lundi 21 octobre 2019

UNION DE DIEU ET DE L'ÂME SELON MAÎTRE ECKHART




Traités et sermons. Maître Eckhart

De l'Union de Dieu et de l'âme.
Et quand l’âme se perd ainsi complètement elle-même, comme je viens de l’exposer, elle trouve qu’elle est cela même qu’elle cherchait sans pouvoir y accéder. 

Parlons maintenant de l'union de l'âme avec Dieu ! Parmi les maîtres certains enseignent qu'il n'y a rien qui unit tant l'âme que la connaissance. Par contre d'autres affirment justement cela de l'amour. Et à nouveau une troisième école enseigne que rien n'unit tant l'âme que le vrai sentiment. Demandons-nous d'abord : En quoi chacune de ces trois activités consiste-t-elle ? Eh bien ! d'abord chacune a son existence pour elle-même. Mais dans la plus haute activité de leur qualité propre, chacune se trouve si rapprochée de l'autre qu'il en est d'elles presque comme si elles étaient aussi une chose qui serait triple et pourtant d'une seule nature ! A la vérité il n'en est pas tout à fait ainsi ; mais il est vrai qu'au sommet de leur activité propre comme de leur progrès commun la connaissance exalte l'amour et l'amour le sentiment. En quoi néanmoins chacun est actif dans son état particulier : la connaissance ennoblit l'âme vers Dieu, l'amour unit avec Dieu et le vrai sentiment la parfait en Dieu. Ces trois activités élèvent l'âme et la font croître hors de la temporalité dans l'éternité. Là l'esprit est dans un état de pureté parfaite et jouit à sa source de toute joie. Ainsi l'amour et la douceur du sentiment a attiré l'esprit hors de lui-même - vers la simple petite étincelle qui est en lui ! Quel ravissement est alors celui de l'âme ? Je ne puis en dire que ceci : le regard qui sans interruption de l'esprit pénètre dans la pure divinité, le fleuve qui sans interruption coule de la divinité dans l'être simple de l'esprit, ce n'est qu'une représentation qui transforme l'esprit si complètement en Dieu et l'unit avec lui qu'il reçoit d'égal à égal ! Quel ravissement l'esprit éprouve dans ce commerce, cela dépasse toute imagination. Je ne puis non plus rien en dire du tout sinon que l'esprit est alors placé au sommet de sa puissance et de sa splendeur.

dimanche 20 octobre 2019

D'UNE NON DUALITÉ IMPERSONNELLE ET DÉTERMINISTE A LA NON DUALITÉ DE L'INDIVIDUATION DE LA VIE.


