lundi 21 octobre 2019

UNION DE DIEU ET DE L'ÂME SELON MAÎTRE ECKHART




Traités et sermons. Maître Eckhart

De l'Union de Dieu et de l'âme.
Et quand l’âme se perd ainsi complètement elle-même, comme je viens de l’exposer, elle trouve qu’elle est cela même qu’elle cherchait sans pouvoir y accéder. 

Parlons maintenant de l'union de l'âme avec Dieu ! Parmi les maîtres certains enseignent qu'il n'y a rien qui unit tant l'âme que la connaissance. Par contre d'autres affirment justement cela de l'amour. Et à nouveau une troisième école enseigne que rien n'unit tant l'âme que le vrai sentiment. Demandons-nous d'abord : En quoi chacune de ces trois activités consiste-t-elle ? Eh bien ! d'abord chacune a son existence pour elle-même. Mais dans la plus haute activité de leur qualité propre, chacune se trouve si rapprochée de l'autre qu'il en est d'elles presque comme si elles étaient aussi une chose qui serait triple et pourtant d'une seule nature ! A la vérité il n'en est pas tout à fait ainsi ; mais il est vrai qu'au sommet de leur activité propre comme de leur progrès commun la connaissance exalte l'amour et l'amour le sentiment. En quoi néanmoins chacun est actif dans son état particulier : la connaissance ennoblit l'âme vers Dieu, l'amour unit avec Dieu et le vrai sentiment la parfait en Dieu. Ces trois activités élèvent l'âme et la font croître hors de la temporalité dans l'éternité. Là l'esprit est dans un état de pureté parfaite et jouit à sa source de toute joie. Ainsi l'amour et la douceur du sentiment a attiré l'esprit hors de lui-même - vers la simple petite étincelle qui est en lui ! Quel ravissement est alors celui de l'âme ? Je ne puis en dire que ceci : le regard qui sans interruption de l'esprit pénètre dans la pure divinité, le fleuve qui sans interruption coule de la divinité dans l'être simple de l'esprit, ce n'est qu'une représentation qui transforme l'esprit si complètement en Dieu et l'unit avec lui qu'il reçoit d'égal à égal ! Quel ravissement l'esprit éprouve dans ce commerce, cela dépasse toute imagination. Je ne puis non plus rien en dire du tout sinon que l'esprit est alors placé au sommet de sa puissance et de sa splendeur.

dimanche 20 octobre 2019

D'UNE NON DUALITÉ IMPERSONNELLE ET DÉTERMINISTE A LA NON DUALITÉ DE L'INDIVIDUATION DE LA VIE.


FLEUR DE CŒUR PAR JULIEN DURAND
La spiritualité non duelle est-elle à ce point réductible à l'impersonnel et au déterminisme ?
Dans mon expérience, prendre au sérieux l'individuation de la vie universelle en moi et dans les autres revient à reconsidérer ce qui devient des poncifs effrayants de la non dualité.
Par exemple, aimer ses enfants, enseigner à des enfants, etc. n'est plus pour moi servir la croissance d'un ego avant que, plus tard, ceux-ci en découvrent l'illusion. L'ego, effectivement, c'est l'illusion du libre-arbitre et un ensemble de déterminismes. Ce sont des vêtements sociaux et collectifs qu'on impose à l'enfant en lui faisant croire que c'est lui...
Mais qu'est-ce qu'on recouvre d'un ego ? Qu'est-ce qu'on individue en l'enfant, si on ne sert pas la croissance d'un ego illusoire en l'enfant ?
Dans mon expérience spirituelle de parents et d'enseignants, je suis au service de l'individuation de la vie elle-même à travers une personne humaine. Il s'agit bien d'une non dualité où l'Un n'empêche pas l'Autre. Il s'agit bien de se libérer, d'inclure et de transcender nos déterminismes en prenant conscience de l'autodétermination de la vie, à travers son individuation en nous. L'enfant et l'adulte que je suis savons qu'il y a des petits désirs qui nous déterminent éventuellement mais qui font obstacle à l'individuation de la vie, notre véritable dimension individuelle parfaitement une avec l'universalité et la transcendance de la vie. Les complexités de vocabulaire que j'emploie trahissent l'évidence et la simplicité de ce que des jeunes enfants et des adultes qui sont dans cette dynamique ressentent. Mais face à des doctrines qui réduisent la réalité à la transcendance hors du monde, d'autres qui la réduisent à une universalité impersonnelle en proclamant leur non dualité, il faut bien proposer un effort de réflexion supplémentaire. Ceux qui proclament être libérés du mental crie trop vite à la victoire et enferment souvent la lumière de vérité dans une petite fenêtre mentale par laquelle ils ont vu cette lumière.
Pour essayer d'exprimer, de comprendre et d'incarner cette non dualité entre l'individuel, l'universel et le transcendant... il faut un effort. Il y a des concentrations sans effort mais elles réclament de l'énergie. Avant d'y parvenir il faut y mettre de l'effort. Cette concentration et cet effort qui la permettra semblent justifiés surtout si cette non dualité plus large et inclusive met en jeu de manière concrète l'éducation de nos enfants et donc l'avenir de notre humanité.
L'autodétermination de soi qui unit sans dualité notre dimension individuelle, notre dimension universelle et notre dimension transcendante dépasse allègrement tout dualisme entre liberté et déterminisme...
Les deux discours ont leurs vertus pédagogiques d'ailleurs.
Comment éduquer un enfant sans l'encourager à être libre de certains désirs ? Il faudra lui faire prendre conscience que certains désirs l'enferment et le limitent même s'ils lui apportent du plaisir. Il faudra bien qu'ils luttent avec eux pour les voir tels qu'ils sont et découvrir qu'il y en a de plus grands, de plus libérateurs de pouvoirs encore inconnus de lui ! Parfois, s'il voit en lui cette autre lumière plus belle, son choix est porté par la grâce. Le sens spirituel profond du libre-arbitre chrétien est alors retrouvé, s'il fonctionne avec cette notion de grâce et de beauté perfectible de notre être individuel.
Mais il est vrai que parfois face à des événements en apparence difficile, il y a une pédagogie déterministe utile. Prendre au sérieux une autodétermination de la vie universelle au cœur même de son processus d'individuation fait entrevoir que la pire cruauté de la vie est parfois ce qui va provoquer en nous le mouvement de foi le plus pur en la non dualité de la vie. Et quand ce mouvement de foi qui nous porte des apparences vers la réalité s'accomplit, le drame personnel devient mystérieusement le lieu de la vie universelle reprenant conscience d'elle-même.
Si les deux perspectives ne s'annulent pas, on peut découvrir un fait étrange et insupportable au niveau de l'ego : c'est toujours le développement de mon essence individuelle que la vie universelle satisfait. J'ai toujours voulu tout ce qui m'est arrivé et tout ce qui m'arrive. Je l'ai toujours voulu en tant que vie universelle et en même temps en tant que individuation de la vie universelle. Même individuellement, donc, je me réalise être une autodétermination créatrice de la vie universelle.
Autrement dit, découvrir qui nous sommes universellement et individuellement met en jeu toute la dynamique cosmique, Mahashakti disent les indiens. Comme si cette dynamique cosmique qui fait évoluer l'univers était une individualité au service et en harmonie totale avec l'individuation de la vie que nous sommes.
C'est ce dont témoignent certains sages indiens, en outre dans la Katha Upanishad. Découvrir le soi individuel qui fait un avec le soi universel, c'est découvrir dans son cœur, la présence constante de la déesse mère, Aditi, Mahashakti, etc.



