dimanche 26 juin 2016

HERITAGE DE LA PSYCHANALYSE ET SPIRITUALITE.


A - Pourquoi la psychologie peut servir la spiritualité ?

Certainement il nous faut rejoindre Prajnanpad quand il indique que pour dépasser  l'ego (ou perdre sa tête à 0 distance) il faut déjà un ego (ou une tête RELATIVEMENT bien faite). Douglas Harding qui compte beaucoup pour moi avait d'ailleurs reconnu quelque chose en ce sens-là. 

Par définition l'ego égocentrique sera toujours malsain mais un ego souffrant psychiquement est trop focalisé sur sa souffrance pour que se réalise son illusion. Et si la vraie nature de la conscience a été aperçue, les mécanismes de souffrance sont tellement enkystés parfois qu'il semble impossible d'y revenir ou d'avoir confiance en cette clarté intérieure en apparence si insignifiante pour se libérer de tant de souffrances.

Il est devenu évident que Freud a triché sur les succès de la psychanalyse et qu'il a souvent ainsi fait preuve de bien peu de science. L'INSERM dès 2004 avait démontré que les résultats thérapeutiques de la pure psychanalyse étaient peu convaincants face à des problématiques comme les phobies, les TOC, etc. même s'ils n'étaient pas nuls. Ken Wilber dans une perspective intégraliste qui cherchait à donner à chaque thérapie la place qui lui revient estime que les thérapies psychanalytiques sont bienvenues pour affronter les blocages liées à l'auto-interprétatio existentielle de soi-même.
Toutefois en resituant Freud dans l'histoire plus vaste de la psychiatrie et de la psychologie, il serait un peu dommageable de se priver de techniques de la même famille que l'INSERM n'a pas à cette occasion évaluée telles que la psychogénéalogie ou l'hypnothérapie par exemple. 
Rappelons que la critique impitoyable de Michel Onfray qui reprend les critiques historiques les plus convaincantes ne balaie pas d'un revers de main toute la psychologie héritière de la psychanalyse. Onfray a par exemple beaucoup d'admiration pour Reich et surtout pour Erich Fromm qui l'un des premiers a d'ailleurs relié psychologie et spiritualité zen (en rejetant toute attache religieuse).

Nous pouvons donner quelques exemples de concepts dont le destin est incompréhensibles sans leur parcours psychanalytique et qui aujourd'hui valent encore tant du point de vue psychologique que spirituel.
Car au fond, ce sont souvent des concepts éclairant des réalités psychiques qui ont précédé la psychanalyse et qui lui survivront.

1 - Le refoulé.

L'hypnose qui est aujourd'hui validée par les neurosciences prouve que certains éléments du psychisme peuvent être refoulés. Freud, Breuer ou Janet évoquaient des états hypnoïdes pour expliquer en premier lieu le refoulement. 

L'abandon de l'hypnose par Freud comme méthode thérapeutique est discutable d'autant qu'il empêche les psychanalystes de saisir en quoi leurs théories ont des effets hypnoïdes qui les confirment. Les états hypnoïdes dont provient la psychanalyse sont aujourd'hui sérieusement réinterrogés. Les imageries IRM montre que des états hypnoïdes ont un rapport à nos souvenirs sans passer par des récits.

Ce sont bien des réminiscences et des prises de conscience qui mettent fin aux refoulement et aux résistances inutiles car source de souffrances par inauthenticité de soi-même. 

La clé spirituelle ultime du refoulement et des résistances de l'ego, ne serait-ce pas que l'ego refoule pour demeurer égocentrique l'évidence de sa vraie nature ? Et si l'ego est une excroissance d'une individualisation de l'être qui doit se retrouver, refoulement et résistances de l'ego ne sont-ils pas des moments nécessaires à un déploiement psychique d'une âme fille consciente de l'UN ?  

L'éveil spirituel n'est pas loin quand on travaille sa réalité psychique avec ces outils. Les disciples de Prajnanpad qui se réclamaient de Freud, certains amis et disciples directs de Freud (Romain Rolland, Lou Andreas-Salomé, certains disciples de Jung (Karlfried Graf Dürkheim, Cazenave, les psychologues transpersonnels, etc.), certains disciples et proches de Lacan (Dolto, Didier Dumas, Serge Tribolet, etc.) ont à travers eux rencontré la spiritualité voire ont cheminé spirituellement.

2 - Le problème de l'énergie du désir et des rivalités (familiales) comme problèmes fondamentaux de l'ego.

Freud comme Nietzsche et Schopenhauer dont il est redevable quoi qu'il en dise montrent que le désir et sa vitalité étant premiers (sinon un plan de l'existence indéniable), nos marges de manœuvre personnelles sont limitées puisque notre énergie reste dépendante de celle de la vitalité de notre désir. 

