Objecteur -
Tu n'as que Mère à la bouche. Douce Mère par là, Mère divine par ci ! Ta déesse Mère se substitue à Dieu, ce mot éculé et patriarcal. Mais c'est encore, semble-t-il, de la religion qui t'habite, une croyance religieuse, un récit, une histoire pour vivre plus rassuré les événements chaotiques de ces temps.
Pourquoi tu as besoin de ce galimatias, dans mon expérience, la Réalisation de la Conscience suffit. En cet Ouvert, tout surgit sans besoin de récit pour espérer, sans besoin fondamental de quoi que soit d'autre que cette liberté et de cet accueil. Pourquoi surajouter du sens religieux à l'Ouvert ?
L'Ouvert, ce n'est personne, ni un Dieu le père, ni une déesse Mère. Être Ouvert, ce n'est ni prier, ni espérer, c'est laisser Être. Même pas trace de lâcher prise. Qui lâcherait quoi que ce soit ? L'Ouvert s'ouvre sur un espace de conscience s'autocréant dans ses apparences. La liberté de l'Ouvert est sans histoire. Des histoires, des mémoires surgissent mais accueillies dans un détachement sans histoire.
Réponse du cœur à mon objecteur -
Mère, c'est le flux principal et directeur du Devenir. Et si quelque autre semble aller autrement, ce ne sont que des courants contraires momentanés qui sont toujours des effets du courant principal. Dans mon expérience, l'apparence d'un chaos du devenir vient de notre ignorance et de nos propres inconsciences. Mère, ce n'est pas une croyance, c'est une expérience spirituelle et un ensemble de réalisations, de manifestations qui, pour se dévoiler, vont avec des progrès individuels, collectifs et cosmiques.
La spiritualité ne se résume pas à la réalisation d'un Être en dehors du Devenir qui apaisera toutes nos angoisses au sujet du Devenir ! Qu'il y ait un grand sens et non des cycles perpétuels d'apogée et de décadence n'est pas seulement une croyance religieuse. Cela a été un facteur d'espérance qui a mené à l'apogée du plan mental, de la notion de progrès technoscientifique à celle d'une évolution spirituelle consciente de la conscience.
Aimer la Mère, aimer le Devenir, Oui. Adorer la Mère et ne pas s'offrir au Devenir ? Non.
Avoir confiance en Mère, la dimension personnelle du Devenir, c'est d'abord ressentir une foi en la vie, sans dogme mental, sans sentimentalisme ou enthousiasme vital déplacé mais aussi sans volontarisme artificiel. Le cynisme, le nihilisme, ou toute mise en scène égoïstique pour s'emparer, rivaliser, détruire, etc. sont la foi pervertie, ce sont des perversions du cœur. Beaucoup de phénomènes religieux s'inscrivent là-dedans. Et là encore, si tu vois la cohérence de la vision du réel que je te partage, cela se ramène à des flux du Devenir éloignés en apparence du flux principal mais qui comme toutes les eaux du fleuve du Devenir parties des sources divines reviendront magnifiées à Son océan Divin.
L'Amour de la vie, cela peut donc être un Amour profond vraiment impersonnel du Devenir, amour humain pour travailler au Devenir, forces aimantes nourrissant l'effort de ceux travaillant au Devenir.
Mère en Inde est la Shakti. La Shakti a autant une dimension impersonnelle qu'une dimension personnelle. Dans l'expérience, par exemple, sa présence impersonnelle est décrite par ceux qui en témoignent comme une lumière blanche intérieure qui dirige consciemment les forces d'action. Il y a tant de conscience que cela, immanquablement, se manifeste aussi sous des formes personnelles. La multitude d'individualisations dans cet univers au sein de la conscience autocréatrice de Soi traduisent une dynamique d'individuation inhérente au Devenir lui-même. Par analogie, la raison en intelligence du Soi, peut-elle n'y voir qu'un hasard ? Certains y verront une pulsion aveugle, tu l'auras compris ce n'est pas ce que m'ont révélé du Devenir ma propre aventure de la Conscience et mon vécu de l'Ouvert.
Depuis une autre perspective, ceux qui parlent d'expérience de mort imminente ont aussi ce type de vécus diverses entre lumière consciente de conscience force et personnalités divines diverses.
Moi aussi, je suis d'abord parti d'une expérience spirituelle de l'Ouvert plutôt impersonnelle. Mais il y avait des expériences avec plus de conscience qui se produisaient. Cet éveil de l'Ouvert voilait donc encore du subconscient qui me déterminait souterrainement et du supraconscient qui disait des degrés de liberté potentiellement plus vastes. J'en concluais que mon expérience de l'Ouvert se situait dans des ténèbres lumineuses qui pouvaient davantage être illuminées.
