samedi 27 septembre 2014

LA VIOLENCE EDUCATIVE SOURCE DE RACISME, D'INTEGRISME, ETC. Avec Alice Miller et la spirale dynamique.

Pourquoi les fessées, les gifles et même des coups apparemment anodins 
comme les tapes sur les mains d’un bébé sont-elles dangereuses ?
Elles lui enseignent la violence, par l’exemple qu’elles en donnent.
Elles détruisent la certitude sans faille d’être aimé dont le bébé a besoin.
Elles créent une angoisse : celle de l´attente de la prochaine rupture.
Elles sont porteuses d’un mensonge : elles prétendent être éducatives alors qu’en réalité elles servent aux parents à se débarrasser de leur colère et que, s’ils frappent, c’est parce qu’ils ont été frappés enfants.
Elles incitent à la colère et à un désir de vengeance qui restent refoulés et qui s’exprimeront plus tard.
Elles programment l’enfant à accepter des arguments illogiques (je te fais mal pour ton bien) et les impriment dans son corps.
Elles détruisent la sensibilité et la compassion envers les autres et envers soi-même, et limitent ainsi les capacités de connaissance.
Quelles leçons le bébé retient-il des fessées et autres coups ?
Que l’enfant ne mérite pas le respect.
Que l’on peut apprendre le bien au moyen d’une punition (ce qui est faux, en réalité, les punitions n’apprennent à l’enfant qu’à vouloir lui-même punir).
Qu’il ne faut pas sentir la souffrance, qu’il faut l’ignorer, ce qui est dangereux pour le système immunitaire.
Que la violence fait partie de l’amour (leçon qui incite à la perversion).
Que la négation des émotions est salutaire (mais c’est le corps qui paie le prix pour cette erreur, souvent beaucoup plus tard).
Qu’il ne faut pas se défendre avant l’âge adulte.
C’est le corps qui garde en mémoire toutes les traces nocives des supposées «bonnes fessées».

Comment se libère-t-on de la colère refoulée ?

Dans l’enfance et l´adolescence :
On se moque des plus faibles.
On frappe ses copains et copines.
On humilie les filles.
On agresse les enseignants.
On vit les émotions interdites devant la télé ou les jeux vidéo en s’identifiant aux héros violents. (Les enfants jamais battus s’intéressent moins aux films cruels et ne produiront pas de films atroces, une fois devenus adultes).
A l’âge adulte :
On perpétue soi-même la fessée, apparemment comme un moyen éducatif efficace, sans se rendre compte qu’en vérité on se venge de sa propre souffrance sur la prochaine génération.
On refuse (ou on n’est pas capable) de comprendre les relations entre la violence subie jadis et celle répétée activement aujourd’hui. On entretient ainsi l’ignorance de la société.
On s’engage dans les activités qui exigent de la violence.
On se laisse influencer facilement par les discours des politiciens qui désignent des boucs émissaires à la violence qu’on a emmagasinée et dont on peut se débarrasser enfin sans être puni : races « impures », ethnies à « nettoyer », minorités sociales méprisées.
Parce qu’on a obéi à la violence enfant, on est prêt à obéir à n’importe quelle autorité qui rappelle l’autorité des parents, comme les Allemands ont obéi à Hitler, les Russes à Staline, les Serbes à Milosevic.
Inversement, on peut prendre conscience du refoulement, essayer de comprendre comment la violence se transmet de parents à l’enfant et cesser de frapper les enfants quel que soit leur âge. On peut le faire (beaucoup y ont réussi) aussitôt qu’on a compris que les seules vraies raisons de donner des coups «éducatifs» se cachent dans l’histoire refoulée des parents.

Alice Miller

(Chacun est libre de diffuser ce texte, sous condition de ne rien y changer.)

Si le raisonnement d'Alice Miller est juste, tout embrigadement idéologique est en fait basé sur la violence physique et/ou psychologique. Non seulement une idéologie intolérante qu'elle soit politique ou religieuse trouve grâce à une telle éducation des personnes obéissantes déconnectées très fortement de leur âme mais aussi elle pourra facilement intégrer la légitimité de la violence physique et/ou psychologique contre ceux qui s'y opposent.

LUTTER CONTRE LES IDÉOLOGIES PERVERSES ET INTOLÉRANTES PASSE DONC PAR UNE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES ÉDUCATIVES.