FLEUR DE CŒUR PAR JULIEN DURAND

La spiritualité non duelle est-elle à ce point réductible à l'impersonnel et au déterminisme ?
Dans mon expérience, prendre au sérieux l'individuation de la vie universelle en moi et dans les autres revient à reconsidérer ce qui devient des poncifs effrayants de la non dualité.
Par exemple, aimer ses enfants, enseigner à des enfants, etc. n'est plus pour moi servir la croissance d'un ego avant que, plus tard, ceux-ci en découvrent l'illusion. L'ego, effectivement, c'est l'illusion du libre-arbitre et un ensemble de déterminismes. Ce sont des vêtements sociaux et collectifs qu'on impose à l'enfant en lui faisant croire que c'est lui...
Mais qu'est-ce qu'on recouvre d'un ego ? Qu'est-ce qu'on individue en l'enfant, si on ne sert pas la croissance d'un ego illusoire en l'enfant ?
Dans mon expérience spirituelle de parents et d'enseignants, je suis au service de l'individuation de la vie elle-même à travers une personne humaine. Il s'agit bien d'une non dualité où l'Un n'empêche pas l'Autre. Il s'agit bien de se libérer, d'inclure et de transcender nos déterminismes en prenant conscience de l'autodétermination de la vie, à travers son individuation en nous. L'enfant et l'adulte que je suis savons qu'il y a des petits désirs qui nous déterminent éventuellement mais qui font obstacle à l'individuation de la vie, notre véritable dimension individuelle parfaitement une avec l'universalité et la transcendance de la vie. Les complexités de vocabulaire que j'emploie trahissent l'évidence et la simplicité de ce que des jeunes enfants et des adultes qui sont dans cette dynamique ressentent. Mais face à des doctrines qui réduisent la réalité à la transcendance hors du monde, d'autres qui la réduisent à une universalité impersonnelle en proclamant leur non dualité, il faut bien proposer un effort de réflexion supplémentaire. Ceux qui proclament être libérés du mental crient trop vite à la victoire et enferment souvent la lumière de vérité dans une petite fenêtre mentale par laquelle cette lumière s'est vue.
Pour essayer d'exprimer, de comprendre et d'incarner cette non dualité entre l'individuel, l'universel et le transcendant... il faut un effort. Il y a des concentrations sans effort mais elles réclament de l'énergie. Avant d'y parvenir il faut y mettre de l'effort. Cette concentration et cet effort qui la permettra semblent justifiés surtout si cette non dualité plus large et inclusive met en jeu de manière concrète l'éducation de nos enfants et donc l'avenir de notre humanité.
L'autodétermination de soi qui unit sans dualité notre dimension individuelle, notre dimension universelle et notre dimension transcendante dépasse allègrement tout dualisme entre liberté et déterminisme...
Les deux discours ont leurs vertus pédagogiques d'ailleurs.
Comment éduquer un enfant sans l'encourager à être libre de certains désirs ? Il faudra lui faire prendre conscience que certains désirs l'enferment et le limitent, même s'ils lui apportent du plaisir. Il faudra bien qu'ils luttent avec eux pour les voir tels qu'ils sont et découvrir qu'il y en a de plus grands, de plus libérateurs de pouvoirs encore inconnus de lui ! Parfois, s'il voit en lui cette autre lumière plus belle, son choix est porté par la grâce. Le sens spirituel profond du libre-arbitre chrétien est alors retrouvé, s'il fonctionne avec cette notion de grâce et de beauté perfectible de notre être individuel.
Mais il est vrai que parfois face à des événements en apparence difficile, il y a une pédagogie déterministe utile. Prendre au sérieux une autodétermination de la vie universelle au cœur même de son processus d'individuation fait entrevoir que la pire cruauté de la vie est parfois ce qui va provoquer en nous le mouvement de foi le plus pur en la non dualité de la vie. Et quand ce mouvement de foi qui nous porte des apparences vers la réalité s'accomplit, le drame personnel devient mystérieusement le lieu de la vie universelle reprenant conscience d'elle-même.
Si les deux perspectives ne s'annulent pas, on peut découvrir un fait étrange et insupportable au niveau de l'ego : c'est toujours le développement de mon essence individuelle que la vie universelle satisfait. J'ai toujours voulu tout ce qui m'est arrivé et tout ce qui m'arrive. Je l'ai toujours voulu en tant que vie universelle et en même temps en tant que individuation de la vie universelle. Même individuellement, donc, je me réalise être une autodétermination créatrice de la vie universelle.
Autrement dit, découvrir qui nous sommes universellement et individuellement met en jeu toute la dynamique cosmique, Mahashakti disent les indiens. Comme si cette dynamique cosmique qui fait évoluer l'univers était une individualité au service et en harmonie totale avec l'individuation de la vie que nous sommes.
C'est ce dont témoignent certains sages indiens, en outre dans la Katha Upanishad. Découvrir le soi individuel qui fait un avec le soi universel, c'est découvrir dans son cœur, la présence constante de la déesse mère, Aditi, Mahashakti, etc.



samedi 21 septembre 2019

LA RELIGIOSITÉ ANTISPIRITUELLE DE BOSSUET POINTE MALGRÉ TOUT L'ESSENTIEL !

