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dimanche 14 décembre 2025

L'heure divine de notre âme.



 Quand Jésus-Christ dit "comprenne qui pourra", il s'adresse à notre âme vraie enfouie tout au fond derrière notre ego en surface. 

Quand c'est l'heure de l'émergence de l'âme, c'est l'heure. Mère, cette dimension personnelle du flux autocréateur, crée les circonstances. 

Ce qu'on en pense, ce qu'on croit en surface, n'a alors pas beaucoup d'importance. Son émergence nous fera mieux penser, mieux voir au fil de sa croissance concentrée. Libre de tout le fatras de nos croyances de surface, une foi nue peut en être l'avant-garde. Ce sera un élan qui n'a aucune autre assise que lui-même vers un au-delà de tout notre monde d'humain actuel, vers au-delà de toutes nos compréhensions actuelles. Ce sera peut-être aussi comme un pressentiment de l'inespéré, d'une beauté inconnue qui nous est encore cachée. 

Par ici, rien qu'on puisse limiter, rien qui pourrait se réduire à nos conceptions les plus affûtées, à nos imaginations les plus belles.

Notre lumière spirituelle, l'ouvert de la conscience, si nous en avons une expérience, sera ressentie comme des ténèbres lumineuses, le lieu du mystère, le lieu d'aventure et de manifestation de la vérité de ce que nous sommes et de ce que nous allons devenir. 

Reconnaissons que notre œil intérieur se désenténèbre peu à peu. Notre sincérité, la lente harmonisation de que nous sommes, autour de ce que nous avons de plus vrai demande du temps. Car y compris ce qui nous semble le plus vrai demande à être clarifié, purifié. Que valent les enseignements de celui qui prétend voir parfaitement l'absolu, et qui en reste à un Soi impersonnel, et qui va-et-vient entre les désirs de son ego et son refuge de vacuité, sans soif d'être cohérent, en persistant en une tragi-comédie de visages encore imparfaits ? 

Des Lumières inconnues de notre essence se dévoileront, nous révélant à nous-mêmes, notre âme vraie simple et immortelle.

Faire la volonté du Divin seule n'est pas alors un projet vain ! Servir le divin en tout, devenir son instrument, en se désenténèbrant devient si prégnant. Ce n'est pas un perfectionnisme délirant. L'attrait de la petite flambée du plaisir qui parachève le désir satisfait décroît sur le chemin quand la Joie éternelle infinie condensée en un point se met à briller dans le feu de l'âme vraie.

Quand prenant racine en cette heure de Dieu, la spirale vertueuse de la spiritualité nous ascensionne de Joie en Joie, les ténèbres reculent en nous. Il devient si naturel d'aspirer à n'être qu'un heureux esclave de Dieu ! 

Oui, quand ce sera l'heure, ce qui rend difficile et discontinu ce mouvement de transformation sera surmonté, nous irons de plus en plus de beauté en beauté plus vaste et inattendue, de félicité en félicité plus profonde et plus intense. 

Nous passerons du temps de l'adversité à surmonter au temps des délicats ajustements de la réceptivité. 


Om Sri Aurobindo Om douce Mère


L'heureux esclave de Dieu par Niranjan Guha Roy 



dimanche 12 octobre 2025

Sri Aurobindo et l'héritage socratique.

 

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La montagne de la sagesse socratique et la vie divine selon Sri Aurobindo. 

Socrate a eu des disciples qui ont développé des approches fort différentes de l'amour de la sagesse. Sa démarche était de faire prédominer la sincérité, le goût du vrai, par rapport aux croyances irréfléchies. Il se présentait comme un accoucheur d'âme. Sa mère était sage-femme praticienne experte en maïeutique, art de l'accouchement. Socrate est le sage-homme, le pratiquant de la maïeutique de l'âme. 

Les doctrines philosophiques sont engendrées par des types d'âme. Il y a plusieurs philosophies parce qu'il y a plusieurs types d'âme.

Chaque type d'âme a son chemin vers la vertu, la croissance du pouvoir spirituel en elle et vers le bonheur.

Au sommet, l'âme réalisera le bonheur comme source de la vertu ou la vertu comme pouvoir divin produisant le bonheur.


Face nord, l'ascétisme des stoïciens et ses excès, mais aussi le Oui à ce qui est, faire la volonté divine. 


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Face sud, l'hédonisme d'Aristippe puis d'Epicure et leurs excès, mais aussi l'attention, libérée de la dramatisation et de l'excitation, la jouissance d'être en vie.

 

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Face centrale, la voie platonicienne, que Sri Aurobindo reprendra et dépassera, l'aspiration psychique (de l'âme), l'amour du beau (de la perfection et de la lumière spirituelle). 

Toutes ces voies passent par la paix, l'ataraxie, un état de conscience où on est calme, tranquille, serein en toutes circonstances. 


Sri Aurobindo insiste, lui, sur la vertu d'égalité qui est une intégration individuelle de la paix et du silence inhérent à l'esprit, ce rien qui est tout, dit-il en référant aussi au taoïsme.




L'âme est une individuation du Divin chez les platoniciens comme chez Sri Aurobindo. L'ego est un complexe de personnalités, dont beaucoup résultent de la socialisation, de la soumission aux désirs charnels d'appropriation, de perpétuation, de reconnaissance et aux forces sentimentalo-sexuelles. 

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Ainsi l'âme vraie n'est pas l'ego. Sri Aurobindo nous invite à distinguer âme vraie, être central, d'une part, et âme de désir, d'autre part.



L'être central est ressenti dans une dimension parallèle à celle du corps physique et du corps subtil comprenant les chakras.


Pour les hédonistes, l'âme est liberté, le bonheur est liberté par rapport au désir, simple plaisir d’exister. Dans les philosophies tantriques proches de l'hédonisme philosophique occidental, on insistera sur le fait que l'accomplissement du désir, sa pleine satisfaction est libération du désir. Le sage n'est peut-être pas sans désir mais il est libre du désir.

Pour les platoniciens comme pour Sri Aurobindo plus tard, ceci n'est pas le sommet de la sagesse. Selon eux, nous pouvons aller plus loin si on distingue le désir de l'âme vraie et les désirs charnels vitaux. L'amour du beau, du vrai, du juste, etc. est un type de désir propre à l'âme vraie. 