L'ego croît en imitant, or l'imitation entraîne le désir des mêmes objets que l'autre d'où rivalités possibles. Cette rivalité et ces oppositions mêlées d'admiration sont propices au refoulé et à la recherche de compensations. Car le parent faisant face à la rivalité de l'enfant le terrorise volontiers et celui-ci refoule son affirmation de soi en opposition à l'adulte dans l'inconscient derrière la culpabilité, le remords, etc. qui sont en fait des émotions fondées sur la peur d'une violence parentale.
Henri Wallon lecteur attentif de Freud et observateur remarquable a ainsi repéré le stade du miroir (repris par Lacan et Dolto) qui met en jeu l'intériorisation du point de vue de l'autre, le stade de l'opposition enfantine essentiel à la personnification, etc.

Les Thérapies Comportementales Cognitives ne sont pas étrangères sur ce point à la psychanalyse. Parler de schémas de pensée inconscients (Jean Cottraux) qu'il s'agit de contrer pour aller mieux reste proche de la notion de complexe en psychanalyse. Certes le schéma opère inconsciemment sans qu'on puisse parler à proprement parler de refoulement mais toute formation mécanique de désirs excluant d'autres options plus ouvertes s'assimile à un refoulement inconscient de virtualités autrement désirables.

L'égocentrisme naissant de la conscience de l'enfant génère de la violence combattue par la violence parentale. Il y a dès lors une violence qu'on juge morale sans voir qu'elle ne peut que ralentir l'émergence de l'amour même au sein d'une conscience éveillée où l'ego est détrôné. Il faut se reconnaître victime de la violence pour ne plus en être l'artisan. Ce sont des psychanalystes plus ou moins hétérodoxes qui ont perçu les dégâts de ces refoulements. Freud d'ailleurs avec le complexe d’œdipe met la violence sur le dos des enfants sans voir que Laïos et Jocaste les parents d’œdipe sont les vrais criminels dans l'affaire. Alice Miller une psychanalyste hétérodoxe a vu ceci.

Ce serait plutôt à des éducateurs "éveillés" de ne pas donner suite aux rivalités enfantines par des violences inconsidérées. Il serait sage d'apprendre à déplacer les objets de désir plutôt que d'écraser nos désirs sous la peur et la culpabilité : apprendre ceci aux enfants est capital. Ce sont des psychanalystes comme Dolto ou encore Prajnanpad férus de psychanalyse qui pointent une telle sagesse.

3 - La part d'ombre (Jung en dialogue avec Freud)

L'ego détrôné du centre demeure bien souvent une ombre qui empêche la lumière intérieure de briller pleinement. Les porteurs de la lumière intérieure sont souvent lucifériens (lux=lumière ; ferre = ferre) parce qu'ils refoulent en fait leur violence hors champ. Leur liberté intérieure en vient à justifier tous les désirs de leur corps-esprit comme indifférents. De fait la lumière comme liberté intérieure n'est pas encore la lumière comme réalisation d'un amour pur. En sont-ils biens conscients, ces éveillés justifiant leur ignorance de l'amour pur ? Il y a là bien des résistances.

Pour moi, il y a ce refoulement particulièrement caractéristique d'une spiritualité qui se contente d'une illumination mentale et émotionnelle mais qui laisse en plan des niveaux plus obscurs mettant en jeu l'énergie sexuelle, les pulsions de reconnaissance et d'appropriation. Plus la lumière s'affine, plus il y a de diableries qui deviennent apparentes... Karfried Graf Dürkheim devait à Jung le chemin d'intégration de la part d'ombre souvent reprise depuis en un sens édulcorée.

Plus on est au fait et au diapason de la lumière intérieure plus ce qui est de l'ordre de notre personne humaine apparaît un abysse d'inconscience.

B - Un sens spirituel d'une exploration de l'inconscient.

On connaît souvent la critique de Sri Aurobindo sur la psychanalyse :


Votre pratique de la psychanalyse était une erreur; pour le moment du moins, cela a rendu le travail de purification moins facile, plus compliqué. La psychanalyse de Freud est la dernière chose que l'on devrait associer au yoga. Elle se saisit d'une certaine partie de la nature, la plus sombre, la plus périlleuse, la plus malsaine, telles les couches subconscientes du vital inférieur, isole quelques-uns de ses phénomènes les plus morbides et leur attribue une action hors de toute proportion avec leur vrai rôle dans la nature. La psychologie moderne est une science dans l'enfance, à la fois imprudente, maladroite et grossière. Comme toutes les sciences primitives, c'est un débordement du mental humain et de son habitude universelle de s'emparer d'une vérité partielle ou locale et de la généraliser indûment en voulant expliquer toute l'étendue de la Nature par ses termes étroits. En outre, l'exagération de l'importance des complexes sexuels réprimés est une dangereuse fausseté qui peut avoir une influence néfaste et contribuer à rendre le mental et le vital, non pas moins mais plus foncièrement impurs qu'auparavant.

