mercredi 26 septembre 2012

REALISER L'ULTIME VACUITE EST A LA PORTEE DE TOUS. C'EST UN CAMP DE BASE DE L'AVENTURE SPIRITUELLE.

Dans une approche comme celle de Douglas Harding, c'est d'abord la vacuité qui est réalisée. Le chemin spirituel consiste à jouir de cette réalisation ou prise de conscience. Il ne s'agit pas de réaliser la présence de la vacuité : personne ne s'éveille, l'éveil n'est ni une possession ni une qualité de ma personnalité. C'est une Bonne Nouvelle, tout le monde est invité au banquet du Royaume des cieux. Aucun certificat de bonne conduite n'est exigé. Beaucoup de voies spirituelles estiment cependant que l'éveil de la vacuité est le fruit d'efforts, d'ascèses multiples et répétées, d'une mise en ordre de l'ego sans précédent.

Tout l'enjeu est donc de savoir si les expériences de Douglas Harding nous permettent ou non que se fasse la conscience de cette ultime vacuité. 


Quand je pointe vers ce qui observe, le phénomène de sensation-pensées "je" devient lui-même relatif à ce qui observe. Ce qui observe, ce qui est pointé par le doigt n'a aucune caractéristique : aucun visage ici, rien d'individuel, aucune forme, aucune couleur, rien de localisable, rien de datable. Il ne s'agit pas de penser mais de percevoir ce que pointe le doigt. Ce qui est pointé est donc un vide conscient, une vacuité.

Le doigt pointe son absence de substantialité mais de l'autre côté ce qui est perçu n'est-il pas perçu en elle ? En cette vacuité, tout apparait. Si elle est une dimension ultime de notre vraie nature, nous ne saurions aller où elle n'est pas.

Comment distinguer cette vacuité de ce qui fait exister ce qui est observé ? Sans nul doute, cette vacuité est à la source de ce qui apparaît. En cette vacuité, il y a ce qui fait tout exister être y compris le "je" que nous pensions seulement être. Le "je" est alors donné à lui-même par la force de création ou de manifestation de toute chose qui forcément se tient en cette vacuité.

Je ne suis pas immédiatement conscient des galaxies, du système solaire, des structures sociales et psychologiques ou encore des cellules, des molécules ou des atomes. Mais ce que suis ici et maintenant en cette vacuité implique tout ce qui est.
 
Comment ne pas penser que la vacuité pointé par le doigt est la vacuité ultime ?

Pour vraiment jauger de la vérité de ces expériences, il faut vraiment rester attentif à ce que pointe ce doigt vers ce que les autres estiment un visage. Si on admet qu'il y a bien là la vacuité ultime quête des chercheurs spirituels, reste à apprendre à en jouir.

Jouir de cette réalisation n'est souvent pas une mince affaire. On nous dit de prêter attention à CELA en amont : pratique simpliste s'il en est. Mais immanquablement ce geste ne se fait pas, ne se fait que pour un court instant et semble bien difficile à faire. Pour beaucoup d'entre nous dans les premiers temps, jouir de cette réalisation ne se maintient donc pas et cela même si nous en avons perçu toute l'évidence. Cette réalisation semble s'éloigner de nous par notre manière personnelle d'être. Il s'agit donc de laisser la vacuité se réaliser en profondeur à travers toute notre personnalité, à faire disparaître les mécanismes d'oubli, d'enfermement de notre personnalité. 

Mais là encore il est bien question d'une voie ensoleillée : il suffit de contourner en nous ce qui empêche de jouir en constatant que CELA demeure en arrière plan quoique nous fassions. Le moyen simple de contournement est de revenir à l’œil unique, au seul champ de conscience pure, à l'Esprit qui enveloppe notre ego, notre âme, le monde et les autres.

La méditation est le geste par lequel nous vivons à partir de CELA. Autant dire comme Prajnanpad qu'il s'agit juste pour s'éveiller de se débarrasser des obstacles à la méditation. Mais partant d'une vue de ce qui est depuis toujours éveillé, ce travail est bien facilité. Il ne s'agit pas d'un effort d'ascension où l'on ignore à quelle distance on se tient du sommet où le ciel dégagé resplendi. Nous n'avons pas besoin d'un gourou derrière chacun de nos pas. Le geste de Douglas Harding ne nous donne pas un aperçu de l'ultime vacuité mais vraiment IL NOUS Y PLONGE et le travail de purification s'effectue aussi et surtout à partir de cette liberté.

Nous devons être prêt à relâcher nos dramatisations du réel pour vraiment vivre à partir du Réel. C'est lors de nos dramatisations qu'il faut pratiquer les expériences qui redonne à la vacuité sa clarté. Ce sont nos tendances à dramatiser qu'il faut remettre entre les mains de CELA que nous connaissons facilement comme ultime vacuité. Relâcher cet égocentrisme dramatique consiste juste à se retourner vers le Réel à partir duquel CELA est. Seule la prise de conscience de la vacuité produit une désidentification de nos tendances psychologiques à dramatiser avec complaisance. Il est dur de reconnaître qu'une part de notre personnalité aime demeurer et vivre en souffrance alors que nous jurions vouloir le bonheur.

Jouir de CELA est la seule difficulté réelle car CELA se montre assez aisément ne serait-ce qu'en pointant du doigt l'endroit où les autres situent notre visage. Mais jouir de CELA est délicat s'il s'agit de ne pas démissionner du quotidien, de s'enfuir ailleurs. Mais agir au quotidien à partir de CELA revient à agir à partir de ce qui ne peut pas être blessé (que ce soit bénignement ou mortellement), affecté au niveau de son équanimité (que ce soit négativement ou positivement). Il s'agit de jouir de CELA qui donc est paix éternelle c'est-à-dire atemporel, immortel, calme, serein, tranquille quoi qu'il arrive. Au cœur de ce que nous sommes, la présence de CELA nous apaise, nous calme, une sérénité advient en nous se diffusant en jouissant de CELA.
Nous pensons, nous nous émouvons le plus souvent à partir de nos préférences personnelles, seul CELA ressent et voit vraiment nous permettant ainsi de penser plus objectivement.

Cette étape où la souffrance est vraiment abandonnée à sa racine en la personne pour et par CELA et donc l'enracinement de la vision de CELA au quotidien prépare ou accompagne un autre développement.

Notre individualité en CELA peut se découvrir un cœur où elle baigne par excellence en CELA. La jouissance de CELA se traduit alors par une expérience d'un amour inconditionnel et non préférentiel. Est-ce une dimension cachée de CELA l'ultime vacuité qui se révèle ou est-ce un effet du rayonnement de CELA dans la conscience de notre personne même ? En tout cas, cette dimension est souvent vue comme l'accomplissement de l'éveil, le moment où il devient irréversible en la personne.

Cette purification et cette descente dans le cœur à partir de la vue de l'ultime vacuité ouvre une aventure nouvelle.