Pour les stoïciens et les platoniciens, l'âme vraie est de substance divine, elle est liée à l'intelligence du Divin. Par ce lien, selon les stoïciens, l'âme est en harmonie avec l'univers, le corps du divin. 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir - le feu de l'hêgemonikon est le feu divin


Par ce lien substantiel, selon les platoniciens, l'âme est connectée à l'Un, au Suprême, source du multiple et pas seulement à la Déesse, l'âme du monde qui met en mouvement l'univers. 

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L'âme vraie, qui individue le Divin, ne peut donc pas avoir un sentiment de séparation.

En tant qu'enfant du Divin, rayon du Divin,  l'âme vraie aspire au Divin, elle aspire à la volonté Divine, à l'intelligence Divine au-delà du raisonnement humain le plus sage. L'âme aspire au monde des idées-forces, ces visions matérialisatrices, ces matrices de l'univers. L'âme vraie s'élève au-delà du mental rationnel vers l'intuitif suprarationnel. 



Ce n'est pas seulement la raison qui est éclairée par le suprarationnel mais aussi notre amour du beau, l'intelligence émotionnelle de l'âme. Sur cette voie, celle-ci se distinguera et se purifiera des émotions passionnelles qui résultent des désirs vitaux charnels.

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Pour Sri Aurobindo comme pour les platoniciens, l'intelligence intuitive résulte d'une élévation de l'âme à l'intelligence divine. Cependant, l'âme vraie peut atteindre une sphère de conscience divine supérieure. Plotin parle d'extases d'union directe avec l'Un, ses plus hautes élévations, au-delà de l'intelligence divine surmentale. Il admet une inconscience dans ces rares élévations au-delà de cette sphère. Pour Sri Aurobindo, cette élévation au-delà du surmental peut se faire sans inconscience, l'âme sort alors complètement de la sphère de conscience humaine. Elle évolue à un niveau de conscience surhumain. Ce nouveau niveau de conscience a des effets matériels. La chair n'est plus dévolue aux seuls désirs-appétits vitaux. Il y a une divinisation de la chair rendue possible. Cette supra-intelligence au-dessus ouvre à une nouvelle manifestation du Divin dans la matière, à une nouvelle création.

L'homme semblait au sommet de la création mentale, c'est un être de transition pour la nouvelle création supramentale.






Les pensées antiques ignoraient le processus évolutif de la vie biologique et l'histoire évolutive de l'univers. Du point de vue des sciences de la matière, une évolution de la conscience au-delà de la conscience mentale n'est pas plus choquante que l'a été un saut évolutif d'une conscience animale prémentale voire juste vitale vers une conscience mentale. Etc.

Les platoniciens estimaient que le mal résulte du fait que la lumière divine se perd et devient discontinue comme le scintillement des étoiles, des soleils vus de tellement loin que leur lumière s'éteind et se rallume pour l'observateur lointain.

Les platoniciens regardaient donc le monde terrestre charnel comme lieu d'une inévitable perdition spirituelle, lieu du mal. 

La lumière supramentale révèle que cette discontinuité spirituelle sur terre est due à la sphère mentale et à sa déformation de la lumière divine. Les ténèbres lumineuses de la lumière spirituelle sont dues à notre enfermement dans la bulle mentale.

La matière, la chair, dans cette lumière supramentale, que Sri Aurobindo nous a découverte, se libèrent inévitablement peu à peu de toutes les formes du mal que nous connaissons encore aujourd'hui. L'ignorance inhérente à la sphère mentale qui semblait former une déficience métaphysique propre au Divin sera dépassée.

Dans cette nouvelle lumière pour les âmes, ce sera peu à peu la fin du règne du mal moral qui cycliquement détruit les sociétés et civilisation. Ce sera au final un dépassement des limites physiques et des diverses formes du mal physique que sont maladie, accident et mort.

Aurore supramentale de Niranjan Guha Roy


mardi 23 juillet 2024

Lumières sur un éveil évolutif : la Joie Divine d'Amour abolit le désir en transmutant ses énergies.

Le témoin heureux - Niranjan Guha Roy


 Moi, ego, personnalité de surface, je suis le champ de bataille du Divin avec lui-même dans son jeu d'amour autocréateur. Moi, ego, je ne suis que le terrain de jeu entre individuation du Divin et individualisation des forces vitales d'appropriation, de libido et de reconnaissance sociale. L'amour du Divin réorganisera-t-il suffisamment l'énergie vitale à son usage pour que s'incarne un enfant du Divin, un fils-fille de Dieu ou l'amour du Divin devra-t-il rester mélangé avec toutes ces pulsions dont l'égo même spiritualisé reste par essence le jouet inconscient ?


Nous sommes animés par deux types de désir, amour du Divin (amour de perfection, beauté, vérité, justice, amour de l'Amour absolu) et désirs-appétits. 


Comment pourrait-il y avoir pur Amour Divin s'il y a désir relativement à un ego ?


La venue consciente de la lumière spirituelle, que certains nomment l'éveil du Soi, n'est pas la fin de notre aventure spirituelle, car sa survenue ne change pas fondamentalement ce champ de bataille qui a lieu en elle. Mais la découverte de cette lumière n'est pas uniquement un détachement du chaos du Devenir, qui laisserait nos espérances d'une victoire de l'amour en plan au niveau des relations de conscience, au niveau des équilibres entre vivants et même au niveau de ce qui semblent des lois matérielles. Dans cette lumière spirituelle, en effet, la sincérité et l'authenticité sont possiblement facilitées et sans ces vertus d'aspiration, un progrès de l'amour Divin serait-il possible en nous ?


 Cette lumière peut contribuer à mieux distinguer notre aspiration au Divin toujours déjà là qui œuvre discrètement dans le Devenir. Elle peut faire la place aux forces transformatrices du Devenir Divin : silence et élargissement creusement du vide ouvrent aux forces de conscience évolutives. Ces forces de conscience évolutives sont irréductibles à des variations, des changements au final non évolutifs dans le cercle usuel mental, vital, physique. D'ailleurs même une amélioration positive qui résultent de changements n'est pas à strictement parler une évolution, une nouvelle forme de vie et de conscience. 