Dans l'approche mémétique que propose la théorie de la spirale dynamique, tous les systèmes de représentations culturelles peuvent se ramener à une question d'équilibre entre le point de vue du développement de la conscience individuelle relativement à celui du développement de la conscience collective.
Cliquez sur l'image pour la voir en détail.

La violence éducative tant physique que psychologique met donc en jeu nos représentations culturelles.


On pourrait donc faire des hypothèses quant aux liens entre schémas culturels, éducation et usage de la violence éducative.

La violence éducative sans pondération est caractéristique du Mème rouge égocentrique ou du Mème beige de survie. Dans le Mème beige de la survie, l'enfant est constamment menacé d'abandon ou pire menacé au niveau de sa vie même d'être utilisé en vue de survivre. A ce stade les enfants sont encore mis bas comme les animaux et non élevés. A ce stade l'humanité est en péril.

Le Mème violet clanique mettra en valeur l'apprentissage par mimétisme. La violence sera expulsée en dehors du clan et celui qui se risque à la violence devra regagner la confiance du clan. La violence éducative du Mème violet clanique est plus psychologique que physique puisqu'elle menace d'exclusion un être qui se sait incapable de survivre en dehors du clan. L'enfant qui se sent abandonné ou se fait abandonner lui-même alors qu'il passe lui-même par ce stade clanique violet peut se laisser mourir... Mais du point de vue éducatif, l'éducateur émerge au stade violet : il élève l'enfant qui assure la continuité de la structure sociale qu'il a en vue.

Le Mème rouge qui valorise la force individuelle le plus souvent égocentrique soumettra l'enfant à l'ego de l'adulte par une violence qui signifiera à l'enfant sa faiblesse vitale au point que sa non soumission entraînerait la mise en cause de son intégrité physique. La famille clanique qui subsiste doit préparer l'enfant à grandir dans un monde violent.
Quant la violence éducative devient une violence QUI MARQUE LE CORPS ET TERRORISE L'ESPRIT, et qu'elle n'est pas proportionnée à la faute on se situe donc surement dans la Spirale des valeurs entre le niveau Rouge et Bleu.

La violence éducative pondérée mais récurrente (le coup légitimé par la faute) est intrinsèquement liée au traditionalisme, des formes de communautarismes fascisants ou fondamentalistes.Parfois ces systèmes de représentation réserve la violence physique pour les fautes graves mais elles disposent de tout un lot de contraintes et de menaces psychologiques pour justifier l'amour de l'autorité et de la tradition. Les techniques éducatives du niveau bleu visent alors essentiellement à l'obéissance à l'ordre. Il faut se sacrifier à l'ordre OU SACRIFIER A L'ORDRE. Les expériences de Milgram ont montré le poids de ce Mème dans les années qui précèdent la seconde moitié du XXème siècle.

Le Mème orange s'impose au Mème bleu par son efficacité qui fait autorité. Ainsi une population majoritairement bleue peut se faire se faire diriger par une minorité orange. L'éducation orange tant qu'elle vise l'efficacité convient très bien aux éduqués ayant le Mème bleu.

L'éducation moderne a promue la discipline et le travail pour éduquer. La sanction consistera souvent dans la disparition de la récompense prévue en cas d'exemplarité voire dans une dégradation du confort en terme de nourriture, de communication. L'approche moderne recourra à une violence psychologique plus qu'à une violence psychologique pour que l'individu ne suive pas ses impulsions ou ses habitudes mais agisse en suivant un raisonnement qui intègre ses intérêts aux intérêts sociaux.

Dans nos sociétés hypermodernes, Le Mème orange est dominant socio-politiquement mais il est sans cesse mis en cause par des Mèmes inférieurs (bleu, rouge, violet voire beige) car ses concessions politiques aux exigences du Mème vert pluraliste fragilise son efficacité et son autorité. D'où une crise certaine des modèles éducatifs.

Le terrorisme politique et religieux mais aussi le totalitarisme politique sont alors parfois des tentations. Souvent ces violences sont des réactions pour éviter que les agressions subies ne finissent par se retourner contre soi sous la forme d'états dépressifs, schizo-affectifs, borderline, etc. typiques de celui qui vit avec des troubles post-traumatiques.

