mercredi 4 novembre 2026

Subconscient et supraconscient dans la non dualité - Éléments de philosophie intégrale non duelle

L'exploration spirituelle m'amène à témoigner de ce que j'ai nommé une grande non-dualité (en cliquant ici, il y aura un lien vers les posts sur ce thème). 

 Il y a un regard non duel à la portée immédiate de tout un chacun. En cet instant, le fait est que voir, entendre, sentir, ressentir, etc. ne sont pas l'œuvre d'un ego. La vue est une présence consciente invisible du visible, l'ouïe est une présence consciente silencieuse de l'audible. Etc. Cela est vu, Cela est entendu avant que ou en amont du fait que mon ego se représente ce qui est vu ou entendu.



Les jugements et représentations de l'ego se déploient comme la structure mentale d'ignorance de cette non dualité entre Conscience et automanifestation de celle-ci. Il y a un moi-je, sa non coïncidence avec lui-même qui se traduit par une capacité d'auto-observation n'est pas la Conscience englobante en arrière-plan, l'attention non duelle à ce qui apparaît, mais aussi notre Soi véritable.

L'ego qui devient disciple de cette conscience non duelle, qui sert le rappel de Soi, développe une activité mentale qui le rend de plus en plus transparent à ce Soi non duel.

Jusqu'ici tous les chemins de connaissance de la non dualité sont un seul et même chemin.



L'approche ici est celle de Douglas Harding. Les véhicules pédagogiques qu'il a développés m'ont permis une prise de conscience du Soi à volonté. Il y a un paradoxe : le Soi est la condition de possibilité du moi-je ; au cœur du Soi, il y a notre vrai Moi mais le moi-je égocentrique efface sa présence.

La vision est ce véhicule direct qui fait se réaliser l'Ouvert, cette ouverture consciente du Soi en laquelle tout apparaît. En un sens, les divers apports de la démarche scientifique favorise cette vision qui s'inscrit elle aussi comme un fait expérimentable à volonté. Le Soi est juste le fait intérieur englobant alors que les autres faits ne sont que des objets de ce regard intérieur. Par ailleurs, à côté de ses usages faussés et dogmatiques, chaque religion offre un héritage culturel qui porte en son sein des véhicules vers la destination du Soi et ses mystères.

Il y a un inconscient qui demeure dans cette première prise de conscience de Soi cependant. Cet inconscient est le lieu des mystères du Soi. Les religions ont divers éclairages de cet inconscient du Soi. Les spiritualités éclairent différemment ces mystères du Soi.

Tout d'abord le mental scientifique suggère un inconscient matériel qui reste agissant au niveau des phénomènes qui se manifestent en Soi. Le mental scientifique m'apprend que telle molécule agissant sur ma physiologie peut m'amener à vivre tel comportement. Or l'attention de mon Soi fraîchement découverte par un geste de décentration de mon ego ne percevra pas cette causalité. Comme Leibniz déjà y insistait, le son du roulis de la vague qui apparaît en Soi laisse inconscient le son propre à chaque goutte d'eau qui compose la vague. Or ultimement la science montre que chaque évènement du Soi est bien le jeu des plans corpusculaire, atomique, moléculaire, cellulaire, écosystèmique, planétaire, stellaire, galactique, etc.

Dans les profondeurs intimes du Soi, il y a des ténèbres où se masquent un jeu inconscient de manifestations matérielles.

La non dualité ici se subdivise en plusieurs options métaphysiques qui ont des conséquences pratiques diverses.

Elles se déclinent certainement en une multitude de variantes. Je vais m'appuyer sur des idéaux-types au sens de Max Weber. 

"Par le terme d’idéal-type, Weber désigne le fait que la théorie en sciences humaines s’appuie sur des modèles qui sélectionnent certains traits de la réalité, les mettent en avant et simplifient ainsi les phénomènes observés."(D'après https://www.melchior.fr/notion/ideal-type)

Trois ou quatre idéaux-types devraient suffire, selon moi, à faire entrevoir la multitude d'interprétations de la non dualité qui s'offrent sur le plan mental.


Il y a l'option nihiliste. L'idéal-type que j'en propose puise à des versions du bouddhisme ou de l'advaita vedanta tel que la lignée de Nisargadatta Maharaj. Mais il est ici principalement inspiré de la philosophie de Schopenhauer. Selon cet idéal-type d'interprétation de la non dualité, l'inconscient du Soi est précisément cet inconscient matériel exploré par les sciences. La matière est une polarisation du néant au plan des forces et de l'énergie. La paix intérieure est liée à la vacuité, une conscience de rien en arrière-plan de toute manifestation. L'absolu est le néant, le non Soi du Soi conscience. Ici le Non Soi coïncide avec un Inconscient absolu, en deça du subconscient. Dans cette approche non duelle, le désir est à abolir par la pleine réalisation du Soi. Le désir est la cause de la souffrance, il est le fruit de la pulsion aveugle qui polarise le néant en dualités et suscite cette manifestation tissées de tensions, de chocs, de malaises, de mort, etc. Il est vrai que nos objets de désirs bien que satisfaits laissent le désir, lui encore insatisfait, courir vers un autre objet. Et si nous sommes en mesure de satisfaire assez d'objets de désirs au-delà des désirs liés à la survie et au bien-être, on se retrouve parfois avec un désir sans objet, un désir éprouvant le manque d'un objet précis de désir. Ce manque inhérent au désir est alors l'ennui, le malaise attaché à notre existence d'ego désirant jusqu'ici caché par la forêt des objets de désir. Si le désir bascule en peur d'être happé par ce malaise, c'est l'angoisse existentielle, une peur sans objet, l'ego désirant sent sa vie s'en aller dans la béance du manque qui habite toute vie. Plus le manque et le malaise existentiel sont ressentis comme structurant irrémédiablement la vie de l'ego désirant, moins nous passerons à côté de la vacuité libératrice de la conscience. Vivre, c'est désirer, désirer, c'est souffrir. La vie est souffrance, le Soi non duel est la porte pour s'en échapper. L'inconscient du Soi est le subconscient matériel qui bouillonne du néant. Selon cet idéal-type d'interprétation de la non dualité, la vacuité ténébreuse du Soi est l'issue vers le néant absolu, l'inconscience absolue libératrice.


Notre second idéal-type s'inspirera d'une interprétation platonicienne de la non dualité. Si on y prête attention, cet idéal-type platonisant décrit aussi certains plis mentaux des religions monothéistes, certains traits de gnoses théistes. Au-delà du Soi et de l'Être, au-delà des ténèbres inconscientes du Soi, il y a le Un absolu. Tout ce qui manifeste en Soi est démultiplication de l'Un absolu. 

La réalisation du Soi voile un absolu supraconscient dans ses ténèbres. Le Soi est ici décrit comme lumière spirituelle au-delà des lumières sensibles et intellectuelles. Non habitué à cette lumière spirituelle lorsqu'on la découvre, elle nous aveugle, comme au sortir d'un endroit sombre un jour d'été ensoleillé. L'inconscient du Soi comprend ici aussi un inconscient absolu et un subconscient matériel. Selon les platoniciens, la démultiplication de l'Un supraconscient se perd dans un moindre Être subconscient. Le rayonnement supraconscient de l'Autrement  qu'Être a une puissance limitée par l'inconscient subconscient où il se diffuse en se démultipliant. Il s'abîme en cet inconscient en se perdant de vue lui-même dans diverses figures de subconscience : communément, il y a, entre autres, l'ignorance, l'impulsivité aveugle, le mal, la douleur, la mort. Dans cette approche, le désir est de deux types. Il y a d'une part le Désir du Divin de notre âme, un Désir de l'Un propre à l'individuation de l'Un, et, d'autre part, les désirs-appétits du corps. Il y a une dualité des désirs, les uns charnels et matérialistes, et d'autres, intellectuels et spirituels. Il y a une dualité entre ce qui nous ramène à la vie animale, sa survie, ses préoccupations territoriales, ses impératifs sociaux, sexuels, etc. et ce qui nous élève vers une vie divine autosuffisante et immortelle. Ainsi le désir du beau n'est pas le désir de l'agréable. Le désir du vrai n'est pas un désir de persuasion. Le contentement de bien agir, la joie du Bien en partage, n'est pas réductible à un plaisir d'avoir une bonne image de soi. Le désir désintéressé du beau, du bien et du vrai n'est pas assimilable à l'intérêt individuel charnel. Cependant, l'aspiration au Divin peut entraîner l'énergie des désirs charnels vers le Divin. 

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L'aspiration au Divin entraîne une transformation alchimique du désir charnel. Une modération des désirs charnels, leur purification libère une énergie vitale qui s'adjoint à l'ardeur de l'aspiration spirituelle et en augmente la capacité d'élévation. 

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Notons que ce deuxième idéal-type métaphysique résout une contradiction de notre premier idéal-type métaphysique. En effet, désirer abolir le désir ou ne rien vouloir, n'est-ce pas encore désirer et vouloir ? Schopenhauer donne l'exemple de la beauté où au désir esthétique d'un sujet se substitue la contemplation impersonnelle : "J'écoute de la musique" devient ainsi en effet "La musique est écoutée", l'ego esthète s'efface dans un ravissement esthétique de la beauté, une prise de conscience partielle et éphémère du Soi. Mais là encore, lorsqu'il dit que la vie n'est pas belle et que seules les images de vie sont belles, qu'advient-il de la création esthétique ? Ne participe-t-elle pas de la vie ? Et donc d'une forme de désir ? L'aspiration au Divin explique mieux, nous semble-t-il, ce ravissement et la sublimation du désir esthétique en ravissement esthétique.

