Maurice Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception a tenté de superposer l'approche déterministe avec une approche centrée sur le libre arbitre :
Qu’est-ce donc que la liberté? Naître, c’est à la fois naître du monde et naître au monde. Le monde est déjà constitué, mais aussi jamais complètement constitué. Sous le premier rapport, nous sommes sollicités, sous le second nous sommes ouverts à une infinité de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports à la fois. Il n’y a donc jamais déterminisme et jamais choix absolu, jamais je ne suis chose et jamais conscience nue. En particulier, même nos initiatives, même les situations que nous avons choisies nous portent, une fois assumées, comme par une grâce d’état. La généralité du ’’rôle’’ et de la situation vient au secours de la décision, et, dans cet échange entre la situation et celui qui l’assume, il est impossible de délimiter la ’’part de la situation’’ et la ’’part de liberté’’. On torture un homme pour le faire parler? S’il refuse de donner les noms et les adresses qu’on veut lui arracher, ce n’est pas par une décision solitaire et sans appuis ; il se sentait encore avec ses camarades, et, encore engagé dans la lutte commune, il était comme incapable de parler ; ou bien, depuis des mois ou des années, il a affronté en pensée cette épreuve et misé toute sa vie sur elle ; ou enfin, il veut prouver en la surmontant ce qu’il a toujours pensé et dit de la liberté. Ces motifs n’annulent pas la liberté, ils font du moins qu’elle ne soit pas sans étais dans l’être. Ce n’est pas finalement une conscience nue qui résiste a la douleur, mais le prisonnier avec ses camarades ou avec ceux qu’il aime et sous le regard de qui il vit, ou enfin la conscience avec sa solitude orgueilleusement voulue, c’est à dire encore un certain mode du Mit-Sein.Merleau-Ponty considère que le déterminisme fait de l'individu une chose et que le libre arbitre fait de nous une forme de conscience nue (ou pure) en marge du monde. Le déterminisme fait de nous un objet de la nature qui obéit aux lois de la nature. La théorie du libre-arbitre suppose que nous ayons la capacité d'être indifférent à tout, que que nous soyons une conscience individuelle capable de nous désidentifier de tout y compris de notre personnalité. Le déterminisme dans l'esprit de Merleau-Ponty est un matérialisme niant toute vie intérieure propre et la réduisant à un effet secondaire des phénomènes matériels. Les théories du libre-arbitre, elles, sont des théories d'un esprit libre de tout conditionnement matériel. Il défend l'idée que nous sommes de la chair : par la chair, nous appartenons au monde et obéissons à ses lois, mais nous ne sommes pas non plus du monde par l'intériorité qu'elle suscite, nous sommes au monde, avec un espace intérieur gros d'un ensemble de possibles. Pour lui ces deux aspects en jeu dans notre essence charnelle et ils se superposent. La culture sociale, le produit du Mit-sein, l'être-avec, induit cette superposition de la nature déterministe et de l'intériorité individuelle.
On se rapproche du quadrant de Ken Wilber :
Mais l'analyse de Merleau-Ponty ou un lecteur rapide du quadrant de Wilber négligent en arrière plan la Vie absolue (voir notre épisode 1).
Douglas Harding nous propose cette représentation de nous-même :
Contrairement à ce que dit Merleau-Ponty, il semble que l'extrême conscience nue, une Vie absolue sans forme, un JE SUIS RIEN se superpose avec la Vie du tout, un JE SUIS TOUT. Bien entendu au niveau de l'individu cette superposition n'a pas un sens aussi extrême mais l'individu n'existe que sur ce fond de Vie nue indiscernable de la Vie du Tout : JE SUIS. Il faut donc comprendre la quadrant de Wilber ainsi :
L'individu est donc au cœur d'un champ d'interaction de ces deux extrêmes qui ne font qu'un. Par la grâce de la Vie, se réalise un JE SUIS libérant l'individu ou/et se réalise un JE SUIS TOUT dont l'individu n'est qu'une autodétermination. Mystère de la grâce qui rappelle l'individu à son essence et à laquelle l'individu répond ou non, mystère de l'essence se réalisant à travers l'individu.
Mon humanité n'est qu'une frange du tout que "JE SUIS" en tant que Vie absolue. Mon humanité est constamment la conséquence d'un ensemble de facteurs déterminants du tout : si la Vie, le JE SUIS est conscient, je ressens une autodétermination individualisée de la Vie elle-même. Mais paradoxalement la personne peut exprimer quelque chose de JE SUIS RIEN qui ne se réduit à aucune détermination inhérente au tout : elle ne se sent attachée en JE SUIS à aucune autodétermination d'elle-même même si elle doit reconnaître que la plupart du temps elle n'exprime que de la mécanicité biologique, psychologique et sociale.
Mais cette liberté relative au déterminisme se superpose à une liberté qui échappe à tout enchaînement de cause à effet. Quelque chose d'inédit peut-il se manifester par le biais de la désidentification ? La Vie S'auto-crée-t-elle changeant ainsi de plan de détermination ? Le quadrant de Wilber suggère cela. On le peut le réinterpréter dans cette direction.
Voici dès lors comment situer la manifestation d'une évolution créatrice du tout à partir de JE SUIS :
Toutefois si la liberté créatrice laisse à l'évidence un véritable espace de liberté individuelle (dans le cadre supérieur gauche du quadrant), elle ne peut être étrangère à une évolution au sein de la matière et à des mouvements universaux. Les êtres les plus libres ont d'ailleurs marqué l'histoire de l'humanité et impulsé un tournant à son organisation sociale et culturelle. Certains innovateurs ont contribué aussi à contourner les lois de l'univers existantes (nouvelles particules, nouvelles molécules, améliorations de l’espérance de vie, etc.), ces innovations laissent soupçonner une forme de vie dont l'évolution n'est plus déterminée par l'extérieur, mais de plus en plus exprimée consciemment de l'intérieur.
Mais reste une question. Si l'individu exprime quelque chose déjà inscrit au sein de la Vie que ce soit comme autodétermination du Tout ou comme nouvelle perspective entraînant une nouvelle structuration du Tout, rien de fondamentalement neuf n'existe. Tout est alors présent virtuellement soit comme conséquence d'un enchaînement mécanique de la Vie soit comme futur possible inscrit dans le non manifesté de la Vie. Le terme de création n'est-il pas surfait ? N'est-ce pas la Vie qui prend conscience d'elle-même suivant divers trajets qui forment des individualisations et des évolutions de l'univers grâce à une ignorance ?





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