mercredi 19 janvier 2011

LES ABERRATIONS DU REGNE DE LA QUANTITE.

Sur LCI et un tas d'autres médias on nous dit que :
"La révolte populaire qui a provoqué vendredi la chute du régime tunisien du président Ben Ali et les violences postérieures ont causé 3 milliards de dinars (1,6 milliard d'euros)". Les agences de notation ont décidé de dégrader la note économique de la Tunisie.

On pourrait se demander combien a coûté la révolution française et surtout l'abolition de l'esclavage...

Cherchant sur internet l'origine de l'information sur le coût supposé de cette révolte, j'apprends qu'elle vient de Ahmed Friaa, ministre de l'Intérieur de Tunisie et donc proche de Ben Ali... Sur LCI  et d'autres médias, on a oublié de mentionner la source. Les agences de notation qui ont dégradé la note économique avant même que la situation politique se clarifie un peu plus montre le respect qu'elles ont pour la liberté...

On peut soupçonner à l'occasion une crainte diffuse d'un certains nombres de personnes de voir une révolte en France contre notre propre ploutocratie et la volonté de l'enrayer. Souvent on nous a menacé d'une dégradation de la notation des agences financières comme si la politique devait se soumettre à la finance. A vrai dire la réaction De Michèle Alliot-Marie proposant : "C'est la raison pour laquelle nous proposons effectivement aux deux pays [l'Algérie et la Tunisie] de permettre dans le cadre de nos coopérations d'agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité." ne pourrait-elle pas traduire une telle conception ? Ces politiques semblent plus respecter leurs amis milliardaires quelle que soit l'origine de leur fortune que la liberté, l'égalité et surtout la fraternité.

A vrai dire il y a surement plus d'inconscience que de conscience dans tout cela. Nous voyons bien en tout cas le principe fondamental LIBERTE EGALITE FRATERNITE devenir relatif aux seuls intérêts économiques. Tous les politiciens de l'échiquier modéré ne parviennent pas à libérer politiquement le principe fondamental de l'avoir économique, de logiques de la quantité... 
Comment ne pas voir là le choc spirituel contre l'esprit de notre République ? Pierre Leroux qui a participé à mettre en avant cette devise n'ignorait pas l'existence d'une dimension spirituelle en politique bien qu'il soit socialiste (car les socialistes ont souvent été matérialistes et donc peu enclin à parler en termes favorables du spirituel).

En retrouvant un projet collectif en politique qui soit vraiment spirituel, notre âme collective française retrouvera sa flamme.

mardi 30 novembre 2010

LUNULE DE PENSEE DANS LE SOLEIL DE LA PERCEPTION.


Etonnement de celui qui constate que jamais il n'a été celui qui perçoit. La couleur est vue, le son entendu, l'odeur sentie, le goût goûté, le contact ressenti sans que moi sujet de la pensée n'y soit pour rien. Le moi sujet de la pensée ne fait que des commentaires sur la réalité première de la perception (d'un seul geste perçue et percevante). Etonnement approfondi : le sens de la pensée y compris celle de moi sujet d'une telle constatation prend sens dans la réalité première de la perception sans que moi sujet n'y soit pour rien.

Faut-il en conclure que moi sujet de la pensée qui jusqu'à présent se croyait substantiel n'est rien qu'une illusion ? Faut-il conclure que c'est une erreur de se prendre pour quelqu'un ?

Dans la lumière de la perception pure, une lunule de pensée où se déploie moi sujet de la pensée persiste...

Etrangeté du rappel de Soi, perception pure, à partir de la lunule de pensée sentiment de moi : d'un côté, il y a le désir du moi de retour à la proche périphérie de la conscience pure et de l'autre, l'évidence que la conscience pure brillait déjà dans la lumière de ce désir du moi avant de se réaliser lumière consciente de toute lumière.


Emergeant dans la lumière de la perception pure, la lunule de pensée, où se déploie moi sujet de la pensée, réverbère toute la globalité de la lumière de la perception pure. Cette lunule de pensée qui n'était qu'un rayon inconscient du soleil de la perception pure est transformée involontairement par le fait de refléter de plus en plus complétement toute la lumière de ce soleil de la perception pure. Comme la lune dans le ciel cherchant la lumière du soleil pour se percevoir en pleine lumière finit par la réverbérer sur toute la terre au point qu'on y voit comme en plein jour sans pourtant apercevoir le soleil.