Et nous avons un troisième idéal-type métaphysique, qui se dessine dès lors qu'on s'intéresse, non à la contemplation esthétique, mais à la création esthétique. L'aspiration au Divin des platoniciens est du côté de la contemplation. Pour eux, la vie de l'âme trouve son accomplissement dans son élèvation contemplative vers sa source supraconsciente. Lorsqu'on parle de création, il ne s'agit pas seulement d'une aspiration à une élévation contemplative. L'aspiration au Beau, au Bien et au Vrai que matérialise une création peut être une aspiration au Divin mais comme tournée vers une prise de conscience transformatrice du subconscient psychologique, individuel et collectif. Une psychologie des profondeurs subconscientes comme lieu de conquête créatrice de soi-même reste un projet inconnu pour notre second idéal-type. 

L'investigation conjointe du surconscient et du subconscient.



Notre troisième idéal-type en menant cette investigation sera amené à découvrir le Soi avec une âme et pas seulement une influence de l'âme.


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Et faudrait-il évoquer un quatrième idéal-type pour envisager une aspiration évolutive plus aventureuse encore vers une divinisation des racines subconscientes des pulsions voire de notre subconscient matériel. 

Pour ces troisième et quatrième options métaphysiques dont nous ne donnons ici qu'un idéal-type suggestif, l'inconscient du Soi est un supraconscient qui se révèle et qui conquiert de sa lumière, de sa force et de son énergie, le subconscient mental, émotionnel, pulsionnel et matériel. Cette approche d'une non dualité est la plus intégrale et la plus optimiste des trois approches que nous proposons ici. Cette approche non duelle suppose un saut évolutif dans notre capacité à être une conscience directe immédiate agissante de la matière. Elle comporte une dimension créatrice et évolutive par essence. La matière est loin d'être le lieu de dispersion de la surabondance rayonnante du supraconscient, elle est le lieu et l'objet de l'évolution de l'autocréation consciente divine.  

Notre troisième idéal-type est une option préfigurée dans un gnosticisme non duel occidental traversant l'orphisme, le christianisme, la Kabbale. Elle émerge dans le taoïsme et certaines versions du tantrisme. 

La prise de conscience d'une ascension évolutive de la conscience s'est vue enrichie par les apports des sciences de la vie et de la nature. Des spiritualités orientées vers la participation de plus en plus consciente à cette évolution de la conscience de la vie sont apparues dès la fin du XXème siècle. Elles sont caractéristiques de ce que nous associons à notre quatrième idéal-type.

Mais cet idéal-type d'une divinisation de la matière est-il vraiment non-duel ? 

La non-dualité selon notre idéal-type nihiliste affirme que le monde est illusoire. Le Devenir étant une illusion, cet idéal-type métaphysique nie toute dualité entre l'Être et le Devenir qu'on lui impute. Il y a là comme une pirouette mentale questionnable. Des vécus esthétiques non duels suffisent à la confondre  : il y a quelque rayonnement de l'absolu dans le manifesté qui ne sont pas des illusions ! 

La non dualité selon notre second idéal-type platonicien intègre l'expérience vécue de ce rayonnement. Mais elle explique aussi que ce rayonnement est impermanent au plan temporel et matériel. Tout bel objet matériel se ternit, s'abime et perd son existence. Pour elle, toute beauté authentique procède de l'idée. Le créateur doit s'élever à l'idée-intuition atemporelle pour en faire une image matérielle, elle, périssable. L'existence non duelle est l'existence spirituelle qui se détache de l'ignorance qu'est le seul point de vue matérialiste hédoniste. Platon ne dit pas que le point de vue matérialiste hédoniste est illusoire comme peut l'affirmer la perspective non duelle nihiliste. Le philosophe platonicien n'est pas un renonçant, il n'est définitivement pas étranger à la dimension matérielle de la cité. Le rayonnement Divin de l'Un matérialise des harmonies dans la nature. De tels moments peuvent aussi exister dans des communautés humaines. Par le rayonnement de son aspiration d'âme et son partage, l'artiste authentiquement inspiré nourrit cette aspiration par ses œuvres chez ses spectateurs. De même, le philosophe qui vit cette ascension en l'Un participe à nourrir l'idée d'harmonie humaine. Une telle aspiration partagée par le discours rationnel peut favoriser à une certaine échelle l'harmonie d'une communauté. Le développement du raisonnement peut amener à des engagements éthiques ceux qui sont gagnés par cette aspiration philosophique. Une telle soif de Bien et de Justice partagée et approfondie génération après génération ne maintiendrait-elle pas des éléments d'harmonie dans une cité, dans une nation voire ne porterait-elle pas un dynamisme civilisationnel ?

Mais là encore, nous butons sur le retour de l'ignorance, sur le détournement du raisonnement au service de valeurs exclusivement matérialistes et égocentriques. D'un côté, la philosophie finit par se mélanger à des rhétoriques manipulatrices justifiant prédation, domination et subordination. D'un autre côté, à l'autre extrême, la relativisation nécessaire du matérialisme peut redevenir un mépris ascétique et nihiliste de la nature et de la vie sociale humaine. 

D'un côté, l'art lui-même devient un divertissement apportant des plaisirs grossiers. Pire peut-être, l'art devient un jeu provocateur pour se distinguer et obtenir une reconnaissance publique, plaisir grossier par excellence dont notre intempérance pulsionnelle est coutumière même dans ses relations de proximité. Le jeu pulsionnel de la distinction ou le divertissement grossier sont une négligence voire un rejet de l'aspiration authentique à la beauté. D'un autre côté, toujours à l'autre extrême, tout art finit par être suspecté de trahir le Bien et le Vrai. Cette censure finit par privilégier un discours religieux dogmatique à une philosophie spirituelle pluraliste et plurielle. Le platonisme tend au traditionisme. Sur le plan esthétique, l'innovation non rattachée à une tradition esthétique garante de spiritualité est dès lors suspecte.

Le platonisme perd ainsi de vue le daimon qui, avec Socrate, ne transmet pas un savoir, mais enseigne à se développer soi-même mentalement, émotionnellement et énergétiquement fidèlement à son aspiration au Beau, au Bien et au Vrai. 

Ces errements moraux et politiques disent la difficulté du rayonnement du supraconscient, limité dans une compréhension mentale, à vraiment déloger l'ignorance, à déloger le goût émotionnel du drame et surtout à surmonter le mensonge du désir égocentrique qui veut passer pour une aspiration de l'âme. Ils disent aussi la difficulté de l'âme, dernier échelon spirituel de l'intégrité de ce rayonnement, à prendre les rênes mentaux, émotionnels et pulsionnels du véhicule humain. 

La mauvaise foi du mensonge égocentrique prend les habits de l'aspiration la plus élevée et peut même se grimer en aspiration de l'âme pour subsister. Toute aventure spirituelle va donc se heurter à l'obstacle majeur d'un ego spirituel, dont le mensonge se loge jusqu'au tréfonds du tissage des désirs habillant le bouillonnement pulsionnel. 

L'approche nihiliste peut court-circuiter ce problème : cette trace d'ego désirant appartient au destin du corps-esprit qui poursuit sa course jusqu'à la mort sans perturber le Soi et son paisible au retour au néant offert par l'opportunité de la mort. L'approche platonisante, elle, prend très au sérieux ce problème : tant que cet ego même sous son masque d'ego spirituel règne, il y a un vécu discontinu du Soi qui demeure, l'intelligence de l'Un est brouillée, volonté et connaissance individuelles sont faussées. Le vécu sans âme du Soi laisse assez d'espace à l'ego périphérique pour reprendre la place du Soi au centre et faire redevenir la conscience égocentrique. 

Fidèle à cet idéal-type, on pourra réduire ces errements en se faisant un ego d'abord disciple de l'enseignement, le serviteur de l'enseignement qui a la modestie de s'écarter du Centre, de l'Axe de rayonnement de l'Un, même si en tant que serviteur, il continue à lui faire de l'ombre. Dans cette dynamique, l'enseignement est sacralisé. Il est la structure culturel et mental, la Loi Divine sacrée que l'être imparfaitement transformé peut cependant transmettre à un autre qui le sera peut-être bien davantage. Toutefois cette transmission qu'on veut sauve d'un défaut d'âme n'aboutit-elle pas à faire obstacle à l'émergence de l'âme au sein de la lumière spirituelle du Soi ? 

S'il n'y a au fond qu'une Tradition spirituelle ésotérique devant laquelle les particularismes traditionnels exotériques sont relatifs et conventionnels, comment l'âme se singularisera-t-elle, comment s'individuera-t-elle authentiquement ? Le traditionnisme, par son penchant moraliste, peut vite asseoir le pouvoir injustifié d'egos spirituels persécutant des personnes se rapprochant du fond Divin de leur âme.