Notre volonté individuelle elle-même se transforme subtilement. Parfois se ressent l'évidence d'un alignement de celle-ci avec la manifestation "voulue" par CELA. L'ultime vacuité signifiait surtout une acceptation du jeu des apparences et une adaptation aux apparences dans leur nudité alors qu'autrefois nous vivions dans notre monde. Dans cette aventure spirituelle, nous pouvons aller au-delà de la simple acceptation de ce qui est ici et maintenant sans condition et sans réflexion, nous pouvons entrer dans les secrets du DEVENIR de CELA et nous pouvons apprendre à le servir.

dimanche 16 septembre 2012

CARTES POUR UNE EXPLORATION SPIRITUELLE.

LE SILENCE ÉTERNEL DE TOUS CES ESPACES M'EFFRAIE...


ICI TOUT EST VU A PARTIR D'UN RIEN, D'UNE VACUITÉ.

UNE DESCENTE DANS LE CŒUR S'EFFECTUE ; L'EGO EST DE MOINS EN MOINS LE CENTRE DE L'ESPRIT. IL Y A UNE NAISSANCE A L'ÂME.

LE RIEN DE L'ESPRIT EST UNE TENEBRE LUMINEUSE D’OÙ JAILLIT UNE LUMIÈRE DIVINE.


RESTE A FAIRE LA VOLONTÉ DIVINE POUR VRAIMENT DEVENIR ÂME CONSCIENTE.

mardi 11 septembre 2012

AVATAR OU LES LIMITES DE L'HYPERMODERNISME.


Le brillant article d'Olivier Breteau est à consulter en préambule en cliquant ici. Il met en vis-à-vis le film La Belle Verte de Coline Serreau et le film Avatar de James Cameron. Il tient le film La belle verte pour un film représentatif du Mème vert (postmoderne) et le film Avatar comme représentatif du Mème Jaune (hypermoderne voire integral ?). Pour aller vite, la Belle verte insiste sur un rejet du monde économico-technoscientifique né avec la modernité tandis que Avatar bien qu'il en critique l'avidité semble en intégrer les meilleurs éléments puisque par exemple le héros grâce à ce monde moderne hérite d'un nouveau corps ou encore sait manipuler les armes de ses adversaires.

On peut souscrire à l'idée qu'une nostalgie des sociétés premières et un rejet de la modernité hantent le Mème vert : son rejet de la modernité revient souvent pour lui à scier la branche sur laquelle il est pourtant assis. La rationalité moderne offre par exemple la structure mentale pour comprendre les structures précédentes. Les sociétés premières confrontées à la modernité disparaissent. L'erreur postmoderne  souvent conduit à voir dans notre crise actuelle l'âge de fer prophétisé par les sociétés prémodernes. Il n'est pas indifférent que les postmodernes et les penseurs de l'extrême-droite nostalgiques du prémoderne contre la modernité empruntent alors souvent les mêmes références philosophiques : Guénon, Heidegger, l'Advaïta Vedanta (version Shankara), etc... Même si le postmoderne se réfère à une prémodernité clanique et rejette la prémodernité hiérarchique et héroïque, son propos peut facilement être détourné par des antimodernes nostalgiques des hiérarchies ethniques. Le postmoderne authentique réintègre forcément face à ces dérives une dimension humaniste qui le rapproche de la modernité même s'il proclame justement la non maîtrise du sens et la fin de l'homme moderne.

L'hypermoderne a conscience lui de l'apport de la modernité. Il a pris conscience du flou postmoderne tout en embrassant sa vision de la fin des méta-récits, de l'incapacité à mettre la vérité en équation ou en système. Il ne renonce pas à la vérité, il y a du faux, de l'erreur, de l'illusion et du mal. La vérité s'approche négativement, elle s'esquisse, et c'est avant tout une manière d'être qui nous en approche. Ce n'est plus seulement un principe extérieur (Dieu, les lois scientifiques) comme chez les prémodernes et les modernes. L'écologie n'est plus envisagée comme un retour à la nature : il s'agit de repenser nos technologies comme intégrées au monde du vivant et à sa constante évolution.

Cliquer puis afficher l'image pour voir en détail.
Toutefois concernant la vision de La belle Verte confrontée à celle d'Avatar. Il y a certains points qui selon moi dessinent une vision au-delà de l'hypermodernité contre un certain flou hypermoderne que nous commençons à peine à entrevoir. 

On notera que Coline Serreau aujourd'hui milite clairement dans le mouvement Colibris. James Cameron dans ses engagements soutient des projets comme la colonisation de Mars ou bien s'engage avec des indiens Kayapos contre un barrage au Brésil.

Reconnaissons que Colibris n'appelle pas à mettre fin au monde technologique, il en appelle à la sobriété. Son usage d'internet, des médias est moderne voire hypermoderne puisque politiquement Colibris lutte contre la représentation politique de type moderne centré sur l'homme médiatique audio-visuel usant de rhétorique publicitaire. Les habitants de la Belle verte utilise des techniques mêmes si elles ont une forte dimension spirituelle et par ailleurs leur propos est souvent de bon sens et bien loin du new age avec ses prétentions.

Si on veut confronter en profondeur les visions mentales des deux films, on peut regarder des images des rassemblements :
Rassemblement sur la Belle Verte

Rassemblement du peuple Na'vi
On voit nettement que le rassemblement de la Belle Verte est plus anarchiste que celui des Na'vis. Le rassemblement Na'vi est très structuré et centré, celui de la Belle Verte est plus chaotique, d'un ordre plus diffus mais à l'évidence plus ouvert à l'individualisation. Celui des Na'vis rappelle un rituel des sociétés premières où l'extase collective efface le sentiment de soi-même individu.

