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dimanche 21 décembre 2025

Tout est le Divin. Encore faut-il le réaliser !

 


Tout est le Divin. Encore faut-il le réaliser !

La paix est le lit du fleuve de la vie. Réaliser la paix, c'est un grand pas vers le Divin. Mais ce n'est pas réaliser que tout est le divin.

Il y a toutes ces eaux du Devenir et c'est aussi cela le Divin.

Le grand fleuve de la vie nous émane, que nous y consentions ou non, que nous soyons conscient ou non. Tout est le Divin. Encore faut-il en réaliser le Devenir !

Car plusieurs courants forment ce grand fleuve. Le long des berges, il y a les marécages, où le marasme de la vie prédomine. Et il y a les courants tourbillonnants, on se croirait vivant mais on n'avance plus guère.

Et même si le Divin, ce grand fleuve de la vie, dévale sans fin, est-ce une poussée aveugle ? Un désir ou une surabondance de Joie ? Pour s'unir à Lui en son Être et son Devenir, encore faut-il découvrir Sa Vibration Originelle dont tout est l'écho.

Tout est le Divin. Encore faut-il que sa Vibration Suprême nous en livre concrètement la teneur ultime !

Aspirant sincère, relève le défi de la paix et au-delà du désir, tu trouveras la joie Divine, sa surabondance, l'Amour vrai.

Tout est le Divin, réalise-le en devenant l'heureux esclave de Cela qui Aime.

Tout est le Divin, réalise-Toi Reflet Multiple de Ta Vibration Suprême, Autocréation Surabondante de Toi-même.

Tout est le Divin, réalise-Toi humble Amour qui apprend à servir le véritablement Autre, la Nouvelle Création, qu'Il ne cesse de susciter en Lui-même, réalise-Toi humble Amour en Te faisant l'instrument de Ta Vibration Suprême.




dimanche 14 décembre 2025

L'heure divine de notre âme.



 Quand Jésus-Christ dit "comprenne qui pourra", il s'adresse à notre âme vraie enfouie tout au fond derrière notre ego en surface. 

Quand c'est l'heure de l'émergence de l'âme, c'est l'heure. Mère, cette dimension personnelle du flux autocréateur, crée les circonstances. 

Ce qu'on en pense, ce qu'on croit en surface, n'a alors pas beaucoup d'importance. Son émergence nous fera mieux penser, mieux voir au fil de sa croissance concentrée. Libre de tout le fatras de nos croyances de surface, une foi nue peut en être l'avant-garde. Ce sera un élan qui n'a aucune autre assise que lui-même vers un au-delà de tout notre monde d'humain actuel, vers au-delà de toutes nos compréhensions actuelles. Ce sera peut-être aussi comme un pressentiment de l'inespéré, d'une beauté inconnue qui nous est encore cachée. 

Par ici, rien qu'on puisse limiter, rien qui pourrait se réduire à nos conceptions les plus affûtées, à nos imaginations les plus belles.

Notre lumière spirituelle, l'ouvert de la conscience, si nous en avons une expérience, sera ressentie comme des ténèbres lumineuses, le lieu du mystère, le lieu d'aventure et de manifestation de la vérité de ce que nous sommes et de ce que nous allons devenir. 

Reconnaissons que notre œil intérieur se désenténèbre peu à peu. Notre sincérité, la lente harmonisation de que nous sommes, autour de ce que nous avons de plus vrai demande du temps. Car y compris ce qui nous semble le plus vrai demande à être clarifié, purifié. Que valent les enseignements de celui qui prétend voir parfaitement l'absolu, et qui en reste à un Soi impersonnel, et qui va-et-vient entre les désirs de son ego et son refuge de vacuité, sans soif d'être cohérent, en persistant en une tragi-comédie de visages encore imparfaits ? 

Des Lumières inconnues de notre essence se dévoileront, nous révélant à nous-mêmes, notre âme vraie simple et immortelle.

Faire la volonté du Divin seule n'est pas alors un projet vain ! Servir le divin en tout, devenir son instrument, en se désenténèbrant devient si prégnant. Ce n'est pas un perfectionnisme délirant. L'attrait de la petite flambée du plaisir qui parachève le désir satisfait décroît sur le chemin quand la Joie éternelle infinie condensée en un point se met à briller dans le feu de l'âme vraie.

Quand prenant racine en cette heure de Dieu, la spirale vertueuse de la spiritualité nous ascensionne de Joie en Joie, les ténèbres reculent en nous. Il devient si naturel d'aspirer à n'être qu'un heureux esclave de Dieu ! 

Oui, quand ce sera l'heure, ce qui rend difficile et discontinu ce mouvement de transformation sera surmonté, nous irons de plus en plus de beauté en beauté plus vaste et inattendue, de félicité en félicité plus profonde et plus intense. 

Nous passerons du temps de l'adversité à surmonter au temps des délicats ajustements de la réceptivité. 


Om Sri Aurobindo Om douce Mère


L'heureux esclave de Dieu par Niranjan Guha Roy 



lundi 3 novembre 2025

La grande non dualité du jeu d'Amour Divin selon Sri Aurobindo et Mère.

 

Fragmentation Divine - œuvre de Niranjan Guha Roy 



https://sri-aurobindo.co.in/workings/ma/playground_audio/57-01-23.htm?fbclid=IwdGRjcANqA2FjbGNrA2oCXWV4dG4DYWVtAjExAAEeJiSrMceqqoZApc2GhpRVTSiHanKb6uXttzsF88J1my5JqsTkPNVLrAKZkK0_aem_ZJokvxc3J4YwmpnVe7GmOg



Mère

Entretiens


Le 23 janvier 1957


La fin


« La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du Divin dans l’humain et une immersion de l’homme dans la Divinité.

Mais cette immersion n’est pas une espèce d’annihilation. L’extinction n’est pas l’aboutissement de toute cette recherche et cette passion, cette souffrance et cette extase. Le jeu n’aurait jamais commencé si telle devait en être la fin.

La joie est le secret. Apprends la joie pure et tu apprendras Dieu.

Quel fut donc le commencement de toute l’histoire ? Une existence qui s’est multipliée pour la seule joie d’être et qui s’est plongée en d’innombrables milliards de formes afin de pouvoir se retrouver elle-même innombrablement.

Et quel en est le milieu ? Une division qui tend vers une unité multiple, une ignorance qui peine vers le torrent d’une lumière variée, une douleur en travail pour arriver au contact d’une extase inimaginable. Car toutes ces choses sont des formes obscures et des vibrations perverties.

Et quelle sera la fin de toute l’histoire ? Si le miel pouvait se goûter lui-même et goûter toutes ses gouttes à la fois, et si toutes ses gouttes pouvaient se goûter l’une l’autre, et chacune goûter le rayon tout entier comme elle-même, telle serait la fin pour Dieu, pour l’âme de l’homme et l’univers.

L’Amour est la tonique, la Joie est la mélodie, le Pouvoir est l’accord, la Connaissance est l’exécutant, le Tout infini est à la fois le compositeur et l’auditoire. Nous connaissons seulement les discordances préliminaires, qui sont aussi terribles que l’harmonie sera grande ; mais nous arriverons sûrement à la fugue des divines béatitudes. », Aperçus et Pensées.


Comment apprendre la joie pure ?


D’abord, pour commencer, il faut par une observation attentive, s’apercevoir que les désirs et la satisfaction des désirs ne donnent qu’un vague plaisir incertain, mélangé, fugitif et tout à fait insatisfaisant. Cela, c’est généralement le point de départ.

Alors, si l’on est un être raisonnable, il faut apprendre à discerner ce qui est désir et se refuser à faire quoi que ce soit pour satisfaire ses désirs. Il faut les repousser sans essayer de les satisfaire. Et alors le premier résultat, c’est justement l’une des premières constatations du Bouddha dans son enseignement : il y a une joie infiniment plus grande à maîtriser et supprimer un désir qu’à le satisfaire. Tout chercheur sincère et obstiné, au bout de quelque temps, plus ou moins longtemps, quelquefois très peu de temps, s’apercevra que c’est une vérité absolue, et que la joie qu’on éprouve à surmonter un désir est incomparablement supérieure au petit plaisir fugitif et mélangé que l’on peut trouver à la satisfaction de ses désirs. Cela, c’est le second pas.

