mardi 7 avril 2020

HARMONIQUES EVOLUTIVES



Créer, c'est s'ouvrir à une perception renouvelée du réel et à l'incarnation de nouvelles harmonies...

- Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien.
- Déjà hier tu ne faisais rien !
- Mais je n'ai pas terminé !

Méditer, ce n'est pas seulement ne rien faire ! 

Ce n'est pas seulement laisser le Devenir à lui-même en s'ancrant dans l'immuabilité de l'Être. 

D'ailleurs, certains aspects de la méditation, les plus profonds, demeurent présents au cœur de l'action. Et on sait qu'on a avancé quand la méditation ne se perd pas de vue au cœur de l'action. Dans l'action relationnelle, ceci est peut-être un des lieux les plus révélateurs.

Allons plus loin.

Le non faire méditatif est aussi une dimension d'un faire authentique, d'une force d'évolution, qui nous libère des limitations qui font obstacle à son élan créateur.

Celui qui médite, et découvre cela, comprend que la méditation puisse être aussi un mouvement de calme et de silence s'enfonçant et descendant dans l'être, y amenant ensuite de nouvelles manières d'être. 
Ces nouvelles manières d'être émergent et parfois s'installent. Il y a alors une nouvelle harmonie issue d'une transformation réelle et non d'un changement volontariste d'un ego.

Une nouvelle harmonie est à la fois ouverture silencieuse dans l'être et nouvelle organisation des dynamiques mentales, émotionnelles, pulsionnelles (y compris jusqu'à un niveau organique et cellulaire).

On peut voir dans la nature une impulsion évolutive qui tend vers des formes individuelles de plus en plus conscientes. Celles-ci pour s'épanouir doivent aussi être sensibles à une conscience du tout de la nature. 
L'harmonie qui se vit dans la nature rend ceci clair sans qu'il soit besoin d'adhérer à telle dogmatique religieuse ou philosophique (à commencer par croire en une idée de Dieu)... 

Évoluer et donc vivre pleinement, c'est découvrir de nouvelles harmonies et les incarner.

INFINIE DOUCEUR - Niranjan Guha Roy

dimanche 23 février 2020

LE CŒUR DOIT ETRE LE GUIDE selon Niranjan Guha Roy

Tableau de Niranjan Guha Roy




C’est le cœur qui doit être le guide

Nous sommes réunis ici pour accomplir la tâche la plus difficile et la plus sublime jamais entreprise. Nous sommes les enfants d’une évolution dans l’ignorance et les cellules mêmes de notre corps contiennent des éléments qui s’insurgent violemment contre tout changement ou transformation que notre âme peut exiger d’elles.

La vérité est un intrus, un invité inopportun, un étranger dangereux dans un pays entièrement dominé par le mensonge. Notre conscience est le champ d’une bataille  au bruit fracassant. Personne n’est épargné. Chacun d’entre nous doit faire face à l’attaque maximale que nous sommes capables de supporter.

Mais nous n’avons pas peur des difficultés. Nous les accueillons parce qu’elles donnent de la force à notre âme et nous apportent constamment la joie de la victoire.

La Mère et  Sri Aurobindo ont ouvert devant nous la vision d’une nouvelle création, la certitude d’une vie divine sur terre pour laquelle aucun prix n’est trop grand à payer. La bataille est engagée et sera gagnée une fois pour toutes par la grâce divine.

Nous avons pris conscience d’un Amour qui nous soutient dans notre effort, déverse dans nos cœurs la chaleur tendre de la Mère quand nous nous tournons vers lui et qui transforme magiquement  notre  morne existence en un chant de félicité.
Si nous voulons faire le travail divin, nous devons aussi devenir cet amour, cette grâce. Le cœur doit être le guide, devenir le prêtre du sacrifice,  le conseiller dans chaque action. Le cœur doit devenir une immense Cathédrale avec sa porte grande ouverte pendant le jour et pendant des longues nuits sombres pour que chacun puisse y trouver le repos pour un moment, s’imprégner de paix, de force et de lumière, se rassasier de nourriture céleste  et repartir ensuite de nouveau plein d’espoir et de courage pour affronter la vie et ses luttes.