Il y a dans les visions systémiques hypermodernes des tentations subtiles de retour à des formes de "hiérarchies". Ce n'est plus une pyramide avec un chef mais c'est une organisation très structurée selon des niveaux de développement préalablement pensés et le tout centré autour de leaders. Ceci résonne bien entendu avec les holons et l'holarchie de Wilber qui pourraient se traduire en holacratie politique alors que la vision de La Belle Verte préfigure la sociocratie, une démocratie directe fondée sur le consentement et l'objection argumentée où tous sont égaux en pouvoir de décision. L'holacratie entend inclure et transcender la sociocratie. Elle inclut des techniques qui permettent de limiter les parasitages égocentriques ou égoïstes dans les processus de décisions collectives. Sur ce point elle va plus loin effectivement que la sociocratie mais on peut craindre que par des dérives, l'holacratie ne revienne à un système de castes méritocratique ou développementaliste tel que celui de Platon dans la République. Quoi qu'il en soit cette vision est fondée sur des leaders. Le philosophe plus socratique que platonicien n'a pas l'ambition d'être un leader mais une autorité partageant le pouvoir, un accoucheur d'âme au service de grandes forces de conscience créatrice. Une telle approche de l'autorité a malheureusement peu de place dans les systèmes de gouvernance. Les propos de Ken Wilber sur la démocratie sonnent à cet égard davantage platoniciens que véritablement socratiques : il y a une fusion du leader et du philosophe. Il y a une notion évidente de niveaux de décision ou de leadership qui demeure dans l'entreprise : l'holacratie y est adapté. Cependant il faut déjà qu'émerge l'âme pour reconnaître des leaders dignes de respect au niveau politique : des autorités critiques formant des contre-pouvoirs sont nécessaires tant que les organisations et les leaders ne travaillent que pour leur travail et non pour le divin. Au niveau politique, où les compétences ne donnent pas plus de droit à un citoyen, qu'est-ce que cela signifierait donner du pouvoir à un leader compétent ? "Être au service de l'organisation et de ses buts" en limitant la part de l'ego peut entrer en conflit avec une évolution de la conscience reposant sur une émergence de l'âme des tréfonds de l'ego : il faudrait bien distinguer l'impulsion personnelle de l'ego qui fait barrage d'une impulsion créatrice qui a besoin de se rebeller contre les limitations inévitables du collectif. La vérité d'une âme peut émerger salutairement à l'encontre du leader dont l'action juste précédemment était pourtant en pointe du mouvement évolutif. On peut en conclure que l'holacratie reste un instrument mental qui peut servir des forces de conscience plus ou moins éclairées. Si vraiment l'individualité créatrice s'exprimait, elle ne rentrerait certainement pas dans son action collective dans des schémas mentaux stables, il y aurait sans cesse des structures organisationnelles en changement. Le caractère organique et évolutif de l'holacratie n'est pas encore celui d'une communion d'âmes exprimant une anarchie divine.

Assurer sérieusement l'égale dignité humaine, chaque âme étant comme "le Fils de Dieu créateur", simultanément avec l'inégal développement spirituel conduit à des pratiques toujours plus subtiles de l'autorité et du partage de pouvoir (comme dans nos propres familles) qu'aucun système de pensée ne peut à lui seul opérer.

Diverses photos du film Avatar ou inspirées comme celles du rassemblement Na'vi pointent le moment spirituel du film Avatar. Un soldat terrien handicapé habitait un corps d'extraterrestre pour s'infiltrer dans le peuple habitant cette planète que voulait exploiter la terre pour ses ressources mais il choisit les intérêts et les valeurs de ce peuple. Il choisit une vie au plus proche de la nature contre l'avidité économique de notre monde techno-scientifique. C'est au cœur de la forêt grâce à un arbre qui relie toute la forêt ses végétaux, ses animaux et aussi ses humanoïdes pensant par ses racines et des formes volantes.


La nature obéit à un paradigme informatique. Les organisations hypermodernes s'inspirent à l'évidence de ces paradigmes : réseaux, centres mais non sommet (comme dans la hiérarchie traditionnelle), niveaux d'organisations (hardware, software, etc.)... L'intérêt de cette approche est de souligner l'interdépendance du vivant. Toutefois on pressent nettement une nouvelle forme d'anthropomorphisme caractérisant l'hypermodernisme comme autrefois la modernité en a fait une en regardant la nature comme une mécanique.
Un regard attentif voit à l'évidence que le vivant ne fonctionne pas en suivant ces principes. Il est nettement plus subtil encore. Par exemple le vivant a une capacité d'adaptation aux catastrophes que notre technologie n'a pas encore permis d'atteindre puisque certaines catastrophes d'origine technologique peuvent conduire à la paralysie de nos activités voire au pire mettre définitivement fin à notre humanité. Le vivant lui même a échappé et s'est remis de 5 catastrophes qui ont provoqué des extinctions d'espèces vivantes majeures. La 6ème extinction d'espèces en cours dont nous sommes les auteurs montre que l'évolution de notre connaissance-action sur le monde reste encore fort ignorante. Bergson hier, le posthumanisme ou Abdennour Bidar aujourd'hui évoquent un supplément d'âme pour être responsable de notre puissance technologique et ils n'envisagent le futur que du point de vue techno-scientifique. Cette attente d'un supplément d'âme  m'apparaît faire parti du flou hypermoderne : il faudra certainement que s'impose en politique une sobriété techno-scientique  pour éviter d'inévitables abus par les plus inconscients.


On remarquera  qu'il y a sur ces points là un flou hypermoderne qui est sans doute de la même nature que celui qui se joue  avec les conceptions de la gouvernance : la confusion de la connaissance-action avec la techno-science ou diverses formes de pensées systémiques. Cette confusion hypermoderne se produire même si notre mental a développé des capacités centauriques que Wilber décrit en ces termes :
La structure de base de la conscience à ce stade est la logique visionnaire ou logique réseau, c’est une forme de conscience intégrative et synthétique (…).
La logique visionnaire additionne les parties et voit les réseaux d’interactions (…)
Tant que nous n'aurons pas entendu le message de Sri Aurobindo sur les limites intrinsèques de toute conscience mentale, nous en resterons à ce flou hypermoderne :
Le Mental, d'abord, ce souverain enchaîné et empêtré de notre vie humaine, est essentiellement une conscience qui mesure, limite, découpe les formes des choses dans le tout indivisible, et les contient comme si chacune était une unité séparée. Même aux choses qui, de toute évidence, n'existent que comme parties et fractions, le Mental impose cette fiction propre à son commerce ordinaire, les traitant séparément, et non pas simplement en tant qu'aspects d'un tout. Car, même quand il sait que ce ne sont pas des choses en soi, il est obligé de les traiter comme telles; il ne pourrait autrement les soumettre à son action caractéristique. C'est ce caractère fondamental du Mental qui conditionne le fonctionnement de tous ses pouvoirs d'action, que ce soit la conception, la perception, la sensation ou les opérations de la pensée créatrice. Il conçoit, perçoit, sent les choses comme si elles se découpaient rigidement sur un fond ou dans une masse et il les utilise comme unités fixes du matériau qui lui est donné pour ses créations ou ses possessions. Toute son action et tout son plaisir se rapportent donc à des ensembles qui font partie d'un ensemble plus grand, et ces ensembles subordonnés sont eux-mêmes fractionnés en parties qui, à leur tour, sont traitées comme des ensembles pour les desseins particuliers qu'elles servent. Le Mental peut diviser, multiplier, ajouter, soustraire, mais il ne peut dépasser les limites de cette mathématique. S'il passe au-delà et tente de concevoir un tout véritable, il se perd dans un élément étranger ; il tombe de sa terre ferme dans l'océan de l'intangible, dans les abîmes de l'infini où il ne peut percevoir, ni concevoir, ni sentir, ni traiter son sujet pour sa création et son plaisir. Car si le Mental semble parfois concevoir, percevoir, sentir ou goûter et posséder l'infini, c'est seulement en apparence et toujours comme une simple représentation de l'infini. Ce qu'en fait il possède ainsi de façon vague, n'est qu'une Immensité sans forme et non pas le réel infini aspatial. Dès qu'il essaie d'entrer en rapport avec cet infini, de le posséder, aussitôt sa tendance innée à la délimitation intervient, et il recommence à manier les images, les formes et les mots. Le Mental ne peut posséder l'infini, il ne peut que le subir ou être possédé par lui ; il ne peut que s'étendre dans une bienheureuse impuissance sous l'ombre lumineuse du Réel projetée sur lui depuis des plans d'existence hors de sa portée.