Naturellement, avec cette discipline continue, au bout de très peu de temps les désirs seront à une distance et ne vous ennuieront plus. Alors vous serez libre d’entrer un peu plus profondément dans votre être et de vous ouvrir dans une aspiration vers... le Donneur de Joie, l’élément divin, la Grâce divine. Et si on le fait avec un don de soi sincère — quelque chose qui se donne, qui s’offre et qui n’attend rien en échange de son offrande —, on sentira cette espèce de chaleur, douce, confortable, intime, rayonnante, qui remplit le coeur et qui est l’avant-coureur de la Joie.

Après, le chemin est facile.


Douce Mère, quelle est la vraie joie d’être ?


Celle-là même dont je parle !


Alors, Douce Mère, ici, quand Sri Aurobindo parle d’une existence qui «se multiplie pour la seule joie d’être», quelle est cette joie ?


La joie d’exister.

Il y a un moment, quand on commence à être un peu prêt, où l’on peut sentir dans chaque chose, dans chaque objet, dans chaque mouvement, dans chaque vibration, dans toutes les choses qui vous entourent — pas seulement les gens et les consciences, mais les choses, les objets; pas seulement les arbres et les plantes et les choses vivantes, mais simplement un objet dont on se sert, les choses qui vous entourent — cette joie, cette joie d’être, d’être tel qu’on est, simplement d’être. Et on voit que tout cela, ça vibre comme cela. On touche une chose et on sent cette joie. Mais naturellement, je dis, il faut avoir suivi la discipline dont j’ai parlé au commencement; autrement, tant que l’on a un désir, une préférence, un attachement, ou des affinités et des répulsions et tout cela, on ne peut pas — on ne peut pas. Et tant que l’on trouve des plaisirs — le plaisir, n’est-ce pas, le plaisir vital ou physique à une chose — on ne peut pas sentir cette joie. Parce que cette joie est partout. Cette joie est quelque chose de très subtil. On bouge au milieu des choses et c’est comme si elles vous chantaient toutes leur joie. Il arrive un moment où c’est très familier dans la vie qui vous entoure. Naturellement, je dois reconnaître que c’est un petit peu difficile de la sentir dans les êtres humains, parce qu’il y a toutes leurs formations mentales et vitales qui viennent dans le champ de la perception et qui dérangent cela. Il y a trop cette espèce d’âpreté égoïste qui se mélange aux choses, alors c’est plus difficile de toucher la joie là. Mais même dans les animaux, on la sent; c’est déjà un peu plus difficile que dans les plantes. Mais dans les plantes, dans les fleurs, c’est si merveilleux ! Elles parlent toute leur joie, elles l’expriment. Et je l’ai dit, n’est-ce pas, tous les objets familiers, les choses que l’on a autour de soi, dont on se sert, il y a un état de conscience où chacune est joyeuse d’être, telle qu’elle est. Alors on sait à ce moment-là que l’on a touché la vraie joie. Et cela, ce n’est pas conditionné. Je veux dire, cela ne dépend pas... cela ne dépend de rien. Cela ne dépend pas des circonstances extérieures, cela ne dépend pas d’un état plus ou moins favorable, cela ne dépend de rien : c’est une communion avec la raison d’être de l’univers.

Et quand cela vient, ça remplit toutes les cellules du corps. Ce n’est pas une chose qui se pense même — on ne raisonne pas, on n’analyse pas, ce n’est pas cela: c’est un état dans lequel on vit. Et quand le corps y participe, il est si frais — si frais, si spontané, si... il n’a plus aucun retour sur lui-même, il n’y a plus aucun sens d’observation propre, d’analyse de soi ou des choses. Tout cela, c’est comme un cantique de vibrations joyeuses, mais très, très tranquille, sans violence, sans passion, rien de tout cela. C’est très subtil et très intense en même temps, et quand ça passe, il semble que tout l’univers soit une harmonie merveilleuse. Même ce qui pour la conscience humaine ordinaire est laid, déplaisant, apparaît merveilleux.

Malheureusement, comme je dis, les gens, les circonstances, tout cela, avec toutes ces formations mentales et vitales, ça dérange tout le temps. Alors on est obligé de retourner à cette perception si ignorante, si aveugle des choses. Mais autrement, dès que tout cela s’arrête et que l’on peut s’en sortir... tout change. Comme il le dit là, à la fin: tout change. Une harmonie merveilleuse. Et c’est tout la Joie, la vraie Joie, la Joie véritable.

Cela demande un peu de travail.

Et cette discipline dont j’ai parlé, à laquelle il faut se soumettre, si on la fait dans le but de trouver la joie, on retarde le résultat, parce qu’on y introduit un élément égoïste, on le fait dans un but et ce n’est plus une offrande, c’est une demande, et alors... Ça vient — ça viendra, même si cela prend beaucoup plus de temps — quand on ne demande rien, quand on n’attend rien, qu’on n’espère rien, que simplement c’est cela, c’est le don de soi et l’aspiration, et le besoin spontané, sans aucun marchandage — le besoin d’être divin, c’est tout.


Mère, tu expliqueras cette « goutte de miel » ?


Oh ! le miel !... Mais c’est une image, mon enfant.

Il dit : si l’on pouvait s’imaginer... C’est simplement pour donner une approche qui soit plus concrète que les abstractions intellectuelles. Il dit: si vous pouvez vous imaginer, par exemple, un rayon de miel, n’est-ce pas... un rayon de miel qui aurait la capacité de se goûter lui-même et en même temps chaque goutte du miel; non seulement de se goûter lui-même en tant que miel, mais de se goûter lui-même dans chaque goutte, étant chaque goutte du rayon de miel, et que chacune de ces gouttes puisse goûter toutes les autres, soi-même et toutes les autres, et en même temps que chaque goutte ait la capacité de goûter, d’avoir le goût du rayon tout entier comme si c’était elle-même.

Alors, ce serait le rayon capable de se goûter lui-même et de goûter en détail toutes les gouttes du rayon, et chaque goutte capable de se goûter elle-même et individuellement toutes les autres et le rayon tout entier comme une unité, comme ellemême... C’est une image très exacte. Seulement il faut avoir un pouvoir imaginatif !

Comme cela, j’ai compris. Je demande ce que cela signifie.

Le miel, c’est une chose délicieuse, n’est-ce pas, alors ce sont les délices de la Joie divine.

Et tout à l’heure, quand j’évoquais cette joie qui est dans les choses, spontanée, simple, cette joie qui est au fond de tout, eh bien, pour le corps physique, cela a quelque chose de vraiment — oh! naturellement, le goût du miel est très rude et grossier en comparaison —, mais quelque chose comme cela, quelque chose d’extrêmement délicieux. Et très simple, très simple et très total dans sa simplicité; très complet dans sa simplicité, et pourtant très simple.

Cela, n’est-ce pas, ce n’est pas une chose à penser, il faut avoir la capacité de l’évoquer, il faut avoir de l’imagination. Alors, si l’on a cette capacité, on peut faire cela rien qu’en lisant, alors on peut comprendre... C’est une analogie, qui n’est qu’une analogie, mais c’est une analogie qui a vraiment une capacité d’évocation.


Mais chacun imaginera quelque chose de différent, non, Mère ?

Évidemment. Mais cela ne fait rien! Ce sera bon pour lui.


(silence)


C’est tout ?


J’avais apporté des questions que l’on m’a posées, mais je crois qu’il est déjà un peu tard. (Mère feuillette des questions)

Il y en a une qui est terriblement intellectuelle et que nous laisserons pour une autre fois. Il y en a une autre... qui n’est qu’une apparence, et puis il y en a une troisième qui est intéressante, mais à laquelle il faudrait répondre en détail, et ce soir il est déjà un peu tard.