Cette quête m'a conduit d'un Ouvert avec un ego au Soi avec une âme. On pourrait aussi désigner ces expériences comme celles de l'Ouvert en individuation vraie. Les individualisations de l'ego centrées sur des désirs et la satisfaction de pulsions sont de moins en moins déterminantes. Elles sont de plus en plus transformées en aspiration à servir le Devenir en vérité, en beauté et en bonté. L'Ouvert psychisé, ou bien le Soi avec une âme, est littéralement un feu d'aspiration, de foi, de sincérité, de dévotion et de don de soi.
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| Foi, Aspiration, Sincérité, Dévotion, Consécration de soi. |
Et cette individuation vraie du Soi, cet Ouvert psychisé peut expérimenter une dimension personnelle du flux principal du Devenir au-delà du temps et agissante dans le temps. Cette âme vraie en Soi, cet Ouvert d'un feu d'âme se voit engendré dans une substance impersonnelle d'une intelligence personnelle qui veille à sa croissance, il se vit l'Enfant Divin de sa Mère Divine.
Si tu as une aspiration, toi aussi, pour explorer d'autres possibilités de conscience au-delà d'un simple éveil de l'Ouvert avec un égo humain en périphérie, tu peux lire ce qui suit.
Réponse philosophique d'ordre phénoménologique -
Dans l'ouverture de l'Ouvert, il y a Être atemporel, mais ce qui s'ouvre en l'Ouvert déjà comme Ouvert est Devenir. L'autocréation n'est pas en avant de l'Ouvert, L'Ouvert lui-même s'autocrée, c'est un "il y a". Dans l'acte pur d'"il y a", plus vif et impensable que le déploiement total d'une infinité, n'y a-t-il pas coïncidence de l'immuable et du muable, du Devenir et de l'Eternité ? L'autocréation n'est pas un "au sein de l'Ouvert", l'autocréation est la substance première purement relationnelle de l'Ouvert qui s'ouvre multiplement. La conscience ne se limite pas à un espace temps dans l'Ouvert, l'Ouvert est l'acte pur de la Prise de Conscience originaire, l'acte pur d'une Prise de Conscience autocréatrice avant tout temps et tout espace.
L'Ouvert est Prise de Conscience automanifestée du Divin lui-même par les filtres de nos individualités. En effet, il s'agit quelque part d'une Prise de conscience impersonnelle, d'un "il y a" de pures perceptions, d'énergies, de forces, etc. En même temps, il s'agit aussi à l'évidence d'une Prise de conscience individuée, unique Première Personne d'une multitude de personnalités et unique spectatrice accueillant les impressions des choses. Autrement dit l'Ouvert, acte originaire atemporel de prise de conscience y compris temporelle est tout autant un "Cela", un "Il y a" qu'un "Moi absolu", un "Je suis".
Dans quelle mesure ces filtres mentaux, vitaux et physiques suscitent-ils les ténèbres masquant le supraconscient et le subconscient qui épisodiquement montrent leur présence en l'Ouvert ? Admettons que l'impression de percevoir l'Ouvert par delà la sphère mentale n'est certainement qu'une vérité partielle si, par définition, telle interprétation finit par être privilégiée contre telle autre au motif qu'on n'en a pas l'expérience ou qu'elle nous semble impossible.
Bien sûr, vivre à partir de l'Ouvert au lieu de vivre seulement centré sur l'ego implique un basculement de la conscience au-delà de notre activité mentale, vitale et physique ordinaire. Il ne s'agit pas en l'occurrence de changement de concepts, il s'agit d'une autre intuition perceptive de la vie prenant sa source dans cette vie-même.
Cependant, l'animal, lui aussi, est, à l'évidence, un vécu conscient de l'Ouvert. Peut-être vit-il plus naturellement que nous à partir de l'Ouvert n'ayant pas ce complexe égoïque de conscience qui vit malheureusement la vie à partir de "son" monde, une vision du monde non régulée par des instincts naturels. Le poète Rilke a certainement raison contre le philosophe Heidegger, qui, lui, le nie au nom d'une association d'une conscience de l'Ouvert à celle de notre finitude humaine, dont le point saillant serait notre conscience temporelle et son horizon mortel. En fait, la conscience de l'Ouvert en son caractère atemporel, d'une part, et le rythme de sa simple présence instantanée, d'autre part, ne présuppose pas forcément une conscience de la mort et une mentalisation du temps. De très jeunes enfants vivent à partir de l'Ouvert sans encore ressentir l'horizon mortel de leur humanité et sans se repérer dans nos calendriers et horloges.