samedi 21 septembre 2019

LA RELIGIOSITÉ ANTISPIRITUELLE DE BOSSUET POINTE MALGRÉ TOUT L'ESSENTIEL !

Bossuet
Dans l’Instruction sur les états d’oraison, Bossuet ne nous instruit pas d’oraison, il instruit un procès à charge contre l'école française de spiritualité du XVIIème siècle. Il rejette dans sa globalité ce qu’il appelle la « nouvelle mystique ». Il attaque les témoignages et pratiques spirituelles des livres de Ruysbroeck et Harpius ; il estime inexacte certaines formulations de Tauler. Surtout, il cible les livres spirituels de ses contemporains, ceux de « François Malaval, un laïque sans théologie, et les deux qui sont composés par une femme, comme sont le Moyen court et facile et l’Interprétation sur le Cantique des cantiques ». Il est clair que pour Bossuet l’institution ecclésiastique et son autorité ont tout à craindre de ces laïques (et en particulier des femmes insoumises comme Mme de Guyon). Naturellement, il associe sa lutte contre les exagérations des nouveaux mystiques à la lutte contre les béguards et béguines du XIVème siècle. Homme de son époque, il est du côté de l’autorité de la tradition, qui rend légitime l’intolérance et la violence religieuse au nom d’une croyance dogmatique. Il est tout ce que la tolérance déiste du siècle à venir rejettera. 
Plus loin, dans cette Instruction à charge, il attaque le Père Combe qui veut répandre l’oraison de quiétude dans toute la société et à tous les âges comme la clef intérieure par excellence. Symptomatiquement, il fait de Bernard et d’Augustin les plus hautes références sur laquelle il fonde sa propre autorité : il s’agit de certes de deux mystiques mais leurs appels à la violence religieuse contre les hérétiques montrent que leurs lumières intérieures sont obscurcies par l’étroitesse de leur mentalité prémoderne. 
Enfin citons le passage le plus antispirituel de cette Instruction : « Par une semblable exagération, les mystiques les plus sages inculquent sans cesse leur ligature ou suspension des puissances : si on les entend à la lettre, en certains états on n’est plus uni à Dieu par l’intelligence, par la volonté, par la mémoire : mais par la substance de l’âme : chose reconnue impossible par toute la théologie, qui convient que l’on ne peut s’unir à Dieu que par la connaissance et par l’amour, par conséquent par les facultés intellectuelles ». 

Quoi de plus étonnant que cette lecture fine des mystiques pour mieux en vomir l'expérience...


mercredi 18 septembre 2019

L'ETINCELLE DE L'ÂME SELON MAÎTRE ECKHART


Maître Eckhart écrit dans son sermon XX :

"Le Seigneur envoya ses serviteurs. Saint Grégoire dit [que] ces serviteurs sont l’ordre des prêcheurs. Je parle d’un autre serviteur, c’est l’ange. En outre nous parlons d’un serviteur, dont j’ai souvent parlé, c’est l’intellect à la périphérie de l’âme, là où elle touche à la nature angélique et est une image de Dieu. Dans cette lumière, l’âme a une communauté avec les anges, et même avec les anges qui sont déchus en enfer et ont pourtant gardé la noblesse de leur nature. Là cette petite étincelle se tient nue, sans souffrance d’aucune sorte, dressée vers l’être de Dieu. Elle s’égale aussi aux bons anges, qui là opèrent en Dieu et reçoivent en Dieu et portent toutes leurs œuvres en retour vers Dieu et reçoivent Dieu de Dieu en Dieu. A ces bons anges s’égale la petite étincelle de l’intellect, qui là est créée par Dieu sans différence, une lumière qui plane et une image de nature divine et créée par Dieu. Cette lumière, l’âme la porte en elle. Les maîtres disent [qu’] il est une puissance dans l’âme qui se nomme syndérèse, [mais] il n’en est pas ainsi. Cela exprime ce qui en tout temps dépend de Dieu, et cela ne veut jamais rien de mal. En enfer [même] cela est incliné au bien ; cela lutte toujours dans l’âme contre tout ce qui n’est pas limpide ni divine, et invite sans relâche au festin. C’est pourquoi il dit : « Il envoya ses serviteurs pour qu’ils viennent, tout étant prêt. ». Personne n’a à demander ce qu’il reçoit avec le corps de Notre Seigneur. La petite étincelle qui là se tient prête à recevoir le corps de Notre Seigneur se tient sans cesse dans l’être de Dieu. Dieu se donne à l’âme toujours nouvellement dans un devenir. Il ne dit pas : « C’est devenu », ou « Cela deviendra », plutôt : Cela est toujours nouveau et frais comme dans un devenir sans relâche." 


mercredi 11 septembre 2019

LA DESCENTE DANS LE CŒUR : QUELQUES DETAILS...