On peut dès lors imaginer que celui qui rencontre en l'autre une lunule de pensée ainsi réverbérée verra à travers cet autre un soleil qu'il ne sait pas bien voir en lui. Et s'il sait entrapercevoir en lui cette lumière du soleil unique, face à cet autre la réverbérant aussi intensément, il se sait non encore transformé. Il voit pointé en lui ce qui prend du temps pour laisser s'incarner au cœur de sa propre individualité cette lumière en une plus grande constance et intensité.



mercredi 3 novembre 2010

TOUTE PENSEE N'EST-ELLE QU'INVOCATION ?

Toute pensée n'est au fond qu'une fiction. Cette fiction a cependant un pouvoir certain d'invocation. Malheureusement, je me prends en flagrant délit de croire à sa puissance et de la croire à ma disposition, si je sais bien la manipuler. Je la crois alors plus réelle que la Conscience qui lui confère sens. Je me crois réel comme pensée de moi-même distincte de la pensée du monde et d'autrui. Je ne retiens de conscience qui ce qui tombe sous ce sens que j'invoque pour moi seul face au monde et à autrui. Je confonds distinctions de sens fécondes dans l'unité de la Conscience et significations de différences séparatrices oublieuses de leur condition de possibilité.

De la prière à la science, il s'agit toujours et encore d'une invocations de nos actions : la science n'est peut-être qu'une forme d'invocation plus partageable et plus efficace objectivement que la prière. Le simple d'esprit tel un enfant ne craint pas de recourir à la prière quand sa science, son sens de l'invocation efficace du point de vue de sa reproductibilité fait défaut. Comme il a foi en ce qui est, le simple d'esprit veut sereinement tout ce qui surgit de la Conscience : il juge que ce qui est vaut mieux que ce que sa prière espérait de mieux. L'efficacité de la prière relève plus de la qualité subjective de l'invocation que de l'efficacité objective de par sa reproductibilité.

Si comme simple d'esprit, on admet que le monde dans sa matérialité se transforme aussi en fonction de nos invocations, cette transformation elle-même n'en est que plus miraculeuse. C'est une réponse sur un plan qui échappe à la pensée qui pourtant l’invoquait. Ce qui est s'autocrée matériellement miraculeusement pour celui qui ne peut qu'invoquer. La pensée qui surgit est une autocréation qui peut surgir et disparaître harmonieusement dans le mouvement global d'autocréation de ce qui est. Faire la volonté de la Conscience (divine, faut-il le préciser ?) plutôt que la sienne n'est peut-être pas un délire de celui qui veut être un simple d'esprit. Ce savoir faire là n'est certainement pas un savoir mental mais n'est certainement pas non plus une ignorance. Ce savoir-faire n'est-il plus ou moins intense quand on est éveillé à la Conscience ? Qu'est-ce qui en jeu dans cet affinement de celui qui reconnaissant l'éveil se laisse devenir en lui ? Est-ce une finesse du coeur qui se dévoilera ? Est-ce une qualité de soumission et d'abandon de la volonté individuelle qui s'intensifiera ? Est-ce une inspiration plus éclairante de la juste invocation qui se révélera ? Est-ce une sensibilité à la beauté qui se manifestera ?

jeudi 30 septembre 2010

VOIR LA LUMIERE DE L'ESPRIT REND TRES OPTIMISTE.

Si la lumière de l'Esprit s'est vue malgré nous, alors nous savons que tout ce qui apparaît est de sa substance et que ce rien qui voit est de sa substance. Désormais dès que nous nous soumettons à sa vision ou qu'elle nous la donne de nouveau, nous expérimentons concrètement que notre sentiment de soi est de sa substance. Cette expérience qui voit se dissoudre le sentiment de soi en toute la substance de la lumière de l'Esprit s'approfondit sans forcément abolir le sentiment de soi. Tout ce qui est soi, les autres et le monde est de sa substance ainsi que le rien où ils surgissent. l'Etre de ce qui est en train d'être et n'est pas est donc la lumière de l'Esprit.