La lumière spirituelle apaise l'individualité. Elle peut aussi, s'il y a une aspiration, la faire croître en clarté, donc en sagesse. S'il y a une aspiration qui traduit l'influence du Devenir divin en l'individu, cette lumière se clarifiant, se désenténébrant, peut aussi ouvrir à une joie de vie, inconditionnelle débordante. Cette joie d'Être et de Devenir qui surabonde au fond de nous-même, en amont de notre mental, de notre vital et de notre physique peut s'investir de plus en plus en relation avec tout ce qui est de l'ordre du manifesté. Elle est alors la révélation croissante de l'amour divin. 

Soyons honnête, ne confondons pas nos plaisirs et la Joie divine créatrice. Nos désirs tendent aux plaisirs ; notre aspiration spirituelle, notre soif de vrai, notre amour du beau appellent et ouvrent des canaux à la Joie créatrice divine. Plus nous verrons l'aspiration au Divin croître, plus elle sera clairement distincte des désirs appétits. Plus l'enfant Divin croîtra en nous et pourra émerger indubitablement, plus, en sublimant notre énergie vitale, l'Amour Divin croîtra. Et moins, il y aura de désir d'un ego. 


L'amour Divin ne peut se suffire d'être libre du désir, il veut notre soumission totale, il veut son enfant Divin et non des masques de personnalité reliés par la fiction d'un ego. Pour que son Amour qui l'unit substantiellement à ses enfants s'incarne, cela suppose l'abolition du désir-appétit et à l'occasion l'instrumentation totale de l'individualisation mentale, vitale et physique. 


Par le processus de transformation spirituelle et évolutive, l'énergie vitale pulsionnelle aura de moins en moins d'espace pour former des désirs personnels s'affirmant comme ceux d'un ego centré sur son intérêt. Il n'y a là aucun regard moral, il n'y a là aucun perfectionnisme d'un ego spirituel, ce qui serait une ruse des appétits pour régner encore. Un désir d'ascétisme reste un désir. Ma volonté égoïque d'abolir le désir ne peut être qu'un désir, mais laisser transmuter le désir en énergie vitale disponible pour l'individuation divine authentique de l'amour pur est possible. Ce n'est pas une affaire de claquement de doigts. Ce sont peut-être des dizaines d'années de sadhana (cheminement dans l'aventure spirituelle). Ce sont peut-être même des évolutions souterraines de l'enfant Divin durant d'autres vies animales et humaines qui maintenant se mettent à l'œuvre ou non à travers nos frêles velléités spirituelles. 


Ce qu'on appelle l'ego est un agrégat dont la structure est en partie subconsciente. Des aspects y dorment jusqu'à se faire réveiller par des forces de conscience extérieurement opposées à l'amour du Divin. Autrefois, on jugeait qu'il s'agissait de véritables entités antidivines. On parlait du Prince de ce monde, du Seigneur du mensonge et de leurs acolytes. Tel mouvement de colère, tel mouvement inconsidéré et mécanique s'empare comme une réponse qui n'est qu'une réaction du vieil homme qui assoupi ne semblait plus régner en nous. Ce mouvement part d'un abandon à une force de conscience contraire à l'amour divin. A la lumière du Soi, toutes les forces de conscience, tous les flux phénoménaux ont la même source. Tout est divin d'origine. Alors on peut croire que l'instrumentation de notre individualité à la lumière spirituelle est réalisée bien qu'il n'en soit rien. Elle n'est que partielle, imparfaite, à défaire, à reprendre pour y intégrer sans cesse des pièces ignorées, en sommeil mais bien là. La vision de l'Être doit s'affiner avec la vision du Devenir Divin, la vision de son autocréation. Supposons que la vision de l'Être et du Devenir soit l'amour Divin, la Joie Divine, la prise de conscience originaire du Divin lui-même. Supposons, comme en témoignent les rishis indiens, que le divin soit Sat-Chit-Ananda, existence, conscience et félicité avant même qu'il ne s'individue en dieux, entités, animaux, humains, etc., avant donc qu'il ne se manifeste cosmiquement et temporellement. Soyons sincère, notre lumière spirituelle aussi imperturbable soit-elle en arrière-plan de notre individualisation humaine n'en est pas moins ténébreuse du point de vue de la sagesse et de l'amour. Elle est loin d'être la prise de conscience du divin lui-même dans son infinité. Elle est un modeste rayonnement du divin, un toucher du divin mais non son entière conscience.


La bestialité du désir peut sembler domptée mais nos vertus sont aussi des désirs, des désirs sociaux intériorisés. Tout doit être transmuté dans le Devenir Divin, non pas seulement dompté ou maîtrisé. La vertu authentique est un pouvoir psychique du Devenir divin à travers son individuation en nous.


J'ajouterai qu'à un certain stade, les circonstances se liguent avec le processus intérieur de transformation. Il n'y a plus de doute sur la nature cruciale des choix qui se répètent encore et encore à chaque pas, il s'agit de se soumettre ou non sur tel aspect, de se donner à l'Amour Divin ou non sur tel point. Je n'ai pas à me parfaire moi-même par moi-même pour que le Divin m'investisse. J'ai à lui soumettre mes aspects dysfonctionnels, mes points défaillants, mes ombres. Lui seul œuvre, perfectionne, transforme, recrée, transmute. Mais des choix individuels existent, si l'on est sincère, ils sont notre coopération à l'œuvre divine. La vision de leur importance et de leur nombre peut s'amplifier à la lumière du Soi, lorsqu'elle n'est plus ignorée comme ténèbres pouvant se dévoiler.   

D'ailleurs, à un certain stade, lorsqu'on échoue, retombe puis qu'au final, la grâce agissant, cela redevient de façon prédominante le serviteur de l'enfant Divin, il y a l'étonnement d'avoir préféré un agrément excitant à la Joie divine. Cet agrément a beau être si étroitement engrainé à ses revers de souffrance, nous l'avons encore préféré à une Joie pure, inconditionnelle, sans contraire possible, une Joie sans borne, une extase de félicité concentrée si infiniment. 