NIRANJAN GUHA ROY - L'APPEL DES ÂMES 


- Même si on ne peut le croire, dis-nous où tu en es !


Il y a ce Oui à tout ce qui est qui veut plus de beauté, de justice et de vérité.
Il y a cet amour de l'espace lumineux - l'amour de ce nulle part et partout. 
Longtemps son soleil se levait, se couchait éclairant le cœur, le laissant désolé. Et comme la lune, le cœur avait ses quartiers, ses lueurs, ses nuits muettes, ses langueurs.

Patient, il fallait avancer, s'enfoncer dans la grotte que tous ces astres indiquaient. 

Il fallait s'épurer dans leurs lumières et encore avancer.

Un trésor, le trésor, le Graal dans sa coupe de terre flottait dans l'espace qui le rayonnait.

C'est une étincelle dans un feu, un concentré d'amour.

C'est l'espace lui-même dans le cœur qui se fait feu, c'est tout le feu de mon amour pour cet espace qui vient s'y consumer. C'est un amour sans deux, c'est un amour qui ne peut aimer moins, c'est simplement l'amour qui est. Il brûle sans brûler dans toute sa douceur.

Cet engendré de la lumière intérieure, cet incréé qui s'est toujours tenu en arrière, ce moi plus intime à moi-même que moi-même, il n'est qu'un avec Cela et il est moi plus que moi-même. Il y a les voiles de mon animalité qui le recouvrent et le font oublier. Mais un cri, un chant, une offrande appropriée, une psalmodie patiente et l'amour incréé de mon âme est retrouvée. 
Elle est là dans le cœur et son aventure ne fait que commencer. 


CHAMPAKLAL - PSYCHOLOGIC PERFECTION

mardi 13 août 2019

SHRI ANIRVAN, UN AMI DANS LA VISION.




Dans Antara yoga, Infolio, p.104-106, Shrî Anirvan (1896-1978) écrit : « Les yogis disent que pour assurer la perfection des âsanas, les postures immobiles, deux choses doivent être maîtrisées : la détente et l’expansion dans l’infini. En fait on peut dire qu’elles sont l’une et l’autre à la base de toute pratique du yoga. […] Quand l’esprit se dilate dans l’espace infini du ciel, cette double qualité de détente et d’expansion se réalise aisément. Telle était l’ancienne méthode dans la pratique védique. Les Upanishads y font référence. La contemplation du ciel par le mental (âkâsha-bhâvanâ) devrait permettre de faire descendre le ciel extérieur dans le cœur (hridaya), le libérant ainsi de sa rigidité et de ses tensions. Il s’illumine alors d’une faible clarté, pareille à un clair de lune voilé ou à la lumière des étoiles. Petit à petit, cette lumière s’intensifie jusqu’à devenir l’éclat du soleil, jusqu’à ce brille dans le cœur le vishoka-jyoti, le « soleil radieux de la taille d’un pouce ». […] Le soleil extérieur représente le Soi universel, le soleil intérieur, le Soi individuel. Et, nous dit l’Upanishad, les deux ne font qu’un : « Où que demeure le purusha, je suis Lui ». […] Progressivement, mes mondes intérieur et extérieur s’emplissent de cette immensité tranquille, et dans mon esprit demeure en permanence la présence du Brahman unique et infini. […] En considérant l’homme dans la perspective de l’Immensité, nous ne serions plus affectés par la mesquinerie. Tout cela relève de l’aspect dynamique du yoga, celui qui se poursuit dans nos activités quotidiennes, dans nos moments de repos, de mouvement et de travail. Chacun n’est pas en mesure de renoncer à tout pour aller pratiquer le yoga dans la solitude, mais ce yoga dynamique est accessible à tous et il aboutit au même résultat […].»



Pour aller un peu plus loin :

https://www.revue3emillenaire.com/blog/la-sainte-communion-de-purusha-et-prakriti-par-shri-anirvan/

et en anglais :

http://srianirvan.blogspot.com/






vendredi 21 juin 2019

PERSPECTIVES SPIRITUELLES SUR LA LIBERTÉ ET LE DÉTERMINISME.


Libre-arbitre ou déterminisme ? 
Vraie question ou question de points de vue ? 

A un niveau, la spiritualité semble ressortir d'un choix d'un ego. A un autre, c'est une libération par reconnaissance d'une détermination. A un niveau plus profond, cela ressemble encore à une décision personnelle d'une âme, l'étincelle divine en nous, en arrière-plan de l'ego, qui a consenti à toutes les déterminations par lesquelles elle mènerait à bien son développement. Mais là encore, à un autre niveau plus profond, la décision d'une âme, à tel moment, semble s'inscrire dans une trame divine où cette décision était inscrite depuis longtemps par une conscience divine supérieure. Et qui sait s'il n'y a pas d'autres possibilités de rapport entre niveaux de déterminations et niveaux de liberté ? 


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Raccourci :

Il y a des décisions. Certaines libèrent, d'autres non. Certaines élargissent, d'autres non. Certaines font évoluer, d'autres ne font que nous faire tourner en rond sur un même plan.