Bossuet
Dans l’Instruction sur les états d’oraison, Bossuet ne nous instruit pas d’oraison, il instruit un procès à charge contre l'école française de spiritualité du XVIIème siècle. Il rejette dans sa globalité ce qu’il appelle la « nouvelle mystique ». Il attaque les témoignages et pratiques spirituelles des livres de Ruysbroeck et Harpius ; il estime inexacte certaines formulations de Tauler. Surtout, il cible les livres spirituels de ses contemporains, ceux de « François Malaval, un laïque sans théologie, et les deux qui sont composés par une femme, comme sont le Moyen court et facile et l’Interprétation sur le Cantique des cantiques ». Il est clair que pour Bossuet l’institution ecclésiastique et son autorité ont tout à craindre de ces laïques (et en particulier des femmes insoumises comme Mme de Guyon). Naturellement, il associe sa lutte contre les exagérations des nouveaux mystiques à la lutte contre les béguards et béguines du XIVème siècle. Homme de son époque, il est du côté de l’autorité de la tradition, qui rend légitime l’intolérance et la violence religieuse au nom d’une croyance dogmatique. Il est tout ce que la tolérance déiste du siècle à venir rejettera. 
Plus loin, dans cette Instruction à charge, il attaque le Père Combe qui veut répandre l’oraison de quiétude dans toute la société et à tous les âges comme la clef intérieure par excellence. Symptomatiquement, il fait de Bernard et d’Augustin les plus hautes références sur laquelle il fonde sa propre autorité : il s’agit de certes de deux mystiques mais leurs appels à la violence religieuse contre les hérétiques montrent que leurs lumières intérieures sont obscurcies par l’étroitesse de leur mentalité prémoderne. 
Enfin citons le passage le plus antispirituel de cette Instruction : « Par une semblable exagération, les mystiques les plus sages inculquent sans cesse leur ligature ou suspension des puissances : si on les entend à la lettre, en certains états on n’est plus uni à Dieu par l’intelligence, par la volonté, par la mémoire : mais par la substance de l’âme : chose reconnue impossible par toute la théologie, qui convient que l’on ne peut s’unir à Dieu que par la connaissance et par l’amour, par conséquent par les facultés intellectuelles ». 

Quoi de plus étonnant que cette lecture fine des mystiques pour mieux en vomir l'expérience...


mercredi 18 septembre 2019

L'ETINCELLE DE L'ÂME SELON MAÎTRE ECKHART


Maître Eckhart écrit dans son sermon XX :

"Le Seigneur envoya ses serviteurs. Saint Grégoire dit [que] ces serviteurs sont l’ordre des prêcheurs. Je parle d’un autre serviteur, c’est l’ange. En outre nous parlons d’un serviteur, dont j’ai souvent parlé, c’est l’intellect à la périphérie de l’âme, là où elle touche à la nature angélique et est une image de Dieu. Dans cette lumière, l’âme a une communauté avec les anges, et même avec les anges qui sont déchus en enfer et ont pourtant gardé la noblesse de leur nature. Là cette petite étincelle se tient nue, sans souffrance d’aucune sorte, dressée vers l’être de Dieu. Elle s’égale aussi aux bons anges, qui là opèrent en Dieu et reçoivent en Dieu et portent toutes leurs œuvres en retour vers Dieu et reçoivent Dieu de Dieu en Dieu. A ces bons anges s’égale la petite étincelle de l’intellect, qui là est créée par Dieu sans différence, une lumière qui plane et une image de nature divine et créée par Dieu. Cette lumière, l’âme la porte en elle. Les maîtres disent [qu’] il est une puissance dans l’âme qui se nomme syndérèse, [mais] il n’en est pas ainsi. Cela exprime ce qui en tout temps dépend de Dieu, et cela ne veut jamais rien de mal. En enfer [même] cela est incliné au bien ; cela lutte toujours dans l’âme contre tout ce qui n’est pas limpide ni divine, et invite sans relâche au festin. C’est pourquoi il dit : « Il envoya ses serviteurs pour qu’ils viennent, tout étant prêt. ». Personne n’a à demander ce qu’il reçoit avec le corps de Notre Seigneur. La petite étincelle qui là se tient prête à recevoir le corps de Notre Seigneur se tient sans cesse dans l’être de Dieu. Dieu se donne à l’âme toujours nouvellement dans un devenir. Il ne dit pas : « C’est devenu », ou « Cela deviendra », plutôt : Cela est toujours nouveau et frais comme dans un devenir sans relâche." 