Tournant notre personne vers la lumière de l'Esprit, surgit la joie et l'accueil inconditionnel de tout ce apparaît en elle.

Nous commençons à comprendre qu'elle est à l'œuvre en tout. Nos changements sont dans l'ignorance de son œuvre. Tous nos discours sont dans l'ignorance de son œuvre. Le monde entier est le fruit de son œuvre. Et nous-même sommes son œuvre. S'apercevant malgré nous, elle redresse le détournement qu'elle s'est donnée d'elle-même à travers nous. Nous découvrons son œuvre auto-créatrice, son œuvre de transformation et d'amour. La lumière de l'Esprit découvre sa puissance d'action phénoménale.


Comment dès lors être pessimiste sur l'avenir de ce qui se manifeste ? Bien entendu, il n'est pas exclu que ce qui se manifeste voit la disparition de certaines manifestations comme autrefois telles espèce qui dominait la terre a disparu mais comment penser que la lumière de l'Esprit ne puisse pas engendrer une manifestation de plus en plus harmonieuse et à l'image de son amour pour nous à qui il s'impose malgré nous ?

samedi 25 septembre 2010

LA LUMIERE DE L'ESPRIT. CITATION DE SRI AUROBINDO.


« Je n'ai rien voulu apporter d'autre aux hommes qu'un chemin et une possibilité de se détourner du moi-je, de l'ego, de l'individu, pour se tourner vers ce que nous sommes vraiment : la Lumière de l'Esprit, la Toute-Lumière de l'Esprit. », Sri Aurobindo cité ici par Ma suryananda Lakshmi.

Commentaire :

Où voir la lumière de l'Esprit ? Regardons ce dessin de Ernst Mach :


Il y a une lumière extérieure qui entre par la fenêtre au fond, mais ce n'est pas la lumière de l'Esprit. Quand il y a moins de lumière solaire dans la pièce, la lumière de l'Esprit, où cette baisse de lumière du monde, se perçoit reste constante :

Reste une confusion : le sentiment de soi croit que cette lumière intérieure qui lui permet de voir est de son fait et qu'elle est de peu d'intérêt mais le sentiment égocentrique de soi, quoiqu'il produise, peut apprendre à se soumettre au fait que ses commentaires n'existent que dans cette lumière intérieure.

La lumière de l'Esprit est une chose bien pauvre au premier abord. La pensée et l'émotion ou la sensation semblent bien plus vivantes, mais ce n'est pas voir que la lumière de l'Esprit est leur condition de possibilité. Si notre sentiment de soi se tourne vers cette lumière intérieure, se met dans cette lumière intérieure et la reconnaît comme son principe alors il entrera dans un processus de transformation. Si le sentiment de soi séparé se soumet de plus en plus au fait que la lumière de l'Esprit l'enveloppe lui, autrui et le monde alors sa conscience sera de moins en moins égocentrique, il ne croira plus égocentriquement que cette lumière,  par laquelle il perçoit, est sa propriété, son fait. Il n'y a de conscience que dans cette lumière de l'Esprit : la conscience égocentrique est une illusion.

Lorsqu'on lui parlait de cette lumière, le sentiment de soi égocentrique n'en voyait pas l'intérêt, la trouvant pauvre et peu agissante. S'il se libère des croyances qui l'empêche de voir que la source de l'être se dévoile dans cette lumière, alors cette lumière de l'Esprit indiquera de plus en plus clairement ce qui doit être fait ; elle impulsera même des actes dans un corps esprit d'où momentanément au moins il n'y a plus de conscience de soi individuelle séparée.



jeudi 23 septembre 2010

ABOLIR L'HERITAGE ? QUELQUES PISTES THEORIQUES.






















Le mouvement intégral avec Ken Wilber partant des travaux de Clare Graves et ses disciples ou Sri Aurobindo dans L'idéal de l'unité humaine repère des transformations de notre culture selon notre appartenance plus ou moins consciente à telle ou telle organisation.

Nous proposons ci-dessus un schéma qui en donne une idée de leur analyse et de ce qu'on peut en retirer. Il est clair que la qualité d'être qui implique le dépassement incessant de l'ego influe sur la culture et entre en conflit avec elle.