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Prise de conscience libératrice du déterminisme :

J'ai choisi ceci et ceci a échoué. Qu'est-ce qui a déterminé mon échec ? Je vois mon choix d'un côté, la fidélité à un projet et la logique événementielle qui a produit l'échec. Et si je comprends que tout est dans les mains d'une unique vie, quelle sera la décision ? je peux protester contre elle et son injustice ou je peux comprendre l'opportunité de vouloir ce qu'elle veut.

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Liberté comme participation à la manifestation de la vie divine :

Il y a les petits désirs qui m'enchaînent à des jeux de forces universelles. Par exemple, les désirs sexuels sont de ceux-ci puisqu'il y a un élément impersonnel en eux. Le désir sexuel reste un désir au service de l'espèce même si je le personnalise, même s'il participe à des relations, même si je le détourne de sa fonction reproductrice. Il y a aussi des désirs mimétiques : réussir, être reconnu, réaliser mon ambition, etc. Ces petits désirs affirment que "rien ne se fait de grand sans passion" mais ce sont des forces sociales. Ils peuvent entraîner des libérations  car, parfois, ils nourrissent telles revendications légitimes, etc. Tous ces désirs forment mon ego mais ce sont des individualisations de  forces universelles ou de mèmes culturels. 
Il y a les grands désirs. Eux ils sont liberté d'une âme qui individue la vie universelle. Ils sont au service d'une divinisation de la vie humaine. Par exemple, il y a le désir du beau, le désir de la perfection, le désir du vrai, etc. Ces grands désirs ne sont jamais ressentis comme des manques car ils portent en eux la plénitude en même temps que leur besoin. Ces désirs sont patients, calmes et doux. Ils peuvent être comme le cri d'une âme face à la misère humaine, mais d'une âme qui se sait un feu divin grandissant qui appelle une énergie et une conscience au-delà du registre humain usuel.
Les petits désirs sont liés à des appétits pulsionnels et les grands désirs à une aspiration spirituelle proprement dite (EROS pour Socrate et Platon).

De quelle liberté est-il question si on ne discerne pas ces deux qualités du désir ?
Détournons légèrement Platon. La liberté créatrice n'est-elle pas de soumettre l'énergie des petits désirs à nos grands désirs ? Les  discerner libérera notre âme des déterminations des petits désirs. Quand elle-même agira consciemment par notre volonté, nos sentiments, notre énergie vitale, elle manifestera le divin.

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Liberté comme autodétermination du divin :

Un jour un mur s'est effondré : mon ego et ses vouloirs  masquait mon âme, un oui total au fond du cœur à la vie divine. Tout a toujours été voulu par mon Maître et sa Shakti. Et moi, en mon âme, j'ai toujours voulu ce qu'il veut. Dans le grand tissu du temps, il a esquissé l'aventure... Combien de vies incarnées ? peu importe, mon âme se sait, dans cet espace et ce temps, ce voyageur sans âge venu œuvrer pour son Maître et sa Shakti. Mon âme, c'est la volonté divine en moi.

Tout a toujours été voulu par le divin en son Être (le maître) et en son devenir (sa Shakti), on ne peut réaliser ceci qu'en découvrant son âme qui fait toujours joyeusement et dans l'équanimité la volonté du divin. 

En cette conscience croissante d'une trame du temps préexistante, qu'est-ce qui empêche de penser que certaines âmes, comme flamme divine individuée particulièrement développée, pourraient participer à un pouvoir divin de jouer sur la trame du temps à venir ? 




Voici un poème de Niranjan Guha Roy évoquant le niveau d'autodétermination créatrice divine :

https://www.motherland-guharoy.net/l-artiste-divin/


L' Artiste Divin

Tous les jours 

Il travaille sur une immense toile 
accrochée au ciel.
Des ages défilent, 

chacun laisse sa trace 
dans le tableau géant.
Le Peintre reprend 

ses brosses et ses couleurs 
avec la même joie invariable.
Les ombres deviennent légères, 

le choc des couleurs moins brutal.
Les coups de pinceau 

sont moins hachés, 
on dirait qu’ils dansent.
Le décor change tout le temps 

à tel point que l’hier est 
déjà inexistant.
Toujours en avant, frénétique, 

le peintre court 
pour attraper l’avenir.
L’Univers d’hier est englouti 

dans la nuit irrécupérable.
Le demain 

avec ses surprises inattendues 
arrive tellement vite.
Pourtant à n’importe quel moment, 

c’est un tableau achevé.
Rien à désirer, 

rien n’y manque, 
toujours une prise de vue parfaite.
A tout moment 

le nouveau tableau disparaît 
dans le Néant.
Le Demain dans son cortège 

amène 
des révélations éblouissantes.
Les rires, les pleurs, les luttes 

et les victoires d’hier 
sont périmés.
On ne peut jamais faire marche arrière, 

on est loin en avant.

Le peintre ne se lasse pas de défouler 

ses rêveries sur la toile.
L’Hier, est ce que c’était seulement 

à vingt quatre heures d’ici ?
Ou à un an, cent ans, mille ans 

ou à des milliards d’années ?
Qu’importe ! Chaque instant glisse 

dans un abîme de nuit.
L’avenir n’est pas inventé hors du rien, 

il existe dans le passé.
Le présent 

n’est qu’un pont lumineux 
sur le ruban mobile du Temps.
Tous les tableaux imaginables 

sont enfermés 
dans le rêve, l’Idée Réelle,
Dans un seul point 

sans espace ni temps de l’Unique, 
du Brahman
Qui se déferle, inépuisable, 

imprévisible 
dans la manifestation éternelle.
Le Peintre dévoile son existence 

dans chaque tableau, raconte sa vie.