L'approche nihiliste sera souvent moins rigoureuse sur le plan moral que l'approche platonisante. C'est certes positivement moins de moralisme, mais aussi parfois négativement moins de souci moral de l'effet de nos actes sur le développement psychologique et psychique d'autrui. Dans l'approche non duelle mainstream qui reprend ce cadre nihiliste sans toujours bien y prendre garde, le bien et le mal représentent d'abord une dualité à dépasser : l'imperfection morale n'est pas un préalable à la vision du Soi. Les véhicules proposés par Douglas Harding pour la vision du Soi ne présupposent pas, par exemple, une impeccabilité morale, même si certaines qualités ou vertus morales sont requises comme, par exemple, l'ouverture d'esprit, la capacité d'être à soi-même sa propre autorité, l'audace. Par contre, pour prendre le chemin de son âme, il faut pouvoir concentrer son centre individuel vers le cœur ouvert en Soi, une descente dans le cœur est nécessaire. Descendre dans le cœur nécessitera d'enlever l'épine du mal avec l'épine du bien moral. Retirer une épine sous la peau fait appel à un autre objet épineux. Mais pour descendre davantage dans le cœur et ne pas le blesser en blessant qui que ce soit, il faudra aussi se défaire de cette épine morale. Plus globalement, il y aura des ombres à transformer. Pour descendre dans le cœur, notre individualité doit s’appauvrir, se simplifier, s'unifier et paradoxalement grandir en ce dépouillement en un mouvement de gratitude et d'amour du vrai, du beau et du bien qui l'habite. Le cœur ne peut être autre chose qu'un accueil inconditionnel de soi-même et de n'importe quel autre comme soi-même. La voie non duelle de Douglas Harding, que nous avons évoquée, nous invite à cette descente dans le cœur, une fois décillé l’œil du Soi. La vision non duelle sans cœur est défectueuse : elle manque de sagesse et d'amour. Mais là où la morale pose des impératifs trop souvent sociaux et non rationnels, là où une morale rationnelle pose des impératifs intenables pour un ego qui n'a pas les qualités requises pour s'y tenir, la vision du Soi offre à une aspiration spirituelle sincère une possibilité de descendre dans le cœur, une capacité inédite de substituer à l'imperfection sensible d'autres schémas comportementaux, qui s'opposeront moins aux parfums de l'amour Divin provenant du fond du cœur. 

Le libre-arbitre moral de l'ego est présupposé socialement pour justifier des sanctions éducatives, sociales ou pénales, il est à l'évidence une illusion pour la vision lucide du Soi libre du moralisme. Mais le déterminisme psychocorporel nihiliste de notre premier idéal-type métaphysique est très questionnable quand il en vient à justifier des formes d'immoralisme. Le serf-arbitre est soumission au pôle pulsionnel et aux désirs égocentriques qui s'y forment. Mais il y a une marge réelle de manœuvre dans nos choix qu'explique le support de notre aspiration spirituelle authentique émanant du fond du cœur où se tient notre âme. 

La tradition chrétienne soutient dogmatiquement un libre-arbitre de l'ego en invoquant la grâce de Dieu qui le rétablirait dans ses prérogatives malgré des choix qui en restreignent la marge d'action. Lucide, nous voyons bien que telle personne par des choix successifs et des circonstances s'est vue entraînée irréversiblement vers un destin fatal et tragique au point de vue de l'histoire d'un ego. L'aspiration et la foi de l'âme sont devenues imperceptibles au niveau de la vie de cet ego, et c'est là le fait véritablement tragique pour cet ego. Au vu de tels exemples de choix menant inexorablement à une fatalité, une théorie théologique moralisante de la grâce divine nous semble bien indéfendable.

Cependant nos troisième et quatrième idéaux-types n'ignorent pas la grâce divine. S'il y a une âme dans les tréfonds du cœur, elle demeure, qui attend son heure, une autre vie, une autre tentative d'incarnation, une autre individualisation psychocorporelle lui permettant davantage d'individuation, etc. Si l'univers est d'abord une automanifestation du Divin, des circonstances extérieures peuvent sur des temporalités longues se synchroniser avec des progrès intérieurs de cette individuation du Divin qu'est l'âme. La grâce n'est pas défendable et compréhensible du point de vue de l'ego, elle n'en est pas moins un fait du monde psychique des âmes, une réalité du Soi vécu avec une âme. 

La confusion entre l'ego et l'âme, entre individualisation psychocorporelle et individuation de l'âme mène à des conceptions erronées de notre volonté et ses marges réelles de manœuvre comme liberté de choix, à une direction inappropriée de notre faculté de connaitre et ses capacités de prise de conscience libératrice de nos déterminismes.

Sans gouvernement de l'âme, l'ignorance demeure au niveau mental. Les volontés sont incohérentes, rien n'est unifié.  Sans la pleine présence d'âme,  le cœur demeure obstrué par des dramatisations égocentriques. Sans la joie de l'âme, libre et détachée de tout, l'individu est dominé par des mécaniques internes le faisant victime des situations. Sans pouvoir de sincérité, ce qui demeure d'aspiration de l'âme est grimée par le mensonge avant d'être corrompue au bon soin d'un ego spirituel et, éventuellement, au final rendue muette.

Le troisième idéal-type ouvre à la présence d'une conscience force transformatrice qui peut faire surmonter à l'âme tous ces obstacles qui en empêchent la pleine émergence. La clé de la libération de l'âme est une action de plus en plus consciente en nous de la Mahashakti, la Mère Divine de notre âme (en cliquant ici, on trouvera un post où nous developpons cet aspect essentiel) .

Notre quatrième idéal-type nous amène à envisager l'automanifestation du Divin depuis une autre dimension que mentale. Ceci requiert un point de vue non duel pleinement intégral. Les circonstances matérielles nous sont humainement subconscientes et les forces divines nous sont supraconscientes, mais ceci est notre regard humain dans ses limites mentales. Si le Divin a une intelligence de lui-même intégrale, il n'y a pas pour lui de dualité consistante entre le subconscient matériel et le supraconscient spirituel. La grâce Divine pourrait dépasser ces déterminismes subconscients qui, pour nous humains, sont indépassables au niveau de notre sphère mentale. Il y a une intelligence Divine où l'Être divin, en sa supraconscience spirituelle atemporelle, que nous vivons comme des ténèbres lumineuses à partir de notre sphère mentale, et son Devenir en la matière, que nous ressentons mentalement comme déterminismes subconscients, ne forment ultimement qu'un seul et même regard agissant.

Ce regard agissant supramental EST le saut de conscience évolutif que notre quatrième idéal-type requiert pour être réel. Un tel regard supramental n'est plus prisonnier de la dualité inhérente à la sphère mentale entre supraconscient et subconscient, entre esprit et matière, dualités non dépassées par notre second idéal-type, dualités ignorées par notre en premier idéal-type, dualités. 


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Notre troisième idéal-type découvre avec une âme libérée l'expérience d'une immortalité individuelle. L'élan évolutif descendant des hauteurs de l'esprit éclaire le subconscient vital et physique si bien qu'un corps subtil en croissance, et pas seulement des centres énergétiques, relie l'âme et le corps matériel. Pour notre troisième idéal-type, il n'y a pas encore l'expérience de la présence du Divin involué dans la matière.

La butée subconsciente de notre troisième idéal-type reste la discontinuité physique de la mort. Ce troisième idéal-type n'ignore pas le développement  d'un corps spirituel subtil immortel de notre âme. Celui-ci devient une expérience de plus en plus nette, mais cette immortalité se heurte à l'oeuvre physique de processus de mort, qui empêche encore une continuité de présence de l'âme en ce monde terrestre. Cette non dualité n'offre pas une victoire sur la mort physique.

Notre quatrième idéal-type met en jeu à terme une prolongation matérielle d'un corps subtil de l'âme.

Dans le passage suivant, Mirra Alfassa, la compagne de Sri Aurobindo que lui-même appelait Douce Mère, décrit, en réponse à une question, le basculement non duel propre à notre quatrième idéal-type entre en jeu.


"L'inconscient aspire-t-il à devenir conscient ?

Non. C'est le Divin dans l'inconscient qui aspire au Divin dans la conscience. Autrement dit, sans le Divin, il n'y aurait pas d'aspiration ; sans la conscience cachée dans l'inconscient, il serait impossible de transformer l'inconscience en conscience. Mais parce qu'au cœur même de l'inconscient réside la Conscience divine, vous aspirez, et nécessairement – ​​c'est ce qu[e Sri Aurobindo] dit – automatiquement, mécaniquement, le sacrifice est accompli. Et c'est pourquoi, lorsqu'on dit : « Ce n'est pas vous qui aspirez, c'est le Divin, ce n'est pas vous qui progressez, c'est le Divin, ce n'est pas vous qui êtes conscient, c'est le Divin », ce ne sont pas de simples mots, c'est un fait. Et c'est simplement votre ignorance et votre inconscience qui vous empêchent de le réaliser.",

La Mère de l'ashram de Sri Aurobindo, 

CWM 8 : 79.

dimanche 6 septembre 2026

la Mère divine - une approche


 

Objecteur - 

Tu n'as que Mère à la bouche. Douce Mère par là, Mère divine par ci ! Ta déesse Mère se substitue à Dieu, ce mot éculé et patriarcal. Mais c'est encore, semble-t-il, de la religion qui t'habite, une croyance religieuse, un récit, une histoire pour vivre plus rassuré les événements chaotiques de ces temps. 

Pourquoi tu as besoin de ce galimatias, dans mon expérience, la Réalisation de la Conscience suffit. En cet Ouvert, tout surgit sans besoin de récit pour espérer, sans besoin fondamental de quoi que soit d'autre que cette liberté et de cet accueil. Pourquoi surajouter du sens religieux à l'Ouvert ?