mercredi 11 septembre 2019

LA DESCENTE DANS LE CŒUR : QUELQUES DETAILS...

NIRANJAN GUHA ROY - L'APPEL DES ÂMES 


- Même si on ne peut le croire, dis-nous où tu en es !


Il y a ce Oui à tout ce qui est qui veut plus de beauté, de justice et de vérité.
Il y a cet amour de l'espace lumineux - l'amour de ce nulle part et partout. 
Longtemps son soleil se levait, se couchait éclairant le cœur, le laissant désolé. Et comme la lune, le cœur avait ses quartiers, ses lueurs, ses nuits muettes, ses langueurs.

Patient, il fallait avancer, s'enfoncer dans la grotte que tous ces astres indiquaient. 

Il fallait s'épurer dans leurs lumières et encore avancer.

Un trésor, le trésor, le Graal dans sa coupe de terre flottait dans l'espace qui le rayonnait.

C'est une étincelle dans un feu, un concentré d'amour.

C'est l'espace lui-même dans le cœur qui se fait feu, c'est tout le feu de mon amour pour cet espace qui vient s'y consumer. C'est un amour sans deux, c'est un amour qui ne peut aimer moins, c'est simplement l'amour qui est. Il brûle sans brûler dans toute sa douceur.

Cet engendré de la lumière intérieure, cet incréé qui s'est toujours tenu en arrière, ce moi plus intime à moi-même que moi-même, il n'est qu'un avec Cela et il est moi plus que moi-même. Il y a les voiles de mon animalité qui le recouvrent et le font oublier. Mais un cri, un chant, une offrande appropriée, une psalmodie patiente et l'amour incréé de mon âme est retrouvée. 
Elle est là dans le cœur et son aventure ne fait que commencer. 


CHAMPAKLAL - PSYCHOLOGIC PERFECTION

mardi 13 août 2019

SHRI ANIRVAN, UN AMI DANS LA VISION.




Dans Antara yoga, Infolio, p.104-106, Shrî Anirvan (1896-1978) écrit : « Les yogis disent que pour assurer la perfection des âsanas, les postures immobiles, deux choses doivent être maîtrisées : la détente et l’expansion dans l’infini. En fait on peut dire qu’elles sont l’une et l’autre à la base de toute pratique du yoga. […] Quand l’esprit se dilate dans l’espace infini du ciel, cette double qualité de détente et d’expansion se réalise aisément. Telle était l’ancienne méthode dans la pratique védique. Les Upanishads y font référence. La contemplation du ciel par le mental (âkâsha-bhâvanâ) devrait permettre de faire descendre le ciel extérieur dans le cœur (hridaya), le libérant ainsi de sa rigidité et de ses tensions. Il s’illumine alors d’une faible clarté, pareille à un clair de lune voilé ou à la lumière des étoiles. Petit à petit, cette lumière s’intensifie jusqu’à devenir l’éclat du soleil, jusqu’à ce brille dans le cœur le vishoka-jyoti, le « soleil radieux de la taille d’un pouce ». […] Le soleil extérieur représente le Soi universel, le soleil intérieur, le Soi individuel. Et, nous dit l’Upanishad, les deux ne font qu’un : « Où que demeure le purusha, je suis Lui ». […] Progressivement, mes mondes intérieur et extérieur s’emplissent de cette immensité tranquille, et dans mon esprit demeure en permanence la présence du Brahman unique et infini. […] En considérant l’homme dans la perspective de l’Immensité, nous ne serions plus affectés par la mesquinerie. Tout cela relève de l’aspect dynamique du yoga, celui qui se poursuit dans nos activités quotidiennes, dans nos moments de repos, de mouvement et de travail. Chacun n’est pas en mesure de renoncer à tout pour aller pratiquer le yoga dans la solitude, mais ce yoga dynamique est accessible à tous et il aboutit au même résultat […].»



