vendredi 31 juillet 2026

la Mère divine - une approche


 

Objecteur - Tu n'as que Mère à la bouche. Douce Mère par là, Mère divine par ci ! Ta déesse Mère se substitue à Dieu, ce mot éculé et patriarcal. Mais c'est encore, semble-t-il, de la religion qui t'habite, une croyance religieuse, un récit, une histoire pour vivre plus rassuré les événements chaotiques de ces temps. 

Pourquoi tu as besoin de ce galimatias, dans mon expérience, la Réalisation de la Conscience suffit. En cet Ouvert, tout surgit sans besoin de récit pour espérer, sans besoin fondamental de quoi que soit d'autre que cette liberté et de cet accueil. Pourquoi surajouter du sens religieux à l'Ouvert ?

L'Ouvert, ce n'est personne, ni un Dieu le père, ni une déesse Mère. Être Ouvert, ce n'est ni prier, ni espérer, c'est laisser Être. Même pas trace de lâcher prise. Qui lâcherait quoi que ce soit ? L'Ouvert s'ouvre sur un espace de conscience s'autocréant dans ses apparences. La liberté de l'Ouvert est sans histoire. Des histoires, des mémoires surgissent mais accueillies dans un détachement sans histoire.


Réponse - Dans l'ouverture de l'Ouvert, il y a Être atemporel, mais ce qui s'ouvre en l'Ouvert déjà comme Ouvert est Devenir. L'autocréation n'est pas en avant de l'Ouvert, L'Ouvert lui-même s'autocrée, c'est un "il y a". Dans l'acte pur d'"il y a", plus vif et impensable que le déploiement total d'une infinité, n'y a-t-il pas coïncidence de l'immuable et du muable, du Devenir et de l'Eternité ? L'autocréation n'est pas un "au sein de l'Ouvert", l'autocréation est la substance première purement relationnelle de l'Ouvert qui s'ouvre multiplement. La conscience ne se limite pas à un espace temps dans l'Ouvert, l'Ouvert est l'acte pur de la Prise de Conscience originaire, l'acte pur d'une Prise de Conscience autocréatrice avant tout temps et tout espace. L'Ouvert est Prise de Conscience automanifestée du Divin lui-même. 

Pour réaliser ceci ou en avoir une expérience, il faut déjà que notre voilement de ténèbres lumineuses se retire ou devienne transparent, il faut que l’œil de conscience propre à notre vécu de l'Ouvert devienne plus pénétrant. 

Ici même, si l'on prend l'idée de la grande Non dualité que "Tout est CELA" au sérieux, en le premier vécu de l'Ouvert où il y a encore un englobant et un englobé, se dévoile en un Devenir que Tout est le Divin, par le Divin, à travers le DIvin en train de se dévoiler Divin. L'évolution de la conscience de l'Ouvert est un dévoilement du Divin toujours déjà involué.  

Comment dès lors mettre d'un côté, un immuable et de l'autre un immuable ? Associer l'Ouverture de l'Ouvert à l'immuable et le muable à ce qui s'ouvre en l'Ouvert revient déjà à relativiser le Devenir par rapport à l'Être. Ceci revient à affirmer comme les platoniciens que ce qui se manifeste est une perte d'Être, un moindre Être. Le Devenir serait réduit à une perte d'Être. Ce n'est plus mon expérience vécue fondamentale de l'Ouvert. Ceci formait mon expérience vécue tant que mon égo mental subsistait assez dans l'Ouvert avec ses désirs propres et ses pulsions propres, pour ressentir d'un côté un monde de devenir spatio-temporel et de l'autre une réalité atemporelle. Pour l'égo, par nature condamné à s'effacer, soit par la mort soit par le service du Divin, cela semble réel : le devenir personnel est alors une perte d'être seulement surmontable en son annihilation en l'Être véritable. Et certes la perte d'Être se poursuit inéluctablement tant que notre vie humaine se focalise sur nos désirs humains et en amont à nos appétits animaux. 

Mais les platoniciens eux-mêmes parlent d'un amour du vrai, du juste et du beau, d'une aspiration à la perfection qui n'est pas le besoin pulsionnel ou le désir matérialiste. Cette aspiration à plus de perfection, cet Amour du Divin est le fond vrai de notre individualité, ce qui fait de quelqu'un ou d'une personne qu'elle a une âme. Notre réalité psychologique se déploie sur un fond réellement psychique. Ce mouvement psychique surmonte la déficience d'être de l'ego, du désir et des pulsions mais pas forcément en se détournant du Devenir, y compris chez les grecs de l'antiquité eux-mêmes. Dans l'univers de la sagesse grecque, la psychè, l'âme, l'être psychique est liée à Eros, à la fois le Divin originaire, la Source et le besoin d'Être, la soif du Devenir DIvin à la Ressource intarissable. Mon vécu d'une aspiration psychique s'est peu à peu distinguée de mes désirs ou des pulsion, elle m'a découvert en sa racine une âme, une individuation vraie de l'Ouvert. 