Et l'évidence apparaît, notre mental, notre vital et notre physique ne sont pas immédiatement aptes à la présence de cette Joie d'Amour Divin. Ce qui semble antidivin, à première vue, a aussi son rôle. Si la Joie d'Amour Divin déferlait sans un perfectionnement du mental, du vital et du physique, l'individualisation humaine nécessaire à l'individuation Divine serait brisée et gaspillée. Au-delà, ce serait même la manifestation matérielle qui serait en danger. Ainsi reconsidérons ces forces "antidivines" au lieu de nous laisser aller à un mental de gnostique chrétien ou de manichéen. Découvrant pleinement la réalité de ces forces, ne concluons pas précipitamment que le monde terrestre leur appartient et que notre âme d'individuation divine doit attendre un paradis immatériel pour voir l'amour divin, la joie divine en plénitude. Certes ces forces peuvent faire des dégâts pour résister à la venue de l'amour Divin. Ce sont toutefois nos jugements manipulés par ces forces au sujet de ces forces qui nous font volontiers associer l'apocalypse, la révélation du Divin, et la fin du monde, la destruction de la vie terrestre. Mais ce sont elles, malgré elles, qui garantissent précisément la valeur des réceptacles terrestres de l'amour Divin. Ce sont elles qui testent la vérité, l'authenticité des vases individuels par lesquels l'amour Divin va s'écouler en ce monde avec la compassion, la miséricorde nécessaire pour le transformer sans le briser et rien en mépriser. Certaines forces sont des vieilles forces, directement utiles à l'autocréation divine autrefois, mais aujourd'hui nuisibles par leur persistance ; quand leur nuisance n'aura plus aucune utilité y compris indirecte, certainement elles seront totalement rendues sans effet, leurs actions et donc leur entité seront abolies. Par ailleurs, Il se peut aussi déjà que certaines forces entités d'apparence antidivine, pour nous, soient converties, soient devenues des instruments totalement au service de la vérité et de l'authenticité. 

Ce sont elles qui donnent à notre énergie vitale des formes pulsionnelles, qui s'immiscent en nous par nos portails subtils au lieu que l'énergie vitale cosmique viennent répondre au besoin de l'enfant divin en nous. Ce sont elles qui suggèrent à nos pulsions telles formes de désirs qui peuvent être catastrophiques au final. Mais auparavant, ce sont de telles forces qui cherchent à favoriser l'atmosphère mentale où ma liberté est de faire ce que je désire, mon bonheur est de satisfaire au maximum mes pulsions. Ou plus subtil, il y a les bonnes et les mauvaises pulsions, les bons et les mauvais désirs : dès lors mentalement hypnotisé, je suis le jouet des bonnes pulsions et des bons désirs, et, de temps en temps, je ne comprends pas pourquoi, il y a des mauvaises pulsions qui entrent, des mauvais désirs qui me tentent... Bilan, ma vie s'écoule à ignorer la joie, l'influence divine, l'aspiration spirituelle sont des élans vite repris dans les vagues de l'océan mental et vital ainsi prédominant. 

Mais le cercle est bouclé, rien ne va plus, les jeux sont faits, cela devient insupportable ce chaos mental, vital et physique. Partout, tout autour de nous, et dans nos vies, cela s'emballe, cela déraille, cela grince. Pour beaucoup d'entre nous, l'aspiration à la paix, à la lumière spirituelle du Soi émerge et l'emporte. Ces forces d'apparences antidivines auront fait faire, malgré elles ou grâce à elles, un premier pas. Et établi dans le Soi, la lumière spirituelle, un deuxième pas devient possible. L'aspiration n'est pas morte avec le succès de ce premier pas, l'aspiration à la sagesse et à l'amour peut se révéler grandissante. Elle nous faire descendre dans le cœur à la rencontre de l'individuation divine que nous sommes plus intimement que l'individualisation égoïque que nous pensions être. La libération du Soi n'était pas encore la libération de notre divinité individuelle ; une divinité ne saurait se soumettre à quoi que ce soit provenant inconsciemment de l'extérieur, à commencer par les pulsions, les désirs et les pensées.


Commencé le 27/02/2024


The soul The leader - Niranjan Guha Roy


vendredi 1 mars 2024

En vue de ne pas confondre l'Eveil du Soi et un accomplissement définitif - Épisode 3/4 - Absolu impersonnel ou personnel ?


Il est dommage au nom de la mode spirituelle de l'impersonnel d'ignorer l'autre, la dimension personnelle du Divin. 

La mode néo-advaita fait pencher l'approche spirituelle vers la recherche d'une présence impersonnelle. Ayant discerné la présence consciente au-delà de notre mental et de notre ego, l'impersonnalité de l'unité de la substance d'être ne semble faire aucun doute. 

Si la présence consciente est impersonnelle, l'absolu est, croit-on, impersonnel et dès lors on dira relatives les relations personnelles en périphérie. 

Voir un absolu impersonnel et prétendre que le personnel reste forcément relatif, c'est toujours privilégier discutablement la paix sur l'amour.

Le fameux Nisargadatta Maharaj, une référence majeure du néo-advaita, amène à penser qu'être rien est sagesse et être tout est l'amour. Mais il affirme nettement que la Conscience n'est pas l'absolu et qu'elle déjà le début de l'oubli de l'absolu. Dès lors être tout, l'amour, est du relatif, selon lui.

Lisons un propos de Nisargadatta Maharaj pour nous en convaincre :

Lorsque l'on est entier, même le « je suis » devient un poids, une flétrissure, c'est un élément qui doit aussi être rejeté. Le principe de conscience aussi doit être éliminé. Le « je suis » est le concept premier et il faut s'en débarrasser avant d'avoir accès à l'Absolu.

Il y a ici l'enjeu d'une bifurcation spirituelle :  devenir nihiliste ou non. On trouve déjà cette bifurcation nihiliste chez Schopenhauer qui rejette toute mystique du Divin absolutisant le personnel :



Dans la ligne de Schopenhauer, l'absolu est non être, non conscience, qu'être et conscience troublent. 