Mais qui a jamais saisi 

son vrai visage ? 
Son tableau n’est jamais terminé.
Pourtant Il est tellement présent… 

cette revue mystique sans fin,
Des milliards de visages et de regards… 

Ses reflets innombrables fugitifs.
Nous restons muets 

devant le Mystère d’une Beauté, 
d’une Béatitude !




jeudi 20 juin 2019

LE FEU DANS LA GROTTE DU CŒUR ET LA LUMIÈRE DU SOI DANS LA KHATA UPANISHAD



Il est toujours impressionnant de lire un compte rendu au détail près de Cela qui s'expérimente en soi. Et voici ce qui est en train de se stabiliser au cœur de mon aventure:


 Katha Upanishad   -     Extrait
Upanishad-Conte
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise de Vidyavachaspati V. Panoli,
et celle de Swami Nikhilananda, dans "The Upanishads - A New Translation" 


2-I-1. Yama poursuivit son enseignement : « Le Seigneur suprême, qui est Son propre support d'existence, a condamné les organes des sens à se tourner vers le monde extérieur. Aussi l'humain perçoit-il uniquement les objets qui lui sont extérieurs, mais non son Soi intérieur (qui lui reste invisible, imperceptible, voire insoupçonné - NdT). Seul le sage, dont le regard s'est détourné du monde extérieur, et qui est en quête d'immortalité, contemple le Soi intérieur.
2-I-2. Les ignorants poursuivent les plaisirs éparpillés dans le monde extérieur; ils tombent dans les mailles de la mort qui tend ses filets grand ouverts (1). Mais les sages, ayant un avant-goût de l'inébranlable constance de l'Immortalité, ne peuvent plus convoiter ici-bas quoi que ce soit d'inconstant.
1 Autant que de la mort finale qui achève l'existence, il semble s'agir aussi de ces morts multiples et incessantes qui sont la fin désenchantée, parfois amère, de l'enchantement du plaisir ou de l'illusion; tel est le lot du chercheur de plaisirs externes et matériels.
2-I-3. En vérité, c'est par l'Atman que nous connaissons les formes, les saveurs, les odeurs, les contacts, les plaisirs sexuels. Reste-t-il, ici-bas, quelque chose qui soit inconnaissable pour le Soi ? C'est en vérité Cela (Tat) (1), que tu cherches.
1 Tat : « Cela » -: L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité.
     2-I-4. C'est par l'Atman que nous percevons tous les objets, que ce soit dans le sommeil ou dans l'état de veille. Ayant réalisé l'Atman, vaste et tout-pénétrant, l'âme paisible du sage ne connaît plus le chagrin.
2-I-5. Quiconque connaît intimement le Soi, qui Se nourrit du miel (de la Félicité - NdT), qui est le support des souffles vitaux (pranas) et le Seigneur du passé et du futur, ne cherchera désormais aucune autre protection. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
2-I-6. Il connaît en vérité Brahman celui qui connaît le Premier-né, enfanté par l'ascèse (Tapas) avant même les eaux du cosmos, et résidant, en compagnie des éléments, dans la grotte du cœur (cf. 1-II-20). C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
2-I-7. Il connaît en vérité Brahman celui qui connaît Aditi (1), l'âme de toutes les divinités, qui naquit sous la forme du souffle vital (prana), qui fut manifesté en même temps que les éléments, et qui, pénétrant dans la grotte du cœur, y trône assis. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
1 Aditi : « l'Étendue primordiale », l'espace infini et sans rivage sous lequel apparaît la Déesse-Mère, en tant que Shakti de Brahma, douée d'une énergie prodigieuse. Elle est la Mère des Dieux (Deva Matri), mais aussi de la Terre, et des planètes du cosmos. Elle fut extrêmement prolifique, les plus célèbres de ses fils étant le Soleil et les Adityas« Aditi est le ciel, Aditi est la sphère de l'espace, Aditi est la mère, le père, le fils. Aditi est tous les dieux, les cinq sortes d'hommes, tout ce qui est né et naîtra... », dit le Rig Véda, I-89-10.
2-I-8. Agni, le Feu sacrificiel, est logé dans les deux aranis (1), bien en sûreté, tout comme le fœtus que porte avec précaution la future mère dans sa matrice; un culte quotidien lui est rendu par les hommes qui sont éveillés et par ceux qui offrent les oblations dans les sacrifices. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
Aranis : « Matrices » du feu sacrificiel: les morceaux de bois dont le frottement fait jaillir l'étincelle.
2-I-9. De Cela, le Soleil se lève; en Cela, il se couche; en Cela, toutes les divinités sont contenues, en Cela nul ne peut pénétrer à sa guise. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
2-I-10. Ce qu'on trouve ici-bas, on le trouve au-delà; ce qu'on trouve au-delà, se trouve déjà ici-bas. Pour quiconque voit l'ici-bas comme fondamentalement différent de l'au-delà, vivre n'est que le passage d'une mort à la prochaine mort.
2-I-11. Seule la conscience peut atteindre à Cela; il n'y a ici aucune différence quelle qu'elle soit. Quiconque voit ici une différence, passe d'une mort à une mort.
2-I-12. Le Purusha (cf.1-III-11), de la taille d'un pouce, réside à l'intérieur du corps. Le réalisant comme Seigneur du passé et du futur, on ne cherche plus dès lors à se protéger. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
2-I-13. Le Purusha, haut d'un pouce, est semblable à une flamme sans fumée, et Il est le Seigneur du passé et du futur. Tel qu'Il existe en cet instant, tel Il existera demain. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches.
2-I-14. La pluie qui tombe sur un pic montagneux, ruisselle le long des rochers dans toutes les directions; de même, celui qui voit les attributs comme différents (et donc séparés) de Brahman, se met en fait à courir après eux dans toutes les directions.
2-I-15. L'eau pure qui coule dans l'eau pure, se fond en elle et en devient indiscernable; ainsi le Soi du sage qui sait se fond, ô Gautama (1), dans le Soi suprême.
1 Gautama : cf. 1-I-10. Nachiketas, comme son père Vajasravasa, appartiennent au clan des Gautama, et l'on peut considérer Gautama comme leur patronyme. Jusqu'à la fin, Yama ne s'adressera plus à Nachiketas qu'en tant que Gautama, montrant par là moins de familiarité, plus de respect face à ce mortel remarquable entre tous !