Les pouvoirs occultes eux-mêmes comme la télépathie, réminiscence des vies antérieures, etc., s'ils sont sans doute réalisables, ne sont pas exempts de ces défauts du mental. Dans les années 20, il y a eu pour Mère et Sri Aurobindo, la question de l'occultisme amplifiée par une conquête du domaine surmental des dieux. Pour Sri Aurobindo, les pouvoirs occultes sont encore pour lui une expression du mental voire d'un sur-mental (encore mental!). Même si grâce à un développement spirituel, ils deviennent éloquents et impressionnants, ils ne constituent pas un saut évolutif : on tire sur le caoutchouc de l'être (la matière, la pulsion, l'émotion, la pensée) mais on ne le change pas en profondeur. Les lois demeurent avec leurs impasses : qui sait si Jésus n'a pas ressuscité Lazare mais encore aujourd'hui la victoire contre la mort n'est pas un fait établi car Lazare est bien mort et personne ne peut attester de la présence du corps de Jésus-Christ.

La techno-science a et peut encore considérablement allonger notre espérance de vie mais elle ne pourra pas davantage vaincre la mort. D''une part elle a toujours des conséquences néfastes imprévues. D'autre part, elle n'échappe pas aux accidents ontologiquement inhérent au manque de conscience d'un système technologique externalisé. Le cyborg comme forme de vie prolongée est très certainement un manque de sobriété caractéristique du  flou hypermoderne. Mais les lois même du vivant peuvent nous permettre de prolonger notre durée de vie fruit d'un programme génétique dont certaines espèces comme les arbres ou plus encore certaines bactéries semblent moins désavantagées quant à la durée de leur vie. 

La sobriété technoscientifique est une utilisation de la technoscience sobre, limitée et temporaire en attendant d'atteindre un état de conscience, de connaissance et d'être qui la rende inutile. Une technoscience sobre engendrerait un monde techno-scientifique où on envisagerait avec réalisme les ressources requises et où on considère l'impact sur l'environnement y compris du point de vue de l'accident ou de la catastrophe probables.

Quoi qu'il en soit, par les voies occultes ou technoscientifiques, on reste indirectement conscient de ce qui anime l'évolution ou l'auto-création : on peut complétement l'ignorer et si on peut s'en faire une idée, ses clés nous échappent, ce ne sont que des lignes de faits qui dévoilent ses traces. Nous pouvons augmenter des capacités faire du superhomme tout en restant dans les limites de la sobriété mais nous ne savons pas envisager de nouvelles manières de connaître tant que nous des restons un co-auto-créateur inconscient. Pour s'approcher de cette connaissance "supramentale" (et non hyper ou sur - mentale), il nous faudrait d'abord accéder à une intuition dont la précision et la portée directe sur la substance vivante ne peuvent être traduite qu'indirectement et que de manière approximative au niveau mental.

Enlightened(2006). Painting by Hufreesh Dumasia@Auroville.

Le champ sémantique du super ou du supra suggère du merveilleux. L'évolution pourtant n'a rien de miraculeux du point de vue mental : les nouvelles manières d'être de la conscience dans le vivant se sont toujours introduites discrètement, sans bruit au milieu du bruit et de la fureur des anciennes manières d'être de la conscience. Elles se glissent comme du hasard au milieu des anciennes nécessités pour peu à peu les modifier ou les contourner. Ce sont par exemple de petits animaux qui couraient entre les pattes des dinosaures qui préfiguraient la venue de l'être mental à travers la famille des primates sans qu'on ne sache vraiment pas pourquoi un dinosaure n'aurait pas pu évoluer en être mental. Il n'est pas exclu que des êtres silencieux commencent à exister de plus en plus sur ce plan sans que nous le remarquions dès lors que leur action se fait sans fracas. Si ces êtres, ces fils de l'homme révèlent le règne sur terre de la nouvelle manière d'être qu'ils auront incarner individuellement, ce ne sera pas localement, en produisant des miracles, etc. Ce ne sera pas une affaire de gourou, de propagande, etc.

Jésus-Christ en décrivant l'apocalypse en Matthieu chapitre 24 nous donne peut-être un indice de la manifestation possible d'une nouvelle manière d'être pour le gros de l'humanité qui aura ignoré la communion des pionniers œuvrant à sa manifestation universelle à partir de leur aventure (inter)individuelle de la conscience  : 
Si l'on vous dit : 'Le voilà dans le désert', ne sortez pas. Si l'on vous dit : 'Le voilà dans le fond de la maison', n'en croyez rien.
En effet, comme l'éclair qui part de l'orient brille jusqu'à l'occident, ainsi se produira la venue du Fils de l'homme.
Tu demandes quel est le commencement de tout ceci? c'est cette Existence qui s'est multipliée elle-même pour partager sa joie d'être et plonger dans un indénombrable trillion de formes de telle sorte qu'elle puisse se retrouver elle-même innombrablement. Sri Aurobindo.

samedi 25 août 2012

SUR ETERNITE ET IMMORTALITE. Episode 2.

Vers ici en amont de toute pensée il n'y a pas trace de temps : l'esprit est éternelle présence
L'esprit atemporel se découvre donc comme le champ atemporel de perception-apparition des apparences phénoménales (..., intuitions, pensées, émotions, sentiments, sensations, pulsions, ...). Le temps est une loi fondamentale du monde des apparences (une intuition a priori selon le vocabulaire de Kant) mais dans sa perception qui coïncide avec son apparition une atemporalité de l'esprit dont il organise le vécu semble sa condition de possibilité (point qui échappe à Kant mais pas aux mystiques .

Dans le post précédent nous avons montré que l'esprit est à l'évidence en dehors du temps et donc de la mortalité, toutefois nous n'avons pas encore traité alors de la question de l'immortalité ou non de l'âme.

Nous remarquerons que si nous identifions le psychisme de l'ego avec l'âme, l'immortalité de l'âme ne serait pensable que comme sempiternité de l'ego. On peut envisager l'âme comme une dimension de l'ego capable de se tourner vers l'esprit. Cette dimension échapperait à l'impermanence de l'ego et de la personnalité car ce serait comme un "Je" résonnant au cœur de l'esprit.
La vision sans tête de Douglas Harding se rapproche ainsi des positions que Michel Fromaget estime être celles des Pères de l'Eglise chrétienne.
Selon lui, l'immortalité de l'âme ne serait pas une donnée de la théologie chrétienne puisque par exemple l'apocalypse parle d'une seconde mort. Ce serait la conversion de l'ego et le sacrifice de son égocentrisme qui donne à l'âme la possibilité de renaître puis d'être ressuscitée dans l'esprit.
A vrai dire la vision sans tête est encore plus proche de la conception stoïcienne qui ne semble pas chez Marc-Aurèle pouvoir affirmer l'immortalité ou non de l'âme même si la dimension de l'esprit qui nous relie à l'intelligence cosmique éternelle peut être réalisée.