Le judéo-christianisme dans son texte de référence La Bible offre dans son Premier Testament un dépassement de la mentalité clanique vers une mentalité ethnique puis pointe une réalité supraethnique que le Deuxième testament approfondit autour de l'enseignement et de la vie de Jésus-Christ. Le bouddhisme représente aussi un tel mouvement pour l'hindouisme. Au contact du christianisme des colons, l'hindouisme connaîtra à partir du XIXe siècle une forme d'universalisation dont Ramakhrishna, Vivékananda et aussi Sri Aurobindo sont l'incarnation spirituelle.

Nous voudrions appliquer ce schéma du dépassement de l'ego à la question de l'appropriation.
Ceci reste une ébauche qu'il nous faudra préciser mais voici une première approche :
























Quand l'enfant acquiert une conscience réfléchie, il parvient rapidement à un sens du Tien et du Mien. L'identification égocentrique à son propre corps définit l'arrière plan de son sens de l'appropriation que nous distinguerons du sens de la propriété. L'enfant s'appropriant son corps rencontre d'ailleurs des difficultés psychologiques. Il n'aime pas par exemple qu'on coupe ses ongles ou ses cheveux, il peut s'inquiéter de perdre ses fèces. Des liens étroits ont été reconnus par la psychanalyse entre le rapport à l'appropriation et les perturbations des selles.

Le rapport à la propriété est donc viscéralement lié à la conscience séparative de la conscience égocentrique.

Il nous semble que de nombreux enseignements spirituels négligent ce fait et qu'on peut légitimement questionner la profondeur du dépassement de l'ego qu'ils proposent.
Aujourd'hui la tribu, la famille ont bonne presse et à vrai dire il s'agit d'un espace de solidarité et de redistribution essentiel. Cependant on notera que le pouvoir et l'autorité sont concentrés dans les mains des parents. La tribu n'est pas un espace d'individualisation parfaitement libre tant qu'on est pas affranchi économiquement d'elle. Toutefois c'est un espace de don où le Tien et le Mien sont aussi échangés dans une relative confiance. Cet esprit peut exister entre amis, au sein d'une bande, etc. Dans nos sociétés postmodernes, cette fascination pour le clan, son sens du partage participe de la ploutocratie comme les sociologues Pinçon-Charlot l'ont bien vu (ici on trouvera une interview éloquente). Mais on ne doit pas se focaliser sur les plus riches, il existe des systèmes claniques qui sont mis en place au sein des grandes écoles qui forment nos cadres supérieurs, nos ingénieurs... Partout dans nos sociétés ploutocratiques postmodernes se pratiquent des "pistons".


L'héritage proprement dit qui est la forme d'appropriation que nous voulons interroger apparaît avec des visions du monde ethnique. dans ces visions du monde, le clan est relativisé. C'est l'organisation ethnique qui prime face à des concurrences ethniques, liés à de nouveaux modes de production centré sur l'agriculture. Le fondement de la puissance économique est l'appropriation des terres cultivables. Une caste aristocratique va s'emparer des terres et faire admettre à tous que l'appropriation des terres cultivables s'hérite. La propriété au sens propre suppose une reconnaissance sociale. L'héritage est un système de propriété lié au système de castes inhérent au stade ethnique où au fond des clans entrent au sein d'une alliance ethnique en rapport hiérarchique avec les autres. A l'échelle du clan, le don et l'échange ne comprennent pas une telle conception. L'héritage est donc le nerf des sociétés de caste. On hérite des fonctions, des droits et des devoirs inhérents à la caste mais aussi des biens et des pouvoirs économiques qui sont les siens.

Le capitalisme d'Etat (qui comme le montre Immanuel Wallerstein fut aussi le fait des régimes communistes) et la modernité vont ébranler les système de caste mais il ne va guère questionner l'héritage. L'héritage est un résidu de l'égocentrisme clanique au sein de l'organisation clanique qui a contribué à l'injustice des castes mais qui dans le capitalisme d'Etat produit des classes sociales d'apparatchiks, une classe bourgeoisie plus ou moins grande, etc.