Au-delà du modernisme, l'humanisme postmoderne (vert) met en cause la violence car il devient de plus en plus évident qu'il faut se défaire de la concurrence, de la compétition, etc. en faveur de la coopération ou de l'émulation. Le stade vert postmoderne met le dialogue et la non violence au centre de ses valeurs éducatives. La difficulté est d'alors d'affronter le stade rouge par lequel les enfants passent (connus comme étant le stade de l'opposition). Pour faire à ce stade sans retomber dans la violence éducative tant physique que psychologique il faut développer une solide maîtrise de nos émotions de colère, d’irritabilité ou d'agressivité. Pour faire face au stade rouge il faut de la compassion pour la personne qui en est là et est donc incapable de faire attention au point de vue de l'autre. La punition sera plutôt vue comme un système coercitif en vue d'une réhabilitation de l'ego au point de vue de l'autre. On aura dépassé l'angélisme éducatif du stade vert qui souvent ramène à la bestialité pour le Mème jaune qui commence à percevoir une éducation pour une mentalité en évolution à travers divers stades.

Ici l'éducateur aura tendance à aller au-delà d'une psychologie des représentations mentales et de l'intelligence émotionnelle pour envisager d'être au plus intime de soi au service de la seule et unique conscience pure où s'enracinent toutes les formes de lucidité. Car cette seule et unique conscience se déploie et cherche à se manifester de plus en plus consciemment en l'autre et à travers l'autre. Ce sera le stade turquoise où l'éducation est au service d'une attention élargie.

De là on en vient si on se libère de toutes nos forteresses mentales à servir le principe d'individualisation de la conscience transcendante et universelle à l’œuvre en l'autre. On serait alors une âme en évolution  à la fois dans sa singularité et dans sa participation à celle de l'univers. L'éducation corail consisterait à se mettre au service d'une autre âme elle-même en évolution.

Voici donc pour finir une réécriture de la spirale dynamique du point de vue de l'éducation et de la violence telle qu'elle se la représente.

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vendredi 12 septembre 2014

LA COMMUNION AU SENS SPIRITUEL au-delà de la relation maître-disciple.


Louis Lavelle dans Le mal et la souffrance, deuxième essai, décrit la communion proprement spirituelle et je montre entre crochet comment une spiritualité authentique implique dès lors le dépassement de la relation d'enseignant spirituel (maître) à enseigné (disciple) :


Cette troisième espèce d’influence qui ne va point de l’individu à l’individu, soit dans le même sens [première forme d'influence], soit dans un sens réci­proque, [deuxième forme d'influence] mais qui découvre aux individus une source universelle dans laquelle cha­cun d’eux puise à la fois la lumière qui l’éclaire et la promesse d’un infini déve­loppement, cette influence dont l’individu est l’instrument et non pas l’agent peut être nommée elle‑même trans‑individuelle. Elle réalise d’une certaine manière la syn­thèse des deux précédentes et donne à chacune d’elles sa valeur et sa significa­tion. Car le prestige d’un individu [première forme d'influence] asservit toujours celui qui le subit, au lieu que l’ascendant d’un idéal dont l’individu est l’interprète libère celui qui le contemple par son moyen, et qui s’oblige à le faire vivre en lui, d’une vie qui est aussi la sienne. Et l’influence mutuelle des indi­vidus n’enrichit et ne dilate chacun d’eux, au lieu de les resserrer plus étroitement dans leurs propres frontières [effet souvent du deuxième type d'influence], que si elle emprunte les ressources dont elle dispose à un principe dont ils dépendent l’un et l’autre et auquel ils doivent s’unir d’abord pour devenir capables de s’unir entre eux.
En disant que les biens spirituels ne peuvent pas être dissociés de la personne même qui les possède et les met en œuvre, nous voulions dire qu’on ne peut jamais les considérer comme des choses toutes faites qui pourraient nous être données et que nous n’aurions qu’à recevoir : il faut sans cesse les acquérir. Celui dont nous pensons qu’il est capable de nous les com­muniquer s’est fait lui-même en les faisant siens ; il nous invite à nous faire nous-même en les partageant [Ceci peut concerner une relation maître-disciple]. Dès lors, nulle influence n’est bonne que si elle permet à la personne de se constituer, au lieu de l’obliger à s’effacer et à abdiquer [Le maître authentique ne confond pas l'humiliation de l'ego avec un dépassement de l'ego qui permet davantage à l'individu de s'individualiser en harmonie avec l'évolution de l'univers.]. Affirmer la valeur d’un autre être, ce n’est pas reconnaître en lui une individualité que la nature a comblée de ses dons : c’est admirer l’usage qu’il en fait et qui nous invite à faire de ceux que nous avons reçus un usage aussi beau. La valeur n’est pas enfermée dans les limites de l’individualité : elle réside dans son emploi, qui la surpasse tou­jours, et qui crée l’originalité même de la vie spirituelle. Il n’y a personne qui soit né ce qu’il doit être, et il n’y a personne non plus qui le soit jamais devenu, c’est‑à‑dire qui soit arrivé [contre l'idée d'un maître parfait qui ne serait plus lui-même sur le chemin]. Mais personne ne progresse autrement qu’en sortant de soi, c’est‑à‑dire en triomphant de cet attachement à lui-même qui le sépare des autres êtres. Et tous, en s’évadant d’eux‑mêmes, brisent également les murs de leur prison ; ils retrouvent alors l’immensité du ciel libre sous lequel ils communient [Dans la tradition spirituelle chrétienne, Jésus insiste sur le fait que devenus conscient de cette communion, il convient de parler d'une relation d'amitié : "Je ne vous appelle plus esclaves, car l'esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai ouï de mon Père.", Jn 15,15. Toute relation maître-disciple qui confine à l'adoration relève du deuxième type d'influence. La relation maître-disciple, enseignant-enseigné accomplie doit être dépassée aussitôt que possible par celle de communion].
Ici on trouvera un recueil de textes de Louis Lavelle.

