mardi 1 juillet 2014

FRATERNITE.


  http://sriaurobindo-yoga-integral.blogspot.fr/2014/06/la-fraternite.html

 

LA FRATERNITE


Les trois idéaux — ou buts ultimes — de la civilisation moderne, propagés lors de la Révolution française, se ramènent à trois principes que nous connaissons comme la liberté, l'égalité et l'amitié. Mais ce qu'on entend par fraternité en Occident, ce n'est pas l'amitié. L'amitié est une attitude mentale ; celui qui veut le bien de tous ne fait de tort à personne, cet être de charité, sans violence, qui fait le bien de tous, c'est lui qu'on appelle « ami », amitié c'est son état d'âme. Cet état d'âme est la propriété d'une mentalité individuelle, qui oriente la vie et l'action d'un individu ; mais ce ne peut être le nœud principal d'une discipline politique ou sociale. Les trois principes de la Révolution française ne sont pas les règles morales de la vie individuelle, ce ne sont que les trois tendances capables de refaçonner les conditions d'une société, d'un pays, les principes essentiels de la nature s'exprimant à travers les conditions extérieures d'une société.
Les révolutionnaires français étaient avant tout désireux de parvenir à une liberté et une égalité politiques et sociales ; ils n'avaient pas les yeux tellement fixés sur la fraternité ; c'est le manque de fraternité qui explique les lacunes de la Révolution française. Cette insurrection avait permis à la liberté politique et sociale de s'établir en Europe, et l'égalité politique put s'établir aussi, jusqu'à un certain point, dans les formes gouvernementales et juridiques de certains pays. Mais l'égalité sociale est impossible sans la fraternité ; c'est par manque de fraternité que l'Europe ne peut avoir l'égalité sociale. Le plein épanouissement de ces trois principes est possible par l'épanouissement conjugué de chacun d'eux ; l'égalité est nécessaire à la liberté qui ne peut persister sans elle, la fraternité est la base de l'égalité, sans elle l'égalité ne peut s'établir. Le sentiment le solidarité apporte la fraternité. Il n'y a pas de fraternité en Europe : l'égalité et la liberté y sont ternies, instables, incomplètes ; ainsi en Europe, agitation et révolution sont devenues un trait permanent de la vie. Et l'Europe est fière de couvrir cette agitation et cet état révolutionnaire du nom de progrès.
Le peu de fraternité qui existe en Europe s'est établi autour de la patrie : appartenir à la même patrie, connaître des bonheurs et des malheurs communs, sentir la liberté protégée par l'unité, voilà la connaissance qui est à la base de l'unité européenne. Contre elle s'élève une autre connaissance : nous sommes tous des êtres humains, tous les êtres humains sont un, toute différence entre les être humains provient de l'ignorance et est nuisible ; le nationalisme est cause de différences, il provient de l'ignorance, il est nuisible ; nous devons abandonner tout nationalisme afin d'établir l'unité de l'humanité entière. « C'est en France, en particulier, le pays où les grands idéaux de liberté, d'unité, de fraternité, ont pu d'abord être diffusés, dans ce pays riche en idées et en sentiments, que ces deux connaissances contradictoires se trouvent en conflit. Le nationalisme est une vérité, et l'unité humaine est une vérité : c'est l'harmonie de ces vérités qui peut amener le bien de l'humanité ; si notre intelligence nous rend incapables de cette synthèse, si elle met en conflit des principes qui sont au-dessus des conflits, cette intelligence ne peut être que sujette à l'erreur, égarée par rajas.
L'Europe est écœurée par une liberté politique et sociale privée d'égalité et elle s'est tournée vers le socialisme. Il y a en Europe deux partis principaux : anarchiste et socialiste. L'anarchiste dit : « Toute cette liberté politique n'est qu'illusion, un piège monté par le gouvernement pour établir la tyrannie des riches et écraser la liberté individuelle sous prétexte de défendre la liberté politique ; elle est le signe d'une illusion, nous devons nous débarrasser de toute forme de gouvernement afin d'établir la vraie liberté ». Si on demande aux anarchistes : « En l'absence de gouvernement, qui mettra un frein à la tyrannie du fort ? », ils répondent « Que par l'éducation, nous parvenions à la connaissance complète, à la fraternité totale, c'est là qu'est la défense de la liberté et de l'égalité, et si quelqu'un transgresse la fraternité par amour de la tyrannie, n'importe qui aura le droit de lui infliger la punition capitale ». Le socialiste ne nous dit pas cela ; nous devons avoir un gouvernement, nous en avons besoin, mais la société et le gouvernement doivent avoir pour fondement l'égalité absolue ; il faut corriger les défauts actuels du gouvernement et l'humanité sera totalement heureuse et libre, un foyer de fraternité. C'est pourquoi le socialisme veut établir dans la société l'union : si au lieu de propriétés individuelles, il n'y avait que des propriétés de la société (comme les propriétés d'une large famille n'appartiennent pas à un individu, mais à la famille seule, tout en formant le corps dont l'élément individuel n'est qu'un membre), il n'y aurait plus d'inégalité dans la société, elle serait une.