L'Ouvert, ce n'est personne, ni un Dieu le père, ni une déesse Mère. Être Ouvert, ce n'est ni prier, ni espérer, c'est laisser Être. Même pas trace de lâcher prise. Qui lâcherait quoi que ce soit ? L'Ouvert s'ouvre sur un espace de conscience s'autocréant dans ses apparences. La liberté de l'Ouvert est sans histoire. Des histoires, des mémoires surgissent mais accueillies dans un détachement sans histoire.


Réponse du cœur à mon objecteur - 

Mère, c'est le flux principal et directeur du Devenir. Et si quelque autre semble aller autrement, ce ne sont que des courants contraires momentanés qui sont toujours des effets du courant principal. Dans mon expérience, l'apparence d'un chaos du devenir vient de notre ignorance et de nos propres inconsciences. Mère, ce n'est pas une croyance, c'est une expérience spirituelle et un ensemble de réalisations, de manifestations qui, pour se dévoiler, vont avec des progrès individuels, collectifs et cosmiques. 

La spiritualité ne se résume pas à la réalisation d'un Être en dehors du Devenir qui apaisera toutes nos angoisses au sujet du Devenir ! Qu'il y ait un grand sens et non des cycles perpétuels d'apogée et de décadence n'est pas seulement une croyance religieuse. Cela a été un facteur d'espérance qui a mené à l'apogée du plan mental, de la notion de progrès technoscientifique à celle d'une évolution spirituelle consciente de la conscience.

Aimer la Mère, aimer le Devenir, Oui. Adorer la Mère et ne pas s'offrir au Devenir ? Non.

Avoir confiance en Mère, la dimension personnelle du Devenir, c'est d'abord ressentir une foi en la vie, sans dogme mental, sans sentimentalisme ou enthousiasme vital déplacé mais aussi sans volontarisme artificiel. Le cynisme, le nihilisme, ou toute mise en scène égoïstique pour s'emparer, rivaliser, détruire, etc. sont la foi pervertie, ce sont des perversions du cœur. Beaucoup de phénomènes religieux s'inscrivent là-dedans. Et là encore, si tu vois la cohérence de la vision du réel que je te partage, cela se ramène à des flux du Devenir éloignés en apparence du flux principal mais qui, comme toutes les eaux du fleuve du Devenir, parties des sources divines, reviendront magnifiées à Son océan Divin.

L'Amour de la vie, cela peut donc être un Amour profond vraiment impersonnel du Devenir, amour humain pour travailler au Devenir, forces aimantes nourrissant l'effort de ceux travaillant au Devenir. 

Mère en Inde est la Shakti. La Shakti a autant une dimension impersonnelle qu'une dimension personnelle. Dans l'expérience, par exemple, sa présence impersonnelle est décrite par ceux qui en témoignent comme une lumière blanche intérieure qui dirige consciemment les forces d'action. 

Au début de ma sadhana, guidé par Sri Aurobindo, Mère était épisodiquement une conscience force impersonnelle descendante agissant mystérieusement sur le véhicule mental, vital et physique. Ces expériences impersonnelles de descente d'une conscience force étaient décrites par Sri Aurobindo que je découvrais alors. Ces expériences, je n'en parlais guère. Je parlais davantage de réalisation du Soi, d'ouverture du cœur ou d'une découverte du corps subtil. Avec du recul, je peux dire que tout était là. Les réalisations qui m'intéressaient, je n'en voyais pas le lien avec cette conscience force. Il est plus clair pour moi aujourd'hui que Mère agit en tout, partout et que ma conscience de cette conscience force était trop partielle pour voir son travail subtil en moi, en ce véhicule, cet adhara (le concept sanskrit visé ici). Mère a juste réussi à se faire plus de place pour agir à travers ce véhicule et son action s'y dévoile davantage, mais il lui reste bien du travail.  

Ce dévoilement de Mère est donc au commencement et à la fin du chemin dont je te parle. 

Imagine : à un moment, il y a tant de conscience dans l'action du Devenir que cela, immanquablement, se manifeste aussi sous des formes personnelles. La manifestation de la conscience dans l'ouverture de l'Ouvert et la manifestation même de l'Ouvert participent d'une supraconscience insaisissable au niveau de notre conscience mentale, vitale et physique. Depuis cette bulle, ce qui ressort de cette supraconscience s'expérimente comme un Inconscient absolu, un Non Soi impersonnel. Mais en se plongeant dans le sens du Devenir, ces expériences s'avèrent dues à des limites illusoires. Cet Insconcient se révèle un manque de conscience de la supraconscience de Mère.

Au sujet du chemin décrit par Sri Aurobindo, il y a souvent, dus à des lectures imprécises, des propos aventureux sur la supramentalisation. Des individus se mettent à valoriser leurs soi-disantes expériences supramentales, la conscience mutante de leurs cellules, etc.

Le dévoilement de la supraconscience est le dévoilement de Mère en sa supraconscience du Devenir. Autrement dit, toute expérience supramentale qui n'est pas dévoilement de Mère est épisodique, incomplète ou encore malheureusement tout à fait illusoire.

Quoi qu'il en soit de nos expériences et réalisations ou illusions dans ce domaine. Nous pourrions pressentir sa dimension personnelle et sa supraconscience en contemplant cet univers avec un peu de recul. La multitude d'individualisations dans cet univers au sein de la conscience autocréatrice de Soi traduisent une dynamique d'individuation inhérente au Devenir lui-même. Par analogie, la raison en intelligence du Soi, peut-elle n'y voir qu'un hasard ? Certains y verront une pulsion aveugle, tu l'auras compris ce n'est pas ce que m'ont révélé du Devenir ma propre aventure de la Conscience et mon vécu de l'Ouvert.

Depuis une autre perspective, ceux qui parlent d'expérience de mort imminente ont aussi ce type de vécus diverses entre lumière consciente de conscience force et personnalités divines diverses.

Moi aussi, sur mon chemin, je repartai d'abord d'une expérience spirituelle répétable à l'envie de l'Ouvert, un vécu plutôt impersonnel. Mais il y avait des expériences avec plus de conscience qui se produisaient. Cet éveil de l'Ouvert voilait donc encore du subconscient qui me déterminait souterrainement et du supraconscient qui disait des degrés de liberté potentiellement plus vastes. J'en concluais que mon expérience de l'Ouvert se situait dans des ténèbres lumineuses qui pouvaient davantage être illuminées.

Cette quête m'a conduit d'un Ouvert avec un ego au Soi avec une âme. On pourrait aussi désigner ces expériences comme celles de l'Ouvert en individuation vraie. Les individualisations de l'ego centrées sur  des désirs et la satisfaction de pulsions sont de moins en moins déterminantes. Elles sont de plus en plus transformées en aspiration à servir le Devenir en vérité, en beauté et en bonté. L'Ouvert psychisé, ou bien le Soi avec une âme, est littéralement un feu d'aspiration, de foi, de sincérité, de dévotion et de don de soi. 

Foi, Aspiration, Sincérité, Dévotion, Consécration de soi.


Et cette individuation vraie du Soi, cet Ouvert psychisé peut expérimenter une dimension personnelle du flux principal du Devenir au-delà du temps et agissante dans le temps. Cette âme vraie en Soi, cet Ouvert d'un feu d'âme se voit engendré dans une substance impersonnelle d'une intelligence personnelle qui veille à sa croissance, il se vit l'Enfant Divin de sa Mère Divine.

Au fond, ma véritable individualité est une individuation de la Shakti, par laquelle les personnalités de Mère peuvent s'exprimer. Ces personnalités de Mère résonnent à travers la personnalité de notre âme, elle-même une personnalité de Mère. Tout est le jeu Divin. L'aspiration de mon âme est le Divin en moi, Mère qui grandit avec une nouvelle personnalité. La conscience force qui lui répond est ma dimension divine transcendante : la Shakti du Devenir, Mère exécutrice du Divin Suprême. 

Pour résumer, Mère était au début de ma sadhana dévoilée comme conscience force. Quand le Soi avec une âme s'est dévoilé, Mère s'est dévoilée comme flux principal du Devenir et comme Mère de mon âme, moi son Enfant Divin. Et sa supraconscience commençant à lever ses voiles, mon individualité tend à devenir une de ses personnalités au service du Suprême. Des traces d'ego perdurent toutefois sur tous les plans et ceci est loin d'être assuré et réalisé solidement, cela demeure au stade d'expériences répétées. Sur ce chemin, il y a des cycles, une ascension en spirale qui nous ramène sur nos pas, il y a des percées suivies comme de retour en arrière. L'Ouvert semble une des seules réalisations accessibles à volonté même par un ego mental, vital et physique qui serait assez coopératif pour se mettre en périphérie et ne pas obturer cette ouverture. L'Ouvert peut devenir une ouverture à la transformation de Mère. Un Soi avec du cœur est un pas, un Soi avec une âme un autre. Etc. Pour l'instant, en ce qui concerne mon cas, c'est au niveau de la mentalisation physique que l'ego reste le plus consistant dans ses défaillances. Il y a ici un "je" du corps qui collabore difficilement au travail de Mère. Cet ego du mental physique produit une séparation illusoire de ce corps avec le reste du physique, il fait nettement barrage à une conscience de l'action physique de Mère. Peu à peu, Mère fera qu'il n'y aura plus qu'une grande Non dualité du Divin en Être et en Devenir y compris sur le plan matériel. Pour moi qui te parle, c'est dans ce processus de dévoilement de Mère que l'idée de supramentalisation dont parle Sri Aurobindo peut prendre vraiment sens et se réaliser.

