jeudi 1 septembre 2011

LA "PENSEE" D'ALAIN SORAL SYMPTOMATIQUE DE L'IMPASSE DES EGOCENTRISMES NATIONALISTES ET/OU INDIVIDUALISTES FACE A LA CRISE EVOLUTIVE.

Des penseurs comme Alain Soral nous propose une synthèse entre la droite et la gauche. Il faut reprendre les valeurs de la droite qui défendent une tradition et les fusionner avec le sens de la justice de gauche. Pour lui l'ennemi commun est le libéralisme économique mondialiste qui défait les traditions pour fabriquer des consommateurs ou des agents serviles et bien sûr consacre une exploitation financière quitte à entraîner la paupérisation d'une grande partie de la population.
L'arme centrale utilisée par les socialistes libéraux fût l'antiracisme dans les années 1980. C'était le moyen de faire accepter à la classe pauvre son élargissement et son déclassement. C'est être raciste de protester contre l'immigré qui en fait travaille toujours dans des conditions inacceptables et au fond participe à la dégradation des conditions de travail. Plus subtil un mouvement de droite et de gauche fait monter un anti-islam, il n'est plus question d'être raciste mais de mettre en jeu une menace culturelle que fait peser cette religion sur nos libertés. Elle permet alors de diviser les pauvres, de lancer les pauvres anti-musulmans contre les pauvres musulmans. 
Alain Soral suggère que toutes ces questions ont été sans cesse instrumentalisées pour éviter une conscience de la lutte des classes qui est en jeu et au fond pour déposséder les peuples de leur pouvoir et de leur identité au profit d'un pouvoir mondialisé qui n'appartient qu'aux plus riches.


Les analyses sont brillantes, dialectiques et elles fleurtent volontiers avec ce qui heurte l'intellectuel bon tain qui rejette d'emblée les thèses du FN comme néofasciste et relativise la lutte des classes voire trouve ce concept désuet.  Vue les tentations politiques des uns et des autres, la "pensée" de Soral est bien un cas représentatif du tournant néo-conservateur que l'essayiste Daniel Lindenberg a essayé de décrire et de dénoncer. Nous pensons que la grille de lecture essentiellement fondée sur la modernité et les Lumières que nous propose Daniel Lindenberg est insuffisante pour critiquer cette tendance dont la "pensée" de Soral est symptomatique. Selon Soral ces intellectuels bourgeois bohêmes (les bobos) droit de l'hommistes n'ont plus aujourd'hui comme option que la seule écologie qui serait selon lui le top du nihilisme politique, autrement dit la démission de l'action politique par excellence.

1 - Cette analyse néglige totalement le fait que la crise en cours par ses dimensions écologiques et culturelles nous oblige à envisager la constitution d'un niveau international de la démocratie.

La crise économique et financière pourrait en effet se résoudre en ramenant la vie économique à des échelles nationales permettant au peuple d'en tirer réellement profit, confort et sécurité. Mais si la crise écologique est un fait alors l'internationalisme est plus que jamais nécessaire et pour ce faire l'Europe politique est un point d'appui nécessaire. Notre thèse est qu'il y a une crise écologique parce que l'homme traverse une crise évolutive comme auparavant les premiers ancêtres de notre lignée qui devinrent les primates suite au Jurassique. Une telle évolution n'a rien de local ou de national, elle met en jeu des équilibres planétaires sur les plans matériels, culturels et spirituels et donc le sens de cette évolution en cours nécessite l'unité humaine pour éventuellement être vécue sereinement c'est-à-dire plus consciemment afin d'éviter les drames qu'engendreront des destructions de formes passées qui font obstacle. Par exemple, toutes nos énergies fondées sur des énergies fossiles y compris les nucléaires ne seront plus valables à moyen terme (certains démontrent preuves à l'appui que le pic du pétrole est derrière nous!!) : politiquement comment agir  sur les groupes internationaux qui préfèrent gérer la pénurie à leur avantage quitte à ignorer que leur propre avenir soit compromis au cours d'une panne globale d'énergie ? A ce propos il faut que nos démocraties recourent de moins en moins à des représentants politiques qui par leur mandat ont les mains libres pour prendre leur part du marché.Il faut repenser nos organisations décisionnelles démocratiques afin que ce soient des délégués qui agissent en notre nom chargés d'un mandat précis et qui soient révocables preuve à l'appui par les citoyens s'ils trahissent ce mandat précis. Le confinement nationaliste est donc plutôt une résistance et une inertie de nos démocraties représentatives qui ne peut engendrer que de la souffrance puisque les faits sont là : nos sociétés sont déjà multiculturelles par leur composition même si cela crée des frictions douloureuses, les évènements planétaires environnementaux à venir sont inévitables et notre organisation décisionnelle elle-même est désuète pour faire face aux défis qui nous attendent. Enfin en ce qui concerne la dimension internationale, avouons que des représentants ou délégués d'une politique nationaliste n'agissent jamais dans la perspective des intérêts universels : inventer une démocratie supranationale implique que les personnes morales nationales agissent comme des citoyens d'une seule et même nation terrestre prêts à accepter les contraintes collectives supranationales qui au fond garantissent une souveraineté nationale qui ne méprisent pas les autres nations.