L'erreur de l'anarchiste, c'est de vouloir abolir le gouvernement avant d'établir la fraternité. La fraternité totale ne verra pas jour immédiatement ; entre-temps l'absence de gouvernement aura pour conséquence une totale indiscipline, le soulèvement des parties animales de l'homme. Le chef est le centre de la société ; l'homme pourra dépasser son animalité et trouver un autre fondement de gouvernement lorsque se manifestera la fraternité complète, le Divin lui-même sans aucun intermédiaire choisira la terre comme son royaume et s'installera dans tous les cœurs, le Royaume des Saints des chrétiens ou notre âge d'or sera là. L'humanité n'a pas fait un progrès tel qu'elle puisse mériter tout de suite cette condition, mais une première réalisation est déjà possible.
L'erreur du socialiste, c'est qu'au lieu d'établir l'égalité sur la fraternité, il tâche d'établir la fraternité sur l'égalité. La fraternité sans égalité ne peut exister, mais une égalité sans fraternité ne peut pas survivre ; des dissensions, des querelles, des convoitises déchaînées la détruiraient. D'abord la fraternité totale, puis l'égalité complète.
L'attitude fraternelle est un état d'âme extérieur : si nous vivons avec une attitude fraternelle, si nous possédons les mêmes propriétés, le même bien, le même effort commun, c'est cela la fraternité. L'état d'âme peut se manifester à l'extérieur grâce à l'attitude intérieure. Dans l'amour fraternel, la fraternité se sent vivifiée et vraie. Il faut que cet amour fraternel aussi se manifeste. Nous sommes enfants de la même mère, compatriotes, une telle attitude permet déjà un certain amour fraternel, mais ce lien peut permettre l'unité politique, non l'unité sociale. Il nous faut pénétrer plus profondément : tout comme en dépassant notre amour pour notre propre mère, nous arrivons à adorer la mère qui est notre pays, de même il nous faut transcender la conception de la patrie comme mère pour arriver à la conception de la Mère universelle. Toujours il faut dépasser la puissance limitée pour parvenir à la puissance totale. Mais comme en adorant la Mère Inde, nous n'oublions pas notre mère physique, de même notre adoration de la Mère Universelle qui dépasse la mère Inde ne nous la fera pas négliger. Car elle est Kâlî, elle aussi est Mère.
Seule la religion fournit une base à toute attitude fraternelle. Toutes les religions affirment :
« nous sommes un ; toute inégalité provient de l'ignorance et de la jalousie ». L'amour est le coeur même de tout ensei­gnement religieux. Notre religion, également, enseigne que nous sommes tous un, toute notion d'inégalité est un signe d'ignorance ; celui qui a la connaissance considèrera tout le monde d'un oeil égal, en chaque indi­vidu il verra la même âme, la présence du même Nârâyana. Cette éga­lité d'âme, pleine de dévotion, engendre l'amour universel. Mais cette connaissance, le but suprême de l'humanité, doit nous être omniprésente ; entre-temps, il nous faut la réaliser dans son aspect partiel, en nous, en dehors de nous, dans le cadre de la famille, de la société, du pays, partout. Depuis toujours, l'humanité a voulu établir cette base perma­nente de fraternité, tout en créant la famille, le clan, le pays, la com­munauté (secte), et en les consolidant par les chaînes solides des sâstras, ou de disciplines. Jusqu'à aujourd'hui cet effort a échoué. La fonda­tion est là, le réceptacle est là, mais il nous faut une énergie intarissable pour maintenir intacte la force vivante de la fraternité, afin que la base puisse être pure, le réceptacle éternel ou perpétuellement nouveau. Le Divin ne nous a pas encore révélé cette énergie. S'incarnant sous forme de Râma, Krsna, Caitanya ou Râmarkrsna, il essaie de préparer le coeur humain, plein d'égoïsme et dur, à être le réceptable de l'amour. Quand viendra-t-il, ce jour où il s'incarnera à nouveau et faisant à jamais jail­lir l'extase éternelle de l'amour dans le cœur humain, changera la terre en un paradis ?
Sri Aurobindo, Dharma (Calcutta) 1909-1910