mardi 28 mai 2019

DON DE SOI SELON SRI AUROBINDO

Niranjan Guha Roy - L'heureux esclave de Dieu

[N]otre yoga n'est pas seulement un yoga de la bhakti, il est ou du moins se déclare un yoga intégral, c'est-à-dire qu'il oriente tout l'être, dans toutes ses parties, vers le Divin. Il doit par conséquent englober la connaissance et les œuvres autant que la bhakti; en outre il implique une transformation totale de la nature, une recherche de la perfection, afin que la nature puisse, elle aussi, devenir une avec la nature du Divin. Ce n'est pas seulement le cœur qui doit se tourner vers le Divin et se transformer, mais aussi le mental, donc la connaissance est nécessaire; mais aussi la volonté et le pouvoir d'agir et de créer, donc les œuvres aussi sont nécessaires. Bien que notre yoga adopte les méthodes des autres yogas, comme celle de Pourousha-Prakriti, son objectif ultime est différent. Pourousha se sépare de Prakriti, non pas afin de l'abandonner, mais pour se connaître lui-même et la connaître afin de ne plus en être le jouet et de devenir au contraire celui qui connaît la nature, règne sur elle et la soutient; mais une fois que l'on est parvenu à cet état ou même lorsqu'on est encore en train d'y parvenir, on offre tout cela au Divin. On peut commencer par la connaissance, par les œuvres ou par la bhakti, ou encore par une tapasyâ purificatrice visant à la perfection (c'est la transformation de la nature), puis développer le reste dans un mouvement ultérieur; ou bien on peut tout combiner en un seul mouvement. Il n'y a pas de règle unique pour tous, la méthode dépend de la personnalité et de la nature de chacun. Le don de soi est le principal pouvoir du yoga, mais il est par nature progressif: un don de soi complet n'est pas possible dès le début: tout ce qu'il peut y avoir dans l'être c'est une volonté qui tend vers cette complète soumission; en fait elle prend du temps; et pourtant c'est seulement quand le don de soi est complet que le plein flot de la sâdhanâ est possible. Jusque-là, il faut l'effort personnel, accompagné d'un don de soi de plus en plus réel. On fait appel au pouvoir de la Shakti divine et dès qu'il commence à pénétrer l'être, il soutient d'abord l'effort personnel puis, peu à peu, assume la totalité de l'action, bien que le consentement du sâdhak demeure toujours nécessaire. A mesure que la Force agit, elle apporte au sâdhak les diverses méthodes qui lui sont nécessaires: méthode de connaissance, de bhakti, d'action spiritualisée, de transformation de la nature. C'est une erreur de penser que ces méthodes ne peuvent pas se combiner.

Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga, volume 2, section 2.

Niranjan Guha Roy - Surrender



samedi 4 mai 2019

LE DIVIN EST NOTRE AMI






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Le Divin est notre Ami






Au moment où nous devenons conscients de notre destinée spirituelle, nous devenons conscients en même temps d’un pouvoir plus grand, une Personne, Quelqu’un que nous appelons Divin, Dieu, la Mère Divine, le Seigneur qui est particulièrement intéressé dans notre vie, notre développement. Nous sentons qu’un plus grand pouvoir est entré dans notre vie et arrange les événements et circonstances afin de nous mener de l’état humain obscure et ignorant à l’état de liberté de l’esprit, sa paix, joie, beauté et harmonie. Nous percevons la main d’un Ami invisible, le sourire de la Grande Mère, la sagesse du Guide. En même temps, le Divin reste une personne mystérieuse si proche et pourtant si loin. Parfois, Il est plus concret que la matière parfois plus nébuleux que les étoiles les plus distantes. Il n’y a plus de traces de Lui nulle part, Il est si loin que tout semble un vide sans fin. Il a simplement disparu dans la non existence. A d’autres moments, Il est si proche et despotique que sa tyrannie semble insoutenable. 


Le fait est que nous voulons le Divin, mais nous ne connaissons pratiquement rien de Lui et de sa nature. Nous aspirons à Lui soumettre notre vie, mental, corps et âme, mais en pratique nous voulons qu’Il accède à tous nos caprices et désirs. Nous L’admettons comme un ami dans notre salon mais ne Lui permettons pas d’intervenir dans notre vie privée. Nous voulons le Divin, mais ne Le connaissons pas bien, nous voulons nous soumettre à Lui, mais ne lui faisons pas confiance. Nous ne sommes pas surs de Lui et pourtant nous ne pouvons le laisser. Et cela ne dépend pas de nous. Si nous sentons que le Divin est entré dans notre vie, nous sommes bénis. Nous serons menés vers notre destinée spirituelle car Il a imposé son sceau sur notre âme. Aucune difficulté, faiblesse ou pouvoirs adverses dans ce monde ou dans d’autres, aucun attachement ne pourra arrêter notre progrès vers le Divin, car c’est Lui même qui nous prend par la main le long de la route vers une conscience de plus en plus haute. La connaissance du Divin augmentera jusqu’à ce ce qu’elle traverse les frontières du fini pour se perdre dans l’éternel, l’infini. L’amour et la soumission augmenteront jusqu’à ce que les pensées et les émotions soient surchargées par la présence divine, chaque cellule et fibre possédées par l’extase divine. 


Une fois que nous avons entendu son appel, que nous avons répondu à son contact de transformation, une fois que la ligne de communication avec le Plus Haut est établi, personne, rien ne peut le déranger. Si nous n’entendons pas sa voix, c’est que nous ne voulons pas l’entendre. Nous devons avoir confiance en Lui. Tout ce qu’Il fait est pour notre bien, le bien des autres, le bien du monde, car Il ne peut pas faire autrement. Nous devons accepter avec une clairvoyance spirituelle tout qui ce qui nous vient dans la dispensation divine. Confiance en Lui, tout le temps et dans toutes les circonstances est la vision ultime. Cela procure une profonde paix et la félicité sereine d’une existence divine infinie. Tout ce que la Mère des mondes a touché dans sa vision aimante est destiné à atteindre le But divin. 