Ici, n’est-ce pas, la question à laquelle on peut répondre très facilement, c’est un texte de moi, où il est dit :

« C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde. »


Et puis, dans La Synthèse des Yogas de Sri Aurobindo:

«Si nous voyons l’unité partout, si nous reconnaissons que tout arrive par la Volonté divine... etc.»


Et une autre chose de moi, dans Prières et Méditations :

«C’est Toi qui agis en toute chose et en tout être, et celui qui est assez proche de Toi pour Te voir en tout acte sans exception, sait transformer tout acte en bénédiction.» (Le 10 décembre 1912)

Et alors, on me demande comment réconcilier ces contradictions. Moi, je ne vois aucune contradiction. Parce que la première phrase où il est dit: « C’est une grande erreur de supposer que la Volonté divine agit toujours ouvertement dans le monde »... Je dirai : il est extrêmement rare qu’elle agisse ouvertement. Elle agit toujours, mais pas ouvertement. Et quand elle agit ouvertement, c’est ce que les hommes appellent des « miracles ». Et c’est une chose extrêmement rare. La plupart du temps elle n’agit pas ouvertement, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’agisse pas. Elle n’agit pas ouvertement, c’est tout. Alors là, il n’y a pas de contradiction. C’était tout ce que je voulais dire. C’est une contradiction tout à fait superficielle née de l’incompréhension des mots.

La Volonté divine agit, mais pas ouvertement. Quand elle agit ouvertement, éh bien, les hommes appellent cela des miracles. Voilà. Mais cela ne l’empêche pas d’agir.


Vers la source - œuvre de Niranjan Guha Roy 


jeudi 21 août 2025

De la perspective ordinaire du Témoin à la perspective évolutive Intégrale.

Œuvre de Priti Ghosh


PARLER DE REALISATION DE LA CONSCIENCE TEMOIN EST PLUS SÛR QUE DE PARLER DE CELLE DU SOI, SI POUR LA NON DUALITE LA PLUS AUTHENTIQUE, TOUT EST DIVIN.

Dans la spiritualité de la non dualité mainstream, la conscience Témoin est vue comme un succédané, un errement du chercheur avant que le Soi ne se réalise pleinement. 

Premièrement, cependant, la conscience Témoin ne doit pas être confondue avec une dissociation entre un ego agissant et un ego qui s'observe. Le Témoin, dont nous allons parler ici est un déjà-là, une dimension préexistante qu'il s'agit à un moment de voir se réaliser au sein d'une évolution spirituelle.





Deuxièmement, en amenant en avant la notion de conscience Témoin, nous souhaitons nous tenir à distance d'interprétations courantes du Soi.

La notion du Soi suppose bien souvent une unicité et une absolutisation de la conscience immuable, d'une part, et, d'autre part, une dévalorisation discutable des phénomènes relatifs muables. Plus généralement, elle conduit à séparer un absolu et un relatif. Dans certaines interprétations le Soi est lui-même le premier phénomène relatif, déjà du côté des phénomènes temporels. Car l'absolu est affirmé comme un Non soi. A ce sujet, il y a le risque d'absolutiser les ténèbres lumineuses de l'expérience du Soi alors qu'elles sont dues à des dimensions inexplorées, à des aveuglements relatifs, etc.

Notre vision spirituelle du Témoin veut éviter d'affirmer trop vite une conception qui nierait que tout jusqu'au moindre détail est réellement divin. 

Les conceptions courantes du Soi impliquent trop souvent une survalorisation discutable de l'immuabilité atemporelle sur la muabilité temporelle. Elles impliquent alors la survalorisation de l'Etre par rapport au Devenir.  

Il nous semble que, bien que revendiquant une non dualité, beaucoup des interprétations courantes du Soi ne sont pas radicalement et intégralement non duelles.

Les visions non duelles attachées au Soi sont, d'après nous, loin d'être intégrales : elles aboutissent à des dualités entre être et devenir, éternel et temporel, vacuité et formes, espace de conscience et phénomènes, entre non manifesté et manifestations, entre personnel et impersonnel, etc.


LA PLACE DU TEMOIN SUR LE CHEMIN DE LA NON DUALITÉ INTÉGRALE DU TOUT EST DIVIN.

Nous allons ici évoquer une approche du Témoin dont le vécu interdit d'absolutiser une quelconque dualité qui nous ferait conclure hâtivement que tout n'est pas divin.

La dimension de conscience Témoin peut être réalisée au niveau du plan de conscience où nous en sommes de l'évolution consciente de la conscience. Certains animaux qui n'ont pas un mental développé manifeste à l'évidence cette réalisation.

La conscience Témoin, y compris au plan de conscience ordinaire humain, est alors comme un "œil" sans bord, in-fini. Cet œil se tient là en arrière-plan de toute chose et simultanément en toute chose, qui paraît dans notre présence consciente. C'est un vide inhérent aux choses, une non-chose en laquelle se tient toute chose. Et sans chose, ce Témoin n'est rien, il est conscience de rien, devenant pratiquement inconscient. Sans mémoire ou autre façon de retenir quelque chose du passé, il y a traces de discontinuité de la conscience y compris dans sa dimension Témoin. Un inconscient l'affecte, il est Témoin de son rien de conscience ou du moins de son manque de conscience.

Cependant cette inconscient est-il absolu ? On observe que la conscience et son Témoin peut s'étendre sur un plan subtil. Dès lors la conscience Témoin réalisée sur un niveau de conscience ordinaire ne peut-elle pas s'étendre vers la supraconscience et le subconscient ? 

Par exemple, on peut sentir une force active intérieurement au niveau des sourcils, il y a présence d'une lumière, d'une forme, d'une énergie, qui n'est ni une pensée, ni une émotion, ni une sensation physique. Ce centre subtil par lequel une force de conscience jusque-là inaperçue génère des réactions et des actions sur le plan de conscience qui nous était jusqu'à présent familier s'avère une extension de conscience. Elle peut s'inviter d'ailleurs sans que le Témoin dont nous parlions soit réalisé.

Prenons le cas où le Témoin se tient réalisé en arrière-plan et au sein du mode de conscience humain usuel. Celui-ci  s'observera immédiatement Témoin de cette dimension subtile, qui se révèle soudain à l'œuvre alors qu'elle était ignorée précédemment.


Si je suis dans ma chambre, le Témoin englobe cette chambre selon ma perspective. 



Si je suis dehors à l'extérieur de mon logement, il englobe ma vision du ciel.



 Il s'étend et se contracte selon les dimensions spatiales que les sens humains captent. Mettre des bouchons d'oreille réduit la sphère auditive, la conscience Témoin est le Témoin d'un espace auditif réduit. J'enlève mes bouchons d'oreille, le Témoin demeure, il est le Témoin étendu à un espace auditif plus étendu dans la réception des sons. 

De la même façon, si la dimension d'un monde subtil paraît, il est Témoin du monde subtil. Si notre capacité subtile se voile, c'est le Témoin de ce voilement.

S'il y a un monde au-dessus du mental ordinaire, s'il y a un monde des idées, de vagues intuitives, etc., le Témoin réalisé sur le plan ordinaire du mental analytique sera ouvert automatiquement à ces expériences nouvelles. Si elles sont momentanées, l'extension automatique du Témoin n'aura été que momentanée.

Le Témoin est alors témoin d'un jeu propre à une automanifestation supra-individuelle de la perspective de conscience propre à notre individualité. Le Témoin, que le sanskrit nomme le purusha, est donc révélé dans ses divers plans par des flux d'automanifestation du Devenir. Ce type de flux est désigné en sanskrit comme prakriti.

Mais le Témoin Purusha, s'il accueille toute chose sans refus, sans jugement sur les prakritis, peut commencer à voir s'exprimer son aspiration silencieuse à des qualités de flux plus évoluées. Le Témoin Purusha ne consent plus à s'étendre et se réduire selon les caprices des flux de conscience, des prakritis. Les désirs sont l'œuvre d'une prakriti inférieure, mais l'aspiration émane d'un purusha aussi bien que d'un flux de prakriti supérieur. Le purusha Témoin ne consent plus passivement à voir ses dimensions de perception de plans de conscience paraître et disparaître. 