Comme nous le voyons, bon nombre d'approches ésotériques (en Occident moderne et postmoderne) et anthropologiques (se situant avant la modernité) distinguent trois composantes de ce que nous sommes : esprit, âme, corps.

Cependant, certaines effacent la distinction âme-esprit comme le dualisme cartésien qui a certainement ses origines dans le thomisme. Au XIXème siècle face au réductionnisme matérialiste, le spiritisme avec les phénomènes de médium donnant de s'exprimer à des "esprits" (âmes) propose cette approche :
On voit que la vision tripartite et l'attention à l'esprit proprement dit s'efface au profit d'une communication occulte. Le channeling aujourd'hui est la plupart du temps un prolongement de cette tendance spirite dualiste qui finit par ignorer l'évidence de l'esprit. Or sans l'esprit peut-on parler de spiritualité ? Le channeling est donc la plupart du temps une activité occultiste sans dimension spirituelle proprement dite.

Mais si l'on remonte dans le temps, aux origines de l'occultisme et de l'ésotérisme occidental, on trouve cette tripartition corps-âme-esprit :
Il faut certainement considérer la thématique de l'évolution du monde des apparences pour mieux appréhender la nature de l'âme.

D'un côté, nous avons la théosophie qui a inspiré ce type de réponse :

L'intérêt de cette approche est de rendre compte d'une évolution possible de l'âme lorsqu'elle revêt les divers couches de conscience et d'être. Cette approche explique aussi pourquoi l'ego n'est pas l'âme et rarement en permet la manifestation.
Cependant un peu comme dans l'approche spirite, c'est l'esprit, qui pour nous est une évidence pourtant plus immédiate, qui finit par sembler ici un peu négligé. Rien ne permet de penser que vraiment au cœur de la personne subsiste quelque réalité personnelle fondamentale. Cela ressemble à une pétition de principe.

Si on admet que ce qui se manifeste dans l'esprit manifeste une action créatrice qui a produit tout jusqu'à notre esprit sa perception et ce qui y apparaît, on peut distinguer alors son action de notre contemplation. Sri Aurobindo use des concepts du samkhya que sont prakriti et purusha en leur donnant un sens non dualiste :
 
 Cette distinction a un enjeu pratique avant d'avoir un enjeu métaphysique en ce qui concerne la relation corps-âme-esprit : celui de la liberté.
La prakriti qui anime l'univers à divers niveaux et suivant divers plans de conscience puisque par exemple un être mental n'est pas déterminé de la même façon qu'un être seulement émotionnel et pusionnel. Le purusha est ici une liberté absolue d'identification qui paradoxalement a une essence personnelle libre de toute personnalité. On pourrait dès lors revenir à une position stoïcienne : PURUSHA ce qui dépend de moi, PRAKRITI ce qui ne dépend pas de moi. Et du coup on ne voit pas très bien où pourrait se pressentir une immortalité de l'âme.


C'est de ce point de vue pratique cependant qu'une dimension immortelle personnelle peut être entrevue si on y introduit la notion d'une évolution créatrice. Dans une vision du monde cyclique comme celle des stoïciens où toute la création finit par se résorber dans le feu intelligent cosmique, une réalité individuelle n'a guère de sens. Mais quand on voit toutes ces vies lancées et perdues d'avance, quand on voit ces vies étroites, futiles, etc., ne serions-nous pas plutôt que des vagues successives au service d'un grand œuvre global ?

Mais pourquoi des personnes cherchent-elles à servir ce grand œuvre consciemment tandis que d'autres n'en éprouvent aucun besoin ? Ne vivons nous pas à la surface de nous-même laissant notre profondeur personnelle inexplorée ? Connaître les mécanismes psychologiques ne revient pas à se connaître soi-même en tant qu'instance individuelle capable de s'en libérer. Voir l'immortalité de l'esprit n'est pas exactement connaître ce qui dans l'espace-temps évolutif d'un individu s'y relie intimement. Bien sûr cela se passe dans ce que les traditions ont appelé le cœur. Mais ce n'est pas encore tenir le lien en ce qui concerne l'action, une participation à un grand œuvre universel.
Il faudrait donc pour trouver dans son âme une dimension immortelle avoir une foi sincère en une évolution créatrice consciente (entrevoir un grand œuvre à exécuter). Dans l'expérience approfondie et authentique de la foi en une évolution créatrice ou d'un grand œuvre universel, on apercevrait sans les avoir rechercher des lueurs d'une âme.

Le devenir de la prakriti n'est pas seulement l'écoulement temporel, il met en jeu un DEVENIR inscrit de toute éternité dans l'ÊTRE. Une évolution créatrice implique une involution c'est-à-dire la présence éternelle de toutes les possibilités. L'univers tend vers de plus en plus d'individualité au sein de sa manifestation consciente. Prendre conscience de cette vérité qui relativise l'individualité en tant que personnalité comme fruit d'un processus universel relève d'une compréhension mais aussi d'une volonté personnelle en arrière plan de ce processus. Cette volonté semble toujours en harmonie avec ce qui élève dans le processus vers plus de conscience : cette volonté individuelle au cœur du purusha semble comme un enfant conscient bien qu'il soit encore à venir à qui sa mère, la prakriti lui donnerait consciemment ce qui l'exprimerait au mieux dans sa matrice.


Sri Aurobindo dans La Vie divine chapitre 48 écrit :