Si tu as une aspiration, toi aussi, pour explorer d'autres possibilités de conscience au-delà d'un simple éveil de l'Ouvert avec un égo humain en périphérie, tu peux lire ce qui suit. 




Réponse philosophique d'ordre  phénoménologique -

Dans l'ouverture de l'Ouvert, il y a Être atemporel, mais ce qui s'ouvre en l'Ouvert déjà comme Ouvert est Devenir. L'autocréation n'est pas en avant de l'Ouvert, L'Ouvert lui-même s'autocrée, c'est un "il y a". Dans l'acte pur d'"il y a", plus vif et impensable que le déploiement total d'une infinité, n'y a-t-il pas coïncidence de l'immuable et du muable, du Devenir et de l'Eternité ? L'autocréation n'est pas un "au sein de l'Ouvert", l'autocréation est la substance première purement relationnelle de l'Ouvert qui s'ouvre multiplement. La conscience ne se limite pas à un espace temps dans l'Ouvert, l'Ouvert est l'acte pur de la Prise de Conscience originaire, l'acte pur d'une Prise de Conscience autocréatrice avant tout temps et tout espace. 

L'Ouvert est Prise de Conscience automanifestée du Divin lui-même par les filtres de nos individualités. En effet, il s'agit quelque part d'une Prise de conscience impersonnelle, d'un "il y a" de pures perceptions, d'énergies, de forces, etc. En même temps, il s'agit aussi à l'évidence d'une Prise de conscience individuée, unique Première Personne d'une multitude de personnalités et unique spectatrice accueillant les impressions des choses. Autrement dit l'Ouvert, acte originaire atemporel de prise de conscience y compris temporelle est tout autant un "Cela", un "Il y a" qu'un "Moi absolu", un "Je suis".

Dans quelle mesure ces filtres mentaux, vitaux et physiques suscitent-ils les ténèbres masquant le supraconscient et le subconscient qui épisodiquement montrent leur présence en l'Ouvert ? Admettons que l'impression de percevoir l'Ouvert par delà la sphère mentale n'est certainement qu'une vérité partielle si, par définition, telle interprétation finit par être privilégiée contre telle autre au motif qu'on n'en a pas l'expérience ou qu'elle nous semble impossible. S'enfermer dans une optique mentale sous prétexte qu'elle a permis le basculement en l'Ouvert est une forme d'identification mental égoïque, comme on s'identifie à l'appartenance à un pays, une culture, une religion, à des options politiques sans s'ouvrir authentiquement à leur transformation par le dialogue. 

Ne confondons pas nos véhicules mentaux et notre destination spirituelle.

Bien sûr, vivre à partir de l'Ouvert au lieu de vivre seulement centré sur l'ego implique un certain basculement de la conscience au-delà de notre activité mentale, vitale et physique ordinaire. Il ne s'agit pas en l'occurrence de changement de concepts, il s'agit d'une autre intuition perceptive de la vie prenant sa source dans cette vie-même. 

Cependant, l'animal, lui aussi, est, à l'évidence, un vécu conscient de l'Ouvert. Peut-être vit-il plus naturellement que nous à partir de l'Ouvert n'ayant pas ce complexe égoïque de conscience qui vit malheureusement la vie à partir de "son" monde, une vision du monde d'ailleurs non régulée par des instincts naturels. Le poète Rilke a certainement raison contre le philosophe Heidegger, qui, lui, le nie au nom d'une association d'une conscience de l'Ouvert à celle de notre finitude humaine, dont le point saillant serait notre conscience temporelle et son horizon mortel. En fait, la conscience de l'Ouvert en son caractère atemporel, d'une part, et le rythme de sa simple présence instantanée, d'autre part, ne présuppose pas forcément une conscience de la mort et une mentalisation du temps. De très jeunes enfants vivent à partir de l'Ouvert sans encore ressentir l'horizon mortel de leur humanité et sans se repérer dans nos calendriers et horloges. 



Admettre ce point est paradoxalement reconnaître des degrés de conscience divers et une intuition commune de l'Ouvert propre à la vie des vivants. Le philosophe Heidegger parlant de l'Ouvert méprisait donc l'animal et, pire, par son antisémitisme, son ego persistant avec sa mentalité étroite raciste, il a méprisé ses proches, son maître Husserl, son ami Jaspers, marié à une épouse juive, Hannah Arendt, son élève, son amante, etc. L'animal est peut-être pauvre en monde mental. Mais telle humanité reste bien misérable au niveau de ses qualités de cœur. Car oui, des différences de degré de conscience sont aussi sur d'autres plans des différences de degré d'amour. L'illumination des ténèbres lumineuses où l'on se vit Ouvert met en jeu un progrès, une évolution consciente de la conscience impliquant sagesse et amour. C'est le cœur qui a des ailes et non la tête. Mais une tête bien faite permet d'aller bien plus haut. Les philosophies platoniciennes l'expliquent fort bien.  

Pour réaliser en l'Ouvert cette Prise de Conscience qui transcende personnel et impersonnel, Être et Devenir, ou en avoir une expérience, il y a déjà la nécessité que notre voilement de ténèbres lumineuses se retire assez ou devienne assez transparent, il y a la nécessité que l’œil de conscience et la sensibilité de notre cœur propre à notre vécu de l'Ouvert deviennent plus pénétrants. 

Ici même, si l'on prend l'idée de la grande Non dualité que "Tout est CELA" au sérieux, en le premier vécu de l'Ouvert où il y a encore un englobant et un englobé, se dévoilera en un Devenir que Tout est le Divin, par le Divin, à travers le Divin en train de se dévoiler Divin. L'évolution de la conscience de l'Ouvert sera un dévoilement du Divin toujours déjà involué.  

L'interprétation de l'Ouvert comme Soi peut amener l'expérience du Soi unique présent en l'autre être humain, en l'animal, l'objet, la nature, etc. Mais la grande Non dualité va plus loin car pour elle la manifestation Divine est aussi une multitude infinie d'individuations du Divin. Voir le Soi unique en tout n'est pas percevoir cette individuation en tout. Malheureusement certains voient le Soi unique les englobant eux et la personne avec qui ils sont censés dialoguer, mais ils n'entendent pas l'altérité du Divin qui s'exprime là. Ils sont accueillants mais sourds à des dimensions du Divin qu'ils ignorent et que pourtant ils pourraient accueillir en évitant d'étouffer l'altérité du Divin qui demeure en ce Soi unique. La surdité ou l'aveuglement leur fait manquer la relation non duelle avec le Divin. Ils confondent réalisation d'une non dualité et absence de relation !

Ouvert à des possibles, notre mental rendu plus plastique, comment dès lors se contenter de mettre d'un côté, un immuable et de l'autre un muable ? Ou encore de croire séparer un Rien et le Tout ? 

Réduire le Tout au Rien, peu d'amour ! oublier tout Rien du Tout, peu de liberté et de sagesse ! 

Réduire le Tout au Rien et oublier tout Rien du tout : ce sont deux façons de manquer de pénétrer le mystère de "Je suis Cela" à la croisée du Rien de Conscience et de la Conscience cosmique. Or la pénétration de ce mystère de "Je suis Cela" à la croisée de l'Être et du Devenir approfondira notre Conscience cosmique qui, pour nous, demeure subconsciente matériellement et supraconsciente spirituellement surtout du point de vue de son autocréation. Rester béat devant le mystère de l'autocréation n'est pas vivre un élan évolutif, seul un élan évolutif fait du mystère un territoire à explorer. Cette tentative de cartographie que je partage avec toi, mon objecteur, résulte de ce goût particulier du mystère qui consiste à aspirer l'éclaircir.

Associer l'Ouverture de l'Ouvert à l'immuable et le muable à ce qui s'ouvre en l'Ouvert revient déjà à relativiser le Devenir par rapport à l'Être. Ceci revient à affirmer comme les platoniciens que ce qui se manifeste est une perte d'Être, un moindre Être. Le Devenir serait réduit à une perte d'Être. Ce n'est plus, aujourd'hui, mon expérience vécue fondamentale de l'Ouvert. Ceci formait mon expérience vécue tant que mon égo subsistait  dans l'Ouvert avec l'illusion de croire les désirs siens et les pulsions siennes. Vivre en l'Ouvert mû par des désirs et des pulsions conduit forcément à du dualisme. Et contrairement à ce que certains discours spirituels affirment, il est loin d'être relatif ce dualisme puisqu'il conduit à ressentir d'un côté un monde de devenir spatio-temporel et de l'autre une réalité atemporelle. Pour l'égo, par nature condamné à s'effacer, soit par la mort, soit par le service du Divin, cela semble réel : le devenir personnel est alors une perte d'être seulement surmontable en son annihilation en l'Être véritable. Et certes, la perte d'Être se poursuit inéluctablement tant que notre vie humaine se focalise sur nos désirs humains et, en amont, accepte de se soumettre à nos appétits animaux, à nos circonvolutions du mental physique. 

Mais, par ailleurs, comme nous l'avons déjà évoqué précédemment, les platoniciens eux-mêmes parlent d'un amour du vrai, du juste et du beau. Pour eux aussi, il y a une aspiration à la perfection qui n'est pas réductible au besoin pulsionnel ou au désir de satisfaction vitale matérialiste. Cette aspiration à plus de perfection, cet Amour du Divin est le fond vrai de notre individualité, ce qui fait de quelqu'un ou d'une personne qu'elle est une âme avant d'avoir un ego. Notre réalité psychologique se déploie sur un fond réellement psychique et un complexe égoïque d'une foule amorphe de personnalités,  de volontés divisées, de désirs incohérents, etc. Ce mouvement psychique peut parvenir à surmonter la déficience d'être de l'ego, du désir et des pulsions, mais pas forcément en se détournant du Devenir, y compris chez les grecs de l'antiquité eux-mêmes. 