Il aspire à percevoir la source de tous ces flux, la Mahashakti, le flux de tous les flux de conscience, l'intelligence du Devenir, le flux supérieur du devenir de conscience par excellence. 

Cette aspiration révèle une personnalisation de ce Témoin anonyme, il se découvre une dimension Témoin individuel s'individuant, enfant aimant de la Mahashakti, enfant formé par la Mahashakti. Sri Aurobindo le nomme Chaïtya purusha. Cette dimension du Témoin se rencontre en arrière-plan du centre subtil du cœur.

Ce Témoin est un reflet d'un Témoin amoureusement soumis à la dynamique créatrice première, à la Mahashakti. Il est témoin d'une aspiration à contempler son Aimée dans sa nudité glorieuse, sans ses voiles d'ignorance, sans incapacité. 

Entrevoyant sa Mère, la shakti-prakriti qui soutient son aspiration et y répond, ce Témoin se pressent à fois témoin et miroitement du purusha témoin Suprême uni à la Mahashakti. 

Le Témoin du plan humain ordinaire est purusha du mental-vital, miroitement-rayonnement du Suprême purusha, Ishwara, uni à la Mahashakti, Mère du Devenir. 

Mais initialement ce Témoin est aussi bien ignorant de son essence ultime, union d'Iswahra et de Mahashakti que de sa dimension proprement individuelle. C'est par affinement de ce qui s'observe en lui qu'il commence à se réaliser dans un voilement moins prononcé de sa propre source. C'est par purification de ce qui vient troubler son observation qu'il commence aussi à voir l'insensibilité attachée à son propre cœur, à s'approcher ainsi de sa dimension individuelle, notre vraie personne. 

Ainsi le plus souvent, lorsque le purusha témoin mental-vital se réalise, au début, sa vision reste très  enténébrée. Entre autres, ses ténèbres masquent alors le secret de cette aspiration qui se reflète en lui de se relier à sa source et à sa véritable individuation en croissance. Son observation imprécise confond alors encore aspiration et désir. Il est le témoin mental, il n'est pas pleinement le témoin du vital.

Cette aspiration en lui à son authentique individuation, distincte du désir, c'est Chaïtya Purusha qui la produit. Cette aspiration est un fil qui, suivi, dévoile Chaïtya Purusha. Celui-ci est l'enfant de l'amour de l'Amant, l'Ishwara Purusha, le Purusha de tous les purushas, et de l'Aimée, Mahashakti, la Mère divine. Cet enfant est amour de la beauté-perfection, Eros, l'enfant d'Aphrodite, la Beauté Mère de toutes les beautés. Cet enfant est un feu 🔥 individué, fils du feu Suprême qui éclaire et engendre en son sein primordialement toute chose. 

Cette aspiration en lui à sa source divine au-dessus vient de son individualité éternelle, le purusha propre au jivatman au-dessus de la tête.

Son Père divin, la source des purushas, ouvre par sa lumière, l'espace rendant possible l'œuvre de notre Mère, Mahashakti, Mère de toutes choses. Son Père, Ishwara Prusha, se manifeste par des vagues de Paix,  des ondes de Silence qui débordent et amplifient la Paix et le silence inhérents au Témoin, d'abord découvert sur le seul plan ordinaire. Son Père prépare ou accompagne ainsi sa prise de conscience. Son individuation croissante deviendra par la grâce de Mahashakti, suffisante pour ne plus rester indiscernable dans les ténèbres lumineuses du Témoin jusque-là  seulement réalisé sur certains plans mentaux, vitaux et physiques, les plans ordinairement propres à la conscience humaine. 

Par les soins de Mahashakti, sa Mère, et par les attentions d'Iswahra Purusha,  son Père, cet enfant divin se révèlera au cœur d'une vie individuelle humaine. Il se révèlera, à son heure, au cœur du cœur de la perspective individuelle du Purusha Témoin. Le dégagement et l'aspiration du jivatman au-dessus, l'individu éternel uni au divin universel et transcendant et le dégagement de et l'aspiration du Chaïtya purusha au niveau du cœur sont étroitement liés.

Autrement dit, la pleine réalisation du Témoin au niveau de conscience la plus ordinaire, une perspective humaine sur le monde, est concomitante à l'effort de la Mahashakti pour faire émerger son enfant divin enfoui en arrière-plan et au-dessus de chaque perspective individuelle.


Œuvre de Priti Ghosh

Il est évident que l'influence psychique de l'enfant Divin aura eu lieu en nous sans que nous soyons alors conscient du Témoin. Cette aspiration peut certainement établir un lien de pressentiment avec Mère, notre Mahashakti. On pressent ainsi une providence qui prend soin d'une partie de nous-même, on s'étonne de synchronicités, on a le sentiment d'une protection absolue. Un jour au lieu d'interpréter cela faussement comme concernant notre ego, nous réaliserons que cela concerne d'abord et prioritairement l'individuation vraie en nous. Cela semblera concerner notre ego dans la mesure où notre individuation divine vraie en tire profit. Si des forces coupaient notre vie égoïque de tout lien avec notre filiation divine, les synchronicités seraient celles de forces "antidivines" (une prakriti éloignée du flux principal du Devenir, peut plus ou moins longtemps s'opposer en apparence à l'impulsion de la Mahashakti) qui, au final, nous couperaient de la protection de notre Mère. La destruction de l'ego et de son véhicule font dès lors partie des moyens de libération dont dispose Mère pour servir son Enfant immortel en nous. 

Tous ces pressentiments de notre filiation divine peuvent donc prendre place sans la réalisation du Témoin. La réalisation du Témoin sur le seul plan ordinaire peut ne pas permettre d'éviter une victoire momentanée des forces que la Mahashakti n'a pas encore ramenées et soumises à sa nouvelle onde créatrice propagée parmi celles plus anciennes. 

Ceci explique les comportements aberrants de gens ayant pourtant une expérience non duelle indéniable. Leur prétendue réalisation absolue du Soi s'accompagne sans qu'ils le perçoivent d'une soumission à des prakritis inférieures œuvrant en sens dysharmonieux par rapport à la Mahashakti. Ils risquent de se couper de leurs âmes vraies, de l'enfant de Mahashakti en eux.

Ceci dit, une émergence solide en avant de l'enfant Divin s'accompagne de la réalisation du Témoin Purusha ordinaire de l'humain, cet œil toujours là, inhérent à notre présence consciente. Donc la recherche du Soi et d'expérience non duelle peut être au service de notre aspiration d'enfant divin que nous sommes.


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Œuvre de Priti Ghosh



dimanche 30 mars 2025

EXAMEN CRITIQUE DE L'ÉVEIL COMME PAIX : AU CŒUR DE LA VISION SANS TÊTE, L'EVOLUTION CONSCIENTE DE L'ÂME et quelques unes de ses conséquences concernant l'évolution de l'humanité.

Œuvre de Ton Dubbeldam


AU COEUR DE LA VISION SANS TETE, VIVRE LE SOI AVEC UNE AME OU L'EVEIL DE L'EVOLUTION CONSCIENTE DE LA CONSCIENCE


Pour percevoir cet œil ouvert de lumière intérieure en moi, de façon plus continue, les expériences de Douglas Harding me furent d'un grand secours. Grâce à elle, cette Ouverture consciente de la conscience, entraperçue régulièrement auparavant,  a pu se stabiliser au sein du vécu. 

La perception et la pensée sont distinguées aisément et de plus en plus radicalement avec la pratique d'un retour aux faits perceptifs pointés par Douglas Harding. Cette distinction entre perception et pensées ou émotions reste usuellement minorée par une vie ordinaire d'un ego ignorant de sa source. L'égocentrisme de mes personnalités est grâce à cela viscéralement relativisé. Mes personnalités ne trônent plus au centre de ce que je suis, elles n'y parviennent que fort épisodiquement. 