On retrouve de ce côté-là aussi l'idée néoplatonicienne que le Divin en émanant hors de soi forcément se diffuse dans une perte de son Être de plus en plus forte. En associant la vie matérielle à un moindre être, à du néant où se perd l'être, de façon insurmontable, la vie spirituelle sera toujours tentée de dévaloriser la vie matérielle. La non conscience absolue de l'Un conduit son émanation ou sa procession à l'instabilité de la matière, à la mécanique aveugle et dysharmonieuse des appétits, à la fragilité des corps vivant, à la mortalité. L'intelligence consciente de l'Un est une surabondance d'être inconsciente que cette conscience ne peut retenir de s'éparpiller et de se perdre jusqu'à dissolution dans le non-être.

Pour moi, réaliser la présence consciente, la lumière spirituelle distincte de nos lumières mentales, vitales et physiques, c'est réaliser la présence de ténèbres lumineuses au-delà des sphères mentales, vitales et physiques perceptibles mais aussi au sein même de ces sphères.

Réaliser que l'éveil du Soi n'est que ténèbres lumineuses dont l'enténèbrement varie selon nos qualités de sagesse et d'amour devrait pourtant nous amener à rester prudent en proclamant l'absolu impersonnel, en affirmant une inconscience absolue.

Imaginons que la prise de Conscience absolue comprenne indissociablement l'inconscient et la conscience dans son acte autocréateur tempiternel ! Alors estimer l'absolu comme Inconscient plus profond que la Conscience serait une dévaluation de son acte autocréateur essentiel et originaire. 

Reconnaissant les limites de ce que donne à voir l'éveil du Soi comme ténèbres lumineuses, il y a aussi en aval que l'autocréation divine nous échappe. Ceux qui proclament un inconscient absolu proclament aussi le caractère aveugle et absurde du Devenir sur notre plan matériel. Et si l'autocréation divine impliquait en son aval une évolution de plus en plus consciente écho de sa prise de conscience autocréatrice absolue en amont ?

Mais ceci n'est peut-être qu'une spéculation en face de ce qui n'est qu'une spéculation, ou ne se basant au mieux, après tout, que sur des vécus clairs confus. Car les ténèbres lumineuses du Soi sont claires par leur luminosité et en même temps confuses par leurs ténèbres. Comment être sûr de démêler les ténèbres dues aux limites de notre véhicule individuel où le Soi s'éveille des ténèbres qui seraient intrinsèques au Soi ?

Malgré les limites de nos investigations, tournons-nous vers ce qui se manifeste, l'individualisation qui caractérise de toute part la vie de cet univers, est-ce l'illusion qui se décline à l'infini si la Conscience est le trouble de la paix de l'absolu ? Est-ce le signe que le Divin joue un jeu d'Amour avec lui-même en entrant en relation à travers toutes les formes d'individualisations possibles ?

Et si chaque individu n'était pas qu'un masque individualisé en surface cachant le Divin mais aussi un temple de l'individuation du Divin lui-même ? L'individualisation apparente et fragile que nous sommes abriterait une individuation du Divin lui-même caché dans l'aveuglante lumière d'un Soi au cœur de son cœur : 

- pour les platoniciens, l'âme est un rayon du soleil divin qu'il s'agit d'épurer des appétits charnels, pour y voir plus clair dans la lumière aveuglante du soleil de l'absolu - Ici, l'individuation de l'âme n'est pas à confondre avec l'agrégat de l'ego - les dieux sont aussi des émanations du soleil Divin ;

- Jésus se présente comme Le Fils de Dieu et lorsqu'il est accusé de se prendre personnellement pour Dieu, il répond "Vous êtes les fils de Dieu". Dieu est Amour. La réalisation de la substance impersonnelle de l'Amour est inséparable d'une réalisation de la qualité de relation interpersonnelle - la personne est une dimension du Divin outre son unité impersonnelle - l'Amour, considéré comme la nature absolue de la lumière spirituelle, ne va pas l'un sans l'autre ; 

- Dans les Upanishad le purusha au-delà de l'atman, Ishvara est traductible comme la Personne Suprême dont les gouttes se déclinent au sein de la manifestation ; le purusha tout au fond de la grotte du cœur dans la Katha upanishad en est un engendrement, non une manifestation relative puisque la manifestation relative est l'œuvre de la Mère Divine ; la voie de la bhakti suppose en son extrême accomplissement une relation du Divin avec le Divin et jusqu'à présent elle a toujours été centrale en Inde.


Ici dans ces lignées spirituelles, l'Un n'empêche pas l'Autre, la grande non dualité serait peut-être de réaliser l'individuation innombrable de l'Un ! 

On ne peut se contenter de dire que toutes les spiritualités visent le même sommet. Si l'Un va à l'encontre de l'Autre, comment le dialogue qui vise un sommet commun sera-t-il possible ?

Ici ce n'est plus de la simple spéculation, c'est d'une éthique du dialogue dont il est question, non pas seulement pour s'entendre intellectuellement et comprendre le vocabulaire de l'autre ou être capable d'échanges vitaux malgré nos différends métaphysiques. Dialoguer avec autrui, c'est entrer en dialogue avec un visage de l'Autre de l'Un. C'est accepter que nous n'avons pas dans notre expérience de l'Un surmonter la friction de notre individualisation avec les autres. 

Entrer dans le dialogue sincère avec les autres, avec la Vie ne revient non pas à s'exiler de l'Un aperçu en Soi, mais c'est aller par delà les frictions de nos individualisation vers l'harmonie de l'individuation innombrable de l'Un qui se tient dans les ténèbres lumineuses du Soi.


"L'impersonnel et le personnel sont le même Être ; tel le lait et sa blancheur ; tel le diamant et son éclat.", nous suggère Ramakrishna. 


La descente dans le cœur de la lumière du Soi à travers une éthique du dialogue, une obligation de conscience dans la relation (la voie sur laquelle Yvan Amar s'est illustré) facilite la prise de conscience de l'individuation du Divin qui se cache au tréfond de la grotte du cœur. Mais si cet éveil d'un Soi avec une âme clarifie l'éveil du Soi, il ne résoud pas entièrement le problème de la bifurcation spirituelle vers le nihilisme ou non. Certains disciples de Socrate et de Platon ont à la fois une telle conception de l'âme comme individuation du Divin et en même temps dévalorise la vie matérielle.

Cependant si vraiment l'individuation du Divin émergeait en croissant par son influence sur notre existence mentale et vitale n'aurait-elle pas une idée du but du jeu que le Divin joue avec lui-même ? 