mercredi 21 mai 2014

LE NÉCESSAIRE COSMOPOLITISME A VENIR FAIT DE NOTRE DÉFI MULTICULTUREL UNE CHANCE.


Une partie importante de nos populations se sent menacée par les immigrés, leurs cultures jugées non intégrables voire invasives. L'économie impliquant délocalisation, invasion du marché par des produits étrangers, ces populations rejettent tout ce qui tend à la mondialisation à commencer par l'Europe.

Il serait bon de redire la nécessité du cosmopolitisme même si l'échec de l'Europe dans la protection sociale des peuples représente pour beaucoup la cause essentielle de l'échec du cosmopolitisme.

Ce tableau de Jean-Marc Ferry suggère les diverses conceptions aujourd'hui en jeu à l'échelon européen :

On notera qu'il ne faut donc pas confondre mondialisation néolibérale et cosmopolitisme.

Une approche nationaliste ou supranationaliste ne peut que résoudre catastrophiquement les problèmes économiques et écologiques :

+ les problèmes écologiques n'ont pas de frontière (même supranationale) : 
   - les vents, les eaux transportent les pollutions ;
   - les problèmes climatiques ne peuvent pas être résolus nationalement.

+ les matériaux de base de notre économie vont s'épuiser ou déjà pour la plupart ne sont plus sur ou dans notre sol national (ou supranational) :
   - il faudra penser un recyclage à une échelle internationale;
   - il faudra gérer globalement les transitions dues à l'épuisement de ces ressources sur lesquelles fonctionne encore notre économie ; 

+ les plus riches et les multinationales fuient les impôts en passant les frontières, les trafiquants de toute sorte (y compris des réseaux criminels ou terroristes) utilisent ces mêmes chemins :
  - seuls des moyens de redistribuer les richesses internationalement sont en mesure de réduire les inégalités injustes ;
 - ces criminalités internationales nécessitent des réponses politiques internationales qui limitent la souveraineté d’États complices.


Ce cosmopolitisme requis pour éviter la faillite de l'humanité nécessite le développement d'un véritable multiculturalisme international capable d'harmoniser le développement des mentalités dans le respect du pluralisme de l'identité culturelle. 
Inglehart : diagramme des valeurs
Ce schéma d'Inglehart induit que certaines cultures et populations auraient des mentalités faisant obstacle à cette idée d'union cosmopolitique. Il est vrai que sans une certaine culture valorisant la rationalité il paraît difficile d'envisager des accords politiques permettant d'aboutir à une telle union.

Mais si l'approche intégrale du développement des mentalités est juste, chaque culture est déjà amenée en son sein à évoluer à travers les mentalités ci-dessous (ou dans une forme approchante) de telle sorte que le cosmopolitisme ne soit plus un rêve. 
Chaque culture s'étage selon plusieurs mentalités et il suffit que les gens passent par ces étages ou stades successivement pour que la mentalité globale de cette culture se déplace.


On notera que les événements politiques majeurs qui secouent les pays de cultures majoritaires musulmanes (en terme de pouvoir)  tendent à montrer la pertinence de cette évolution.

D'ailleurs, partant de ce point de vue, on comprendra l'erreur médiatique d'avoir parler d'un printemps arabe puis d'un automne islamiste. Il fallait observer que chacun des pays musulmans étaient à un passage différent. Ainsi la Lybie en arrive à peine à une majorité bleue face au rouge persistant. L'Egypte en est à peine à une montée du orange face au bleu majoritaire tandis que la Tunisie passe vraiment en orange avec l'émergence sporadique de vert ou que la Turquie majoritairement orange voit un mouvement vert se profiler qui empêche de faire tomber les oranges côté bleu face aux oranges.