La lumière intérieure me met devant le mystère de l'autocréation de ce qui est et paraît comme mon individualité avec ses personnalités, les autres et le monde. Cette lumière intérieure se désenténébrant est lumière divine, Félicité,  Beauté, Bonté. Elle me révèle mon cœur. Ma présence personnelle dans cette présence divine descend s'enfoncer dans le cœur au centre du torse. Là certains pans de ma personnalité commencent à ne faire qu'un avec l'Ouverture de conscience. Des dimensions personnelles s'avèrent être dans la continuité de la Présence. Certaines s'avèrent de l'essence même la Présence. L'union sans séparation est aussi vue comme un fait en croissance. Elle n'est pas uniquement le produit d'une transparence acquise par ma personne en évoluant dans le Voir inhérent à l'Ouverture de conscience consciente. Elle ne résulte pas uniquement d'une intégration de mon individualité au sein de la Présence.
Cette réalité d'union par essence entre la Présence et des pans de ma personne rend la notion de Divin encore plus pertinente et évidente. Par cette union devenue perceptible, mes dimensions individuelles participent d'un amour universel dirigeant le Devenir. Là commence la découverte de ce que j'ai pu appeler, sur ce blog, le Soi avec une âme.

Pour prendre conscience de la lumière intérieure, nous avons des techniques psychocorporelles. Pour trouver une continuité avec le parfum de mon âme, cette dimension de ma personne véritable qui prend naissance dans cette lumière du divin, je ne peux témoigner d'aucune technique précise et réitérable par chacun, parce que, sans doute, il ne s'agit pas d'un simple retour à l'esprit et sa lumière. C'est un retour de notre âme vraie à elle-même. Cet enfant Divin que je suis/nous sommes commence par lui-même à se percevoir dans l'humain qu'il expérimente. Lui seul s'exprime dans l'aspiration à la descente dans le cœur. Lui-seul donc peut inspirer à ce qui descend vers lui le mouvement le plus juste qui correspond à sa propre rencontre avec lui-même au sein de l'individualité humaine dont il est le soubassement et pour laquelle il est la source véritable du sens de cette vie humaine temporaire.

Il y a bien sûr quelque chose qui a un rapport avec une descente du sentiment de notre personne dans le cœur ; le pur amour, ou la karuna, brille davantage quand une de nos personnalités en devient davantage l'instrument au lieu de se croire le pseudo-auteur de ce qui est moral. 
Dans cette descente, Il y a des bouffées de joie sans cause et sans objet qui surgissent de là et encourage la descente. D'où l'aspiration pour une large part de notre personne de servir le centre et de ne plus le masquer illusoirement. 
Cependant, c'est à l'acmé de notre authenticité dans la situation, ici et maintenant, qui exige de devenir et d'agir avec le plus de justesse possible, qu'il y a ce parfum. 
La justesse n'est pas simplement une question de servir l'amour. Il y a une vérité à servir avant d'être sûr de servir l'amour pur dans son flux autocréateur global. Cette vérité à pressentir n'est pas une vérité humaine mentalement exprimable.

Qualité des actions, justesse des connaissances dans leur inconnaissance sont exigées autant que dévotion à la bonté. La voie triple ou le quadruple sentier qui unit pratique des œuvres, de la dévotion, de la connaissance voire voie de la Perfection est donc utile et requise. Mais quelle inflexion mettre ? quand la mettre ? etc. Tout ceci reste à préciser pour chacun et selon le chemin singulier de chacun. 
Pour dire synthétiquement la visée focale de ce chemin, je parlerais d'authenticité du fait de se confier le plus entièrement possible au Divin et à sa dynamique évolutive. 
La foi la plus pure n'est plus seulement une volonté plus ou moins ferme, un sentiment plus ou moins fluctuant, une croyance mentale plus ou moins solide, elle s'avère un engagement naturel du cœur, shraddha en sanscrit. Se confier au Divin, c'est se soumettre vraiment à Lui. Se soumettre au sens de s'abandonner à son action dans la confiance, se soumettre au sens d'ancrer de plus en plus notre humanité individualisée par notre âme vraie, enfant du Divin, engendrée, non pas créée, dans l'œuvre Divine de perfection.


Le parfum de l'âme s'avère un feu. Il semble me ramener des morceaux d'histoire très fugitifs qui font écho maintenant comme à quelque chose qui rejoue une butée, ici et maintenant, d'une subtilité défiant toutes traductions mentales.

La présence de l'âme nous met en présence de l'action vraie. A côté de mes impressions d'action sur le plan mental, vital et physique, qui restent le fait de mes personnalités de surface, il y a l'action vraie. Elle nous fait d'abord pressentir que derrière tous les flux multiple du Devenir, il y a un fleuve unique du Devenir, un flux supraconscient. La dimension autocréatrice de ce qui est, quand elle est pressentie peut sembler inconsciente du point de vue mental, vital et physique : illusion, erreur, émotions perturbantes, souffrances, douleurs physiques, destructions incompréhensibles accompagnent inexorablement le Devenir autocréateur. Mais quand on pénètre sur ce plan de l'âme, on y voit ce flux du Devenir engendrer son étincelle d'individuation : le Suprême divin éternel est son Père et cette réalité divine autocréatrice est sa Mère. L'âme est de la même substance que la Mère du Devenir. L'aspiration de l'âme et de la Mère Divine est de s'aligner sur la "volonté" du Suprême même si nos dimensions humaines nous empêchent de connaître le pourquoi du comment. 
Et au fond, rien n'est contre du point de vue du développement de nos âmes. 
Un ego peut être balayé de la vie, un individu peut subir des injustices inacceptables du point de vue des idéaux humains mentaux, vitaux et physiques. Une âme s'incarne, elle, quelles que soient les circonstance ; si elle quitte la scène terrestre, chassée par les circonstances, elle en aura tout de même tirée une évolution. 



INDICES D'UNE COEVOLUTION EN COURS DE L'HUMANITE CONTRIBUANT A UN EXAMEN CRITIQUE DE L'EVEIL COMME PAIX POUR LA BULLE MENTALE HUMAINE

Même hors du point de vue expérientiel de l'âme, en considérant nos connaissances mentales de l'histoire de l'univers, on voit bien que la matière se vitalise, que la vie se mentalise et que dans ses sommets, l'évolution autocréatrice prend conscience d'elle-même au moins partiellement en un individu. Du point de vue mental, on sait qu'il y a une évolution de la matière produisant une individualisation ; du point de vue spirituel, on découvre un lien entre la conscience de l'Ouverture consciente, l'autocréation de tout ce qui se manifeste comme évolution universelle et ce que nous devenons individuellement. 
On peut pressentir, à partir de ces lignes de faits intérieurs et extérieurs objectifs, une réalité qui surgit d'au-delà de la conscience mentale humaine et peut matérialiser quelque chose au-delà des possibilités de compréhension de cette conscience. 
Si nous prenons au sérieux une évolution où par le passé des individualisations deviennent de plus en plus consciente, pourquoi ne pas envisager que ce mouvement se poursuive ? Le scandale de l'évolution de la matière n'est pas notre filiation passée, mais le fait que nous, humains, soyons nous-même un pont, une transition. 
Nous pourrions être un jour face à un être surhumain qui nous ressemble, un peu comme notre animal domestique nous ressemble ; nous pourrions communiquer avec lui comme notre animal domestique peut communiquer avec nous ; mais, comme notre animal domestique avec nous, nous saurions que quelque chose nous échappe dans son action au vu de ses résultats, nous serions amené à reconnaître un niveau de conscience incarné qui nous dépasse.