Dans l'univers de la sagesse grecque, la psychè, l'âme, l'être psychique est liée à Eros, à la fois le Divin originaire, la Source et le besoin d'Être, la soif inextinguible du Devenir Divin à la Ressource intarissable. Mon vécu d'une aspiration psychique peut peu à peu se distinguer de mes désirs ou des pulsion. Elle découvre en sa racine une âme, une individuation vraie de l'Ouvert. Cette individuation peut, sans nier la vitalité individuelle, se défaire des désirs et des pulsions contraires à l'aspiration érotique au beau, au vrai, au bien. Elle peut abolir tout le désir où s'enracine l'égocentrisme de l'ego sans renoncer à la vie. Au contraire, cette aspiration érotique grandissant avec notre individuation  vraie peut créer une réceptivité accroissant les capacités de la force vitale par laquelle se déployait auparavant inconsciemment ces désirs.

Ainsi cette individuation est, dans mon expérience, liée à un processus d'incarnation et non du côté d'une aspiration à une vie spirituelle désincarnée. Si mon action participe de plus en plus consciemment au Devenir le plus profond, elle se réalise de plus en plus participant par essence d'une autocréation consciente, le "il y a, ouverture de l'Ouvert"

Dans ma vie vécue en l'Ouvert, la Mère Divine est une manière de nommer une dimension de la Prise de Conscience personnelle du Devenir inhérent à l'Ouvert, une réalité personnelle divine de "Il y a ouverture de l'Ouvert". Ce que j'appelle Mère divine est, pour moi, une expérience concrète récurrente d'une Âme de toutes les âmes, la Réalisation d'une source avec une dimension personnelle du flux de toute individuation vraie à l’œuvre dans l'Ouvert. 

A un extrême, il y a le temps mental, une construction avec des ordres de grandeur comme une seconde, deux ans, mille ans, etc. Cette construction, je ne la confonds pas avec le Devenir de l'Ouvert en tant que telle. Une âme, c'est à la croisée du Devenir et de l'Être, c'est une expérience d'une réalité tempiternelle. Elle est la croissance d'une réalité immortelle. Tu te demandes ce que j'entends par le concept de tempiternité. L'aspect de cette expérience tempiternelle la plus immédiate est, selon moi, celle de la famille de la madeleine de Marcel Proust dans A la Recherche du temps perdu. Soudain une sensation nous fait faire un revécu vivant et présent de ce qui avait eu lieu dans le passé, un morceau de vie en Devenir surnageait donc dans l’Éternité. Ce n'est pas qu'une mémoire vive, c'est une réminiscence, il y a un accès à des vécus éternisés de notre vie individuelle.

Notre individuation vraie est le fruit d'évènements inscrits en éternité, à la croisée de l'Être et du Devenir, du non temps et du temps. 

Je me permets donc ici de nuancer ton affirmation selon laquelle toute liberté de l'Ouvert est sans histoire, que tous nos récits de nous-mêmes seraient fausseté. Notre individuation est une somme d'événements de dévoilement du Divin, ces dévoilements passés sont vivants présentement et aucun n'annule les autres, ils s'harmonisent tous ensemble comme les gouttes de pluie font des ruisseaux, des fleuves et un unique océan.

Le "Tu es Cela" des Oupanishads ne peut pas plus valoriser soit l'Être soit le Devenir. 

Si tu relavises l'Être, un pur multiple décrit un pur devenir inconscient de lui-même, rien ne s'unit absolument. Toutes les configurations deviennent toutefois possibles ! Si tu relativises l'Être, certes Tout devient masque, paraître. L'imagination créatrice n'aura aucune limite. Si tu relativises l'Être,  ton vécu de l'Ouvert se limite à une perspective parmi d'autres, l'ouvert de l'un ne peut pas comprendre l'ouvert de l'autre. Des muets parlent à des sourds. De vagues secousses d'épidermes font un commun. Nos histoires sont des logorrhées avec de temps à autres des échos qui se chevauchent en dissonant. L'harmonie devient ici un fantasme. Agitation, stress, absurde triomphent. Bien que détachées des chaînes de l'immuable, les imaginations et les possibles se focalisent sur le drame. La vie n'est pas belle, seules les images de la vie le sont, dirait Schopenhauer. Tu ne paraîs pas dogmatique mais tu bâtis une religion nihiliste, genre bouddhisme du petit véhicule ou advaita mayaniste !

Si, au contraire, tu relativises le Devenir, tu cherches à te relaxer du Devenir qui te traverse et qui s'étend dans l'Être immuable de l'Ouvert. Tu apprécies la paix et tu déprécies la vie. Là souvent tu dogmatises. Le risque est que bientôt tu adores un édifice mental rigide de douteur invétéré, ou te voilà conformiste servant une tradition plutôt que le nihilisme, mais douteur, tu rejettes toute évolution, toute création. Tu sers une mentalité caractéristique du traditionalisme religieux. 

A vrai dire, dans ces diverses relativisations au dépend d'une vérité au-dessus des contradictions et mettant toute chose à sa place, il y a toujours notre vie de sujet mental, vital et physique qui fait comme une ombre dans l'Ouvert et qui ne te permet pas de voir vraiment le Devenir à sa source.

Voici l'invitation : il s'agit de mieux voir en l'Ouvert, là où en Cela, encore Un, rien ne distingue Être et Devenir, là où Cela ne montre aucune préséance de l'Être sur le Devenir ou du Devenir sur l'Être.

 Comment mieux voir en l'Ouvert et mieux voir l'articulation de l'Être et du Devenir ? 

La posture du sujet qui se tient en l'Ouvert doit évoluer pour que le voir s'affine. En sciences, l'objectivité est acquise par un détachement gnoséologique du sujet. Une spiritualité de l'évolution consciente nécessite une transformation qualitative du sujet qui oriente la vision de l'Ouvert.

Parmi les sentiers spirituels, on distingue usuellement la voie de la connaissance, la voie de la dévotion et la voie des œuvres. 

La voie de la connaissance  est celle que ma phénoménologie spiritualiste a majoritairement emprunté ici dans un dialogue critique avec la tienne, celle que tu m'as exposée de manière synthétique. 

En évoquant la dimension personnelle du Devenir comme la Mère de mon individuation vraie, je suggère bien sûr la nécessité de compléter la voie de la connaissance par une voie de dévotion. Celle-ci révèlera par le ressenti des réalités et expériences d'Union avec le Divin. L'Amour de la Sagesse est un sens de la démarche philosophique fort souvent oublié. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, dit Pascal. Cette citation bien comprise suggère que le cœur, lieu d'intuition, transcende intelligence émotionnelle, finesse de ressentis autant que solides raisonnements ou esprit de géométrie. C'est au fond du cœur que notre Amour fera l'expérience de l'union au Divin. Un lien substantiel nous relie là au Divin, notre dévotion peut nous faire réaliser être une individuation divine engendrée dans la substance même du Divin. La mystique chrétienne la plus profonde comme celle de maître Eckhart, de Madame de Guyon ou plus récemment de Ma Suryananda Lakshmi approfondit cela.

Et par ailleurs, s'il s'agit de mieux voir à la croisée de l'ouverture et de ce qui s'ouvre, notre besoin est de mieux discerner à la croisée du voir et de l'action, de la contemplation et de l'activité. Une voie de la connaissance pragmatique s'impose. Et donc, s'il s'agit mieux voir à la croisée de la contemplation et du contemplé en Être et en Devenir, le sentier de la voie des œuvres devra être exploré ardemment.

Voir le non effort inhérent à l'Ouvert revient à privilégier l'ouverture toujours déjà là, l'Être, et déjà cela risque encore très souvent de relativiser le Devenir. La voie de la connaissance devenant dogmatique risque d'effacer l'accès à la profondeur pragmatique de l'action en survalorisant le non effort ! Voir le non effort de l'Être peut en même temps être voir le mystère de la nature manifester l'effort de l'action s'effectuant à travers notre bulle individuelle. 

Par exemple, Témoin Ouvert aux mouvements des mes bras et de mes mains, ces mouvements s'écoulent dans une conscience sans l'impression de qui que ce soit qui s'efforce. Mais des sensations apparaissent, disparaissent, des mouvements avec certaines forces, certaines énergies s'effectuent, il y a un effort impersonnel de la nature dans le corps et l'esprit. Mon mental évoque un objectif pour ces mouvements, il y a une concentration. C'est la nature qui agit, qui fait à travers moi des efforts en manipulant des forces, en suggérant telle idée.

Pour moi, il y a là un mystère de l'action à explorer. C'est dans l'effort de l'action que je découvre non seulement un non effort mais que je découvre aussi que l'effort qui se maintient n'est pas mon œuvre personnelle. Je vois la nature qui détermine tout cela. Mais venues d'au-delà de la nature, se découvrent aussi des courants de forces conscientes de l'œuvre divine en perfectionnement de sa propre autocréation. Sur la voie des œuvres, il n'y a pas essentiellement découverte d'une illusion intrinsèque de l'effort mais d'illusions sur l'auteur et l'intérêt de l'effort. Certes il y a un non effort de la Conscience, une ouverture sans effort à ce qui se manifeste. Mais ce non effort n'abolit pas le fait de courants de conscience énergétiques parcourant sa vacuité. 