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Niranjan Guha Roy 1983 

L'EVOLUTION DIVINE, L’ÂME ET LE PRINCIPE DU GOUROU.

PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - VIBRATION SUPRÊME
Dans l'intimité de moi-même, je parle souvent en utilisant le terme divin. Pour parler de spiritualité, il y a quantité d'autres termes, et celui-là entraîne la vie spirituelle dans des directions auxquelles les termes vacuité, véritable nature, lumière intérieure, libération, réalisation, éveil, etc. n'invitent pas toujours aussi directement.

Le divin implique des niveaux d'être et de devenir. Toute la vie est divine, tout est manifestation du divin mais certaines manifestations manifestent davantage le divin que d'autres. Le Oui à ce qui est n'est pas dans cette perspective complicité avec les formes inférieures et déviées de la manifestation du divin. Le Oui à ce qui est s'inscrit dans une évolution divine... Avouons que beaucoup de compromissions avec un refus de l'évolution divine peuvent se cacher derrière un Oui à ce qui est, qui n'est qu'un Oui à l'inertie, au refus d'évoluer, etc.

Parfois je reprends l'idée judéo-chrétienne que l'amour est le but de la vie spirituelle et que mon souci de l'autre authentifie mon progrès spirituel. Mais quand je reviens au divin, tout ce discours de charité s'en trouve modifier. Augustin d'Hippone lui-même m'a permis de comprendre qu'il me fallait d'abord vivre l'amour avec le divin avant de vouloir le vivre avec quelque créature. Tout être que le divin me donne d'aimer ou par laquelle j'expérimente d'être aimé n'est pas le divin avec qui seul l'amour peut grandir authentiquement et se réaliser en tant que réalité divine. D'ailleurs combien de fois n'ai-je pas été conduit à choisir entre un amour bien humain trop humain et l'amour du divin ? C'est toujours en revenant à la priorité donné à l'amour du divin que l'amour humain pouvait retrouver sa vraie place. L'amour divin embrasse l'amour humain mais la réciproque n'est pas vraie. La spiritualité c'est d'abord pour le divin, par le divin et au service du divin. L'humain a sa place dans la vie spirituelle mais sa juste place sera trouvée par le divin. Car prendre au sérieux le divin pour moi c'est aussi prendre au sérieux une divinisation qui ne peut que nous amener vers la perfection de l'humain puis un au-delà de l'humain et ses limites...

Une autre conséquence de mon rapport au divin en ce qui concerne la vie spirituelle est mon rapport aux gourous, aux enseignements et aux religions. Rares sont, me semble-t-il, les prétendus instructeurs et enseignants au bénéfice d'un gourou, d'un enseignement ou d'une religion qui nous ramènent au seul amour du divin. Les religions enferment le divin dans leurs dogmes, leurs institutions et leurs désirs d'apporter leurs lumières... L'amour d'une religion n'embrasse pas l'amour du divin. Les enseignements spirituels en affirmant leur pérennité de même enferment le divin dans leurs limites. On trouvera vraiment le divin en dépassant ces limites. L'amour d'un enseignement n'embrasse pas l'amour du divin. Si on admet l'évolution divine autant que son éternité alors tous ces enseignements devraient avoir l'humilité de se présenter comme une aide pour monter telle marche spirituelle précise, à un moment historique de l'évolution humaine donné et laisser ouverte l'aventure divine que chacun devra ensuite mener... 
Enfin le gourou... A la rigueur lui-même pourrait évoluer et être un guide en avant de nous sur le chemin d'une évolution divine. Mais même en ce sens, il nous renverrait au divin avant de nous renvoyer à lui en tant que gourou ou même "plus modestement" à son propre gourou. 
Mais si un gourou n'est pas réductible à n'être qu'un instructeur ou qu'un enseignant, comme certains le précisent, notre critique vaut-elle ? Et dans ce cas qu'est-il ? 
Un gourou véritable ne vivrait pas sa vie de gourou parce qu'il y a des élèves, des disciples s'affirmant ou se reconnaissant comme tels. Un gourou serait celui ou cela qui, au moins momentanément, aurait le poids spirituel, du point de vue d'une influence occulte plus ou moins consciente, de servir l'oeuvre du divin par la cristallisation d'individualités réceptacles suffisamment plastiques. 

Pour moi, au moins cinq ou six conséquences s'ensuivent : 

1 - La divinisation de l'humain passe par un principe d'individuation du divin en l'homme, une âme qui n'est pas à confondre avec notre ego, nos personnalités, etc. ; l'âme est le guide le plus sûr de notre vie spirituelle ; elle-seule peut reconnaître ce qui fera office de gourou pour qu'elle parvienne à prendre vraiment les rênes de notre individualité et à la confier au divin

2 - On ne peut pas parler de relation authentique à un gourou tant que la relation dans son action ignore l'âme, le principe d'individuation du divin en une personne ; de ce point de vue, il y a peut-être eu plus des disciples authentiques que des gourous vraiment conscients de leur action ;

3 - Un groupe d'amis spirituels pourrait former un gourou en servant l'esprit divin qui, au milieu d'eux, les ouvrirait dans une communion de plus en plus solide à leur âme respective ; cela a déjà eu lieu, par exemple, lors des dialogues avec l'ange que Gitta Mallasz a pu nous transmettre ;

4 - Une âme divinisée peut seule être un gourou individuel ; il y a surement très peu de gourous légitimes et honnêtes actuellement ; la possibilité d'une âme divinisée sur terre n'est pas à exclure par principe cependant...