Mais cette individuation est dans mon expérience liée à un processus d'incarnation et non du côté d'une aspiration à une vie spirituelle désincarnée. Si mon action participe de plus en plus consciemment au Devenir le plus profond, elle se réalise de plus en plus une autocréation consciente, le "il y a, ouverture de l'Ouvert"

Dans ma vie vécue en l'Ouvert, la Mère Divine est une dimension personnelle du Devenir inhérent à l'Ouvert, une réalité personnelle divine de "Il y a ouverture de l'Ouvert", une Âme de toutes les âmes, cette individuation source de toute individuation vraie à l’œuvre dans l'Ouvert. 

A un extrême, il y a le temps mental, une construction avec des ordres de grandeur comme une seconde, deux ans, mille ans, etc. Cette construction, je ne la confonds pas avec le Devenir de l'Ouvert en tant que telle. Une âme c'est à la croisée du Devenir et de l'Être, c'est une expérience d'un réalité tempiternelle. L'aspect de cette expérience la plus immédiate est selon moi celle de la famille de la madeleine de Marcel Proust dans A la Recherche du temps perdu. Soudain une sensation nous fait faire un revécu vivant et présent de ce qui avait eu lieu dans le passé, un morceau de vie en Devenir surnageait donc dans l’Éternité. Ce n'est pas qu'une mémoire vive, c'est une réminiscence, il y a un accès à des vécus éternisés de notre vie individuelle.

Le "Tu es Cela" des Oupanishads ne peut pas plus valoriser soit l'Être soit le Devenir. 

Si tu relavises l'Être, un pur multiple décrit un devenir inconscient de lui-même, rien ne s'unit absolument. Toutes les configurations deviennent toutefois possibles ! Si tu relativises L'Être, certes Tout devient masque, paraître. L'imagination créatrice cependant n'aura aucune llimite. Si tu relativises l'Être,  ton vécu de l'Ouvert se limite à une perspective parmi d'autres, l'ouvert de l'un ne peut pas comprendre l'ouvert de l'autre. Des muets parlent à des sourds. De vagues secousses d'épidermes font un commun. L'harmonie devient ici un fantasme. Agitation, stress, absurde triomphent. Bien que détachées des chaînes de l'immuable, les imaginations et les possibles se focalisent sur le drame. La vie n'est pas belle, seules les images de la vie le sont, dirait Schopenhauer.

Si, au contraire, tu relativises le Devenir, tu cherches à te relaxer du Devenir qui te traverse et qui s'étend dans l'Être immuable de l'Ouvert. Tu apprécies la paix et tu déprécier la vie. 

A vrai dire, ta vie de sujet est comme une ombre dans l'Ouvert qui ne te permet pas de voir vraiment le Devenir à sa source.

Voici l'invitation : il s'agit de mieux voir en l'Ouvert, là où en Cela, encore Un, rien ne distingue Être et Devenir, là où Cela ne montre aucune préséance de l'Être sur le Devenir ou du Devenir sur l'Être.

 Comment mieux voir en l'Ouvert et mieux voir l'articulation de L'Être et du Devenir ? 

Parmi les sentiers spirituels, on distingue usuellement la voie de la connaissance, la voie de la dévotion et la voie des œuvre. 

La voie de la connaissance  est celle que cette phénoménologie spiritualiste a emprunté. En personifiant le Devenir comme la Mère de mon individuation vraie, je suggère une voie de dévotion. 

Mais s'il faut mieux voir à la croisée de l'ouverture et ce qui s'ouvre, il faut mieux discerner à la croisée du voir et de l'action, une voie de la connaissance pragmatique s'impose. Et s'il faut mieux voir à la croisée de la contemplation et du contemplé en Être et en Ðevenir, le sentier de la voie des œuvres doit être emprunté.

Voir le non effort inhérent à l'Ouvert revient à privilégier l'ouverture toujours déjà là L'Être et déjà cela relativise le Devenir. La voie de la connaissance dogmatique efface la profondeur pragmatique de l'action !

Pour moi, c'est dans l'effort de l'action que je découvre non seulement un non effort mais que je découvre aussi que l'effort qui se maintient n'est pas mon œuvre personnelle, mais des courants de forces conscientes de l'œuvre divine en perfectionnement. Sur la voie des œuvres il n'y a pas essentiellement découverte d'une illusion de l'effort mais d'une illusion sur l'auteur et l'intérêt de l'effort. Certes il y a un non effort de la conscience, une ouverture sans effort à ce qui se manifeste. Mais ce non effort n'abolit pas un courant de conscience énergétique parcourant sa vacuité. L'effort ici n'est pas celui d'un individu empêchant la dispersion de sa concentration. L'effort qui se révèlera peut-être ici sera celui d'une force de conscience, d'un courant de devenir. Mes intérêts qui m'amènent à le vouloir sont illusoires et trompeurs, mes impressions d'en être l'auteur même désintéressé le sont aussi. 

Une nouvelle connaissance surgit non une phénoménologie de l'Être mais une phénoménologie pragmatique à la croisée de l'Être et du Devenir.

Reste encore une étape s'offrir et se consacrer à cette conscience force directrice de tous les devenirs, cette dévotion impersonnelle tout d'abord révèlera peut-être par la suite la personne du Devenir, la Mère Divine et aussi l'Âme de la manifestation, le Purusha suprême ou Uttama Purusha ou encore Purushottama, nous dit la Bhagavad Gîta.

Au-delà des savoirs, il y aura la reconnaissance intime de la relation première d'Amour créateur où s'embrassent Être et Devenir.



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