Nous devons devenir purs, purs, toujours plus purs jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre dans notre conscience que le Divin, la Mère, Son Amour et Grâce.
Quand nous ne verrons, ne percevrons rien d’autre que la constante présence de cette Réalité divine inexprimable et mystérieuse alors seulement notre vie serait vraiment accomplie, alors seulement nous deviendrions vraiment aptes pour le travail Divin. Comme l’eau cristalline surgit d’une fontaine profonde, une nouvelle création sortira joyeusement de notre âme.
C’est la tâche que nous avons devant nous, c’est la mission que nous devons accomplir.
La Mère est avec nous à l’intérieur, à l’extérieur, partout avec Son Amour.


Photomontage d'Amita et Niranjan Guha Roy

                                  La couronne d’harmonie


Om Anandamayi, Chaitanyamayi, Satyamayi parame.


Niranjan Guha Roy - 1967

samedi 11 janvier 2020

EFFORTS PERSONNELS ET AMOUR DE CELA.

Tableau de Niranjan Guha Roy sur l'âme

Être n'est pas du domaine de l'effort mais si le Devenir n'est pas illusoire, l'effort non plus. 

La lutte et l'effort sont possibles dans le plus parfait détachement...

"Mais qui lutte et qui fait des efforts ?", me demandera-t-on voulant m'aider à réaliser Cela... Je ne dirais pas qu'il n'y a personne ici. Comme il n'y a plus d'ici et de là-bas, il y a fort souvent bien des personnes... et pour chacune il y a une attention et différents types d'amour. Alors y a-t-il quelqu'un encore ? N'est-ce pas d'abord et fondamentalement impersonnel ?

Ce qu'on nomme connaissance de l'Être ou reconnaissance de Soi exige l'effort du non effort mais la bhakti, l'amour du Soi passe par un effort jusqu'à l'exténuation. Concentrer son amour pour le divin dans les profondeurs du centre spirituel du cœur au centre du torse consiste à mener mon ego par impuissance à totalement s'abandonner à l'union sans séparation... La relation de dévotion laisse maintenant régulièrement place à une concentration sans effort qui voit se dissoudre toute once de séparation du bhakta et du Dieu aimé. Ce chemin de la dévotion n'est qu'un chemin parmi d'autres. Il a ses impasses bien sûr. 

Ramakrishna revendiquait lui aussi de ne pas fondre en Dieu totalement pour maintenir une relation d'amour. L'amour est une attention constante de l'amant pour l'aimé mais sans dualité, sans séparation... Mais la distinction qui demeure sans différence et donc sans trace aucune de séparation, qu'est-ce ? Plus rien de l'ego, dirais-je, mais pas non plus personne. Cette extase continue tranquille et douce est une individuation de Cela, qui n'abolit pas la vision sans personne de Cela. Mon âme véritable avec au centre cette étincelle divine qui est son noyau ? La description par des mots est toujours sujette à défaut quand l'autre ne voit pas ce dont on parle.

Si, avec l'amour, on parle d'une relation désirante de l'ego, même au niveau de la dévotion ou de l'action sacrificielle pour le service du divin, il y a certainement encore de l'illusion. Effectivement, beaucoup d'aventuriers spirituels, même inscrits dans des traditions accordant du crédit à la dévotion, disent que cette catégorie de dévotion s'avère faire partie du vieil homme. Parfois, il faut, en effet, se vider du vieil homme pour faire place à ce qui ne manque pas de venir se manifester à sa place. Tout ce que l'ego a mis en place n'a plus aucun sens alors. Ses amours y compris ses élans pour telle figure divine n'étaient encore que la poursuite de son égocentrisme sous une forme plus raffinée.

L'aventure spirituelle ne cesse pas lorsque le chercheur disparaît avec son égo-centrisme caractéristique. Elle ne cesse pas non plus si se réalise en lui qu'il est une âme au sens où je l'ai exposé précédemment. Il y a bien une dimension personnelle de Cela qui ne contredit nullement son impersonnalité. Ce n'est jamais le cas de l'ego même quand il se sait un phénomène impermanent de Cela. Car tant qu'il demeure, il forme une ombre dans la lumière de Cela. A cause d'elle, la présence consciente de la dimension personnelle de Cela qu'est l'âme reste exceptionnelle ou ignorée.

Un danger est toujours de vouloir faire d'un aspect une totalité en niant et en refusant ce qui ne s'y conforme pas. La vérité est multiple et variée, il serait dommage qu'un aspect de sa vérité incontestable barre le chemin à la réalisation d'un autre. J'ai eu plusieurs fois affaire à cette limite de ma propre aventure. La présence de la lumière de Cela a toujours été là et je l'ignorais, je la niais. Quand elle s'apercevait puis disparaissait, je ne savais aucun geste intérieur pour la retrouver jusqu'à ce que Douglas Harding et ses amis me les montrent.