dimanche 17 août 2014

POURQUOI PARTAGER LA VISION DE LA CLAIRE LUMIERE LA REND-ELLE ALORS SI VIVANTE ?


Si nous prenons deux lampes que nous allumons, et que chaque lampe soit éloignée un peu l'une de l'autre, leurs lumières seront unies dans le même espace. Et il sera alors impossible de définir les limites de la lumière de telle ou telle lampe. De même, les corps des croyants sont séparés et distincts, mais quand ils sont assis dans une assemblée, les lumières (anwaar) émanant de leurs cœurs seront unies dans le lieu et l'espace où ils se trouvent. C'est-à-dire les corps sont séparés mais la lumière non.

Djalâl Od-Dîn Rûmi (Extrait de MAARIF-E-MATHNAWI) 

mercredi 13 août 2014

LES TROIS LUMIERES. S'immerger dans la lumière intérieure de l'esprit.

La tradition hindoue, La tradition musulmane, la tradition chrétienne orthodoxe ou encore la tradition chrétienne catholique médiévale suite aux platoniciens nous invitent à distinguer trois lumières :

- la lumière sensible,
- la lumière intellectuelle,
- la lumière spirituelle ou divine.

L'image en première personne précédente veut permettre de distinguer vraiment vraiment en nous ces trois lumières.

La lumière sensible nous donne à voir le visible mais aussi l'audible, le tangible, etc.

La lumière intellectuelle est celle propre à nos pensées. On notera qu'elle est beaucoup plus transparente que celle du sensible sur la quelle elle s'appose bien souvent. Par exemple dans mon champ de perception l'écran, le clavier, etc. sont implicitement pensé comme tel : une pellicule de lumière intelligible recouvre donc tout le sensible ou presque.

La lumière spirituelle n'est perceptible qu'en première personne, c'est-à-dire que si on se met en présence de tout le champ de perception. Devant nous, nous avons 180 degré de champ visuel (1) ainsi que le champ mental (2) et rien dans la direction indiqué par le doigt pointé (3). Ce rien toutefois n'est pas rien car il est conscience de rien. Au sens propre la lumière spirituelle est invisible mais rend toutes les autres visibles. La lumière spirituelle est perceptible dans son invisibilité au cœur de cette conscience de rien.

Le commencement de l'aventure spirituelle a lieu quand on comprend à quel point il est infiniment désirable et préférable de vivre le plus immergé consciemment possible en cette lumière intérieure suressentielle.

On remarquera que la conscience ordinaire ne verra rien d'extraordinaire à cette lumière intérieure. Elle paraît si pauvre, si simple, si impalpable et surtout elle semble ne rien changer.