Dans notre guide Almora de la spiritualité dans la partie concernant la spiritualité soufie nous avons montré implicitement qu'elle s'étageait déjà dans l'espace francophone du bleu à l'intégral (Abdennour Bidar). Cet article de Carnet philosophique sur l'Islam entre modernité, postmodernité et hypermodernité prolonge cet implicite.

Mais faudra-t-il attendre que tous les États soient majoritairement vert-jaune pour que le cosmopolitisme l'emporte ?

En fait les États qui auront développé en leur sein un multiculturalisme harmonieux en facilitant le développement des mentalités de chaque culture seront plus aptes à donner un dynamisme à un cosmopolitisme multiculturel. Face à la montée des xénophobes et du rejet du cosmopolitisme européen, cette orientation politique devient urgente. Nous avons une chance unique de demeurer des leaders évolutifs sur le plan culturel et spirituel, ne la gâchons pas !

 

lundi 21 avril 2014

PERSONNALITÉ ET EVEIL A LA PREMIÈRE PERSONNE.

Ma personne usurpe le trône de ce qui est vraiment au centre, du seul et authentique "Je suis". Ma troisième personne a usurpé le nom de L'unique Première Personne (au-delà de toute personnalité). Telle est ma déchéance spirituelle.

En ce sens, il n'y a JAMAIS personne qui s'éveille puisque la Seule et unique première personne est éveillée au plus intime de moi-même de toute éternité.

Ceci dit d'un point de vue pratique Je suis de toute éternité en première personne mais dans les faits je n'existe pas toujours en Première personne. Il y a bien quelque chose de ma personnalité qui a donc une relation avec cette lumière de l'éveil qui luit au fond d'elle. Il y a un enjeu d'incarnation de notre personnalité dans la lumière de l"éveil qui peut être négligé au moment où l'on affirme que "personne ne s'éveille".

Mais inversement, n'y a-t-il pas une dimension impersonnelle de l'éveil que mes formulations trahissent ? Nisargadatta Maharaj semble aller en ce sens : l'impersonnel "précèderait" le "Je suis".

Dans l'abîme sans fond du sommeil profond ou d'une méditation à partir de ce "Je suis", il n'y a même pas "Je suis". Rien de conscience ? Samadhi où l'inconscience du supraconscient nous empêche de ramener quoi que ce soit de ce voyage intérieur dans la mémoire ?

En aval, "Je suis" jaillit de nouveau engendré éternellement en même temps que ma personne s'y manifeste. "Je suis" demeure atemporel au sens où il englobe le temps alors que ma personne n'est que temporelle. Il y a une relation étroite entre la manifestation de ma personne et l'affirmation atemporelle du seul et unique "Je suis". L'âme prend sens au sein de l'Esprit éternelle.


Personne ne s'éveille puisque la lumière de l'éveil luit d'elle-même en elle-même, lumière sur lumière, impersonnelle en son fond mais il y a un profond mystère du jaillissement de la personne.

Ce jaillissement premier est-il déjà dégradation de l'absoluité de l'absolu ou au contraire est-il valeur absolue et profonde de la manifestation ?

vendredi 27 décembre 2013

CESSONS DE VIVRE A L'EXTERIEUR. RENTRONS A LA MAISON !



Vivre avec une tête, c'est comme vivre à l'extérieur de la maison. Nous ne sommes pas complétement à la rue. Nous avons une maison, nous la regardons de l'extérieur, nous l'apprécions. Nous travaillons beaucoup à peaufiner sa façade, le jardin collectif nous occupe énormément. Mais nous restons dehors. Nous ne vivons pas à l'intérieur.
Et dehors, nous nous sentons vulnérables, effrayés, soumis aux aléas du temps.

Vivre sans tête, c'est rentrer à la maison et regarder par la fenêtre intérieure, les circonstances extérieures changeantes. Et cette maison intérieure est magique, regarder par la fenêtre, c'est regarder par une fenêtre sans bord...

Rentrons enfin à la maison ! Habituons-nous à vivre en notre intérieur. Le monde entier, les autres et même notre corps et ses humeurs se tiennent à la fenêtre de notre intérieur immensément confortable.

samedi 7 décembre 2013

EVEILS TRADITIONALISTES ET EVEILS EVOLUTIFS.