Il y a une voie dans les profondeurs du cœur au centre de notre poitrine. Dans cette voie, selon mon expérience, nous sommes une individuation de Cela en devenir, en relation d'union à d'autres individuations de Cela : il y a là un écho avec l'amour personnel, et l'amour personnel, bien qu'il en soit encore une caricature, encore une déformation, n'en reste pas moins souvent ce qui en véhicule un pressentiment. Participer spirituellement à l'individuation de Cela en ses enfants est une expérience magnifique : c'est entrer dans le secret de la patience créatrice et évolutive de la Mère divine, la Shakti.

Dans mon expérience, l'amour universel n'empêche pas l'amour personnel. Mais l'amour personnel en question n'est plus un désir de l'ego, il y a un amour d'âme à âme, dont le noyau est une relation d'étincelle divine en soi à l'étincelle divine en l'autre. Pour moi, ce fond se laisse encore obscurcir et il n'est pas présent en continu. Autrement dit la vision de Cela est loin d'être consciente dans sa plénitude même si elle n'est plus ignorée : s'il y avait plus de sincérité à ce sujet chez ceux qui promeuvent la spiritualité, ce serait un progrès. La vision de Cela est une ténèbre lumineuse. Quand nous nous apercevons être une individuation de Cela en devenir nous commençons à pouvoir vraiment la scrutrer. 

Amour de Soi, amour de soi, amour de l'autre, rien n'empêche : je suis un dévot du Soi dans son Être et son Devenir... Une étincelle individuelle du Soi universel brille au tréfonds de notre cœur. La différence personnel/impersonnel n'a plus de sens. 

L'amour comme désir, comme pulsion perd de plus en plus tout sens, un peu comme une réalité de surface qui devra être conquise par l'amour de Cela en "personne"... Le désir et la pulsion, mêmes satisfaits, sont loin de la joie de l'union sans aucune trace de séparation, ils sont loin de l'amour de la Mère matrice et processus de toutes les manifestations infinies de Cela. 

S'apercevoir en Cela une individuation de Cela c'est voir aussi cette présence d'une intelligence cosmique à l'œuvre.

Les stoïciens les plus anciens parlaient déjà d'un principe directeur, d'un hegemonikon, comme une pieuvre qui serait en nous l'intelligence individuée de l'univers. Ses tentacules psychiques agissent en nous. Elles peuvent inspirer des pensées, sublimer un désir, stopper une pulsion, etc. L'action du principe directeur est toujours en harmonie avec la nature. Cette description n'a de sens que si l'expérience de l'âme domine notre psychisme au lieu d'être calfeutrée au fond du cœur tentant d'influencer de loin notre individualité.

L'amour de l'intelligence cosmique me montre que mon corps et mon esprit sont bien loin encore de pouvoir incarner le divin à la mesure de ce qu'ils pourraient permettre. Il n'y a là rien d'humiliant pour l'âme. C'est en elle comme une fine pointe de plénitude qui aime ce qui embellit, rend plus juste et parfait. Elle est une dynamique du Devenir évolutif à la fois universel, individuel et "créateur".

Face à la crise évolutive en cours l'ego panique et pratique la dénègation. L'ego n'a jamais pleinement confiance en la vie. Seule l'âme peut voir dans la crise évolutive actuelle une opportunité et y apercevoir des possibilités évolutives inédites. L'ego ou ce qu'il en reste quand on commence à être spirituel ne pressent que sa mort. Seule l'âme peut évoluer consciemment avec patience et sans crainte. Guidée par l'intelligence cosmique, elle est le conducteur immortel de l'évolution des vivants qu'elle a en charge...



vendredi 10 janvier 2020

LUMIERE DE L'INTUITION selon Niranjan Guha Roy.