En un sens voir cette lumière intérieure ne change rien puisque précisément cette lumière fait être les choses telles qu'elles sont ! Mais tant que nous refusons le réel tel qu'il est ne sommes-nous pas condamnés à la souffrance ?
Cette lumière intérieure paraît impalpable au sens où l'ego ne peut pas la posséder. Mais redisons encore que cet invisible rend visible tout ce qui est visible : cet impalpable est en son fond source de tout ce qui est !
Cette simplicité est donc la source et la clé de voute de toute la complexité du réel. Mais on notera qu'elle est incompatible avec nos complexifications mentales superfétatoires.
Enfin considérons la pauvreté de cette lumière intérieure. Pensons-y : il s'agit, si notre perception est bonne, de la pauvreté de la source de ce qui est. Cette pauvreté de la lumière spirituelle est donc humilité parfaite qui s'oppose à toutes nos impulsions égocentriques.  

Si un moment nous apercevons cette lumière intérieure, pour nous y immerger sans rien laisser au dehors nous devrons donc évoluer personnellement comme une pierre se laisse polir dans le torrent. D'abord nous devrons vouloir que ce qui arrive arrive comme il arrive. Nous devrons reconnaître que ce qui semble se soustraire à la lumière intérieure n'en est pas moins une manifestation c'est-à-dire que nous devrons apprendre aussi à ne plus moraliser, juger, condamner mais à offrir et à laisser métamorphoser dans la lumière ce qui tend à l'ignorer et à l'oublier. Nous devrons nous laisser simplifier mentalement pour que notre mental signifie de mieux en mieux à partir d'elle et ne se contente pas de bavarder à propos d'elle. Enfin toutes nos tendances égocentriques devront s'y dissoudre. L'ego devra apprendre d'elle à se désapproprier de tout pour que notre personne devienne humble et pauvre en esprit à son image.


Vendez votre habileté et achetez l'étonnement ; - L'habileté est simplement l'opinion, l'étonnement est l'intuition. jalal al-din Rumi

mardi 12 août 2014

BE INSTRUMENTAL, BE INSTRUMENTAL, ETC. SOYEZ UN INSTRUMENT.

 En méditant à partir de Ma Anandamayi.

L'homme sain d'esprit serait rationnel,
il aurait une maîtrise de soi et serait autonome. 

Être illogique, impulsif ou dépendant est symptôme de mal-être.

Le créateur qui remet en cause la logique dominante, qui risque tout sur un coup de tête ou se nourrit de ses dépendances semble condamné aux affres du mal-être.

Mais
Le sage ou le saint au sens le plus authentique ? 


A vrai dire
Ni parfaitement rationnel ni entièrement illogique
il se révèle
Intuitif

A vrai dire
Ni dans le parfait contrôle de soi ni jamais en totale impulsivité
Il se laisse saisir par une spontanéité créative

A vrai dire
Ni affirmé dans son autonomie ni dépendant des autres et soumis à la fatalité
Il n'est qu'
Abandonnement instrumental à l'Être du Devenir, à la seule unique lumière qui ne s'éteint pas en nous.

Tant qu'il y a doctrine, il ne peut y avoir compréhension, disait-elle.

mardi 1 juillet 2014

FRATERNITE.


  http://sriaurobindo-yoga-integral.blogspot.fr/2014/06/la-fraternite.html

 