Pour aller un peu plus loin :

https://www.revue3emillenaire.com/blog/la-sainte-communion-de-purusha-et-prakriti-par-shri-anirvan/

et en anglais :

http://srianirvan.blogspot.com/






vendredi 21 juin 2019

PERSPECTIVES SPIRITUELLES SUR LA LIBERTÉ ET LE DÉTERMINISME.


Libre-arbitre ou déterminisme ? 
Vraie question ou question de points de vue ? 

A un niveau, la spiritualité semble ressortir d'un choix d'un ego. A un autre, c'est une libération par reconnaissance d'une détermination. A un niveau plus profond, cela ressemble encore à une décision personnelle d'une âme, l'étincelle divine en nous, en arrière-plan de l'ego, qui a consenti à toutes les déterminations par lesquelles elle mènerait à bien son développement. Mais là encore, à un autre niveau plus profond, la décision d'une âme, à tel moment, semble s'inscrire dans une trame divine où cette décision était inscrite depuis longtemps par une conscience divine supérieure. Et qui sait s'il n'y a pas d'autres possibilités de rapport entre niveaux de déterminations et niveaux de liberté ? 


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Raccourci :

Il y a des décisions. Certaines libèrent, d'autres non. Certaines élargissent, d'autres non. Certaines font évoluer, d'autres ne font que nous faire tourner en rond sur un même plan.

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Prise de conscience libératrice du déterminisme :

J'ai choisi ceci et ceci a échoué. Qu'est-ce qui a déterminé mon échec ? Je vois mon choix d'un côté, la fidélité à un projet et la logique événementielle qui a produit l'échec. Et si je comprends que tout est dans les mains d'une unique vie, quelle sera la décision ? je peux protester contre elle et son injustice ou je peux comprendre l'opportunité de vouloir ce qu'elle veut.

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Liberté comme participation à la manifestation de la vie divine :

Il y a les petits désirs qui m'enchaînent à des jeux de forces universelles. Par exemple, les désirs sexuels sont de ceux-ci puisqu'il y a un élément impersonnel en eux. Le désir sexuel reste un désir au service de l'espèce même si je le personnalise, même s'il participe à des relations, même si je le détourne de sa fonction reproductrice. Il y a aussi des désirs mimétiques : réussir, être reconnu, réaliser mon ambition, etc. Ces petits désirs affirment que "rien ne se fait de grand sans passion" mais ce sont des forces sociales. Ils peuvent entraîner des libérations  car, parfois, ils nourrissent telles revendications légitimes, etc. Tous ces désirs forment mon ego mais ce sont des individualisations de  forces universelles ou de mèmes culturels. 
Il y a les grands désirs. Eux ils sont liberté d'une âme qui individue la vie universelle. Ils sont au service d'une divinisation de la vie humaine. Par exemple, il y a le désir du beau, le désir de la perfection, le désir du vrai, etc. Ces grands désirs ne sont jamais ressentis comme des manques car ils portent en eux la plénitude en même temps que leur besoin. Ces désirs sont patients, calmes et doux. Ils peuvent être comme le cri d'une âme face à la misère humaine, mais d'une âme qui se sait un feu divin grandissant qui appelle une énergie et une conscience au-delà du registre humain usuel.
Les petits désirs sont liés à des appétits pulsionnels et les grands désirs à une aspiration spirituelle proprement dite (EROS pour Socrate et Platon).

