Le plus gros scandale de l'évolution du vivant n'est pas que nous ayons un ancêtre commun avec chacun des êtres vivants quelle que soit son espèce.
Le scandale véritable de l'évolution est que l'humain n'en soit pas un aboutissement final mais juste un chaînon vers des espèces autres. "L'homme doit se dépasser ; il est un pont, pas une fin", disait Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. De fait, le scandale sera bien plus grand si l’évolution tend à des espèces bien plus conscientes que la nôtre.
Nos animaux de compagnie ont des perceptions sensorielles plus fines sur certains plans que les nôtres. Mais leur niveau de perception mentale ne leur donne aucune idée par exemple d'une évolution. Bientôt nous pourrions être devant un être issu de notre propre espèce dont la conscience et l'action échappent à nos meilleurs filets conceptuels mentaux. Cet être doté d'une conscience au-delà de toute l'intelligence mentale même étendue électroniquement ne peut s'expliquer mentalement même si nous pouvons l'envisager. Nous serions comme nos animaux de compagnie face à un être doté d'une conscience surplombant la nôtre. Descartes distinguait concevoir et comprendre à propos de notre rapport à l'infini. Comprendre la chose, c'est vivre la chose. Concevoir la chose, se la représenter, c'est s'en faire une idée mentale, ce n'est pas la vivre. Notre conscience mentale peut concevoir l'infini, mais elle ne peut le vivre. Au-delà de 5-6 objets, notre saisie mentale devient floue, sujette à erreur.
Que nous ayons des ancêtres communs avec d'autres espèces ne heurtent que des religieux qui refusent que le Divin fasse autrement que ceci est raconté dans leurs textes sacrés.
Pour le mental humain arrogant, un être qui mettrait fin au règne de la conscience mentale sur terre peut sembler de prime abord une menace intolérable.
Mais pour une conscience mentale simplement consciente qu'il n'y a aucune solution possible sur son plan de conscience à la crise évolutive observable factuellement, cela peut être une espérance.
Lors des grandes extinctions de masse précédentes, la vie a surmonté la crise. De nouvelles espèces incarnant des niveaux de conscience plus amples sont apparus dans des mouvements coévolutifs avec une adaptation des espèces précédentes. Les déséquilibres des écosystèmes par ces coévolutions se sont rétablis sur des niveaux de conscience chaque fois plus larges, plus profond, donnant aux individus plus de champ d'action, icluant plus de liberté, plus de créativité, plus de sensibilité, plus d'Amour.
Ainsi, sur un plan plus prosaïque, nos ancêtres primates sont apparus avec les insectes pollenisateurs, les plantes à fleurs et à fruits nécessaire à un volume cérébrale croissant.
Dans la traversée de notre crise évolutive en cours, ces découvertes sur notre passé forment un motif d'espérer.
Mais en est-on vraiment arrivé à l'impasse évolutive de notre conscience mentale humaine ? L'apogée de la conscience mentale humaine est-elle derrière nous ? Examinons les données factuelles. Qui a le plus de pouvoir sur le plan de conscience propre au mental ? La plupart des riches et des puissants ne font que précipiter la crise évolutive en cours. Ils ne sont ni mieux ni pires que les autres, ils ont plus de marge d'action. Seuls quelques uns perçoivent cette crise évolutive en train de rendre leur puissance d'action pourtant forte sur le plan humain, impuissante sur le plan évolutif de la terre. Sur le plan humain, l'agitation des uns et des autres se neutralise en accélérant la crise évolutive. L'agitation humaine précipite l'impuissance mentale à surmonter les problèmes multiples que cette crise génère. Sur le plan concret, l'apogée de la sphère de conscience mentale fut celle d'une technosphère, matérialisant économiquement notre maîtrise scientifique de la matière. Cette apogée est derrière nous, au début du 20ème siècle. Les soi-disant progrès des multimédias et des IA de ces dernières années produisent paradoxalement une démentalisation des humains qui les consomment. Le niveau de conscience mentale requis pour entretenir la technosphère recule. Ce système technologique va lui-même simplement ralentir voire rétrécir pour des questions de matières premières dont les énergies fossiles et les terres rares qu'il surconsomme. Et ceux qui convoitent égoïstement ces dernières grandes réserves ne font qu'accélerer le processus. La tragédie des guerres précipiterait cet effondrement inéluctable de cultures mentales surconsommatrices des ressources naturelles.