LA FRATERNITE


Les trois idéaux — ou buts ultimes — de la civilisation moderne, propagés lors de la Révolution française, se ramènent à trois principes que nous connaissons comme la liberté, l'égalité et l'amitié. Mais ce qu'on entend par fraternité en Occident, ce n'est pas l'amitié. L'amitié est une attitude mentale ; celui qui veut le bien de tous ne fait de tort à personne, cet être de charité, sans violence, qui fait le bien de tous, c'est lui qu'on appelle « ami », amitié c'est son état d'âme. Cet état d'âme est la propriété d'une mentalité individuelle, qui oriente la vie et l'action d'un individu ; mais ce ne peut être le nœud principal d'une discipline politique ou sociale. Les trois principes de la Révolution française ne sont pas les règles morales de la vie individuelle, ce ne sont que les trois tendances capables de refaçonner les conditions d'une société, d'un pays, les principes essentiels de la nature s'exprimant à travers les conditions extérieures d'une société.
Les révolutionnaires français étaient avant tout désireux de parvenir à une liberté et une égalité politiques et sociales ; ils n'avaient pas les yeux tellement fixés sur la fraternité ; c'est le manque de fraternité qui explique les lacunes de la Révolution française. Cette insurrection avait permis à la liberté politique et sociale de s'établir en Europe, et l'égalité politique put s'établir aussi, jusqu'à un certain point, dans les formes gouvernementales et juridiques de certains pays. Mais l'égalité sociale est impossible sans la fraternité ; c'est par manque de fraternité que l'Europe ne peut avoir l'égalité sociale. Le plein épanouissement de ces trois principes est possible par l'épanouissement conjugué de chacun d'eux ; l'égalité est nécessaire à la liberté qui ne peut persister sans elle, la fraternité est la base de l'égalité, sans elle l'égalité ne peut s'établir. Le sentiment le solidarité apporte la fraternité. Il n'y a pas de fraternité en Europe : l'égalité et la liberté y sont ternies, instables, incomplètes ; ainsi en Europe, agitation et révolution sont devenues un trait permanent de la vie. Et l'Europe est fière de couvrir cette agitation et cet état révolutionnaire du nom de progrès.
Le peu de fraternité qui existe en Europe s'est établi autour de la patrie : appartenir à la même patrie, connaître des bonheurs et des malheurs communs, sentir la liberté protégée par l'unité, voilà la connaissance qui est à la base de l'unité européenne. Contre elle s'élève une autre connaissance : nous sommes tous des êtres humains, tous les êtres humains sont un, toute différence entre les être humains provient de l'ignorance et est nuisible ; le nationalisme est cause de différences, il provient de l'ignorance, il est nuisible ; nous devons abandonner tout nationalisme afin d'établir l'unité de l'humanité entière. « C'est en France, en particulier, le pays où les grands idéaux de liberté, d'unité, de fraternité, ont pu d'abord être diffusés, dans ce pays riche en idées et en sentiments, que ces deux connaissances contradictoires se trouvent en conflit. Le nationalisme est une vérité, et l'unité humaine est une vérité : c'est l'harmonie de ces vérités qui peut amener le bien de l'humanité ; si notre intelligence nous rend incapables de cette synthèse, si elle met en conflit des principes qui sont au-dessus des conflits, cette intelligence ne peut être que sujette à l'erreur, égarée par rajas.
L'Europe est écœurée par une liberté politique et sociale privée d'égalité et elle s'est tournée vers le socialisme. Il y a en Europe deux partis principaux : anarchiste et socialiste. L'anarchiste dit : « Toute cette liberté politique n'est qu'illusion, un piège monté par le gouvernement pour établir la tyrannie des riches et écraser la liberté individuelle sous prétexte de défendre la liberté politique ; elle est le signe d'une illusion, nous devons nous débarrasser de toute forme de gouvernement afin d'établir la vraie liberté ». Si on demande aux anarchistes : « En l'absence de gouvernement, qui mettra un frein à la tyrannie du fort ? », ils répondent « Que par l'éducation, nous parvenions à la connaissance complète, à la fraternité totale, c'est là qu'est la défense de la liberté et de l'égalité, et si quelqu'un transgresse la fraternité par amour de la tyrannie, n'importe qui aura le droit de lui infliger la punition capitale ». Le socialiste ne nous dit pas cela ; nous devons avoir un gouvernement, nous en avons besoin, mais la société et le gouvernement doivent avoir pour fondement l'égalité absolue ; il faut corriger les défauts actuels du gouvernement et l'humanité sera totalement heureuse et libre, un foyer de fraternité. C'est pourquoi le socialisme veut établir dans la société l'union : si au lieu de propriétés individuelles, il n'y avait que des propriétés de la société (comme les propriétés d'une large famille n'appartiennent pas à un individu, mais à la famille seule, tout en formant le corps dont l'élément individuel n'est qu'un membre), il n'y aurait plus d'inégalité dans la société, elle serait une.