Mais une nation fondée sur des valeurs universalistes (liberté égalité fraternité) peut intégrer et remettre les valeurs des multiples cultures qui la compose à leur place et dès lors riche de cette expérience intérieure (culturelle et spirituelle) participer activement à l'édification d'une démocratie supranationale. Le mouvement intégral avec les modèles de Ken Wilber, de Steve Mac Intosh ou avec l'idéal de l'unité humaine de Sri Aurobindo est ici pertinent.

Rien d'original dans cet internationalisme défendu déjà par les penseurs racines du mouvement intégral comme certains idéalistes allemands (dont le marxisme fût l'héritier sur cet aspect), Bergson connu pour ses engagement pour la paix entre les nations et bien sûr Sri Aurobindo et Mère qui a fait d'Auroville un des symboles de l'unité humaine à venir tout en liant cette expérience à des instances internationales comme L'UNESCO. Précisons que l'internationalisme pour Sri Aurobindo ne sera une réalité lorsque les peuples agiront à partir de leur âme collective et non plus de leur ego-centrisme. Cette précision qui met ici encore en jeu une spiritualisation de nos cultures permet de comprendre comment une mondialisation n'implique pas la destruction des identités culturelles mais par contre implique de les libérer de leurs tendances égocentriques.

Avoir un peu de profondeur spirituelle et de lucidité sur l'environnement, nous amène à prendre au sérieux ce qui apparaît comme des déséquilibres nous obligeant à revoir notre rapport économique à la nature mais aussi à reconsidérer nos échanges (culturels et économiques) avec les autres peuples. Ainsi un guide spirituel majeur comme le Dalaï Lama est très direct :
Si je devais voter, ce serait pour un parti écologiste. Ce n'est pas un choix politique, c'est une question de survie; c'est pourquoi je considère cette question comme primordiale.
La question de la peur dans une perspective spirituelle ne se posera pas puisque nous ne sommes pas ce corps et que la recherche spirituelle consiste à l'expérimenter. La survie dont il s'agit dans cette citation d'un homme au rayonnement spirituel indiscutable est celle de la manifestation du point de vue d'une liberté ancrée dans la non manifestation par définition immortelle, intemporelle, etc. Susciter la peur pour imposer l'écologie n'est pas du tout un chemin spirituel : ce serait de la politique au sens d'un art de la manipulation et c'est bien ce sens de la politique qui doit être dépassé ou abandonné. Enfin la peur est bien souvent ce qui mène au cynisme et amplifie la dégradation de l'environnement. L'enjeu véritable est donc évolutif et certaines crises évolutives voient en effet la disparition des espèces dominantes : si nous voulons accompagner l'évolution en cours pour ne pas disparaître, nous devons sans doute passer de mentalités ethnocentriques ou anthropocentriques à une mentalité cosmique en symbiose avec la nature et c'est une force de la nature qui oeuvre à travers nos actes inconscients qui nous oblige à évoluer ainsi. Ceci va au-delà du spirituel car cela met en jeu nos mécanismes physiologiques inconscients. La peur nous laisse à un niveau anthropocentrique comme d'ailleurs le désir de montrer qu'il n'y a pas de réelle crise écologique, ces deux attitudes nous empêchent d'adhérer de plus en plus consciemment à une évolution non seulement culturelle mais aussi écosystémique et donc biologique.