Cependant un lecteur attentif notera le "pour le moment du moins". Qu'est-ce à dire ?


La suite de cette lettre offre un point de vue plus nuancé et on appréciera ce petit passage de Sri Aurobindo si proche de la démarche proposée par Prajnanpad à ses disciples :

Le système de vouloir se débarrasser des choses par anubhava est également dangereux; car sur cette voie, on peut facilement s'enliser davantage au lieu d'arriver à la liberté. Cette méthode repose sur deux mobiles psychologiques bien connus. L'un, le mobile d'épuisement volontaire, n'est valable que dans quelques cas, spécialement quand certaines tendances naturelles ont une emprise ou une poussée trop fortes pour que l'on puisse s'en débarrasser par vicāra ou par le procédé du rejet en mettant le vrai mouvement à la place. Quand la poussée est excessive, le sâdhak est parfois même obligé de retourner à l'action ordinaire de la vie ordinaire et d'en avoir la vraie expérience avec une mentalité et une volonté nouvelles derrière; puis il revient à la vie spirituelle une fois que l'obstacle est éliminé, ou en tout cas sur le point de l'être. Mais cette méthode de laisser-aller intentionnel est toujours dangereuse, bien que parfois inévitable. Elle ne réussit que quand l'être possède une très forte volonté de réalisation; car alors, l'assouvissement des désirs amène un grand mécontentement, une forte réaction, le vairāgya, et la volonté de perfectionnement peut alors passer dans la partie récalcitrante de la nature.
Puis Sri Aurobindo poursuit dans une direction que les psychothérapies commencent à peine à découvrir aujourd'hui :
L'autre mobile de l'anubhava s'applique d'une façon plus générale; en effet, pour rejeter quoi que ce soit de l'être, il faut d'abord devenir conscient de la chose à rejeter, avoir une claire expérience intérieure de son action et découvrir sa place réelle dans le fonctionnement de la nature. Alors on peut agir sur elle pour l'éliminer si c'est un mouvement entièrement mauvais, ou la transformer si c'est seulement la dégradation d'un mouvement supérieur et vrai. C'est cela, ou quelque chose d'approchant, que l'on a essayé grossièrement et abusivement avec une connaissance rudimentaire et insuffisante, dans le système de la psychanalyse. Soulever les mouvements inférieurs jusque dans la pleine lumière de la conscience afin de les connaître et de les manipuler est un procédé inévitable; car un changement complet ne peut pas se faire sans cela. Mais ce procédé ne peut vraiment réussir que si une lumière et une force supérieures interviennent suffisamment pour surmonter, plus ou moins vite, la force de la tendance offerte à la transformation. Bien des gens, sous prétexte d'anubhava, non seulement soulèvent le mouvement adverse, mais le soutiennent de leur consentement au lieu de le rejeter, trouvent des justifications pour le prolonger ou le répéter et ainsi jouent avec lui, se plaisent à son retour et l'éternisent; ensuite, quand ils veulent s'en débarrasser, il a une telle emprise sur eux qu'ils se découvrent impuissants entre ses griffes et ne peuvent être libérés que par un terrible conflit ou une intervention de la Grâce divine. Certains le font par déformation ou perversité vitales, d'autres par simple ignorance; mais dans le yoga, de même que dans la vie, la Nature n'accepte pas l'ignorance comme une excuse justificative. Ce danger est là chaque fois que l'on manipule maladroitement les parties ignorantes de la nature; mais aucune partie n'est plus ignorante, plus périlleuse, plus déraisonnable, plus obstinée dans ses répétitions nue le subconscient vital inférieur et ses mouvements. Le soulever prématurément ou sans la connaissance du procédé, pour en faire l'anubhava, c'est risquer d'inonder aussi de ce flot sombre et sale les parties conscientes de notre être, et ainsi d'empoisonner toute la nature vitale et même toute la nature mentale. Par conséquent, on doit toujours commencer par une expérience positive, et non par une expérience négative, et faire descendre d'abord quelque premier reflet de la nature divine, de la tranquillité, de la lumière, de l'équanimité, de la pureté et de la solidité divines dans les parties de l'être conscient qui doivent être changées; c'est seulement quand ceci a été fait suffisamment et qu'il y a une base positive solide, que l'on peut avec sécurité soulever les éléments adverses cachés dans le subconscient afin de les détruire ou de les éliminer par la puissance de la tranquillité, de la lumière, de la force et de la connaissance divines. Même ainsi, il y aura toujours assez d'éléments inférieurs qui se lèveront d'eux-mêmes pour vous procurer autant d'anubhava qu'il vous en faut afin de vous débarrasser des obstacles; mais dans ce cas, on peut les manipuler avec beaucoup moins de danger et sous une direction interne supérieure.

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