Le sociolibéralisme taxe plus ou moins les héritages pour le redistribuer en biens communs comme l'éducation, la santé, etc. car il a en vue un développement économique harmonieux. Il met en valeur une égale dignité qui n'est pas formelle dès lors qu'elle s'appuie sur une égalité des chances. Mais on notera qu'il est profondément en crise surtout depuis que le monde se modernise. Les dernières hautes castes féodales qui choisissent de chercher un pouvoir à travers la modernité forment des oligarchies ploutocratiques maquillées parfois derrière des paravents religieux fondamentalistes. Les élites occidentales s'allient ses nouveaux venus à la modernité et en postmoderne admettent souvent les différences de valeurs sans les interroger. On parie sur la modernisation des esprits pour que ces pays en voie de modernisation accepte les visions sociolibérales. On estime que le sociolibéralisme est un ensemble de valeurs qu'il ne convient pas d'imposer.


















L'humanisme postmoderne et sociolibéral compte essentiellement sur la modernisation économique pour vaincre la pauvreté. On compte sur la croissance pour diminuer le chômage, on compte sur la croissance pour redistribuer davantage les biens. La globalisation a obtenu de bons résultats mais on notera qu'une pauvreté de masse est réapparue dans le monde occidental postmoderne et que toutes les tentatives sociolibérales pour l'endiguer ont échoué face aux mécanismes perturbateurs de la mondialisation économique telle qu'elle est menée maintenant. Par ailleurs la croissance économique sociolibéral découvre que la terre n'a que des matières premières limitées. Certains pensent que la pauvreté sera vaincue seulement si on restreint la population terrestre. S'il y avait moins d'un milliard d'habitants voire 500 million nous pourrions continuer de vivre sur la même dynamique économique d'abondance.



































Où est l'erreur et l'impasse sociolibérale ? Ce sont des gens qui acceptent que gagner de l'argent est déconnecté de la qualité d'être et du fait de créer durablement. Leur défense agressive et irréfléchie de l'héritage et du droit à la propriété prouve leur rejet de la spiritualité. Il montre que l'ego est resté accroché aux vielles mentalités. Leur sens mondocentrique refuse le moyeu d'une approche systémique authentique qu'est la valorisation de la conscience d'être et de l'intuition créatrice car il reste tourné vers les niveaux inférieurs d'élargissement de l'ego. Pour eux, gagner sa vie est un devoir alors que les dominants par le jeu de l'héritage ont visiblement moins d'efforts à faire en ce sens. Ils ne parviennent pas à dissocier le travail et le fait de gagner sa vie. Certes la valorisation du travail est saine du point de vue d'une spiritualité qui valorise le développement de la conscience force créatrice. Mais pourquoi celui qui ne travaille pas devrait-il être condamné à ne pas gagner sa vie ?

Accéder pleinement à une conscience anthropocentrique suppose que l'enrichissement économique puisse être accessible au plus grand nombre. A vrai dire si tout le monde n'avait pas à gagner sa vie, il faudrait immédiatement repenser l'usage des biens relatifs à la terre. Il faudrait interdire toute spéculation financière sur la nourriture pour que ce droit d'exister concrétiser par un revenu d'existence ou de maintenance soit réel. Il faudrait créer des choses durables et recyclables et non produire de plus en plus de choses écologiquement dommageables qui amènent à un épuisement et une dépense inutile des ressources en vue d'un plus grand profit financier. Etc. La conscience systémique et authentiquement anthropocentrique qui seule peut allier de manière harmonieuse l'individu et le collectif n'est pas mondocentrique dans la mesure où elle intègre une écologie au service de la préservation de la vie humaine et du respect de chacune des individualités humaines.

Le dernier cercle met en jeu une évolution au-delà de l'homme qui suppose vraiment de se focaliser sur le devenir cosmique au-delà de l'ego mental qui caractérise les limites de la conscience humaine. La surhumanité mettra certainement fin à l'argent et à la propriété individuelle en dépassant définitivement le point de vue de l'ego. Mais cette disparition ne sera pas imposée politiquement. Elle aura lieu localement au sein du système économique systémique où chacun aura son revenu d'existence assuré et l'égoïsme de l'héritage déraciné. L'Avoir deviendra de plus en plus spontanément une expression de l'Être. Mais si ceci prend place n'est-ce pas une nouvelle manière d'être du cosmos qui se manifestera ? Ne faudra-t-il pas dépasser la surhumanité cosmocentrique dans une suprahumanité ayant accès comme à une nouvelle manière d'être cosmique ? C'est en tout cas ce que suggère Satprem quand il essaie de rendre compte de l'expérience de Mère...

mercredi 22 septembre 2010

ABOLIR L'HERITAGE ? QUELQUES PISTES.