Selon nous, et c'est ainsi que s'explique l'évolution dans la Matière, l'univers est un processus de création de soi d'une Réalité suprême dont la présence fait de l'esprit la substance des choses — toutes choses existent en lui en tant que pouvoirs, moyens et formes de la manifestation de l'Esprit. Une existence infinie, une conscience infinie, une force et une volonté infinies, une joie d'être infinie, sont la secrète Réalité derrière les apparences de l'univers; son Supramental divin ou Gnose divine a arrangé l'ordre cosmique, mais indirectement, par l'intermédiaire des .trois termes subordonnés et limitatifs, dont. nous sommes conscients ici : le Mental, la Vie et la Matière. L'univers matériel est le stade le plus bas d'une plongée de la manifestation, d'une involution de l'être manifesté de cette Réalité tri-une en une apparente nescience de soi, que nous appelons maintenant l'Inconscient ; mais l'évolution, hors de la nescience, dé cet être manifesté vers une conscience de soi recouvrée était, dès le début, inévitable.
Inévitable parce que ce qui est involué doit évoluer ; en effet, cet être n'est pas là seulement comme une existence, comme une force cachée dans son contraire apparent — et toute force de ce genre, en sa nature la plus profonde, est nécessairement poussée à se trouver, à se réaliser, à se libérer dans le jeu —, il est la réalité de ce qui le dissimule, il est le moi que la Nescience a perdu, et c'est pourquoi tout le sens secret, la tendance constante de son action doivent être de le rechercher et de le recouvrer. Or c'est l'être individuel conscient qui rend cela possible; c'est en lui que la conscience évolutive s'organise et devient capable de s'éveiller à sa propre Réalité.
L'immense importance de l'être individuel, qui augmente à mesure qu'il s'élève dans l'échelle, est le fait le plus remarquable et le plus significatif d'un univers qui a commencé sans conscience ni individualité dans une Nescience indifférenciée. Cette importance ne peut se justifier que si le Moi en tant qu'individu n'est pas moins réel que le Moi en tant qu'Être ou Esprit cosmique, et que s'ils sont tous deux des pouvoirs de l'Éternel. Ainsi seulement peut-on expliquer le fait que la croissance de l'individu et sa découverte de lui-même soient une condition nécessaire à la découverte du Moi et de là Conscience cosmiques, et de la Réalité suprême. Si nous adoptons cette solution, la persistance de l'individu devient une réalité, c'est la première conséquence ; mais une autre en résulte, et c'est qu'une certaine forme de renaissance n'est plus un mécanisme possible, acceptable ou non : elle devient une nécessité, un résultat inévitable de la nature fondamentale de notre existence.
Car il ne suffit plus de supposer qu'un individu illusoire ou temporaire ait été créé dans chaque forme par le jeu de la conscience; on ne peut plus concevoir l'individualité comme un accompagnement du jeu de la conscience sous la forme d'un corps, qui peut ou non survivre à la forme, prolonger ou non la fausse continuité de son moi de forme en forme, de vie en vie, mais n'a certainement aucun besoin de le faire. Dans ce monde, ce que nous croyons voir tout d'abord, c'est un individu prenant la place d'un autre individu sans aucune continuité : la forme se dissout, l'individualité fausse ou transitoire se dissout en même temps, tandis que seule l'Énergie universelle ou quelque Être universel demeure à jamais; il se pourrait très bien que cela soit tout le principe de la manifestation cosmique.
Mais si l'individu est une réalité persistante, une part ou un pouvoir éternels de l'Éternel, si la croissance de sa conscience est le moyen par lequel l'Esprit dans les choses dévoile son être, le cosmos se révèle être une manifestation conditionnée du jeu de l'Un éternel dans l'être de naissance avec l'éternel Multiple. Alors, a l'abri derrière tous les changements de notre personnalité, soutenant le flot de ses mutations, il doit y avoir une Personne vraie, un Individu.spirituel réel, un Purusha véritable. L'Un étendu dans l'universalité existe en chaque être et s'affirme en cette individualité de lui-même.
Dans l'individu, il dévoile son existence totale par l'unité avec tous dans l'universalité. Dans l'individu, il dévoile aussi sa transcendance en tant qu'Éternel en qui se fonde toute l'unité universelle.

A suivre...

DETRUIRE LE MENTAL ou LE DEPASSER ?

Il est un mot d'ordre répandu dans les milieux spirituels se réclamant de la non dualité et de l'orient : faire taire le mental. Le mental est alors l'ennemi à abattre. Mais quel sens faut-il donner au mot mental ? A partir de là faut-il condamner toute démarche intellectuelle et tout effort d'expression de soi ? Le mot d'ordre d'abattre le mental est souvent une tarte à la crème peu réfléchie qui permet de se positionner comme plus sage, plus avancé spirituellement...
Le mental est ce qui vous éloigne de la Réalité, de l'objet.
Il y a donc là un tas de confusions. Comment comprendre au mieux cette citation "Le mental est ce qui vous éloigne de la Réalité, de l'objet." de Prajnanpad dénonçant le mental ?


Pour avancer spirituellement, il y a certaines structures mentales à abandonner car elle nous éloigne du réel mais il en est d'autres qui doivent être déployées pour s'en rapprocher comme par exemple se souvenir de cette citation. Un enseignement spirituel est ainsi une structure mentale visant à relativiser les structures mentales pour découvrir une réalité qui le dépasse. Nous utilisons ici une définition du terme mental qui ne coïncide pas avec celle de Prajnanpad. Mais malheureusement celui qui vit dans son monde pseudo-spirituel ignore qu'un mot utilisé comme un concept a un sens précis qui n'est pas valable dans tous les contextes où le mot usuel peut s'utiliser. Notre concept du mental est beaucoup plus large en extension que le concept utilisé ici par Prajnanpad et celui qui verrait une contradiction entre notre concept et celui de Prajnanpad manquerait surement le point d'accord sous-jacent : il y a des structures mentales à abandonner pour avancer spirituellement.

Condamner la réflexion et donc le mental au sens large revient souvent à obéir à des forces infra-mentales. De nombreux pseudo-gourous ne s'en privent pas. Pour être sa propre autorité intérieurement et authentiquement avancer spirituellement, une capacité de discernement mental est utile. On peut distinguer une structure mentale qui participe d'une illusion et favoriser le développement d'une structure mentale favorisant le discernement.
Retourner son attention selon la Vision sans tête pour trouver sa vraie nature.

Si on veut faire par exemple l'expérience spirituelle que "tout est conscience", il faut entrevoir quelque chose au-delà du discours même le plus rationnel et riche de discernement qui soit. Mais ce parfum du "tout est conscience" ne peut être pointé que par un protocole qui requiert le mental.


Si tout est conscience, on devrait s'interroger de savoir pourquoi le mental s'est tant développé. Certains vont affirmer que c'est le désir qui se sert du mental pour faire croître son monde de dualités et qu'en un sens l'explosion des connaissances mentales impliquent l'inéluctable catastrophe en cours. Il est clair que la modernité qui a vu l'activité mentale se déployer est alors entièrement condamnée comme le sommet de la catastrophe : la valorisation du mental impliquerait la dévalorisation et l'oubli du spirituel.