Admettre ce point est paradoxalement reconnaître des degrés de conscience divers et une intuition commune de l'Ouvert propre à la vie des vivants. Le philosophe Heidegger parlant de l'Ouvert méprisait donc l'animal et, pire, par son antisémitisme, son ego persistant avec sa mentalité étroite raciste, il a méprisé ses proches, son maître Husserl, son ami Jaspers, marié à une épouse juive, Hannah Arendt, son élève, son amante, etc. Car oui, des différences de degré de conscience sont aussi sur d'autres plans des différences de degré d'amour. L'illumination des ténèbres lumineuses où l'on se vit Ouvert met en jeu un progrès, une évolution consciente de la conscience impliquant sagesse et amour.
Pour réaliser en l'Ouvert cette Prise de Conscience qui transcende personnel et impersonnel, Être et Devenir, ou en avoir une expérience, il y a déjà la nécessité que notre voilement de ténèbres lumineuses se retire assez ou devienne assez transparent, il y a la nécessité que l’œil de conscience et la sensibilité de notre cœur propre à notre vécu de l'Ouvert deviennent plus pénétrants.
Ici même, si l'on prend l'idée de la grande Non dualité que "Tout est CELA" au sérieux, en le premier vécu de l'Ouvert où il y a encore un englobant et un englobé, se dévoilera en un Devenir que Tout est le Divin, par le Divin, à travers le Divin en train de se dévoiler Divin. L'évolution de la conscience de l'Ouvert sera un dévoilement du Divin toujours déjà involué.
Comment dès lors se contenter de mettre d'un côté, un immuable et de l'autre un immuable ? Ou encore de croire séparer un Rien et le Tout ? Réduire le Tout au Rien, peu d'amour ! oublier tout Rien du Tout, peu de liberté et de sagesse ! Réduire le Tout au Rien et oublier tout Rien du tout : ce sont deux façons de manquer de pénétrer le mystère de "Je suis Cela" à la croisée du Rien de Conscience et de la Conscience cosmique. Or la pénétration de ce mystère de "Je suis Cela" à la croisée de l'Être et du Devenir approfondira notre Conscience cosmique qui, pour nous, demeure subconsciente matériellement et supraconsciente spirituellement surtout du point de vue de son autocréation. Rester béat devant le mystère n'est pas vivre un élan évolutif, seul un élan évolutif fait du mystère un territoire à explorer. Cette tentative de cartographie que je partage avec toi, mon objecteur, résulte de ce goût particulier du mystère qui consiste à aspirer l'éclaircir.
Associer l'Ouverture de l'Ouvert à l'immuable et le muable à ce qui s'ouvre en l'Ouvert revient déjà à relativiser le Devenir par rapport à l'Être. Ceci revient à affirmer comme les platoniciens que ce qui se manifeste est une perte d'Être, un moindre Être. Le Devenir serait réduit à une perte d'Être. Ce n'est plus, aujourd'hui, mon expérience vécue fondamentale de l'Ouvert. Ceci formait mon expérience vécue tant que mon égo subsistait dans l'Ouvert avec l'illusion de croire les désirs siens et les pulsions siennes. Vivre en l'Ouvert mû par des désirs et des pulsions conduit forcément à du dualisme. Et contrairement à ce que certains discours spirituels affirment, il est loin d'être relatif ce dualisme puisqu'il conduit à ressentir d'un côté un monde de devenir spatio-temporel et de l'autre une réalité atemporelle. Pour l'égo, par nature condamné à s'effacer, soit par la mort, soit par le service du Divin, cela semble réel : le devenir personnel est alors une perte d'être seulement surmontable en son annihilation en l'Être véritable. Et certes, la perte d'Être se poursuit inéluctablement tant que notre vie humaine se focalise sur nos désirs humains et, en amont, accepte de se soumettre à nos appétits animaux, à nos circonvolutions du mental physique.
Mais, par ailleurs, les platoniciens eux-mêmes parlent d'un amour du vrai, du juste et du beau, d'une aspiration à la perfection qui n'est pas le besoin pulsionnel ou le désir matérialiste. Cette aspiration à plus de perfection, cet Amour du Divin est le fond vrai de notre individualité, ce qui fait de quelqu'un ou d'une personne qu'elle est une âme avant d'avoir un ego. Notre réalité psychologique se déploie sur un fond réellement psychique et un complexe égoïque d'une foule amorphe de personnalités, de volontés divisées, de désirs incohérents, etc. Ce mouvement psychique peut parvenir à surmonter la déficience d'être de l'ego, du désir et des pulsions, mais pas forcément en se détournant du Devenir, y compris chez les grecs de l'antiquité eux-mêmes.