Chacun commence à percevoir les limites de la dérive ploutocratique de notre démocratie (on pourra consulter ceci). A côté de l'enrichissement des plus riches, presque 13,4% des français ont moins de 908 euros par mois. C'est cette ploutocratie qui asphyxie notre économie. Car les plus riches profitant de la valorisation du gain par une majorité de français ont la main mise sur les politiques économiques. Ils paient de moins en moins d'impôts ou lui échappent volontiers en s'expatriant. Ce sont eux aussi et nulle autre qui acceptent les délocalisations qui font que nos emplois disparaissent. Ils refusent bien sûr les protections douanières qui s'imposent à l'égard d'économie qui ne donnent pas des conditions humaines à leurs travailleurs et ne respectent guère l'environnement car c'est bien sûr leurs propres gains qui sont en jeu. Certes la mondialisation de l'économie est un vecteur nécessaire pour la conscience d'appartenir à une seule humanité mais il paraît important d'imposer des conditions pour accélérer non pas les gains mais la qualité de vie !! La pensée libérale derrière laquelle les plus riches se cachent entre en profonde contradiction avec une réalité où l'Etat sert leurs intérêts. Qui a accepté une telle concentration de biens, d'argent et de pouvoir entre quelques mains ? Nos politiques de droite ou de gauche, nos désirs collectifs d'une économie puissante au regard de celles des autres, notre mimétisme à l'égard des anglo-saxons, etc...

Le monde des riches n'est pas au pouvoir sans le consentement de la majorité. Ce monde a parfaitement intégré la démocratie. Il nous appartient de ne plus céder à la ploutocratie au nom d'une culture fondée sur la valorisation de la qualité d'être et du développement de la puissance créatrice de chaque individu.
Dans une culture centrée sur l'être et son expression créatrice, il faut que l'avoir reflète au maximum la qualité d'être et le génie créateur individuel. Abolir l'héritage semble alors nécessaire pour rompre avec une société fascinée par l'avoir.

Il va de soi qu'hériter des biens et de la fortune due aux génies créateurs de nos ascendants ne garantit guère la valorisation de notre qualité d'être et de son expression créatrice.

L'héritier n'a rien fait sinon naître tel, il n'a rien créé de radicalement nouveau, il s'appuie sur une fortune pour investir et s'emparer d'autres biens : il ne crée rien, il spécule, il place et déplace.. Si génie il y a de sa part c'est un génie touchant au pouvoir. Dans une société fondée sur l'être et son expression créatrice, on partage le pouvoir que nous donne l'autorité créatrice. L'héritage est une nouvelle forme encore plus injuste de la société de castes que les démocrates ont prétendu rejeter après la révolution française. Etre libéral, amener le projet de la modernité qui s'oppose à une société close et hiérarchique à sa pleine expression implique d'abolir l'héritage. Certes il est légitime d'avoir des souvenirs, des objets fabriqués ou transmis par ses parents et grand-parents mais les droits sur une œuvre destinée au public, un capital économique peut-elle être ainsi transmise dans le giron de la seule famille sans que cela ne mette en cause l'égalité des chances et l'égalité des droits ? A vrai dire cela ne respecte plus profondément la dignité des êtres humains qui sont chacun un lieu de la conscience de l'Être et à chacun desquels il faut chercher à offrir les moyens d'épanouir sa propre puissance créatrice individuelle dont il est porteur étant l'individualisation de la conscience de l'Être.

On peut estimer qu'il est normal de constituer un pécule pour ses descendants qu'on aime et priver les gens d'héritage ne serait-ce pas interdire cet amour ?
Cette abolition de l'héritage intrafamilial n'a de sens que couplé à un revenu d'existence. Si la nation offre la possibilité à chaque citoyen de ne pas avoir à gagner sa vie grâce à un revenu d'existence, l'héritage comme pécule sensé aider les descendants n'est-il pas inutile ?