06 décembre 2013

Un but, des chemins

Les chemins spirituels conduisent-ils à des buts différents?
la réalisation d'un maitre de l'advaita est-elle différente d'un sage bouddhiste ou chrétien?
Shankara, Longchenpa, Abhinavagupta, Plotin, Maitre Ekhart auraient-il atteint des états différents ?
Évidemment les disciples de chaque voie ont parfois tendance à l'affirmer : ma voie est la seule qui mène à l'absolu ! Les autres ne conduisent qu'à une réalisation partielle ou même vous mènent directement en Enfer!
Mais en réalité, l'expérience de l'absolu est au-delà de toute individualité, de toute forme, de tout nom, au delà de toutes les voies. Elle est donc universelle. Ce n'est pas un homme qui s'éveille à l'absolu, c'est l'absolu qui s’éveille à lui-même. Comment l'expérience pourrait-elle être différente ?
Bien sûr, chaque homme l'exprime  à travers son conditionnement (chrétien, bouddhiste ou autre) et c'est sans doute inévitable. Et il est utile aussi de suivre une voie et de ne pas les mélanger toutes, sinon on n'arrive nulle part.
diamant
C'est comme un diamant avec des milliers de facettes : chacune est différente mais c'est le même diamant.
Celui qui goûte l'Un reconnaît le goût de l'Un partout où il le rencontre.

jlr

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Pour faire écho à ce que José Le Roy veut nous rappeler dans le court texte précédent...

Le tableau est un. Mais on peut se pencher sur tel ou tel aspect pour parvenir à en voir la luminosité. Et si c'est toujours le même tableau qui est vu c'est telle nuance qui est vue d'abord pour en apercevoir la luminosité unique. Les maîtres les plus profonds parlent  du même tableau et savent le reconnaître car ils ne sont prisonniers d'absolument aucun concept (voir sur le blog de José Le Roy le dialogue entre Poonja, un enseignant du vedanta et Chokyi Nyima Rinpotché, un enseignant bouddhiste). Mais il y a une catégorie d'illuminés beaucoup moins profonds encore prisonniers de leur construction mentale bien qu'elle leur permet sans nul doute d'entrevoir la luminosité. Au moyen-âge chrétien ou musulman, ce type d'illuminés  (Augustin d'Hippone pour les chrétiens ou Ghazali pour les musulmans) a par exemple dénié aux païens d'avoir une quelconque expérience spirituelle valable. Ils ont fait l'apologie des armes pour contraindre les gens à entendre ce qui pourrait faire leur salut. Les plus profonds illuminés comme Ib'n Arabi en Islam ou Nicolas de Cusa en Christianisme ont au contraire affirmé l'unité transcendante des voies spirituelles. 

Aujourd'hui on est en général plus poli entre écoles religieuses mais on tient encore beaucoup à ses murs conceptuels. Dommage qu"on ne cherche pas à entendre l'autre nuance de luminosité pour abattre son mur sectaire de concepts "libérateurs" !!!!

Certes il est bien difficile d'entrer intérieurement dans un autre horizon de culture spirituelle, cela demande certains efforts et si l'on a déjà l'expérience de la luminosité du tableau, un à quoi bon surgit et on se contente de regarder l'autre approche extérieurement avec un rien de dédain. Une certaine paresse spirituelle finit par nourrir un manque d'amour qui s'ignore.

Ce genre d'attitudes est car au-delà de toute construction mentale commence une autre aventure, la lumière commence alors à faire son propre chemin dans le ballet de ce qui apparaît en elle. Elle est révolutionnaire et créatrice autant qu'elle a pu être maintenue accessible par l'approche traditionaliste.

Mais là encore il y a certainement déjà trop de concepts qu'il faudra sans aucun doute relativiser avant qu'ils ne produisent de nouvelles formes d'enfermements. Dépasser le mur conceptuel, c'est n'est plus seulement voir l'ouverture au-delà qu'il souligne, c'est l'abattre, le rendre entièrement poreux par le dialogue avec l'autre, qui me parle (qu'il le veuille ou non) de nuances qui s'ignorent encore à cause de références mentales et culturelles. 

Il y a divers niveaux d'attachements en nous. Les spiritualités souvent nous parlent des attachements égocentriques mais elles oublient les attachements culturels qu'ils soient hérités ou acquis. La lecture d'un Ken Wilber pourrait s'avérer utile en ce sens.
Cliquez sur l'image pour la voir entièrement.

Le mouvement intégral souligne l'enracinement d'une vision spirituelle dans une mentalité qui à la fois la porte et la limite d'où une dimension évolutive de la spiritualité qu'il faut valoriser pour être au plus près de la vérité.