5 - Le rejet du principe du gourou en devenant un enseignement spirituel peut faire de celui qui l'enseigne le gourou des gourous ; il faudrait parler depuis notre point 3 ou 4 pour être paradoxalement spirituellement vrai sur la question du gourou dans ce moment actuel de l'évolution divine... 

6 - Reste le point de vue de disciple et d'élève, en haut de cette page de blog, j'ai affiché Douglas Harding qui s'est toujours refusé au rôle de gourou mais vivre avec ses amis et ses outils, n'est-ce pas suivre un gourou au sens de mon 3 ? Et j'ai aussi affiché Mère et Sri Aurobindo lors d'un darshan. Sri Aurobindo et Mère n'ont-ils pas pris la posture indienne du gourou ? A ceci près qu'ils ont formé un gourou bicéphale et que leur rôle du gourou a toujours été subordonné au fait de remettre leurs disciples au divin. Car leur action étaient d'abord de chercher à incarner le divin et d'inviter ceux qui se sentaient prêt à l'incarner.  Ce qui me rapproche d'un gourou aux sens de mon 3 et de mon 4.
Absolutiser le rôle du gourou, c'est adorer un tabernacle du divin au lieu de se soumettre vraiment au seul divin pour qu'il nous humanise et nous divinise. 
Dans un monde où les âmes disposeraient d'une culture et d'une éducation leur permettant de prendre les rênes de leur individuation, le rôle humain du gourou personnel n'aurait plus de sens. 
La collectivisation du gourou est donc un chemin culturel et spirituel qui sert au mieux une humanisation individuelle enfin transparente aux âmes et qui prépare une divinisation de l'individualité au-delà des limites de l'humain. 
Elle annonce aussi la fin du moment historique où le rôle de gourou incarné par une personne humaine avait une pertinence culturelle et spirituelle. 
Voici, si je suis honnête ce que mes maîtres en humanité et en divinisation, les libérateurs de mon âme, paradoxalement m'apprennent au sujet du gourou.


PEINTURE DE NIRANJAN GUHA ROY - LE BUT A ATTEINDRE
... 

Remarque : cet article veut interroger certaines défenses actuelles du principe du gourou qui semblent sous-entendre que sans gourou, il ne saurait y avoir de véritable spiritualité.

Citation :


Sri Aurobindo écrit dans les Lettres sur le yoga, tome 3, Buchet Chastel, p. 130 :

"La relation entre Gourou et disciple n'est que l'une des nombreuses relations que l'on peut avoir avec le Divin et dans notre yoga, où le but est une réalisation supramentale, il n'est pas habituel de lui donner ce nom; le Divin est plutôt considéré comme la Source, le vivant soleil de lumière, de Connaissance, de Conscience et de réalisation spirituelle, et tout ce que l'on reçoit, on le sent venir de là, on sent que tout l'être est remodelé par la main divine. C'est une relation plus grande et plus intime que la relation entre gourou humain et disciple qui relève d'un idéal plus limité. Néanmoins si l'intellect a encore besoin de cette conception mentale, qui lui est plus familière, elle peut être conservée tant qu'elle est nécessaire; seulement ne permettez pas à l'âme de s'y attacher, ne laissez pas cette conception mentale restreindre l'afflux d'autres relations avec le Divin et de formes d'expériences plus vastes."
Résumons : 
 Ne donne pas ton âme au gourou, trouve-là pour t'offrir au divin.

samedi 20 avril 2019

L'ANIMAL PRIMORDIAL MEURT LENTEMENT ET RENAÎT COMME UN DIEU


L'animal primordial meurt lentement et renaît comme un dieu
Les animaux ne luttent pas contre leur nature, maîtresse absolue. Les poissons, les oiseaux, les animaux suivent leur instinct. Les pigeons agissent spontanément, ignorent l’éthique et la moralité. Mais l’homme qui a goûté la pomme commence à être divisé, tourmenté. Il cherche toujours une loi supérieure pour guider sa vie agitée, mais presque toujours déjoué par l’animal redoutable en lui. Il est aussi comme une machine tournée vers sa nature inférieure. Aucun effort humain, culturel, social, religieux, aucune punition impitoyable n’ont pu dompter, maîtriser ou transformer l’animal originel en lui. Il est comme une girouette tournant au gré de ses passions, ses émotions, ses désirs, ses fantaisies, ses malheurs et ses plaisirs. Comme il est aussi un penseur, il est toujours en lutte avec l’animal qui le déchire, domine sa vie, l’empêche de réaliser ses rêves dorés.

Mais inconnue de lui, une grande Divinité veille sur sa vie. Elle habite son cœur mystique et attend l’heure propice en silence. L’homme physique périssable porte en lui son vrai moi divin immortel. Au fur et à mesure que son moi, son âme intérieure immortelle grandit, la paroi entre son être physique animal fruste et la Divinité secrète s’amincit et la lumière intérieure commence à inonder sa vie. Il n’est plus tout le temps un jouet, un bateau en dérive hors contrôle. L’éternité envahit son existence entière, l’homme naturel animal, le penseur, le rêveur, l’idéaliste impuissant, les ailes cassées, coupées, subit une métamorphose longue, difficile et progressive mais ravissante. Les horizons qui l’enfermaient dans cet univers matériel s’évanouissent en le projetant dans une immensité de félicité lumineuse. L’animal primordial meurt lentement et renaît comme un dieu, un serviteur fidèle, puissant, joyeux, soumis à la Divinité suprême. Tout l’être devient un seul bloc, monolithique, mû par une seule volonté. Une harmonie céleste enlève toute dissonance, crée une concordance sublime. L’homme divin naissant toujours paisible, son regard toujours fixé sur le Divin, prend la place qui lui est destinée dans la Symphonie universelle dirigée par la Mère. L’homme n’est pas condamné à perpétuité, il est un dieu en germe.

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Niranjan Guha Roy, 2000