Mais si l'on veut affuter notre réflexion et notre sens du discernement, il y a une autre position mentale à envisager qui ne trahit pas la découverte que "tout est conscience" : le monde mental est aussi une manisfestation de "tout est conscience". Chaque évolution serait d'abord une floraison dans le temps d'une réalité éternelle involuée. Les spiritualités évolutionnistes comme celle de Bergson, Teilhard ou Sri Aurobindo vont voir dans la montée de l'activité mentale une évolution de l'univers vers de plus en plus de conscience individualisée. Le mental est une réalité qui permet davantage de s'exprimer individuellement que le monde émotionnel ou pire encore pulsionnel. Le "Tout est conscience" n'implique pas une négation de l'individualisation. Plus l'individualisation est développée grâce à un mental élargi, plus la découverte du tout est conscience aura un impact social fort.
Une autre forme de condamnation du mental existe cependant du point de vue d'une spiritualité fondée sur l'évolution de la conscience. Certains estiment qu'il est un obstacle à ce qui doit le dépasser dans la marche évolutive. Ils vont confondre un dépassement avec un rejet. Nous pouvons estimer qu'un mental pour être dépassé doit être complétement parvenue à ses limites de subtilités et de souplesse dans la relation au réel. Un tel mental a une liberté d'imagination sans aucune borne, il est prêt à devenir l'expression de toute forme d'intuition sans la réduire à des structures préexistantes, il est donc chargé de potentialité poétique traduisant n'importe quel courant du tout de conscience évolutive, il est au service de l'individualisation et non d'une idée.

vendredi 3 août 2012

SUR ETERNITE ET IMMORTALITE. Episode 1.

Le soleil que je vois dans le ciel est le soleil d'il y a 8 à 9 minutes puisqu'il faut pour la lumière qui va à environ 300000km par seconde ce temps pour aller du soleil à la terre.

Et ceci vaut plus encore pour ce que nous voyons au loin dans l'univers :

Mais il est plus troublant d'admettre que cela vaut au plus près.

Ce que nous voyons est toujours du passé car il faut aussi compter le temps que le cerveau mette en place une image. L'observateur extérieur (sans prendre en compte le décalage de son propre cerveau analysant la situation) voit qu'il me faut un temps cérébral d'analyse des données extérieures pour que j'en sois conscient. 

Parfois le corps réagit avant que je sois bien conscient de ce qui se passe. Ces mécanismes entraîneraient par exemple une impression de déjà vu. Mon corps aurait vu ce que je suis en train de voir. 

Logiquement le présent qui n'est pas une image du passé ne se tient donc qu'à zéro centimètre de moi et n'est rien de ce qui apparaît comme externe à l'intérieur de notre esprit.

Cependant cet hyperprésent de la perception ne doit pas être confondu avec le présent de la pensée. Toute pensée analytique comme ce que j'écris en ce moment prend du temps : elle nécessite rétention de ce qui s'est formulé et protention vers ce qui va se formuler. La pensée (analytique quelle) que soit sa nature se vit comme passé du présent et futur du présent ne pouvant jamais vraiment se tenir à un présent du présent.

Quand on se connecte à l'idée qu'exprime cette pensée analytique cela semble plus instantané, plus présent. Mais il y a encore une instabilité des idées, elles nous échappent, elles s'entr'éclairent, les unes s'écartent pour en laisser d'autres. C'est la perception de l'idée et non l'idée qui nous rapproche du présent. 

Mais en amont des sensations du monde, en amont de la pensée analytique, en mont de l'idée, y a-t-il encore une perception ? Autrement dit y-a-t-il en nous une perception pure présence, immobile et intemporelle ? Ce pur présent serait l'éternité (l'intemporel) qui contient le temps. Ce substrat pur de la perception de tout ce qui apparaît serait aussi éventuellement une dimension d'immortalité, la mortalité n'agissant que sur ce qui est temporel.

Cette découverte éventuelle d'une part d'immortalité reste cependant celle d'une dimension impersonnelle en nous puisque tous nos traits personnels ressortent à première vue du temporel.

Pour faire une expérience de perception pure intemporelle en amont de toute apparence, voici une proposition :

En effet par ici vers cette absence devant laquelle tout apparaît, y a-t-il une trace de temps ?

Et concentrons nous sur un mot comme "une pensée... encore une pensée", cela n'apparaît-il pas là-bas tandis que le ici qui perçoit cette pensée perçoit aussi tout le reste (le monde des sensations, les autres pensées, etc.) ?

Bien sûr ce presque rien de l'esprit qui perçoit colle à zéro centimètre de ce qui apparaît, donc la distinction ici - là-bas reste imprécise. Toutefois le ici que pointe le doigt semble un presque rien séparé de ce qui apparaît. Ce ici spécifique où la plupart d'entre nous pense une tête avec deux yeux permet de distinguer un esprit immobile, intemporel, présent au soubassement de tout ce qui apparaît (y compris notre pensée de nous-même avec notre tête et nos yeux). 

Où découvre-t-on son âge ? Sur le miroir là-bas ou ici d'où part le regard ? Celui qui perçoit est sans âge, c'est une conscience sans identité qui peut s'identifier à chacun des visages qui se présente là-bas sur le miroir. Si on ne se perd pas là-bas dans l'image, on ne se noie pas dans le temps. Il y a une fraîcheur de celui qui perçoit. C'est d'ici un festival de nouveautés qui apparaît là-bas. Et même quand la vue se brouille, celui qui perçoit n'est pas gagné par cette déficience. Ce qui est brouillé est là-bas. Etc.
 
A Suivre...

ERREUR HYPERMODERNE D'UNE EVOLUTION HUMAINE PAR LA TECHNOLOGIE.

Dans son livre La vie vivante, Jean-Claude Guillebaud résumant les idées du transhumanisme  écrit :
«Que faut-il entendre par singularité ? Pour Kurzweil, nous sommes à la veille d’un « saut » technologique tellement décisif – et définitif – que nul ne peut encore le décrire. Tel est le vrai sens du mot. Il nous invite à imaginer un horizon au-delà duquel le futur s’apparente à un trou noir inobservable. Son avènement résultera de la convergence et surtout l’accélération des nouvelles technologies, mais aussi et surtout des progrès de l’intelligence. Kurzweil ajoute que si les avancées obéissaient jusqu’alors à un rythme exponentiel, ce sera leur accélération elle-même qui deviendra exponentielle. On emploie à ce sujet une expression empruntée à Buckminster Fuller : l’accélération accélérante.
Cela signifie que le nombre des innovations ira se multipliant, tandis que ­l’intervalle entre chacune d’entre elles se raccourcira sans cesse. À ce jeu, les transformations de l’humanité au cours du seul XXIe siècle devraient être équivalentes à toutes celles qu’elle a connues au cours des 20 000 années précédentes, et peut-être plus considérables encore.

La rapidité de leur enchaînement les rend imprévisibles. On peut seulement dégager quelques-uns des bouleversements attendus : dématérialisation et amplification conséquente de la réalité, multiplication des machines intelligentes capables de se reproduire elles-mêmes, prédominance universelle du concept d’information, enchevêtrement généralisé de l’organique et du machinique, etc. La dernière étape du processus devrait être, selon Kurzweil, celle d’un « éveil » de l’univers entier à la conscience. Dans tous les cas, l’espèce humaine telle que nous la connaissons disparaîtra.