Quoi qu'il en soit de la valeur d'une spiritualité intégrale, une authentique spiritualité aura donc un sens profond du dialogue : principe que j'ai défendu dans le Guide Almora de la spiritualité.

Et qu'on ne s'inquiète pas, pour dialoguer spirituellement, il faut au moins partir d'une culture spirituelle incarnée au plus profond.

jeudi 5 décembre 2013

DISTINGUER LA CONSCIENCE ET LA PENSEE.

CLIQUEZ SUR LE DESSIN POUR LE VOIR EN DETAIL.

La Vision Sans Tête que nous a offert le génie de Douglas Harding peut mettre un coin entre la conscience et la pensée. La pratique de quelques exercices finit si on y prête attention par mettre le coup de masse critique.

Il suffit de pratiquer en effet quelques expériences développées par Douglas et ses amis. Alors on entrevoit que penser est une forme de la conscience comme ressentir ou percevoir et que la conscience à proprement parler est une appréhension des phénomènes en amont.
Bien entendu, les habitudes arrachent bien souvent ce coin dans le bois durci de la conscience ordinaire. La pensée se recolle déjà alors à la conscience. Le coup de masse n'a pas été critique. L'oubli et l'ignorance peuvent régner de nouveau, nous vivons de nouveau englués dans la conscience ordinaire.
Mais le coin que sont les exercices proposés par Douglas Harding peut faire son effet, le jeu renouvelé de l'attention à cette conscience pure en amont des pensées, des émotions, des désirs et des sensations enfonce ce coin de plus en plus fort. L'écart entre pensée et conscience devient de plus en plus net. Le coup de masse critique peut être obtenu en une fois si l'on est mûr. Bien sûr, le fait peut encore s'oublier mais dès qu'on y revient, il ne peut plus s'ignorer, en un coup d’œil c'est réglé !

vendredi 18 octobre 2013

RELIRE LE SPIRITUALISME FRANCAIS DES ANNES 50.



Dans La découverte de Dieu publié en 1955 après sa mort , René Le Senne, un représentant du spiritualisme français, ami de Louis Lavelle, écrivait :
Samedi 23 mai.
 - La religion est l'ensemble des moyens par lesquels l'esprit concilie le contenu de la conscience à la théologie. Sa portée va jusqu'où va l'idée de Dieu ; mais l'idée de Dieu n'est pas Dieu.
- La mort ou le néant de conscience est la raison de craindre pour soi ; mais dans cette crainte pour soi, le je forme l'idée de lui-même. En acquérant l'idée de soi, il prend immédiatement conscience de l'inadéquation de tout moi au je, et par suite reconnaît Dieu au cœur de lui-même. La mort est donc indispensable à la connaissance de soi et de l'idéal de soi, Dieu.
- Je n'ai commencé à rendre une valeur à l'idée de Dieu qu'après avoir admis la réalité du moi et l'intériorité de tout objet par rapport à lui. En effet jusque là je circonscrivais plus ou moins étroitement le moi dans les confins d'une conscience s'arrêtant au cerveau et l'excluant, puis dans les limites de mon épiderme, au plus dans le territoire battu par mon action. Donc l'homme fait Dieu à son image, mais quand il s'est préalablement fait à l'image de Dieu.
Il faut donc pour convertir quelqu'un à l'idéalisme l'amener à faire sauter cette barrière idéale que le sens commun met entre le moi et le monde. Il faut mettre la lune vue dans le moi ; et montrer que cette lune vue enveloppe le monde tout entier.
- La vérité relative du solipsisme est un grand argument pour l'existence de Dieu. Sans elle, contradiction absolue. Car, d'une part, il est vrai que nous ne pouvons pas sortir de nous-même, de l'autre il est vrai que nous sommes limités et ne pouvons accaparer l'être entier. Seule issue : l'intériorité universelle de Dieu à nous-même. Chacun de nous est limité en Dieu.
- Pour s'avancer vers l'absolu, il ne faut pas le chercher en dehors des phénomènes, mais à travers eux. Le soleil derrière la verrière.

On perçoit ici qu'il ne s'agit pas d'une conception mais d'une expérience. Celle-ci met en jeu un positionnement intérieur qui permet de percevoir que "tout apparaît dans l'esprit". Et que tout notre esprit est intérieur à Dieu lui-même.