L'effort ici à mieux vivre, à mieux dévoiler  n'est pas uniquement celui d'un individu empêchant la dispersion de sa concentration, la rendant ainsi plus stable et plus constante. La révélation essentielle en jeu concernant l'effort sera celle d'une force de Conscience, d'un courant du Devenir modifiant en moi les filtres et manières d'être imparfaits de mon mental, vital et physique. Cet effort de la nature et au-delà d'une surnature s'explore et gagne en conscience d'elle-même en modifiant les courants ordinaires de mon humanité. Les courants ordinaires du devenir suivent le cours des pulsions, des désirs : les activités servant la persistance de la nature nous laissent loin d'une Prise de Conscience du Devenir. Le mystère de l'action de la nature par delà les apparences de l'action individuelle peut être entraperçu. Ça pense, ça désire, ça vit, ça matérialise, à la fois universellement et individuellement. A partir d'activités servant uniquement la perpétuation de la nature, l'essence du Devenir reste bien enténèbrée. Le ressenti d'absurdité d'être humain peut l'emporter sur le mystère d'une évolution d'une autocréation divine. Les intérêts qui m'amènent à vouloir agir sont souvent illusoires et trompeurs en tant qu'ego humain, même si en arrière-plan tout se colore d'un non-agir impersonnel en la conscience de l'Ouvert. Le désintéressement nous rapproche davantage du flux principal du Devenir et de son mystère à sa croisée de l'Être ; mes impressions d'être l'auteur, même désintéressé, sont une ignorance à dépasser. 

Une nouvelle connaissance surgit en l'Ouvert au-delà des savoirs, elle n'est plus réductible à une phénoménologie de l'Être. Cette nouvelle connaissance émerge en dissipant ou en dépassant les ténèbres lumineuses de l'Ouvert grâce à des luminosités jusque là inconnues. Elle s'apparente davantage à une phénoménologie pragmatique à la croisée de l'Être et du Devenir qu'à une phénoménologie axée sur la fixité de l'Être. Ce sont des actions pratiques de transformation évolutive de notre humanité qui facilitent l'émergence en l'Ouvert de nouvelles formes de connaissance. 

Une évolution de la conscience est nécessaire pour connaître et toute connaissance éclaircissant le mystère de l'Ouvert est évolution de la conscience.

L'intuition de l'Ouvert la plus immédiate nécessite l'intuition la plus instinctive. Rilke a certainement eu la connaissance de sa présence intuitive y compris pour l'animal. Nos savoirs mentaux nous en permettent des représentations, mais son vécu intuitif demeure premier. Et l'animal muet rencontré en cet Ouvert commun est notre frère.

Notre célébration mentale de l'Ouvert ne nous éloigne pas tant que cela de la conscience animale de l'Ouvert. Mais dans une pratique pragmatique, il y a évolution consciente de notre conscience. Au niveau mental déjà, la capacité mentale d'estimer des quantités et des rapports peut connaître des sauts qualitatifs de la petite enfance à la préadolescence. La plasticité mentale elle-même évolue en fonction de nos mentalités. Les travaux de Ken Wilber sur la spiritualité de l'évolution de la conscience rendent compte de cela. Pour nous, l'évolution consciente de la conscience peut aller plus loin encore grâce à des pratiques de spiritualisation concentrée. Sri Aurobindo a décrit des plans de connaissance surmentaux et supramentaux. Décrire ces plans sur un plan inférieur présente peu d'intérêt. Sri Aurobindo disait que le supramental s'expliquera de lui-même. Par contre, détailler les pratiques de spiritualisation qui permettent d'y accéder revient à fournir une cartographie permettant d'explorer réellement ce qui relevait du mystère de l'inconnu. Le dévoilement du domaine intuitif et la levée des ténèbres lumineuses limitant notre perception de l'Ouvert (à partir de l'Ouvert et de l'essence de l'Ouvert) passe par une pratique spirituelle. Le chemin de la connaissance peut aider à corriger des limitations herméneutiques mentales d'expériences intuitives phénoménologiques. Une pragmatique phénoménologique dispose à des sauts de conscience connaissante : en fait, l'Intuition, la connaissance par identité se décline en divers degré elle-aussi. Explorer le mystère du Devenir par le sentier des œuvres prédispose à ces évolutions. L'acte de connaître le Devenir autocréateur au-delà de nos savoirs passe par une action évolutive de la conscience mentale puis intuitive. Le sentier des œuvres est une participation de plus en plus consciente à l'autocréation de l'Être et du Devenir.

Cependant le sentier des œuvres ne culmine pas seulement dans des nouvelles luminosités connaissantes au-delà des savoirs. Reste encore une étape vers la Prise de conscience de l'auteur Divin du Devenir, celle de s'offrir et de se consacrer à cette Conscience force directrice de tous les devenirs, y compris donc des flux de perpétuation. 

En sanskrit, la Shakti désigne les flux principaux du Devenir, prakriti les flux de perpétuation de la Nature manifestée. Cette étape de dévotion à l'action de la Shakti vise à dépasser toute illusion d'être l'auteur d'une action quelconque y compris celle de s'offrir et de se consacrer. 

Cette dévotion d'offrande et de consécration devra s'initier depuis notre âme vraie, notre individuation du Divin pour révéler par la suite de plus en plus les dimensions personnelles du Devenir. 

Alors, par cette investigation intuitive des œuvres confluente avec la quête dévotionnelle, deux dimensions personnelles originaires à la croisée de l'Être et du Devenir pourraient se révéler : la Mère Divine, la MahaShakti et aussi l'Âme de la manifestation, qu'en sanskrit la Bhagavad Gîta nomme Purusha suprême ou Uttama Purusha ou encore Purushottama. 

Tout Purusha est ce détachement permettant la maîtrise, notre individuation vraie est un Purusha, le Suprême est le détachement du Devenir qui en a la totale maîtrise. Mère, la Mahashakti est l'amoureuse du Purusha, sa volonté exécutrice, son pouvoir d'exécution. La Mère est l'amour du Suprême se manifestant pour Elle, en Elle et par Elle entre toutes leurs autocréations. 

Au-delà des savoirs, sur la voie des œuvres, à la confluence de la voie de la connaissance et de la dévotion, il y aura la reconnaissance intime de la relation première d'Amour créateur où s'embrassent Être et Devenir, la Mère et le Suprême.

Ce seront peut-être d'abord des expériences, mais comme au départ de notre cheminement la présence de l'Ouvert s'expérimente discontinument, le jeu de dévoilement et voilement dure et accompagne notre transformation nécessaire avant que des réalisations se cristallisent.

Une nouvelle fois, ces rythmes suggèrent le mystère à la croisée de l'Être et du Devenir que je t'invite à explorer.


Article publié initialement le 31 juillet 2026,  amplement repris et approfondi le 6 septembre.

dimanche 9 août 2026

Aphorismes sur le Devenir comme dévoilement de la Mère Divine

 


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Un être libre émotionnellement n'a pas un passé qui le hante ou dont il est nostalgique.

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Est passé ce qui n'est plus. Libre psychologiquement, rien ne réactualise des difficultés. Ce qui n'est plus n'est plus déterminant. Libre psychologiquement, l'action présente n'est plus conditionnée par une adaptation à un contexte passé difficile, s'avérant rigide mentalement, souffrante émotionnellement et énergivore physiquement.

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Une âme vraie est pour nous l'individuation et la croissance de l'Enfant Divin. Cette âme s'exprimant en Soi, le passé psychologique peut avoir aucune force de fragilisation, de destruction. 

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La liberté psychologique n'existe véritablement en nous comme un fait indéracinable toujours déjà là qu'avec une prise de conscience de notre âme d'individuation divine.

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Par essence, rien n'affecte le Soi qui embrasse tout, et qui, par-delà tout, est tout. L'impersonnalité du Soi ne saurait être affecté personnellement.

L'âme vraie en Soi peut être affectée. Mais son ressenti n'est ni un excès d'hypersensibilité émotive ni un défaut de sensibilité émotive. Sa sensibilité et son expression émotive ne l'agite pas, il ne la déstabilise pas.

Rien ne peut traumatiser l'âme vraie en nous. L'ego, lui, reste vulnérable psychologiquement.

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Tout au plus, notre âme vraie peut ramener lucidement devant nous un obstacle actuel à sa croissance psychique au sein du mental, vital et physique. A ce niveau, il y a un problème qui aura sa solution, comme une énigme difficile prend du temps à résoudre, mais peut être, avec persévérance, résolue calmement, tranquillement. 

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L'ego voit une tragédie, un drame, l'âme en Soi cherche son opportunité de croître.

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Une âme en Soi n'a rien à défendre. Elle n'a qu'à conquérir. 

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Être humain pour une âme peut devenir absurde. 

Des cruautés de la vie humaine barre tout horizon d'espoir. L'humanité n'est plus qu'angoisse. Et cette angoisse d'absurdité de la vie humaine, une angoisse terrible, glisse imperceptiblement dans un feu de besoin, une flamme de Joie d'aspiration consciente et confiante. 

L'absurdité d'être humain toute sincère nourrit la flamme d'aspiration de l'âme à une autreté.

La personnalité humaine agonise dans la vraie personne d'âme divine.

L'espérance d'un être nouveau et son germe surgit dans l'impasse de toute voie humaine de développement personnel.