2 - La question de l'immigration reste cependant posée car elle produit à l'évidence des tensions sociales. Le mouvement intégral avec Wilber, Don Beck, etc. d'une part ou d'autre part avec Sri Aurobindo apporte une réponse originale qui n'est ni provocatrice, ni très efficace pour avoir des échos sur un plan médiatique mais qui a déjà connu des applications encourageantes. Le problème en jeu n'est pas tant l'immigration et l'intégration culturelle des immigrés mais l'hétérogénéité des niveaux d'évolution des mentalités des groupes sociaux qui composent notre pays et qu'il s'agit d'orienter tous vers plus de conscience afin que tous deviennent  culturellement et spirituellement conscient que participer consciemment à l'évolution est le propre de l'être humain au niveau individuel et collectif. 
A vrai dire la population n'est pas du tout homogène et cette non homogénéité ne coïncide pas du tout avec les origines ethniques des uns et des autres. La modernité centrée sur l'usage de la raison et de notre propre autorité à l'encontre de la religion fondamentaliste n'est pas toujours un acquis garanti dans les populations d'origine immigrée quelle que soit sa réussite économique. Mais ce manque de pénétration de la raison moderne concerne aussi nombre de personnes ayant de nombreuses générations d'ancêtres nationaux. Au-delà de la modernité, le postmodernisme ou le subjectivisme qui nous rend sensible à la vie et donc à notre relation fondamentale à l'environnement ne s'est pas imposé sur tous les plans. Et puis quand ce subjectivisme se constitue la dimension communautaire a encore beaucoup de poids sur les individus et donc quand la modernité pourtant sensible à notre propre autorité et choix personnel s'ouvre à l'individualité, cela reste teinté de réflexes identitaires collectifs. Par exemple concernant le problème du voile islamique, d'une kippa ou d'un crucifix, on a l'attitude prémoderne qui marque une soumission de l'individu à sa communauté et on a des attitudes postmodernes qui marquent la volonté de l'individu d'exister en se réclamant de telle identité communautaire. Faute d'ignorer que le plus important est ce qu'il y a dans la tête et non ce qu'il y a sur elle ou accrochée à elle, l'action politique contemporaine échoue.
Alain Soral dénonce l'individualisme des bourgeois bohêmes qui cherchent à se donner bonne conscience mais il n'échappe pas non plus lui-même  à cette quête d'individualisation identitaire égoïste même si dans son cas elle a une dimension créatrice plus prononcée. Ainsi le subjectivisme individualiste caractéristique du spectateur-artiste et le subjectivisme nationaliste d'Alain Soral sont les deux faces de l'impasse égocentrique qu'elle soit à une échelle individuelle ou collective. Il y a là deux négations subtiles de l'âme, âme dont la vocation est l'évolution et la communion.
La réponse à cette crise est donc d'assumer d'urgence le passage vers un subjectivisme spiritualiste qui saura donner à ceux qui en ont besoin la raison qui libère de l'obscurantisme traditionnaliste qui reproduit des croyances sans saveur. Subjectivisme spiritualiste qui saura aussi dépasser la sécheresse un peu vide de la raison et souvent sonnant faux telle le moralisme droit de l'hommiste en initiant à un subjectivisme qui sache éviter davantage l'égocentrisme. 
Et donc si l'analyse de l'évolution des mentalités proposée est bonne, c'est bien à l'impasse du subjectivisme que nous avons présentement affaire sous toutes les formes dont nous avons pu parler jusqu'ici. Pour faire vite il y a d'un côté un subjectivisme individualiste souvent multiculturaliste et internationaliste  et d'un autre il y a encore un subjectivisme nationaliste ou communautariste. Dans le cas de Soral les deux côtés se mélangent pour donner des configurations qui confinent à la provocation en prenant soin autant que possible de ne pas franchir certaines lignes interdites par la loi républicaine (cf. ses thèmes de réflexion et ses engagements politiques).

 A vrai dire quand on on sait l'efficacité médiatique et la reconnaissance que la provocation produit dans le système mental subjectiviste, on peut retourner contre lui une critique sociale : à sa pseudo lutte des classes  tendance théorie du complot soft avec laquelle il analyse la société, nous substituons une lutte des égos individuels et collectifs pris dans le triangle amplement inconscient de l'appropriation, de la satisfaction sexuelle et de la reconnaissance et nous fondant sur ce critère "la pensée" d'Alain Soral relève tout particulièrement des pathologies de la reconnaissance. [sur l'erreur philosophique et spirituelle fondamentale qui anime les théories du complots nous renverrons à notre article CONSPIRATIONNISTES, CROYANCES AUX ILLUMINATI ET AUTRES ZEITGEIST IGNORENT L'ESSENTIEL.]
Enregistrer un commentaire