Si nous percevons que cette individuation du Divin grandit à l'aide de forces intérieures qui mettent en jeu aussi une influence grandissante sur notre existence physique, contre tout nihilisme spirituel, nous pourrions  affirmer :

"Le but n'est pas de s'anéantir dans la Conscience Divine. Le but est laisser cette Conscience pénétrer la matière et la transformer", Mère, Mirra Alfassa de l'ashram de Sri Aurobindo.





jeudi 29 février 2024

En vue de ne pas confondre l'Eveil du Soi et un accomplissement définitif - Épisode 2/4 - Les dimensions inconscientes et les illusions de la conscience éveillée.


Haruyo Morita née en 1945 à Saitama, Japon


Ce qu'autrui reconnaît comme ma personne est à la lumière du Soi, une manifestation instantanée dans ce qui est vécu ici comme une Présence consciente atemporelle et impersonnelle embrassant tout ce qui apparait. 


Ceci constaté tout est-il réglé ?


Un certain néo-advaita affirme que la présence consciente du Soi étant réalisé, tout est parfait, il n'y a rien à faire. 

Eveil du Soi et réalisation de Soi sont confondus par ce néo-advaita.

Premièrement, pour certains, il y a va-et-vient entre une conscience du Soi et une conscience égocentrique où la présence du Soi est éclipsée. Pour de telles personnes, le constat précédent que ma personne est une manifestation du Soi peut être fait, mais il est évident que quelque chose manque de clarté pour que soudain l'ego séparé seul subsiste éclipsant le Soi. De telles expériences invitent à modérer l'identification de l'éveil du Soi et de sa réalisation.

Ce type de néo-advaita soulignera que cet ego éclipse le Soi tant qu'il prolonge l'identification à un chercheur. C'est l'effort spirituel qui provoquerait ce va-et-vient.

Ce néo-advaita va dès lors dénoncer toute approche spirituelle qui consiste à dire que l'Eveil du Soi ne signifie nullement l'abolition de l'ego à sa périphérie et qu'un effort reste requis tant qu'il y a ego en périphérie du Soi. 

Ce néo-advaita va proclamer que si la conscience de notre vraie nature est réalisée dans son impersonnalité alors il n'y a plus d'ego. Soit il y a le Soi, soit il y a l'ego. 

Comment oser dire, comme Douglas Harding, qu'il y a le Grand au centre (le Soi) et le petit (notre ego) à la périphérie prêt à reprendre sa place au centre ? 

Comment oser distinguer comme Yvan Amar, à la suite de son maître Chandra Swami, l'éveil du Soi et sa réalisation voire divers niveaux de réalisations

J'aimerais ici insister sur des indices qui montrent que l'éveil du Soi n'est pas la fin de l'ego : troubles émotionnels, désirs et pulsions relatives à une personne demeurent. Tant qu'il y a du désir et des pulsions, il y a de l'ego au moins périphérique, il y a un vécu séparé où il y a sujet et objet. Il reste une dualité relative au sein d'un vécu non duel du Soi.

Là-dessus, le néo-advaita n'est pas clair. Il affirme qu'il n'y a plus d'ego quand il laisse libre le cours des désirs et des pulsions.

L'éveil au Soi, même momentané car aussitôt de nouveau éclipsé, montre l'usurpation de l'ego qui s'illusionne centre de la conscience. Si en l'ego, il y a une collaboration qui se développe, un disciple se forme, la lumière du Soi œuvrera en complicité avec ce disciple du Soi. Un processus amènera l'individu à faire face à tous ses autres aspects qui refusent la lumière où ils finiront dissouts, refondus, à ses aspects qui la craignent pour de mauvaises raisons, etc.

Bien entendu, quand la lumière spirituelle du Soi brille consciemment, la personne n'occupe plus illusoirement le centre de la conscience. L'essence de la présence consciente, notre vraie nature est cette lumière spirituelle que nous sommes. Et quand celle-ci brille intensément, notre vraie nature imprégnant tout à l'évidence, comment distinguer de notre Soi une quelconque trace d'ego encore séparé ? comment distinguer notre personne de l'impersonnalité du Soi ?

Mais une proclamation d'une réalisation du Soi à partir d'une expérience et non d'un état n'est pas sincère et dit bien un manque de soumission d'un restant d'ego au Soi. Le disciple du Soi en la personne est irrémédiablement devenu un ego spirituel discret mais luciférien, son accès à la lumière du Soi est indéniable mais sa capacité à agir dans l'ombre de cette lumière l'est aussi !

L'éveil du Soi est un pas, mais plus de cœur et d'intelligence pour le monde et son Devenir est entrer davantage dans la lumière. 

L'amour pur et vrai ne comporte et ne s'accompagne d'aucune forme de désir centré sur nos intérêts personnels. La dévotion ou Bhakti en sanscrit est rendue possible par la coexistence du Soi éveillé avec un ego bhakta qui demeure en sa périphérie, mais cherche à s'y fondre par amour et désir mêlés. Le paradoxe est que l'accomplissement de son désir personnel d'amour le mènera vers la réalisation d'un amour pur et vrai, une saturation de Joie dans le cœur qu'il n'est pas possible de confondre avec des désirs appétits et des pulsions. L'accomplissement de la dévotion est précisément une purification de l'amour dévotionnel de tout désir appétit ou pulsion. Ici si l'union d'amour est réalisée, il n'y a plus d'ego spirituel possible sur cet aspect de notre personne où s'est réalisé cette union. Il y a réalisation que l'amour pur et vrai est une unité de substance entre individu et Divin au sein du Soi. L'amour pur et vrai ainsi réalisé au sein d'une relation d'un aspect de ce petit avec le Grand abolit par son vécu toute idée de différenciation de valeur entre individu et Soi, toute idée de différenciation de valeur entre personnalité et impersonnalité.

La dévotion même réalisée n'empêche pas que des désirs et pulsions d'agrégats d'ego demeurent non encore transmutés dans l'amour vrai et pur présent dans le centre du cœur. Si cette irruption de l'Amour divin dans la lumière du Soi se poursuit dans son activité transformatrice alors même les petits désirs que sont les pulsions peuvent commencer à se soumettre à la lumière du Soi. Il y a à côté d'un Soi vécu comme indifférence au devenir du monde, un chemin d'incarnation de la lumière du Soi comme lumière de l'Amour divin.