Une âme en Soi s'éveillant pleinement elle-même au bout de l'impasse d'être humain se vit forcément en chemin évolutif par delà l’humanité.

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Une âme éveillée à elle-même en un individu n'a qu'à batailler, mener bataille après bataille pour la Victoire finale certaine du Divin ici sur cette terre. 

L'ego lui reste sur la défensive, le passé qui ne passe pas nourrit sa défiance. L'ego encore étranger à l'âme se sent pris dans la fatalité de combats qu'il n'a pas choisis.

Tel ego prétend connaître l'absurdité de la vie humaine,  mais il survit volontiers dans le cynisme et le nihilisme, participant lui-même à prolonger la douleur de l'impasse. 

Certains égos domestiquent assez l'angoisse pour s'enorgueillir d'une sensibilité qui au fond étouffe le ressenti de leur âme vraie.

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Même à nue dans la vie du monde, l'âme vraie se déploie dans l'invulnérabilité du Divin, qui a les clés de toute manifestation à venir quelles que soient les défaites apparentes du passé.

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Un être libre psychologiquement est sans histoire personnelle déterminante. Un récit de notre histoire fige, il trace une ligne, déjà il mentalise à l'excès. 

En une histoire personnelle, une libération est au fond toujours déjà voilée par sa mise en récit. 

Le seul intérêt des histoires est d'offrir des analogies avec pour X inconnue cette liberté à libérer.

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Le tableau réel non représentable mentalement est la manifestation en multitude détaillée de l'Un Divin. Le Devenir Divin transcende toute vision mentalisée du Devenir, que nous réduisons au niveau humain de conscience comme étant du temps.

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Il y a des moments d'affleurement de la liberté, mais doit-on les enfiler comme des perles les unes derrières les autres sur un fil ? 

La pédagogie des perles déroulées sur le fil du récit a ses mérites, mais aussi ses limites. 

Célèbrer l'indicible dans les mots, pourquoi s'interdire cette poésie ?

Regardons en nous ces affleurements de liberté, n'y verrait-on pas des perles liquides colorées qui repeignent notre teinte existentielle ?

Regardons encore ces affleurements de liberté, ne pourrait-on pas y voir des ondes vivantes comme des gouttes sur un plan d'eau dont les ridules s'interpénètrent et se modifient les unes les autres dans le secret d'une harmonie préexistante en dévoilement constant ? 

Dès lors, comment traduire cette liberté sans histoire autrement que dans des récits linéaires ? 

Pour parler d'âme à âme, poésies ou aphorismes semblent parfois davantage indiqués par leurs potentialités d'expression non linéaires et de nuances silencieuses.

Dire d'une telle manière ou d'une telle autre est-il alors plus faux ou plus vrai ? 

Un affleurement de liberté, c'est le territoire ; dire, c'est la carte. 

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Plusieurs modes cartographiques sont souhaitables. 

Toute religion dogmatique commence toujours avec l'affirmation de la supériorité de sa cartographie spirituelle sur toutes les autres. La religion commence avec l'idée malheureuse qu'il serait bon d'éliminer toutes les bibliothèques des cartes passées. "Se libérer de tout" semble un idéal spirituel souhaitable. Mais qui nous libérera de ces paroles, de ces écrits prétendant nous affranchir de tous les autres ?

Ignorer la polyphonie des voix libératrices, mépriser les voix du passé libératrices en affirmant que notre proposition de liberté serait plus avancée, plus entière sans les donner à lire et à  entendre ! Incohérence des nouvelles tentatives d'enclore religieusement un bout de quelque chose, une loupiotte de Lumière libératrice attrapé dans un cœur encagé.

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Si il y a Devenir, le passé n'est-il pas dépassé ? La carte d'hier n'est-elle pas périmée ? A quoi bon des bibliothèques de cartographies périmées ? redira ce porteur de Lumière.

Aucune goutte de liberté n'annule l'autre. La vérité du passé, ce sont ces gouttes de lumière qui viennent désenténébrer. Elles sont des ondes vivantes désenténébrant le présent. Cette vie éternelle habite ces vieilles cartes et les parcourant, je me découvre parlant de mon âme aujourd'hui. 

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Bien sûr, à telle onde venue de si loin manque telle onde qui l'a rejointe et interpénétrée ici et maintenant. 

Aucune force libératrice n'est du passé ; apparue hier, elle est vivante aujourd'hui ouverte à la polyphonie des forces libératrices venues de tous les horizons.

Rien ne m'empêche de célébrer l'onde de liberté venue du passé, d'en éprouver gratitude.

Oui, paradoxe, il y a liberté sans histoire, Ouvert à toute la polyphonie des cartographies passées de la liberté, Ouvert à toute la polyphonie des nouveautés.

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Gratitude pour cet inattendu du passé ouvrant la voie à l'inattendu du jour !

Dans la liberté la plus vraie, il y un au-delà de toutes les contradictions, où toutes les choses trouvent leur place. 

La liberté la plus vraie où tout prend place, c'est l'Amour.

Hormis le mensonger qui se refuse à trouver sa vraie place en faisant que les autres ne la trouvent pas, qui ne trouvera pas sa place ? Si les autres choses trouvaient leur place, la place restante serait la vraie place qui contraindrait le mensonger à ne plus être le mensonger. Le mensonger s'agite car sa vraie place est de fondre dans l'Amour.

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Le Devenir vrai ne traîne plus le passé, le fleuve du Devenir est alors vécu comme courant créateur, libertés créatrices multiple, manifestation polyphonique de la nouvelle création en cours. 

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Le passé même en ses terrains les plus infertiles est enrichi et fertilisé par ce courant créateur du Devenir.

Seul le mensonger et la mort infertilisent. Leurs œuvres ne font que défigurer, rien ni personne ne peut empêcher le Devenir de tout reconfigurer dans sa nouveauté.

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Il y a une mémoire, des archives consultables, mais sans rapport avec les affaires courantes, semble-t-il. 

Mais tout ce qui est persistant est la base de la nature qui se verra reprendre dans le mouvement du Devenir. 

Les graines vivantes du passé oubliées, enterrées dans la poussière des années, des siècles finiront par germer.

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Les lois de la nature ne sont pas des vérités éternelles. 

Les lois de la nature sont des habitudes de la nature. 

Un processus habituel peut être transformé voire aboli.

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L'humain est-il de nature bonne ou mauvaise. Si l'on répond mauvaise, on envisage de redresser la nature humaine. Le remède appliqué par un homme mauvais, que vaut-il ? Si l'on dit l'humain bon sur un aspect de sa nature, comment a lieu cette dénaturation constatable dans les faits ? Observant, ce cercle vicieux mentalement indépassable, n'y a-t-il pas à admettre un mal substantiel propre au déploiement de la nature ? Pas sûr, s'il n'y a qu'un ensemble de processus habituels de la nature et non lois éternelles !

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En arrivant à l'expérience du Soi avec une âme, s'observe une force du Devenir capable de modifier ses propres habitudes de manifestation. 

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Dans la réalisation même du Soi avec une âme, les forces du mal sont de vieilles habitudes de manifestation malheureusement persistantes. 

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Des forces, des êtres ou des visions des choses ont pu participer d'un progrès mais le refus de prendre la nouvelle place assignée, le refus de la polyphonie en font des forces, des êtres et des conceptions contraires au flux du Devenir. Le mal en ces forces, ces êtres ou ces visions est leur mouvement contre évolutif.

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Par l'approfondissement de la réalisation du Soi avec une âme, les forces, les êtres et les visions dites du mal commencent à être renversées de leur domination sur le monde par une Force consciente de Devenir menant inexorablement à l'émergence matérielle de Sa nouvelle création en cours.

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Le surhomme créateur au-delà de l'homme mental et vital n'a plus de passé à traverser, pour regarder le présent et le futur se libérer. Cela émerge simultanément, les instants du temps vivants que le mental linéarisait coexistent renouvelés sans arrêt. Passé,  présent et futur se transfigurent dans le Devenir transcendant.

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Le courant créateur du Devenir est le courant directeur de tous les devenirs. Ce Devenir a des manifestations impersonnelles palpables pour le Soi avec une âme. 

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Mais se clarifiant, s'approfondissant, des dimensions personnelles de ce courant directeur du Devenir se manifestent. L'Inde en parle comme de Shaktis. Notre âme vraie peut les percevoir jusque sur le plan physique. 

Dans le fond du cœur, les souffrances de l'humanité se perdent dans le sourire éternel de cette Shakti prééminente sans que nul n'en soit lésé puisque l'allègement libérateur a tout redisposé. 

La compassion et tant d'autres qualités s'incarnent à travers les personnalités transcendantes de la Shakti engendrant des individualités. 

Remontant vers l'archétype de la relation personnelle première, je dirai qu'Être et  Devenir en relation vibrent. Quelque chose du son Om vibre, Cela se personnifie. Des noms désignent cette personnification de la relation. Dans le vocable qui me convient actuellement, je parlerai d'un jeu d'Amour entre Dieu le Père, le Suprême, Ishwara et la Mahashakti, la Mère Divine.

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 Mère, ce nom ancien venu de tes pionniers au verbe humain plaît à mon âme qui t'y reconnaît.

 Ô matrice éternelle, conscience absolue du Devenir, étoffe de notre âme, engendrés en Toi, inséparables de Toi, garde-nous de T'oublier, notre insincérité troublant nos cœur de faussetés.

Ô Mère, fais-nous grandir consciemment en Toi,  nous Tes Enfants !

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