Lumière de l’intuition

La lumière de l’intuition

la vision claire

La chose la plus difficile au monde est d’avoir une opinion et une appréciation vraie et claire de soi même, de ses propres capacités, incapacités, désirs et même de son aspiration. Il y a souvent quelque motif caché de gain, de renommée personnelle, de grandeur ou de désir d’être admiré.
La première règle du yoga est de développer une vraie vision à la lumière authentique de l’intuition. Elle est là en nous mais nous devons avoir le courage de la désengager de tout mélange et avec la pratique, cette lumière infaillible sera toujours à notre portée comme une torche puissante dans la nuit la plus sombre. C’est la première lumière de l’Esprit. Elle siège dans le cœur, dans le centre occulte. Si nous restons tranquilles et développons l’habitude de devenir silencieux à volonté, cette lumière brillera à son mieux. Ce n’est pas une lumière morale, éthique ou même logique d’intelligence ou de sens commun. Elle vous montre ce qui est compatible et ce qui ne l’est pas avec l’aspiration spirituelle. Elle nous donne aussi des prémonitions, des avertissements, des messages de l’aurore à venir, des indications de ce que nous devons entreprendre et développer, c’est aussi la lumière de l’inspiration et de la révélation.
Cette Lumière nous montrera toutes les grandeurs démoniaques, titanesques même diaboliques, les domaines de violence, haine, perversion, laideur, tout ce qui est considéré comme l’enfer. En même temps elle nous révèlera de plus en plus la présence du Divin, son intérêt en nous, son aide, sa guidance, son amour et son amitié. Son pouvoir agira en nous et graduellement transformera tout ce qui est non divin. Nous devons être absolument sincères à nous même. On ne doit nourrir aucun mensonge, aucun acte ou projet avec un motif ultérieur personnel, il ne doit y avoir aucun désir secret pour une satisfaction personnelle ou un gain égoïste, nous devons être ouvert comme la mer et le ciel, purs comme les sommets neigeux de l’Himalaya.
Notre Dieu n’est pas un tyran, ni un juge, pas même un père sévère. Il n’est pas un dictateur inexorable. Il est bien plus que notre ami le plus intime, le plus digne de confiance, Il est celui qui connaît toutes nos aspirations et incapacités, notre force, nos faiblesses, nos goûts. Il ne condamne pas, Il ne punit pas, mais Il nous tient par la main pour nous faire avancer lorsque nous recherchons son aide. Notre Dieu est un Être de beauté et harmonie. Il aime quand nous cherchons à matérialiser la beauté et l’harmonie dans nos pensées, actions et paroles, dans nos sentiments et nos rapports avec le monde et les autres. Notre Dieu est très simple, très humble et toujours accessible en toutes circonstances. Il n’est jamais offensé par ce que nous faisons ou disons contre Lui. On peut L’insulter, Lui souhaiter le pire, L’appeler par des noms injustes, L’accuser d’être partial envers les autres et cruel envers nous, cela n’a pas d’importance pour Lui. Il revient toujours avec un sourire dès que nous nous tournons vers Lui.
La vie divine commence quand nous voyons que le Divin est à l’origine de toutes choses et êtres. Il est le Pouvoir qui soutient tout. Nous sommes ce que nous sommes à cause de Sa Présence. S’il y a quelque changement ou transformation c’est parce que Il l’a voulu ainsi. Il y a seulement une seule Volonté, une seule Existence, une Conscience et un Être. Pour le mental c’est très difficile à imaginer et même à concevoir, c’est pourquoi il doit devenir silencieux. Le cœur doit apprendre à écouter et alors notre âme nous parlera. Il n’y a pas de plus grande sécurité, pas de plus grand bonheur, ni satisfaction qui puisse égaler cette perception du Divin. Le chemin du yoga est long et difficile mais un vrai amour croissant pour le Divin rend le voyage agréable et plus court. Une soumission pleine de confiance à sa sagesse suprême est le début de la vraie Vie Divine
******
Niranjan Guha Roy


lundi 21 octobre 2019

UNION DE DIEU ET DE L'ÂME SELON MAÎTRE ECKHART




Traités et sermons. Maître Eckhart

De l'Union de Dieu et de l'âme.
Et quand l’âme se perd ainsi complètement elle-même, comme je viens de l’exposer, elle trouve qu’elle est cela même qu’elle cherchait sans pouvoir y accéder. 