Le chemin de la prise de conscience du Soi surmontant l'illusion égocentrique est assez balisé et simple. Il est nécessaire. Mais l'aventure en aval de l'éveil du Soi ne semble pas avoir de fin car l'ego périphérique et l'inconscient de l'individu où il demeure est le terrain où se joue le Devenir du Soi.


Il y a là plusieurs chemins, les aventures sont singulières, les chemins ne sont même pas établis, plusieurs vocabulaires sont possibles. Ces cartes qui dessinent un territoire encore inexploré s'avèrent forcément subtiles et délicates pour quelqu'un qui n'a que quelques pressentiments de ce dont il pourrait s'agir. Toutefois si l'heure est venue, l'éveil du Soi servira en cet individu l'aspiration de l'amour pour qu'émerge l'individuation du Divin. Alors, face à ces cartes offertes par des pionniers de cette aventure spirituelle, il saura surmonter le défi de leurs subtilités, de la délicatesse d'interprétation due aux zones imprécisément cartographiées et elles commenceront à lui être utiles.

Par exemple, la Katha Upanishad donne un enseignement à Nachiketas qui selon Yama, la mort, manifeste consciemment le Soi (Katha 1.II.9) et aspire à la vérité aux mépris de tous les désirs mondains (Katha 1.II. 12-13). Le lecteur pressé citera les passages qui le confirment dans son néo-advaita. Mais devant l'idée qu'au fond de la grotte du cœur soit présent un feu sans fumée, un purusha individuel, pouvant grandir par la présence de la Mère Divine, etc. il passera son chemin. Les notions d'Isvahra au-delà de l'atman et de purusha qui comportent l'idée d'un absolu individuel et personnel seront même traduites à contresens.

Qui aujourd'hui parmi nos éveillés néo-advaïtas ouvre un passage dans ces subtilités du Soi en prenant vraiment au sérieux une telle carte laissée par les rishis des Upanishads ?

Et évidemment d'autres aventuriers qui partent de là et vont encore plus loin seront ainsi aussi banalisés ou méprisés par ces tenants du néo-advaita qui ont pu les rencontrer. Bien sûr, leur vécu du Soi leur inspire l'idée qu'ils sont ouverts et tolérants puisque tout est accueilli sans jugement ici et maintenant. Par ailleurs, eux, ont le sentiment de l'humilité de leur non-savoir et sont, il est vrai, reliés à des traditions multiséculaires éprouvées, contrairement à ces aventuriers parlant d'une nouvelle conscience et prétendant redessiner les cartes du territoire spirituel.






Ce n'est pas un problème : comprenne qui pourra. Seuls ceux qui y sont destinés, parce que c'est leur heure de Dieu, prendrons le chemin de l'aventure qui commence dans les territoires inconnus qui s'ouvrent à un individu où brille l'éveil du Soi.


Pour repérer ces territoires inconnus, revenons à notre observation initiale :

Ce qu'autrui reconnaît comme ma personne est à la lumière du Soi, une manifestation instantanée dans ce qui est vécu ici comme une Présence consciente atemporelle et impersonnelle embrassant tout ce qui apparait. 

Essayons d'observer, avec la qualité de lumière du Soi qui brille en nous, cet acte de Conscience à l'instant qui produit notre forme individuelle et ses désirs relatifs. 

L'autocréation de notre forme individuelle humaine n'est certes pas un hasard, elle n'est pas réductible à un pur produit d'indéterminations matérielles ! Mais soyons sincère, la présence consciente de la Conscience infinie dont il y a ici vécu semble être aussi en partie bien inconsciente ! L'autocréation est pressentie, mais elle est à l'œuvre dans les ténèbres lumineuses du Soi. Au niveau de notre subconscient humain physique, vital et mental, peut-on nier l'évidence de l'inéclairé. Si par le fait du Soi, ce que nous sommes est imbriqué et interdépendant avec le tout de l'univers, à l'évidence, il y a de l'inconscient concernant ces imbrications et interdépendances pourtant partiellement aperçues. 

A côté de notre subconscient et de notre inconscient cosmique, y a-t-il de l'Inconscient au sein de la Conscience infinie ? La présence consciente malgré son infinité serait-elle intrinsèquement liée à une base d'Êtreté inconsciente ? Ou, là encore, manque-t-il la prise de conscience au-delà du Soi et de ses ténèbres d'une supraconscience, l'Ishvara, le Suprême ? Peut-il se dévoiler en nous tant que la révélation du Soi au lieu de se clarifier les ténèbres et l'inconscient du Soi, un Non Soi sont absolutisés mentalement ? 

Face à la conscience infinie qui forme pourtant notre vraie nature, ne serions-nous pas comme quelqu'un quittant une pièce très sombre dans une journée d'été, qui voit certes l'évidence ensoleillée, mais n'en reste pas moins aveuglé et enténébré parce qu'il n'est pas coutumier de cet excès de lumière ?

Alors cet inconscient de la Conscience infinie est-il ténèbres intrinsèques à celle-ci ou est-il le fruit de notre enténèbrement individuel et cosmique ? 

Cette question qui semble résulter d'un jeu intellectuel, qui semble oiseuse, superflue, met en jeu une carte lié à un territoire : elle pointe l'espace immense d'une aventure, d'un jeu de cache cache du Divin avec lui-même.


Quant à ce qui se passe ici, entourant l'individu que je suis, je dirais que la Conscience source est pressentie à la racine de cette individuation de manière bien plus claire que ne l'est le Devenir des autres et de ce monde. Cette inconscience affecte le mental, le vital et le physique de cette individualisation et limite le chemin d'individuation qui s'y produit. Certes il y a éveil du Soi avec une âme. Mais une parfaite soumission et consécration du mental, du vital et du physique au Divin n'étant pas réalisée, l'autocréation Divine de tout ce qui est, reste, dès lors, pour la plus grande part inconsciente.

Ainsi quant à ce qui passe ici, le pressentiment d'être l'autocréation de la Conscience est intrinsèque à la présence de l'âme. Mais ce pressentiment d'un Suprême créateur conscient est loin d'en être la réalisation. Ici la Conscience d'être l'Un innombrable en Devenir n'est pas réalisé. 