L'erreur de l'anarchiste, c'est de vouloir abolir le gouvernement avant d'établir la fraternité. La fraternité totale ne verra pas jour immédiatement ; entre-temps l'absence de gouvernement aura pour conséquence une totale indiscipline, le soulèvement des parties animales de l'homme. Le chef est le centre de la société ; l'homme pourra dépasser son animalité et trouver un autre fondement de gouvernement lorsque se manifestera la fraternité complète, le Divin lui-même sans aucun intermédiaire choisira la terre comme son royaume et s'installera dans tous les cœurs, le Royaume des Saints des chrétiens ou notre âge d'or sera là. L'humanité n'a pas fait un progrès tel qu'elle puisse mériter tout de suite cette condition, mais une première réalisation est déjà possible.
L'erreur du socialiste, c'est qu'au lieu d'établir l'égalité sur la fraternité, il tâche d'établir la fraternité sur l'égalité. La fraternité sans égalité ne peut exister, mais une égalité sans fraternité ne peut pas survivre ; des dissensions, des querelles, des convoitises déchaînées la détruiraient. D'abord la fraternité totale, puis l'égalité complète.
L'attitude fraternelle est un état d'âme extérieur : si nous vivons avec une attitude fraternelle, si nous possédons les mêmes propriétés, le même bien, le même effort commun, c'est cela la fraternité. L'état d'âme peut se manifester à l'extérieur grâce à l'attitude intérieure. Dans l'amour fraternel, la fraternité se sent vivifiée et vraie. Il faut que cet amour fraternel aussi se manifeste. Nous sommes enfants de la même mère, compatriotes, une telle attitude permet déjà un certain amour fraternel, mais ce lien peut permettre l'unité politique, non l'unité sociale. Il nous faut pénétrer plus profondément : tout comme en dépassant notre amour pour notre propre mère, nous arrivons à adorer la mère qui est notre pays, de même il nous faut transcender la conception de la patrie comme mère pour arriver à la conception de la Mère universelle. Toujours il faut dépasser la puissance limitée pour parvenir à la puissance totale. Mais comme en adorant la Mère Inde, nous n'oublions pas notre mère physique, de même notre adoration de la Mère Universelle qui dépasse la mère Inde ne nous la fera pas négliger. Car elle est Kâlî, elle aussi est Mère.
Seule la religion fournit une base à toute attitude fraternelle. Toutes les religions affirment :
« nous sommes un ; toute inégalité provient de l'ignorance et de la jalousie ». L'amour est le coeur même de tout ensei­gnement religieux. Notre religion, également, enseigne que nous sommes tous un, toute notion d'inégalité est un signe d'ignorance ; celui qui a la connaissance considèrera tout le monde d'un oeil égal, en chaque indi­vidu il verra la même âme, la présence du même Nârâyana. Cette éga­lité d'âme, pleine de dévotion, engendre l'amour universel. Mais cette connaissance, le but suprême de l'humanité, doit nous être omniprésente ; entre-temps, il nous faut la réaliser dans son aspect partiel, en nous, en dehors de nous, dans le cadre de la famille, de la société, du pays, partout. Depuis toujours, l'humanité a voulu établir cette base perma­nente de fraternité, tout en créant la famille, le clan, le pays, la com­munauté (secte), et en les consolidant par les chaînes solides des sâstras, ou de disciplines. Jusqu'à aujourd'hui cet effort a échoué. La fonda­tion est là, le réceptacle est là, mais il nous faut une énergie intarissable pour maintenir intacte la force vivante de la fraternité, afin que la base puisse être pure, le réceptacle éternel ou perpétuellement nouveau. Le Divin ne nous a pas encore révélé cette énergie. S'incarnant sous forme de Râma, Krsna, Caitanya ou Râmarkrsna, il essaie de préparer le coeur humain, plein d'égoïsme et dur, à être le réceptable de l'amour. Quand viendra-t-il, ce jour où il s'incarnera à nouveau et faisant à jamais jail­lir l'extase éternelle de l'amour dans le cœur humain, changera la terre en un paradis ?
Sri Aurobindo, Dharma (Calcutta) 1909-1910