Parlons maintenant de l'union de l'âme avec Dieu ! Parmi les maîtres certains enseignent qu'il n'y a rien qui unit tant l'âme que la connaissance. Par contre d'autres affirment justement cela de l'amour. Et à nouveau une troisième école enseigne que rien n'unit tant l'âme que le vrai sentiment. Demandons-nous d'abord : En quoi chacune de ces trois activités consiste-t-elle ? Eh bien ! d'abord chacune a son existence pour elle-même. Mais dans la plus haute activité de leur qualité propre, chacune se trouve si rapprochée de l'autre qu'il en est d'elles presque comme si elles étaient aussi une chose qui serait triple et pourtant d'une seule nature ! A la vérité il n'en est pas tout à fait ainsi ; mais il est vrai qu'au sommet de leur activité propre comme de leur progrès commun la connaissance exalte l'amour et l'amour le sentiment. En quoi néanmoins chacun est actif dans son état particulier : la connaissance ennoblit l'âme vers Dieu, l'amour unit avec Dieu et le vrai sentiment la parfait en Dieu. Ces trois activités élèvent l'âme et la font croître hors de la temporalité dans l'éternité. Là l'esprit est dans un état de pureté parfaite et jouit à sa source de toute joie. Ainsi l'amour et la douceur du sentiment a attiré l'esprit hors de lui-même - vers la simple petite étincelle qui est en lui ! Quel ravissement est alors celui de l'âme ? Je ne puis en dire que ceci : le regard qui sans interruption de l'esprit pénètre dans la pure divinité, le fleuve qui sans interruption coule de la divinité dans l'être simple de l'esprit, ce n'est qu'une représentation qui transforme l'esprit si complètement en Dieu et l'unit avec lui qu'il reçoit d'égal à égal ! Quel ravissement l'esprit éprouve dans ce commerce, cela dépasse toute imagination. Je ne puis non plus rien en dire du tout sinon que l'esprit est alors placé au sommet de sa puissance et de sa splendeur.

dimanche 20 octobre 2019

D'UNE NON DUALITÉ IMPERSONNELLE ET DÉTERMINISTE A LA NON DUALITÉ DE L'INDIVIDUATION DE LA VIE.


FLEUR DE CŒUR PAR JULIEN DURAND

La spiritualité non duelle est-elle à ce point réductible à l'impersonnel et au déterminisme ?
Dans mon expérience, prendre au sérieux l'individuation de la vie universelle en moi et dans les autres revient à reconsidérer ce qui devient des poncifs effrayants de la non dualité.
Par exemple, aimer ses enfants, enseigner à des enfants, etc. n'est plus pour moi servir la croissance d'un ego avant que, plus tard, ceux-ci en découvrent l'illusion. L'ego, effectivement, c'est l'illusion du libre-arbitre et un ensemble de déterminismes. Ce sont des vêtements sociaux et collectifs qu'on impose à l'enfant en lui faisant croire que c'est lui...
Mais qu'est-ce qu'on recouvre d'un ego ? Qu'est-ce qu'on individue en l'enfant, si on ne sert pas la croissance d'un ego illusoire en l'enfant ?
Dans mon expérience spirituelle de parents et d'enseignants, je suis au service de l'individuation de la vie elle-même à travers une personne humaine. Il s'agit bien d'une non dualité où l'Un n'empêche pas l'Autre. Il s'agit bien de se libérer, d'inclure et de transcender nos déterminismes en prenant conscience de l'autodétermination de la vie, à travers son individuation en nous. L'enfant et l'adulte que je suis savons qu'il y a des petits désirs qui nous déterminent éventuellement mais qui font obstacle à l'individuation de la vie, notre véritable dimension individuelle parfaitement une avec l'universalité et la transcendance de la vie. Les complexités de vocabulaire que j'emploie trahissent l'évidence et la simplicité de ce que des jeunes enfants et des adultes qui sont dans cette dynamique ressentent. Mais face à des doctrines qui réduisent la réalité à la transcendance hors du monde, d'autres qui la réduisent à une universalité impersonnelle en proclamant leur non dualité, il faut bien proposer un effort de réflexion supplémentaire. Ceux qui proclament être libérés du mental crient trop vite à la victoire et enferment souvent la lumière de vérité dans une petite fenêtre mentale par laquelle cette lumière s'est vue.
Pour essayer d'exprimer, de comprendre et d'incarner cette non dualité entre l'individuel, l'universel et le transcendant... il faut un effort. Il y a des concentrations sans effort mais elles réclament de l'énergie. Avant d'y parvenir il faut y mettre de l'effort. Cette concentration et cet effort qui la permettra semblent justifiés surtout si cette non dualité plus large et inclusive met en jeu de manière concrète l'éducation de nos enfants et donc l'avenir de notre humanité.
L'autodétermination de soi qui unit sans dualité notre dimension individuelle, notre dimension universelle et notre dimension transcendante dépasse allègrement tout dualisme entre liberté et déterminisme...
Les deux discours ont leurs vertus pédagogiques d'ailleurs.
Comment éduquer un enfant sans l'encourager à être libre de certains désirs ? Il faudra lui faire prendre conscience que certains désirs l'enferment et le limitent, même s'ils lui apportent du plaisir. Il faudra bien qu'ils luttent avec eux pour les voir tels qu'ils sont et découvrir qu'il y en a de plus grands, de plus libérateurs de pouvoirs encore inconnus de lui ! Parfois, s'il voit en lui cette autre lumière plus belle, son choix est porté par la grâce. Le sens spirituel profond du libre-arbitre chrétien est alors retrouvé, s'il fonctionne avec cette notion de grâce et de beauté perfectible de notre être individuel.
Mais il est vrai que parfois face à des événements en apparence difficile, il y a une pédagogie déterministe utile. Prendre au sérieux une autodétermination de la vie universelle au cœur même de son processus d'individuation fait entrevoir que la pire cruauté de la vie est parfois ce qui va provoquer en nous le mouvement de foi le plus pur en la non dualité de la vie. Et quand ce mouvement de foi qui nous porte des apparences vers la réalité s'accomplit, le drame personnel devient mystérieusement le lieu de la vie universelle reprenant conscience d'elle-même.
Si les deux perspectives ne s'annulent pas, on peut découvrir un fait étrange et insupportable au niveau de l'ego : c'est toujours le développement de mon essence individuelle que la vie universelle satisfait. J'ai toujours voulu tout ce qui m'est arrivé et tout ce qui m'arrive. Je l'ai toujours voulu en tant que vie universelle et en même temps en tant que individuation de la vie universelle. Même individuellement, donc, je me réalise être une autodétermination créatrice de la vie universelle.
Autrement dit, découvrir qui nous sommes universellement et individuellement met en jeu toute la dynamique cosmique, Mahashakti disent les indiens. Comme si cette dynamique cosmique qui fait évoluer l'univers était une individualité au service et en harmonie totale avec l'individuation de la vie que nous sommes.
C'est ce dont témoignent certains sages indiens, en outre dans la Katha Upanishad. Découvrir le soi individuel qui fait un avec le soi universel, c'est découvrir dans son cœur, la présence constante de la déesse mère, Aditi, Mahashakti, etc.