L'auto-expérience de la Conscience au-delà de l'illusion d'une conscience égocentrique peut certainement s'approfondir dans une transformation de ses véhicules individuels car cette auto-expérience quand elle celle d'un Soi avec une âme est tempiternelle autant qu'atemporelle. 


"Petit doute, petit éveil ; grand doute, grand éveil. Pas de doute, pas d'éveil", sentence du bouddhisme T'chan. 


Haruyo Morita


samedi 10 février 2024

PREMIER PAS POUR QUE L'EGO CESSE D'OBLITERER L'IMMENSITE INTERIEURE

Offrande - Œuvre de Niranjan Guha Roy

Si nous avons connu une expérience d'ouverture à un état de conscience différent de notre état de conscience usuel centré sur notre ego, nous pouvons être amené à nous intéresser à la spiritualité.

Ou, c'est simplement la curiosité pour une aventure que des témoignages nous rendent attrayante, parce que nous ressentons comme un manque, un vide que cette possibilité pourrait combler.

Nous lisons, nous pensons, nous fantasmons à ce sujet. Mais nous ne sommes encore la plupart du temps qu'un ego qui accumule des informations sur des états de conscience sans pour autant revivre un état de conscience qui n'est plus centré sur notre conscience de moi usuelle.

Nous pouvons apprendre à mieux penser, à mieux vivre nos émotions et à détendre notre corps, mais c'est encore et toujours une vie de conscience centrée sur notre ego que nous vivons.


Alors ?


Avec le plus grand sérieux, je vous invite à penser à la plus grande chose possible. Pour rendre cela plus aisé, je vous invite à vous imaginer une sphère que vous allez faire grandir le plus possible.

Pour la faire grandir le plus possible, vous devez vous inclure à l'intérieur d'elle et ne pas seulement la faire grandir devant vous.

Vous pouvez lui donner une couleur par imagination si cela vous aide, un bleu translucide par exemple.

Tout ce que vous entendez, sentez, voyez, ressentez sera inclus dedans. Cela ira au-dessus du champ visuel, au-delà de l'horizon, cela  s'étendra au-dessous du sol.

Mais bientôt votre sphère de pensée la plus grande possible sera arrivée à un point où votre effort mental patine. C'est comme si vous faisiez déborder la pensée au-delà de la possibilité de grandeur de votre pensée.

Dans quoi cette sphère de pensée s'est-elle étendue ? Dans quoi cette pensée s'évanouit-elle au-delà de ses possibilités d'imagination d'extension ?

Si vous avez tenu bon et mené l'expérience à fond, vous venez de toucher une immensité intérieure qui échappe à votre vie centrée sur l'ego et la pensée.

Et alors, me direz-vous ? N'est-ce pas une bien pauvre expérience puisqu'à peine je reviens à mes pensées usuelles, cette immensité intérieure entrevue s'efface ?

Vous pouvez refaire l'expérience les yeux fermés et vous constaterez que cette immensité intérieure, ces ténèbres lumineuses sont partout, une sphère sans borne, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.

Mais, me direz-vous encore, et vous avez raison de questionner, cette intériorité qui dépasse ma subjectivité même si elle est là, en arrière-plan, en quoi pourrait-elle changer ma vie subjective centrée sur mon ego ? Le frêle moment où l'expérience l'a découverte, qu'a-t-il découvert sinon comme des ténèbres lumineuses au-delà de mes possibilités de pensée. 

Or les témoins spirituels parlent d'une paix, d'une joie, de lumières, d'énergies décuplées, de mémoires de vies antérieures, d'anges, de dieux, etc.

Cette expérience d'une immensité non saisissable mentalement n'est-elle pas bien pauvre ?

Ce premier pas est pourtant un pas spirituel dans une conscience immense au-delà de la conscience de l'ego. En trouvant cela bien trop pauvre, n'oubliez-vous pas dans vos lectures et vos informations qu'il y a une valeur spirituelle de la pauvreté ?

Avez-vous compris la voie de la pauvreté comme une voie du renoncement de l'ego à ses biens ? La pauvreté, c'est renoncer à l'enrichissement de l'ego aux dépends des autres, des êtres sensibles et du monde. Mais ce n'est pas le choix d'une misère matérielle qui est requis, il s'agit de renoncer à être un propriétaire et de se contenter d'être un régisseur de biens, le temps de ce corps au service de tout et de tous. La pauvreté au sens spirituel, consiste à renoncer à nos désirs d'ego de s'approprier de la valeur, y compris par des expériences extrêmes d'émotion, d'énergie et de vision de pensées-sensations merveilleuses.

Ces ténèbres lumineuses au-delà des possibilités de nos lumières intellectuelles nous invitent à leur pauvreté, à leur silence, à leur laisser-être sans juger, à leur ouverture inconditionnelle à ce qui se manifeste... 

Les pauvres ne dirigent pas le destin du monde et rien ne les amène à le penser. 

Faisons vœu de pauvreté, consentons à descendre du trône de la conscience où nous siégions en ramenant tout à nous ! Cédons ce siège égocentrique où notre règne catastrophique n'était que querelles avec nos voisin(e)s et nos frères ! Laissons ces ténèbres lumineuses au centre de nous-mêmes. Devenons ce régisseur inquiet, ce simple ouvrier qui œuvre même s'il n'a encore jamais vu ses Maîtres qui l'ont embauché et s'il n'entend pas intuitivement leur volonté hormis par quelques réflexions universalisables toujours à amender.

Pauvres d'Esprit, faisons place avec foi au centre de nous-mêmes à ces ténèbres lumineuses où notre Seigneur Suprême et notre douce Mère se tiennent cachés. Des indices par eux laissés, des murmures discrets, de petites variations de luminosité finiront par nous parler de ce qui en est précisément de nos résistances du moment à surmonter, de l'offrande à faire.


Pour en revenir à l'expérience de ce premier pas à tester et à pratiquer, voici un plan d'action qui pourrait aider :

 

Plan pour éprouver l'immensité inspiré par Douglas Harding

Dans cet article, avec l'aide d'expériences transmises par Douglas Harding, je propose un deuxième pas sur ce chemin de pauvreté et d'humilité :