À ce stade, les règles ordinaires de la prospective ne s’appliquent évidemment plus. On est dans le registre du prophétisme, ce qui vaut à Kurzweil d’être présenté comme un techno­prophète. En définitive, il n’est pas loin de faire siennes les hypothèses du jésuite et paléontologue français Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), inventeur du concept de noo­sphère, du point oméga et du Christ cosmique – réflexions qui lui valurent les foudres du Vatican dans les années 1950 et 1960. On a d’ailleurs oublié que, dans son livre l’Énergie humaine, Teilhard s’était déclaré favorable à une amélioration de l’homme par lui-même, jusqu’à l’apparition possible d’un « type humain supérieur ». Il nous faut « aider Dieu », ajoutait-il, « comme si notre salut ne dépendait que de notre industrie ».

Dans ses écrits et ses déclarations, Kurzweil revendique pour l’homme la liberté de remodeler sa propre espèce. Six siècles après la Renaissance italienne, il prend au pied de la lettre le discours historique du philosophe et théologien italien Giovanni Pic de la Mirandole (1463-1494), lequel proclamait dans son Oraison sur la dignité humaine : « À l’homme il est permis d’être ce qu’il choisit d’être. » Kurzweil rejette ainsi toute espèce de freins, limites et interdictions qui, au nom de la prudence ou de l’éthique, empêcheraient l’homme d’aller « plus loin ». Son dernier livre contient une profession de foi enflammée, qui coïncide avec celle du mouvement transhumaniste. « Nous voulons, proclame-t-il, devenir l’origine du futur, changer la vie au sens propre et non plus au sens figuré, créer des espèces nouvelles, adopter des clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter notre corps et nos esprits, apprivoiser nos gènes, dévorer des festins trans­géniques, faire don de nos cellules souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, pratiquer des clonages divers à l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre 20 ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies. »
Gérard de Dunkerque a publié sur son blog Yoga des cellules cet extrait de l'Agenda de Mère, tome 1, qui apparaît aussi dans ses Entretiens 1957-1958 :
Dans la vie ordinaire, tout est artificiel. Selon la chance de votre naissance ou des circonstances, vous avez une position plus ou moins élevée ou une vie plus ou moins confortables, non pas parce qu'il est le spontané, l'expression naturelle et sincère de votre façon d'être et de votre besoin intérieur, mais parce la fortuité des circonstances de la vie vous a mis en contact avec ces choses. Un homme absolument sans valeur peut être dans une position très élevée, et un homme qui pourrait avoir des capacités merveilleuses de la création et l'organisation peut se trouver dans une position laborieuses assez limité et inférieur, alors qu'il serait un individu totalement utile si le monde était sincère.
C'est cette artificialité, cette sincérité, cette absence complète de la vérité qui paraissait si choquant pour moi que ... on se demande comment, dans un monde aussi faux que celui-ci, nous pouvons arriver à une évaluation sincère des choses.

Cette façon d'envisager l'évolution est à mille lieu des thèses du transhumanisme (dont on trouvera en cliquant ici une présentation synthétique) souvent évoquées et reprises par certains membres du mouvement intégral.
Ce qui est mis en avant est ici la question que Bergson avait mise en avant sans vraiment la résoudre : comment éviter que la puissance technique serve la volonté de brutes ? La science mise en œuvre pour développer une technique est souvent sans rapport avec la qualité de conscience de ceux qui en usent. Mère lorsqu'elle évoque son expérience du supramental nous parle d'une conscience plus consciente au cœur même de ses actions dans la matière et non d'une conscience dotée de plus de puissance. Dotée de plus de puissance, une conscience humaine ordinaire a des possibilités étendues mais qui n'en reste pas moins ordinaire.
Pour ceux qui envisagent une spiritualité transformant le monde et non seulement une spiritualité libératrice de la finitude égocentrique, il est souvent difficile d'envisager une transformation du monde en dehors d'une extension de nos possibilités d'être par la technique. Si la technique peut allonger la vie en reculant les processus de la mort agissant dans nos cellules, si elle peut faciliter nos possibilités de communiquer ou si elle peut renforcer notre mémoire, elle ne peut pas nous donner accès à une connaissance directe de la conscience force qui anime tous les phénomènes y compris ceux de la matière. Accepter philosophiquement que l'évolution pourrait aller dans cette direction d'une conscience de cette sorte différente de notre conscience mentale revient à commencer à accepter la possibilité d'une conscience supramentale. Ceci reviendrait à accepter qu'une telle conscience nous soit aussi étrangère que notre conscience mentale semble étrangère à une mouche se heurtant à une vitre quand pourtant elle est ouverte.

Accepter cette possibilité revient aussi à être plus sincère en ce qui concerne l'évaluation de notre monde actuel. Qu'est-ce qui donne accès au confort technique aujourd'hui si ce n'est le pouvoir de l'argent ? Que valent spirituellement la plupart de ceux qui disposent de l'argent qui leur donnera les privilèges des nouvelles technologies de la vie prolongée par exemple ?



Malheureusement nous revenons à cette erreur fréquente dans la mouvance intégraliste côté Wilber : le rendez-vous avec des leaders visibles de l'évolution de la conscience en octobre est bien caractéristique de ce défaut. Celui qui paiera 200 euros pourra être aux premières places et partager un repas avec les conférenciers. Soit il s'agit pour ce mouvement de trouver de riches mécènes, soit on continue à penser que la richesse reflète une valeur et que ce mouvement prendra de l'ampleur en s'appuyant sur les plus riches et puissants. Pourquoi par exemple à côté des plus riches motivés, les plus jeunes qui s'intéressent à ce genre d'événement n'auraient-ils pas une place privilégiée et la chance de parler plus intimement à ces leaders ?

Pour faire évoluer la culture, il y a le désir d'avoir de l'influence mais cette recherche d'influence n'est-elle pas sans valeur devant l'aspiration à rechercher une réelle profondeur d'être ?

Mais il est facile de critiquer sans rien faire pour faire évoluer la conscience collective... Cependant, il y a une critique constructive possible.



A ce sujet nous citerons ce texte :

Méditation sur la Sagesse suprême

Niranjan Guha Roy 1982

Méditation

Il y a une Sagesse englobant tout qui préside sur les destinées de chacun.
En dernière analyse, tout ce qui arrive est pour notre progrès.
Il y a toujours une plus grande possibilité à notre portée
Cela dépend de notre aspiration, intensité et de notre désir d ’avancer.
Si le Divin veut surgir dans une âme, rien ne peut l ’en empêcher. C’est Sa décision.
Plus je suis en contact avec le Divin, plus je perds le zèle missionnaire.
Je n ’ai aucun désir de former une communauté,
D ’imposer la spiritualité ou une discipline aux autres.
Je vois le Pouvoir à l’œuvre et je lui offre notre travail.
Il y a de moins en moins d ’initiative personnelle dans le travail.
« Que Ta Volonté soit faite » est devenue une formule vivante,
Une sincère attitude dynamique maintenant pour la vie spirituelle et matérielle.
Le vrai travail spirituel est plus intérieur qu’extérieur
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