Cessons cette spéculation, même si elle est conséquente du point de vue du paradigme évolutif. Considérons juste le point de vue humain quand il reçoit une poussée évolutive, une intuition qui change son vécu mental de la vie. On doit admettre que cette expansion ne dure pas et produit le plus souvent ses propres obstacles qui devront recevoir une solution nouvelle jamais envisagée. 
Cette lumière qui s'est levée là sous la forme d'une intuition renouvelant la vie mentale, y compris matériellement, a tôt fait de s'éteindre dans les décombres de l'histoire. 
Et puis, même ce qu'il y a de plus lumineux dans tel regard de la vie mentale sur elle-même, ce qu'il y a d'amour le plus convaincant, paraît toujours s'accompagner d'ombres, qui à un moment deviennent concrètes et nécessitent un élan nouveau. 

Un Bouddha nous parle d'éveil, mais il ne reprend guère ses disciples affirmant que les femmes doivent se réincarner en homme pour qu'il se réalise plus aisément. 
Un Jésus-Christ nous parle d'un Dieu d'amour. Mais, d'après les Evangiles, il invite ses apôtres à maudire ceux qui n'accueillent pas sa Bonne Nouvelle en secouant leurs sandales à l'entrée de leur demeure ; il parle de cris et pleurs dans l'enfer, ce qui ressemble à une menace pour qui refuse son enseignement.

Le bonhomme humain ne change pas fondamentalement tant que l'âme et la lumière spirituelle n'exercent qu'une influence mentale, vitale et physique qui reste intermittente ou, plus encore, inconsciente en surface de notre individualité.

Revenons, maintenant, à ce qui se passe de nos jours. Actuellement, pour qui est attentif et rassemble les données, à l'évidence, il y a une émergence de l'âme plus radicale soutenue par l'action de la Mère divine, l'intelligence, pour nous, supraconsciente du Devenir autocréateur. 

Concrètement, les aspirations spirituelles se démultiplient et elles sont de moins en moins rattrapées par des dogmes collectifs, des pratiques standardisées, etc. Elles échappent ainsi de plus en plus à toute forteresse mentale religieuse.
Les aspirations spirituelles se singularisent, la religion s'individualise parce qu'une force intérieure, à laquelle les événements extérieurs répondent, accélère sans aucun doute l'individuation des âmes.


On peut observer ici comme un effet co-évolutif sur les formes du vivant qui accompagnent cette nouvelle individualisation matérielle en cours. 
L'émergence mentale s'est elle-même caractérisée par une co-évolution du vivant, aujourd'hui de plus en plus renseignée objectivement. Avec la disparition des dinosaures-mastodontes, des insectes pollinisateurs émergent avec les fleurs, émergent aussi alors les fruits produits de ces fleurs et nos ancêtres dont le volume cérébral croissant nécessite le sucre abondant de ces fruits.

Le vieil homme en nous, en qui s'effectue l'œuvre de cette supraconscience, force transformatrice, perd ses repères mentaux, il n'a plus de désirs qui le portent, son caractère se fissure, ses habitudes physiques déraillent insuffisantes. Le vieil homme perd pied. 
Certes l'âme émerge dans la conscience jusque là individualisée humainement, ce processus passe par un consentement intérieur, une soumission volontaire de notre personne. 
Mais aujourd'hui, même s'il n'y a pas cette intériorisation et ce consentement, celui qui ne vit que dans la perspective du vieil homme se voit le jouet des circonstances extérieures : il s'accroche à des repères, à des valeurs, à des désirs qui, sans cesse, sont ballotés, désarçonnés, inquiétés. 


Le besoin de Paix devient tellement criant que les chercheurs et les trouveurs de la Présence se démultiplient dans nos sociétés.
Pour l'humain ordinaire, l'horreur de la situation est de plus en plus impossible à fuir dans un quelconque divertissement. 
Mais même vivant déjà au sein de la Présence de cette Paix, l'horreur de la situation, demeure un objet de lutte constant : c'est ce monde, en ébullition, cet autre de plus en plus envahissant, qui met le désordre, menace nos modes de vie. 
Parmi ceux qui ont réalisé la Présence comme Paix, il y a beaucoup de fake-news qui sont partagées en tout sens, il y a un manque de discernement dans l'action, même si la Paix immuable est indéniablement présente en arrière-plan des actes de cette personne. 

Car se tenir humainement dans la Paix immuable, ce n'est encore n'y rien comprendre au Divin, c'est risquer de continuer à empirer les circonstances, l'horreur de la situation. Le premier danger certainement est d'absolutiser mentalement cette réalisation ; dès lors on exclut toute autre possibilité spirituelle, on commence à dogmatiser, à s'enfermer tout en se croyant l'Ouvert, une conscience indubitable de l'absolu. 

S'enfermer mentalement avec cette Paix, c'est refuser la Félicité et la divinisation qui se proposent, c'est refuser la nouvelle harmonie qui croît. C'est refuser de se mettre à l'écoute de son cœur et du feu de son âme vraie qui s'y tient cachée en arrière-plan. 
Et c'est forcément trouver aberrante toute idée d'un nouvel être au-delà de l'humain, même si son émergence parmi nous humains et sa victoire incarnée matériellement est peut-être la seule réponse à la crise évolutive que nous vivons. 
Car nous ne vivons pas, si vraiment nous nous plaçons dans la perspective de l'âme vraie, une crise écologique, politique, morale, etc., nous vivons actuellement d'abord et avant tout une crise évolutive. L'horreur de la situation ne peut être traitée authentiquement avec un début d'égalité d'âme qu'à ce niveau.

Les rôles qui font l'horreur de la situation et ceux qui la subissent s'inversent aisément et même se superposent. 
Et cela dessine comme en miroir inversé, la coévolution humaine qui accompagnera le saut évolutif au-delà de l'humain, si une espèce humaine demeure comme les oiseaux demeurèrent après la disparition des autres dinosaures, lors du dernier saut évolutif.

Par exemple, les palestiniens font l'horreur de la situation des israéliens et les israéliens font l'horreur de la situation des palestiniens. Il y a ceux qui font le choix des victimes palestiniennes et ceux qui font le choix des victimes israéliennes. Et ainsi va l'horreur de cette situation. Mais aussi émergera une vie humaine sans victimisation, sans cercle vicieux de la violence ainsi perpétuée par le jeu de la dramatisation.

La corruption et le vide de sens des propositions des politiciens libéraux et démocrates font que parmi ceux qui vivent la Présence, on lorgne vers des visions avec plus d'ordre et de valeurs. Même éveillé à la Présence, on relaie les idées illébérales d'un Trump, d'un Poutine - le fascisme d'un Julius Evola ne choquerait pas ceux qui le promeuvent sans le savoir. 
Mais comme une dictature de gauche, un autoritarisme de droite, c'est la vindicte contre des gens qui défendent d'autres points de vue.
Le mensonge politique s'inscrit plus largement dans l'œuvre du mensonge y compris celui de l'homme éveillé à la Paix spirituelle. Il peut y avoir la Paix et elle ne peut pas pour autant empêcher la fausseté du dialogue : on prétend écouter, on déforme le propos, on ne retient rien au nom d'un point effectivement faux, la part de vérité de l'autre est systématiquement niée et ignorée.

Ce n'est guère manifester la Paix ! Car la Paix sans l'Amour, ce n'est guère la Paix. L'absence de dialogue authentique est toujours une absence de pureté et de vérité de l'Amour !

La Présence sourde au dialogue et les spiritualités sans âme ignorent les bienfaits du pluralisme. La paix sans âme, ce sont les tentations de régler les problèmes par uniformisation politique. L'âme nécessite le pluralisme, à la surdité dialogale, elle préfère le dissensus fraternel comme base d'une communion véritable et authentique. La fraternité pluraliste est tout sauf une  massification communiste d'où aucune tête ne doit dépasser, quitte à ce qu'on les coupe. La fraternité pluraliste est tout sauf un ordre fasciste où aucun écart du rang n'est pardonné quitte à tuer toute figure d'originalité qui ose interroger cet ordre. 

La Paix et l'Amour supposent un pluralisme créateur car sinon ce n'est guère de l'Amour Ouvert. Une autorité qui n'encourage pas un pluralisme créateur et ne partage pas ses pouvoirs aboutit inéluctablement à un autoritarisme tout à fait contraire à la Vérité de la Paix et de l'Amour Ouvert.