samedi 21 septembre 2019

LA RELIGIOSITÉ ANTISPIRITUELLE DE BOSSUET POINTE MALGRÉ TOUT L'ESSENTIEL !

Bossuet
Dans l’Instruction sur les états d’oraison, Bossuet ne nous instruit pas d’oraison, il instruit un procès à charge contre l'école française de spiritualité du XVIIème siècle. Il rejette dans sa globalité ce qu’il appelle la « nouvelle mystique ». Il attaque les témoignages et pratiques spirituelles des livres de Ruysbroeck et Harpius ; il estime inexacte certaines formulations de Tauler. Surtout, il cible les livres spirituels de ses contemporains, ceux de « François Malaval, un laïque sans théologie, et les deux qui sont composés par une femme, comme sont le Moyen court et facile et l’Interprétation sur le Cantique des cantiques ». Il est clair que pour Bossuet l’institution ecclésiastique et son autorité ont tout à craindre de ces laïques (et en particulier des femmes insoumises comme Mme de Guyon). Naturellement, il associe sa lutte contre les exagérations des nouveaux mystiques à la lutte contre les béguards et béguines du XIVème siècle. Homme de son époque, il est du côté de l’autorité de la tradition, qui rend légitime l’intolérance et la violence religieuse au nom d’une croyance dogmatique. Il est tout ce que la tolérance déiste du siècle à venir rejettera. 
Plus loin, dans cette Instruction à charge, il attaque le Père Combe qui veut répandre l’oraison de quiétude dans toute la société et à tous les âges comme la clef intérieure par excellence. Symptomatiquement, il fait de Bernard et d’Augustin les plus hautes références sur laquelle il fonde sa propre autorité : il s’agit de certes de deux mystiques mais leurs appels à la violence religieuse contre les hérétiques montrent que leurs lumières intérieures sont obscurcies par l’étroitesse de leur mentalité prémoderne. 
Enfin citons le passage le plus antispirituel de cette Instruction : « Par une semblable exagération, les mystiques les plus sages inculquent sans cesse leur ligature ou suspension des puissances : si on les entend à la lettre, en certains états on n’est plus uni à Dieu par l’intelligence, par la volonté, par la mémoire : mais par la substance de l’âme : chose reconnue impossible par toute la théologie, qui convient que l’on ne peut s’unir à Dieu que par la connaissance et par l’amour, par conséquent par les facultés intellectuelles ». 

Quoi de plus étonnant que cette lecture fine des mystiques pour mieux en vomir l'expérience...