mercredi 21 mai 2014

LE NÉCESSAIRE COSMOPOLITISME A VENIR FAIT DE NOTRE DÉFI MULTICULTUREL UNE CHANCE.


Une partie importante de nos populations se sent menacée par les immigrés, leurs cultures jugées non intégrables voire invasives. L'économie impliquant délocalisation, invasion du marché par des produits étrangers, ces populations rejettent tout ce qui tend à la mondialisation à commencer par l'Europe.

Il serait bon de redire la nécessité du cosmopolitisme même si l'échec de l'Europe dans la protection sociale des peuples représente pour beaucoup la cause essentielle de l'échec du cosmopolitisme.

Ce tableau de Jean-Marc Ferry suggère les diverses conceptions aujourd'hui en jeu à l'échelon européen :

On notera qu'il ne faut donc pas confondre mondialisation néolibérale et cosmopolitisme.

Une approche nationaliste ou supranationaliste ne peut que résoudre catastrophiquement les problèmes économiques et écologiques :

+ les problèmes écologiques n'ont pas de frontière (même supranationale) : 
   - les vents, les eaux transportent les pollutions ;
   - les problèmes climatiques ne peuvent pas être résolus nationalement.

+ les matériaux de base de notre économie vont s'épuiser ou déjà pour la plupart ne sont plus sur ou dans notre sol national (ou supranational) :
   - il faudra penser un recyclage à une échelle internationale;
   - il faudra gérer globalement les transitions dues à l'épuisement de ces ressources sur lesquelles fonctionne encore notre économie ; 

+ les plus riches et les multinationales fuient les impôts en passant les frontières, les trafiquants de toute sorte (y compris des réseaux criminels ou terroristes) utilisent ces mêmes chemins :
  - seuls des moyens de redistribuer les richesses internationalement sont en mesure de réduire les inégalités injustes ;
 - ces criminalités internationales nécessitent des réponses politiques internationales qui limitent la souveraineté d’États complices.


Ce cosmopolitisme requis pour éviter la faillite de l'humanité nécessite le développement d'un véritable multiculturalisme international capable d'harmoniser le développement des mentalités dans le respect du pluralisme de l'identité culturelle. 
Inglehart : diagramme des valeurs
Ce schéma d'Inglehart induit que certaines cultures et populations auraient des mentalités faisant obstacle à cette idée d'union cosmopolitique. Il est vrai que sans une certaine culture valorisant la rationalité il paraît difficile d'envisager des accords politiques permettant d'aboutir à une telle union.

Mais si l'approche intégrale du développement des mentalités est juste, chaque culture est déjà amenée en son sein à évoluer à travers les mentalités ci-dessous (ou dans une forme approchante) de telle sorte que le cosmopolitisme ne soit plus un rêve. 
Chaque culture s'étage selon plusieurs mentalités et il suffit que les gens passent par ces étages ou stades successivement pour que la mentalité globale de cette culture se déplace.


On notera que les événements politiques majeurs qui secouent les pays de cultures majoritaires musulmanes (en terme de pouvoir)  tendent à montrer la pertinence de cette évolution.

D'ailleurs, partant de ce point de vue, on comprendra l'erreur médiatique d'avoir parler d'un printemps arabe puis d'un automne islamiste. Il fallait observer que chacun des pays musulmans étaient à un passage différent. Ainsi la Lybie en arrive à peine à une majorité bleue face au rouge persistant. L'Egypte en est à peine à une montée du orange face au bleu majoritaire tandis que la Tunisie passe vraiment en orange avec l'émergence sporadique de vert ou que la Turquie majoritairement orange voit un mouvement vert se profiler qui empêche de faire tomber les oranges côté bleu face aux oranges.

Dans notre guide Almora de la spiritualité dans la partie concernant la spiritualité soufie nous avons montré implicitement qu'elle s'étageait déjà dans l'espace francophone du bleu à l'intégral (Abdennour Bidar). Cet article de Carnet philosophique sur l'Islam entre modernité, postmodernité et hypermodernité prolonge cet implicite.

Mais faudra-t-il attendre que tous les États soient majoritairement vert-jaune pour que le cosmopolitisme l'emporte ?

En fait les États qui auront développé en leur sein un multiculturalisme harmonieux en facilitant le développement des mentalités de chaque culture seront plus aptes à donner un dynamisme à un cosmopolitisme multiculturel. Face à la montée des xénophobes et du rejet du cosmopolitisme européen, cette orientation politique devient urgente. Nous avons une chance unique de demeurer des leaders évolutifs sur le plan culturel et spirituel, ne la gâchons pas !