Les mensonges, les injustices et les coups de force de certains riches et politiques puissants sont les symptômes d'un règne de la conscience humaine mentale à l'agonie. Les empires qu'ils entendent former sont désormais des statues géantes aux pieds d'argile.
Toutes les décisions prises pour endiguer le phénomène de fragilisation semblent le précipiter.
Mais si comme fait indéniable, la crise évolutive est actée, si une espérance n'est pas impossible, pourrait-on participer de plus en plus consciemment à l'évolution de la vie en cours ?
Si nous avons une expérience de la paix ou plutôt si la conscience s'éprouve l'inconditionné de l'expérience spatio-temporelle, la profondeur de la vie comme élan de la nature, comme élan de manifestation évolutive peut se dévoiler. La réalisation de plus en plus approfondie de ce que la non dualité appelle le Soi est certainement un pré-requis.
Une évolution consciente se passe au niveau d'une conscience directe et immédiate de notre chair. Nos idées, nos émotions, nos désirs, nos pulsions d'appropriation, de reconnaissance ou de libido sont des voiles. Peu importe ce qu'on en pense, ce qu'on en éprouve, ce qu'on en attend !
Notre ego est un complexe de voiles plus ou moins inconscients. Il est une aide, un avant poste évolutif, par lequel le Soi s'ignore mais peut aussi se réaliser en embrassant la conscience mentale dans sa lumière. Comme nous le dit Sri Aurobindo dans ses Pensées et aphprismes, l'ego est une aide, mais il est aussi l'entrave à notre évolution psychocorporelle. La moindre trace d'ego ancre notre expérience du Soi dans la conscience surmentale. Plus simplement, notre Soi se vit à travers des filtres mentaux, religieux, métaphysiques, moraux, politiques. Certes lors de mouvement de redécouverte du Soi par Soi, on serait tenté de qualifier le vécu propre au Soi de Non mental. Mais, soyons sincère, les discours de non dualité sont divers, d'aucuns diront ce discours étranger à la non dualité, la non dualité serait d'abord atemporelle, et donc authentique, il n'y aurait qu'unité des vécus du Soi. Mais déjà un tel discours critique tend à rejeter notre discours évolutionniste comme une illusion, les lignes de faits scientifiques ne sont pas intégrés, la crise évolutive en cours est niée. Certains expérimentateurs du Soi rejettent de la non dualité tout Devenir conscient. Pour eux, l'inconscience du Devenir serait même la source du Soi. Pour eux, l'absolu est un inconscient ! Pour nous, il y a un vécu de non dualité entre l'Être et le Devenir. Les religions passées et certaines présentes lorsqu'elles disent les personnes divines engendrées éternellement par l'unique fond divin ou les unes par les autres, et non pas créés dans l'espace temps cosmologique, exposent des pans d'intuitions d'une telle non dualité.
Pour nous, c'est un ensemble de voilements, ce sont les ténèbres lumineuses surmentales du Soi qui nous voilent dans son vécu des domaines au-delà du mental.
Ces discussions esquissent en arrière-plan une théorie évolutive du vécu du Soi réalisé. Le même Soi pourrait être vécu sur différents plans de conscience, de façons plus ou moins ténébreuse, plus pu moins illuminées donc, plus ou moins inclusives, plus ou moins ouvertes, plus ou moins tolérantes, etc.
Mais psychocorporellement, qui évolue ? L'espèce, l'adn, la perception, etc.
Le tout évolue, rien n'évolue isolément, il y a une coévolution, et cependant c'est par un individu que se manifeste la nouvelle conscience.
Quel est cet individu qui n'est pas réductible à un ego de conscience mentale ?
De nouveau, j'en reviens à ce Soi avec une âme. Le seul Soi est un témoin détaché des plans de conscience. L'ego n'est plus égocentrique quand le Soi se dévoile au centre de la conscience. Au-delà de l'individualité égoïque mentale, il y a le Soi avec une âme, c'est une union d'essence avec le Devenir. Le fond du Soi avec une âme est le jeu du Seigneur purusha et de sa Shakti dont il est l'enfant divin.













