra ensuite mener... 
Enfin le gourou... A la rigueur lui-même pourrait évoluer et être un guide en avant de nous sur le chemin d'une évolution divine. Mais même en ce sens, il nous renverrait au divin avant de nous renvoyer à lui en tant que gourou ou même "plus modestement" à son propre gourou. 
Mais si un gourou n'est pas réductible à n'être qu'un instructeur ou qu'un enseignant, comme certains le précisent, notre critique vaut-elle ? Et dans ce cas qu'est-il ? 
Un gourou véritable ne vivrait pas sa vie de gourou parce qu'il y a des élèves, des disciples s'affirmant ou se reconnaissant comme tels. Un gourou serait celui ou cela qui, au moins momentanément, aurait le poids spirituel, du point de vue d'une influence occulte plus ou moins consciente, de servir l'oeuvre du divin par la cristallisation d'individualités réceptacles suffisamment plastiques. 

Pour moi, au moins cinq ou six conséquences s'ensuivent : 

1 - La divinisation de l'humain passe par un principe d'individuation du divin en l'homme, une âme qui n'est pas à confondre avec notre ego, nos personnalités, etc. ; l'âme est le guide le plus sûr de notre vie spirituelle ; elle-seule peut reconnaître ce qui fera office de gourou pour qu'elle parvienne à prendre vraiment les rênes de notre individualité et à la confier au divin

2 - On ne peut pas parler de relation authentique à un gourou tant que la relation dans son action ignore l'âme, le principe d'individuation du divin en une personne ; de ce point de vue, il y a peut-être eu plus des disciples authentiques que des gourous vraiment conscients de leur action ;

3 - Un groupe d'amis spirituels pourrait former un gourou en servant l'esprit divin qui, au milieu d'eux, les ouvrirait dans une communion de plus en plus solide à leur âme respective ; cela a déjà eu lieu, par exemple, lors des dialogues avec l'ange que Gitta Mallasz a pu nous transmettre ;

4 - Une âme divinisée peut seule être un gourou individuel ; il y a surement très peu de gourous légitimes et honnêtes actuellement ; la possibilité d'une âme divinisée sur terre n'est pas à exclure par principe cependant...

5 - Le rejet du principe du gourou en devenant un enseignement spirituel peut faire de celui qui l'enseigne le gourou des gourous ; il faudrait parler depuis notre point 3 ou 4 pour être paradoxalement spirituellement vrai sur la question du gourou dans ce moment actuel de l'évolution divine... 

6 - Reste le point de vue de disciple et d'élève, en haut de cette page de blog, j'ai affiché Douglas Harding qui s'est toujours refusé au rôle de gourou mais vivre avec ses amis et ses outils, n'est-ce pas suivre un gourou au sens de mon 3 ? Et j'ai aussi affiché Mère et Sri Aurobindo lors d'un darshan. Sri Aurobindo et Mère n'ont-ils pas pris la posture indienne du gourou ? A ceci près qu'ils ont formé un gourou bicéphale et que leur rôle du gourou a toujours été subordonné au fait de remettre leurs disciples au divin. Car leur action étaient d'abord de chercher à incarner le divin et d'inviter ceux qui se sentaient prêt à l'incarner.  Ce qui me rapproche d'un gourou aux sens de mon 3 et de mon 4.
Absolutiser le rôle du gourou, c'est adorer un tabernacle du divin au lieu de se soumettre vraiment au seul divin pour qu'il nous humanise et nous divinise. 
Dans un monde où les âmes disposeraient d'une culture et d'une éducation leur permettant de prendre les rênes de leur individuation, le rôle humain du gourou personnel n'aurait plus de sens. 
La collectivisation du gourou est donc un chemin culturel et spirituel qui sert au mieux une humanisation individuelle enfin transparente aux âmes et qui prépare une divinisation de l'individualité au-delà des limites de l'humain. 
Elle annonce aussi la fin du moment historique où le rôle de gourou incarné par une personne humaine avait une pertinence culturelle et spirituelle. 
Voici, si je suis honnête ce que mes maîtres en humanité et en divinisation, les libérateurs de mon âme, paradoxalement m'apprennent au sujet du gourou.


PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - LE BUT A ATTEINDRE
... 

Remarque : cet article veut interroger certaines défenses actuelles du principe du gourou qui semblent sous-entendre que sans gourou, il ne saurait y avoir de véritable spiritualité.

Citation :


Sri Aurobindo écrit dans les Lettres sur le yoga, tome 3, Buchet Chastel, p. 130 :

"La relation entre Gourou et disciple n'est que l'une des nombreuses relations que l'on peut avoir avec le Divin et dans notre yoga, où le but est une réalisation supramentale, il n'est pas habituel de lui donner ce nom; le Divin est plutôt considéré comme la Source, le vivant soleil de lumière, de Connaissance, de Conscience et de réalisation spirituelle, et tout ce que l'on reçoit, on le sent venir de là, on sent que tout l'être est remodelé par la main divine. C'est une relation plus grande et plus intime que la relation entre gourou humain et disciple qui relève d'un idéal plus limité. Néanmoins si l'intellect a encore besoin de cette conception mentale, qui lui est plus familière, elle peut être conservée tant qu'elle est nécessaire; seulement ne permettez pas à l'âme de s'y attacher, ne laissez pas cette conception mentale restreindre l'afflux d'autres relations avec le Divin et de formes d'expériences plus vastes."
Résumons : 
 Ne donne pas ton âme au gourou, trouve-là pour t'offrir au divin.

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