Il y a le cas du fondateur d'entreprise. Abolir l'héritage n'est-ce pas provoquer la faillite de l'entreprise et priver des créateurs de leur création collective ? Abolir l'héritage doit s'envisager d'un point de vue libéral et non comme un communisme étatique. Le point de vue libéral n'est pas étranger en soi à une libre communion fraternelle. A condition toutefois de respecter une certaine égalité.

Ce ne sont pas souvent les créateurs dans notre économie actuelle qui commandent la vie économique. Ce sont souvent des actionnaires et l'Etat qui tirent le plus profit des entreprises sans un profond souci de sa réalité humaine et créatrice :


On pourrait partager en une certaine mesure les actions de l'entreprise entre ceux qui y créent lorsque les propriétaires d'actions décèdent. Tous les membres d'une entreprise seront à long terme également actionnaires. Le capitalisme pourra devenir authentiquement libéral. Mais pour éviter que les membres de cette entreprise entrent collectivement dans une démarche de pouvoir dominateur sur le reste de la société, on fera en sorte que les concentrations d'entreprises soient contrôlées ou limitées lors de la transmission d'un instrument de travail. Si il est besoin d'entreprises concentrées comme c'est le cas pour les transports, l'eau des villes, etc. il faudra qu'elles appartiennent à la nation entière pour démocratiquement en garder le contrôle et s'assurer qu'elles remplissent leur mission de service collectif.

Ceux qui trouveraient notre approche irréaliste n'ont qu'à considérer l'utopie vivante d'une société axée sur l'Être et la conscience évolutive qu'est Auroville. Bien sûr, cette utopie n'est pas à la hauteur des idéaux qu'elles s'est donnée mais on notera que son idéal est encore plus relever que celui qui vient d'être esquisser puisqu'il tend à l'abolition de l'argent et de toute propriété individuelle transmissible.


DOCUMENT de réflexion (qu'on trouvera intégralement ici):

Le 19.06.1967, La Mère déclarait que pour vivre à Auroville :

" Au point de vue psychologique, les conditions requises sont :

1. La conviction de l'unité humaine essentielle, et la volonté de collaborer à l'avènement de cette unité.

2. La volonté de collaborer à tout ce qui favorise les réalisations futures.

3. Les conditions matérielles seront élaborées au fur et à mesure de la réalisation."

Après cela, La Mère indiqua clairement les grandes lignes qui devraient être observées dans notre vie matérielle. Elles doivent former la base de notre existence collective, mais ne doivent pas être appliquées de façon rigide et dogmatique. Par conséquent la structure de notre vie collective à Auroville doit être vaste et très flexible : elle est de caractère évolutif et changera en fonction de la croissance de conscience individuelle et collective, et avec l'émergence et l'expression progressive de la Vérité inhérente d'Auroville.

Les fondations de cette façon de vivre sont la confiance, la sincérité, la responsabilité et la bonne volonté.

1. La vie collective

Auroville veut être une cité où des gens du monde entier vivent en harmonie. Elle s'évertue à réaliser l'unité humaine et à être au service de la Vérité au-delà de toutes convictions sociales, politiques ou religieuses. Ainsi vous êtes tous invités à venir nous rejoindre dans cet effort évolutif. Bien qu'il ne nous appartienne pas de questionner les voies de développement spirituelles ou les pratiques spirituelles privées, Auroville ne doit pas être utilisé comme un lieu de prosélytisme ni pour recruter des adeptes pour aucune organisation politique, religieuse ou spirituelle. Les relations dans Auroville doivent être basées sur la collaboration sincère et la fraternité. Les conflits entre les résidents doivent être résolus au sein de la communauté, d'une manière qui est en accord avec l'esprit d'Auroville. Toute forme de violence ou d'abus n'a pas de place à Auroville. Une relation amicale avec la population locale aussi bien que le respect pour leur culture et leurs traditions est indispensable. Apprendre à parler le tamoul facilite grandement ce lien. Le respect de la nature et de l'environnement est attendu de tous. Les lois de l'Inde doivent être respectées. Toute personne brisant ces lois peut être sujet à un procès en justice qui pourrait résulter en une peine d'emprisonnement ou une expulsion du pays.

A cet égard, chacun doit être conscient que l'utilisation de drogues, qui a spécifiquement été interdite par La Mère dans Auroville, est aussi interdite par les lois indiennes.