Ainsi s'emballe un processus qui semble contraire à toute harmonie, à tout sens de l'âme, qui, par essence, n'est d'aucun pays, d'aucune nation, d'aucune religion. Mais la maladie redouble ses symptômes avant qu'un saut évolutif immunise le corps définitivement. 

Si vraiment tout est Divin, ce que nous ressentons comme l'horreur de la situation est le refus secret dans notre cœur de poursuivre sur la voie du vieil humain en nous qui croit tout solutionner mentalement, dogmatiquement, autoritairement, violemment. En fait, l'horreur avait toujours été là mais nous la ressentons enfin comme telle ; notre âme émerge et avec elle, l'intelligence de l'œuvre Divine supraconsciente à commencer par le sens de l'imperfection de ce qui est. 
La Paix et une aspiration au Vrai, au Bien et à la Beauté sont indispensables dans cette zone intermédiaire où nous guettent les réponses mentales qui nous ramènent à la vieille humanité, mais où nous guettent aussi l'angoisse, la dépression qui de l'autre côté des forces nihilistes surgiront. 
A côté du surhumain que des âmes d'élites commenceront à incarner physiquement s'il s'agit d'un saut évolutif au-delà de l'humain, il y a donc place pour une coévolution humaine. 

Cela s'entend, si on veut bien l'entendre et répondre à son appel. Ce ne sera pas une paix molle ! Ce ne sera pas une paix pactisant avec l'horreur de la situation ! La Paix spirituelle saura se répandre sans nourrir ce qui est contraire à l'Amour vrai ! Elle sera le socle de base pour qui veut se rencontrer en son âme vraie et participer à la divinisation de son individualité mentale et vitale, et en cela ne pas faire obstacle au saut évolutif à venir.

Avant de parvenir à un nouvel équilibre co-évolutif, des gangues du genre humain seront le théâtre d'une transformation en autre chose au-delà de l'humain. Dans la foule des humains, un surhumain se fera ; comme dans la foule des poissons asphyxiés à l'air libre, une forme de respiration alvéolaire s'est fait jour.
Cela ne finira plus comme une lumière intuitive à chaque foie rattrapée par la bulle mentale humaine, touchant à chaque nouveau pas en avant une de ses limites. La bulle humaine mentale avec ses préjugés, ses dogmes, ses condamnations, ses contradictions ne règnera plus en imposant à la vie terrestre ses propres limites. 
Car déjà, Cela va autre part, Cela suscite un saut évolutif. 

Œuvre de Ton Dubbeldam

2024 - mars 2025

vendredi 9 août 2024

UNE SPIRITUALITE INTEGRALE DE L'ETRE ET DU DEVENIR DEVOILE LA MERE DE NOS AMES, LA CONSCIENCE FORCE CREATRICE.

Michel Larionov - Acacias au printemps -1904


Le message de Jésus semble unir l'Etre et le Devenir. 

L'amour comme agapè prolongeant la vision d'une source divine créatrice unit, me semble-t-il, l'Etre et le Devenir. 

Autour du deuxième siècle après Jésus-Christ, des débats entre chrétiens ont commencé à porter sur ces points : y a-t-il une action divine qui va perfectionner le monde terrestre ou la terre n'est-elle qu'une création démoniaque (d'un dieu du mal) ? Certes les dualistes gnostiques semblent avoir été dominés voire éliminés par le camp adverse devenu de plus en plus intolérant. Mais certaines idées dualistes fustigeant la chair nous liant aux forces obscures et hostiles ont durablement influencé la culture chrétienne y compris spirituelle. La plupart des chrétiens y compris les mystiques espèrent que Dieu les libérera des tourments de la chair dans un avenir postmortem.

Chez les philosophes de l'antiquité gréco-romaine, le débat était entre les partisans d'un univers terminant cycliquement en déflagration et les tenants d'un univers infini. 

Quelles étaient les expériences fondant leurs métaphysiques. Quelles conséquences pratiques ont ces métaphysiques ?

La question me paraît actuelle. 

En durcissant dogmatiquement leurs interprétations sur le rapport entre l'Etre et le Devenir, la plupart des courants religieux chrétiens ont malheureusement souvent étouffé et amoindri l'accès évident à l'Etre. La mystique chrétienne n'a jamais été bien accueillie par les institutions religieuses. Et celle-ci si elle a touché à l'union substantielle de l'âme et du divin dit, au final, assez peu de chose sur la divinisation du corps. L'incarnation du divin qui surmonte la mort est restée une espérance ; elle ne s'est guère traduite dans une aventure spirituelle concrète avec pour ceux qui l'entreprendrait une cartographie mentale.

Mais quoi qu'il en soit, pour moi postchrétien plutôt qu'antichrétien, la voie du cœur ne se résume pas dans des moyens de se détacher, car ce serait éventuellement se détacher des conséquences des interactions de nos actes humains. Un tel cœur serait luciférien. Il n'échapperait guère au seigneur du mensonge, ce flux de forces vitales et mentales qui nous rendent insincères et incohérents.


Et bien que les spiritualités non dualistes m'apportent beaucoup, y compris l'évidence d'une vacuité englobant le devenir, je ne m'y reconnais donc pas entièrement sur la question du cœur et du Devenir. En mettant entre parenthèses le devenir des personnes, y compris la leur, beaucoup des non dualistes me semblent décider mentalement que l'absolu est autre que l'amour. Pour moi, le danger est luciférien : le propre de Lucifer, des forces vitales et mentales lucifériennes, le porteur de lumière est effectivement la  capacité de réaliser une lumière spirituelle et de l'utiliser, malgré les apparences sans cœur, et surtout sans aucune âme pour son propre avantage. Or sans influence tangible de l'âme, l'ouverture du cœur ne va guère sans confusions. Le seigneur du mensonge, les forces de conscience qui nous individualisent dans cette confusion d'insincérité, est le champion des demi-vérités qu'il parvient à mettre en conflit évitant et retardant la venue de la Vérité et de l'action autocréatrice intelligente. La victoire contre une vision prisonnière de la dualité, contre le Séparateur, le diabolique, les forces vitales et mentales de l'isolement et de l'enfermement en soi-même est devenue plus aisée de nos jours. Mais la spiritualité mainstream ne résout guère le problème luciférien. Or comment nous sortir de ce que certains dénomment l'ère de la post-vérité ? L'autre est toujours le menteur. C'est toujours l'erreur, la mécréance de l'autre qui est fautive. Quelles que soient les demi-vérités que l'autre véhicule, elles sont rejetées en même temps que ses erreurs. Bien sûr, ce sont toujours d'autres que nous, les auteurs du chaos. La demi-vérité d'autrui est évidente comme étant son mensonge, sa mauvaise foi. Mais pourquoi manquons-nous notre propre déformation de la vérité ? Pourquoi sommes-nous sans cesse en train de jeter le bébé vérité avec l'eau sale de son bain ?


Ici et maintenant, pouvons-nous affirmer être un instrument docile de la Vérité ? Nous avons des éléments à notre disposition, que valent-ils ? Pouvons-nous nous appuyer sur des souvenirs, des informations ou des faits, ici et maintenant, non pas interprétés mais observés ? Ai-je des garanties sur la qualité subjective et objective de mon observation ? Nous avons bien quelques vérités parmi nos jugements et observations, mais sommes-nous intégralement en Vérité ? 


Dès que nous sommes sincères, il nous faut bien admettre notre appartenance à un monde de demi-vérités et dès lors à un monde de mensonges.


Dès lors que nous défendons notre monde de libertés contre d'autres qui au fond défendent leur monde de libertés, nous n'avons pas de certitude d'un regard intègre. Pouvons-nous prétendre défendre le monde en imposant le nôtre ? On peut prétendre défendre nos libertés contre ceux qui y attenteraient, mais de quelle liberté parlons-nous ? La liberté de suivre nos désirs, nos idées, nos mœurs est-elle une liberté créatrice de liberté ou une réclamation de poursuivre tout comme avant, notre petit esclavage y compris à des actions qui ne changent rien au fond ? Et ces changements relatifs qui refusent la transformation vers un mieux de la vie, ne sont-ils pas une hostilité à une évolution de la conscience, un refus de participer sincèrement à l'intelligence autocréatrice ?