De quelle liberté est-il question si on ne discerne pas ces deux qualités du désir ?
Détournons légèrement Platon. La liberté créatrice n'est-elle pas de soumettre l'énergie des petits désirs à nos grands désirs ? Les  discerner libérera notre âme des déterminations des petits désirs. Quand elle-même agira consciemment par notre volonté, nos sentiments, notre énergie vitale, elle manifestera le divin.

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Liberté comme autodétermination du divin :

Un jour un mur s'est effondré : mon ego et ses vouloirs  masquait mon âme, un oui total au fond du cœur à la vie divine. Tout a toujours été voulu par mon Maître et sa Shakti. Et moi, en mon âme, j'ai toujours voulu ce qu'il veut. Dans le grand tissu du temps, il a esquissé l'aventure... Combien de vies incarnées ? peu importe, mon âme se sait, dans cet espace et ce temps, ce voyageur sans âge venu œuvrer pour son Maître et sa Shakti. Mon âme, c'est la volonté divine en moi.

Tout a toujours été voulu par le divin en son Être (le maître) et en son devenir (sa Shakti), on ne peut réaliser ceci qu'en découvrant son âme qui fait toujours joyeusement et dans l'équanimité la volonté du divin. 

En cette conscience croissante d'une trame du temps préexistante, qu'est-ce qui empêche de penser que certaines âmes, comme flamme divine individuée particulièrement développée, pourraient participer à un pouvoir divin de jouer sur la trame du temps à venir ? 




Voici un poème de Niranjan Guha Roy évoquant le niveau d'autodétermination créatrice divine :

https://www.motherland-guharoy.net/l-artiste-divin/


L' Artiste Divin

Tous les jours 

Il travaille sur une immense toile 
accrochée au ciel.
Des ages défilent, 

chacun laisse sa trace 
dans le tableau géant.
Le Peintre reprend 

ses brosses et ses couleurs 
avec la même joie invariable.
Les ombres deviennent légères, 

le choc des couleurs moins brutal.
Les coups de pinceau 

sont moins hachés, 
on dirait qu’ils dansent.
Le décor change tout le temps 

à tel point que l’hier est 
déjà inexistant.
Toujours en avant, frénétique, 

le peintre court 
pour attraper l’avenir.
L’Univers d’hier est englouti 

dans la nuit irrécupérable.
Le demain 

avec ses surprises inattendues 
arrive tellement vite.
Pourtant à n’importe quel moment, 

c’est un tableau achevé.
Rien à désirer, 

rien n’y manque, 
toujours une prise de vue parfaite.
A tout moment 

le nouveau tableau disparaît 
dans le Néant.
Le Demain dans son cortège 

amène 
des révélations éblouissantes.
Les rires, les pleurs, les luttes 

et les victoires d’hier 
sont périmés.
On ne peut jamais faire marche arrière, 

on est loin en avant.

Le peintre ne se lasse pas de défouler 

ses rêveries sur la toile.
L’Hier, est ce que c’était seulement 

à vingt quatre heures d’ici ?
Ou à un an, cent ans, mille ans 

ou à des milliards d’années ?
Qu’importe ! Chaque instant glisse 

dans un abîme de nuit.
L’avenir n’est pas inventé hors du rien, 

il existe dans le passé.
Le présent 

n’est qu’un pont lumineux 
sur le ruban mobile du Temps.
Tous les tableaux imaginables 

sont enfermés 
dans le rêve, l’Idée Réelle,
Dans un seul point 

sans espace ni temps de l’Unique, 
du Brahman
Qui se déferle, inépuisable, 

imprévisible 
dans la manifestation éternelle.
Le Peintre dévoile son existence 

dans chaque tableau, raconte sa vie.

Mais qui a jamais saisi 

son vrai visage ? 
Son tableau n’est jamais terminé.
Pourtant Il est tellement présent… 

cette revue mystique sans fin,
Des milliards de visages et de regards… 

Ses reflets innombrables fugitifs.
Nous restons muets 

devant le Mystère d’une Beauté, 
d’une Béatitude !