2. Travail, Contribution, Argent

Le travail :

Chacun doit être conscient que nous sommes ici pour construire une cité de 50 000 habitants
comme moyen de donner " Un corps vivant à une unité humaine concrète "..

La participation par un travail significatif est un aspect essentiel de la vie à Auroville. Chacun est censé adopter une activité qui correspond aux besoins de la communauté tout en étant en harmonie avec les capacités, les priorités et les besoins de chaque individu.

Contribution :

L'on attend de chacun qu'il/elle contribue au bien-être collectif en travail, en nature et/ou en espèce. Les unités productives sont censées contribuer un partie importante de leurs revenus ou de leur production à la ville. Les Auroviliens aisés qui ne dépendent pas de la communauté pour leurs moyens d'existence sont encouragés à faire des donations accessoires ou régulières à la communauté ou à n'importe lequel de ses projets.

L'argent :

Parce qu'un objectif important est que les Auroviliens ne reçoivent pas d'argent équivalent à un paiement pour leur travail, et qu'il n'y ait pas de circulation d'argent à l'intérieur de la ville, la communauté est responsable pour couvrir les besoins courants de chaque personne autant que possible.

Pour augmenter la puissance économique d'Auroville et pour développer une économie sans liquidité, l'on attend des personnes ayant des moyens financiers qu'elles contribuent au moins assez pour toutes leurs dépenses dans Auroville ainsi qu'aussi généreusement qu'elles le peuvent pour les dépenses générales de la communauté à travers le Fond Central. Elles sont aussi encouragées à garder leurs capitaux dans Auroville. L'on attend des nouveaux venus qu'ils contribuent au moins assez pour leurs propres dépenses durant au moins la première année. [...]
Bien que des efforts intensifs soit faits, Auroville n'est pas encore capable de répondre à la totalité des besoins-particulièrement le logement-de tous les résidents.Des expériences sont en cours et l'on attend de tous les nouveaux auroviliens qu'ils joignent l'expérience économique qui est actuellement développée à Auroville.

3. Propriété et logement

Propriété :

L'on attend de chaque résident qu'il gère ses propres ressources au plus haut niveau de sa conscience. A Auroville, tout est, selon Mère, proprieté collective devant être utilisée pour le bien-être de tous. Argent et biens dans la cité sont sous la tutelle des individus, des responsables de projets et des gérant de services ou d'unités commerciales. Ils doivent être utilisés pour le développement de la cité aussi bien que pour la promotion des idéaux d'Auroville. Personne n'a de droit de propriété sur les maisons et autres constructions, services, projets ou activités commerciales dans Auroville. Vendre ou louer ses biens pour des profits personnels est inacceptable. Toutes les activités font partie de l'ensemble de la stucture d'Auroville et toutes les transactions financières les concernant ont lieu à travers les filières officielles d'Auroville.

Logement :

Il y a encore quelques années, parce que notre nombre était faible et la région vaste, l'habitation était individuelle et parsemée. Puis la tendance changea pour la construction en agglomérats mais toujours par des particuliers. Il y a désormais un appel pour quelque chose d'autre. L'habitat sera construit et détenu par la collectivité et attribué aux individus et familles sur la base du besoin. Il sera demandé à tous ceux qui le peuvent de contribuer généreusement au fond pour le logement. Durant votre période dite de ''nouveau venu'' (Newcomer), vous aurez la possibilité de loger dans un logement pour Newcomer ou une maison d'hôte (Guest house) en fonction de la disponibilité de telles accommodations. Idéalement, vous aurez le choix entre différents types d'habitations qui vous seront présentés par le Service du logement. Vous devez être conscient qu'Auroville fait actuellement face à une crise du logement critique et que la disponibilité, le genre et la taille du logement pourront dépendre de votre capacité à y contribuer.
N.B : On nous parle aujourd'hui d'enlever la nationalité aux polygames, ne serait-il pas plus juste d'enlever la nationalité à ceux qui ne paient pas leurs impôts en France et expatrient la majeure partie d'une fortune qu'ils ont pu gagner à l'aide des efforts de français ?

Il va de soi que cette utopie politique du revenu d'existence allié à l'abolition de l'héritage des capitaux ne prendra corps que si l'Europe politique ne s'y oppose pas.