Une foi en un Devenir évolutif où le cœur se réalisera divinisé, où une transformation même de notre matérialité sera en jeu, va de pair avec une meilleure vision de l'Etre. Nous pourrions développer une telle foi ouverte au fait de Devenir et d'Etre plus en Vérité.


Dans une telle dynamique, l'évidence du Soi, si elle est factuellement reconnue, si un espace de vacuité au-dessus des épaules se voit comme l'ouverture où tout apparait, ne changera pas : c'est une présence immuable. 



Mais sa lumière semble s'éclairer de mieux en mieux en éclairant ce qui sert le Devenir du cœur et de l'autocréation de l'univers matériel en Vérité. Notre individualité semble donc évoluer dans sa perception au sein de la présence immuable. De l'évidence du seul Soi englobant le devenir de notre individualité,  des autres et du monde, se découvre plus en plus dans une descente dans le cœur un Soi avec une âme [en cliquant ici, on trouvera une présentation approfondie de ce Soi avec une âme] .  En d'autres termes, se découvre une Vie Universelle divine, Être et Devenir, qui développe son individuation au sein de l'individualisation humaine que nous sommes.


Envisageons vraiment l'Etre et le Devenir comme une seule réalité. Ne privilégions ni le presque rien d'Etre ni le tout en Devenir. L'un et l'autre ne se recouvrent-ils pas dans des ténèbres lumineuses encore fort mystérieuse ? Les ténèbres internes du sommeil profond ne s'entrecroisent-elles pas avec les ténèbres de l'univers matériel pointant un inconscient pour nous ? Mais cet inconscient, ces ténèbres le sont-elles absolument ?


Le subconscient matériel (par exemple, les drogues agissent sur nous sans que nous en soyons pleinement conscient physiologiquement) et l'inconscient spirituel (La réalisation de la lumière spirituelle est celle de ténèbres lumineuses qui masquent des dimensions) ne disent-ils pas la limite de notre conscience humaine même spirituelle ? L'éveil d'une conscience surmentale ne laisserait-elle pas en suspens un éveil à une action consciente par-delà toute la bulle mentale y compris surmentale ?


Ceux qui pensent  exprimer une réalisation spirituelle relativisent souvent le Devenir. La présence est appelée absolu et le reste le relatif. Ils ne voient pas la dimension absolue du Devenir. A moins de gagner en sincérité, ils diront mordicus que leur réalisation n'est pas une expérience. Il est vrai que ceux qui restent identifiés au seul devenir mental et vital en demeurent à des expériences d'un agrégat psychologique. Ils entendent le mot expérience dans cette perspective d'un devenir de leur ego. 


Nier que nos réalisations spirituelles soient des expériences humaines en prétendant réaliser absolument l'absolu n'est-ce pas encore le règne de demi-vérités ? L'accès au monde des intuitions, à une connaissance par identité ne nous arrache pas encore tout à fait à la division propre à la bulle mentale. Notre intuition d'être le Soi est ainsi un éclairage surmental de l'Etre qui laisse, selon nous, inéclairé le Devenir. 


En effet, il y a des expériences spirituelles du Devenir qui ne sont pas simplement des pics de nos vies mentales et vitales. Elles indiquent que notre réalisation de l'absolu n'est pas une réalisation totale de l'absolu même si cette réalisation partielle comprend une dimension atemporelle immuable : cette réalisation quand elle s'ouvre à des expériences spirituelles du DEVENIR s'interprète avec plus de modestie.


Dans certains yogas, la Kundalini est à la base une expérience et un Devenir qui au sommet du crâne nous ramène et nous bascule en l'Etre.


Dans les voies dévotionnelles, la grâce est une expérience de Devenir qui peut aboutir à une union où notre personne et le Divin ont une même essence, un seul Être infini.


Sur la voie du yoga intégral de Sri Aurobindo et Mère, quand la force de Mère descend et travaille en nous, il y a bien une expérience d'un Devenir qui n'est pas celle d'un ego. Cette action n'est pas qu'une action éclairée partiellement par le mental et dynamisée obscurément par notre vitalité. 


On voit bien que cette force de Mère unit l'Etre et le Devenir, travaillant plus sur un aspect ou l'autre. Elle peut faire descendre ou déplacer du Silence et de la paix, il y a alors un Devenir approfondissant l'Etre, une expérience renouvelée de l'Etre. Cette force de Mère peut rester davantage du côté du Devenir en réharmonisant nos énergies vitales, en intervenant dans le fonctionnement du corps, etc. 


Cette expérience d'une grâce, d'une force divine montante ou descendante peut aider à réaliser le Soi de l'advaita vedanta. Elle peut nous mettre sur la voie en disposant des indices. La Kundalini, par exemple, pointe l'espace vide du Soi qui englobe et réabsorbe cette débauche énergétique menaçante pour un ego.


La force devient clairement la force et l'expérience d'une dimension maternelle du Divin quand elle nous révèle l'enfant Divin que nous sommes. Pour moi, l'expérience de la Mère, de la Mahashakti est celle qui a en même temps produit la désobstruction du cœur. Ouvrir un passage à l'influence du principe d'individuation Divin ne peut pas se produire sans l'expérience de Mère, le Devenir, le souffle et la force divine, le Saint-Esprit. Cette individuation en est une flamme, un feu en croissance. Elle est aussi l'intuition d'un Être suprême, notre Père, car il y a en elle une goutte de cet Océan d'Etre au-delà de tout être. Mère est le Devenir de cet Être Suprême et nous nous réalisons alors leur enfant divin en croissance. 


Ce n'est plus alors une croyance ou un espoir que le royaume des cieux sur terre, le règne de l'amour. Réalisant dans l'ouverture du cœur notre âme divine, la terre et l'univers apparaissent le lieu de notre évolution et de la possible émergence d'un royaume de Dieu, pour chacun d'entre nous, ses enfants divins.


Dans cette vision renouvelée de la spiritualité, il n'y a pas de victoires c'est-à-dire de réalisations sans expériences multiples sur divers plans. La réalisation de la lumière spirituelle du Soi est vue forcément comme la reconnaissance de ténèbres lumineuses qui voilent d'autres plans et profondeurs de cette lumière. 


L'inconscient spirituel et le subconscient matériel ne sont plus supposés tels par essence. Ce sont plutôt les traductions des limites de notre conscience humaine mentale et vitale, des limites de la bulle mentale même en ses stratosphères intuitives surmentales. Mère a une action surgissant de ce qui nous semblait un inconscient spirituel. D'ailleurs, l'influence de notre âme divine et notre Soi ne l'étaient-ils pas quand nous étions identifié à un ego ? Et par ailleurs, l'action de Mère s'enfonce dans ce que nous estimions un inconscient matériel en deçà de tout subconscient psychologique. Là encore, n'étions-nous pas victimes de demi-vérités en ignorant cette action seule réellement transformatrice et créatrice ?


L'ouverture du cœur jusqu'à la réalisation de l'âme, l'individuation du Divin que nous sommes, est l'aboutissement d'une suite d'expériences qui est le commencement d'un autre type d'expériences allant avec une nouvelle compréhension voire une nouvelle conscience du Devenir et de l'Etre. Cette nouvelle conscience est reconnue comme l'oeuvre de la Mère divine, une intelligence supramentale de la force de coscience autocréatrice de notre univers. C'est le seul chemin pour mettre fin à cette ère de post-vérité où la crise évolutive en cours s'amplifie à grande allure. C'est le seul chemin pour ne plus la prolonger inconsciemment en la dénonçant. Car en se positionnant comme une de ses victimes impuissantes, on reste ignorant du fait qu'on en est aussi l'auteur.


Natalia Gontcharova (Tula, 1881 - Paris, 1962) - Forêt verte et jaune