Dans l'univers de la sagesse grecque, la psychè, l'âme, l'être psychique est liée à Eros, à la fois le Divin originaire, la Source et le besoin d'Être, la soif inextinguible du Devenir Divin à la Ressource intarissable. Mon vécu d'une aspiration psychique peut peu à peu se distinguer de mes désirs ou des pulsion. Elle découvre en sa racine une âme, une individuation vraie de l'Ouvert. Cette individuation peut, sans nier la vitalité individuelle, se défaire des désirs et des pulsions contraires à l'aspiration érotique au beau, au vrai, au bien. Elle peut abolir tout le désir où s'enracine l'égocentrisme de l'ego sans renoncer à la vie. Au contraire, cette aspiration érotique croissant avec notre individuation vraie peut créer une réceptivité accroissant les capacités de la force vitale par laquelle se déployait auparavant inconsciemment ces désirs.
Ainsi cette individuation est, dans mon expérience, liée à un processus d'incarnation et non du côté d'une aspiration à une vie spirituelle désincarnée. Si mon action participe de plus en plus consciemment au Devenir le plus profond, elle se réalise de plus en plus participant par essence d'une autocréation consciente, le "il y a, ouverture de l'Ouvert"
Dans ma vie vécue en l'Ouvert, la Mère Divine est une manière de nommer une dimension de la Prise de Conscience personnelle du Devenir inhérent à l'Ouvert, une réalité personnelle divine de "Il y a ouverture de l'Ouvert". Ce que j'appelle Mère divine est, pour moi, une expérience concrète récurrente d'une Âme de toutes les âmes, la Réalisation d'une source avec une dimension personnelle du flux de toute individuation vraie à l’œuvre dans l'Ouvert.
A un extrême, il y a le temps mental, une construction avec des ordres de grandeur comme une seconde, deux ans, mille ans, etc. Cette construction, je ne la confonds pas avec le Devenir de l'Ouvert en tant que telle. Une âme, c'est à la croisée du Devenir et de l'Être, c'est une expérience d'une réalité tempiternelle. Elle est la croissance d'une réalité immortelle. Tu te demandes ce que j'entends par le concept de tempiternité. L'aspect de cette expérience tempiternelle la plus immédiate est, selon moi, celle de la famille de la madeleine de Marcel Proust dans A la Recherche du temps perdu. Soudain une sensation nous fait faire un revécu vivant et présent de ce qui avait eu lieu dans le passé, un morceau de vie en Devenir surnageait donc dans l’Éternité. Ce n'est pas qu'une mémoire vive, c'est une réminiscence, il y a un accès à des vécus éternisés de notre vie individuelle.
Notre individuation vraie est le fruit d'évènements inscrits en éternité, à la croisée de l'Être et du Devenir, du non temps et du temps.
Le "Tu es Cela" des Oupanishads ne peut pas plus valoriser soit l'Être soit le Devenir.
Si tu relavises l'Être, un pur multiple décrit un devenir inconscient de lui-même, rien ne s'unit absolument. Toutes les configurations deviennent toutefois possibles ! Si tu relativises L'Être, certes Tout devient masque, paraître. L'imagination créatrice cependant n'aura aucune limite. Si tu relativises l'Être, ton vécu de l'Ouvert se limite à une perspective parmi d'autres, l'ouvert de l'un ne peut pas comprendre l'ouvert de l'autre. Des muets parlent à des sourds. De vagues secousses d'épidermes font un commun. L'harmonie devient ici un fantasme. Agitation, stress, absurde triomphent. Bien que détachées des chaînes de l'immuable, les imaginations et les possibles se focalisent sur le drame. La vie n'est pas belle, seules les images de la vie le sont, dirait Schopenhauer. Tu ne paraît pas dogmatique mais tu bâtis une religion nihiliste !
Si, au contraire, tu relativises le Devenir, tu cherches à te relaxer du Devenir qui te traverse et qui s'étend dans l'Être immuable de l'Ouvert. Tu apprécies la paix et tu déprécies la vie. Là souvent tu dogmatises. Le risque est que bientôt tu adores un édifice mental rigide, te voilà servant une tradition, et tu rejettes toute évolution, toute création. Tu sers une mentalité caractéristique du traditionalisme religieux.
A vrai dire, dans ces diverses relativisations au dépend d'une vérité au-dessus des contradictions et mettant toute chose à sa place, il y a toujours notre vie de sujet qui fait comme une ombre dans l'Ouvert qui ne te permet pas de voir vraiment le Devenir à sa source.
Voici l'invitation : il s'agit de mieux voir en l'Ouvert, là où en Cela, encore Un, rien ne distingue Être et Devenir, là où Cela ne montre aucune préséance de l'Être sur le Devenir ou du Devenir sur l'Être.
Comment mieux voir en l'Ouvert et mieux voir l'articulation de l'Être et du Devenir ?
La posture du sujet qui se tient en l'Ouvert doit évoluer pour que le voir s'affine. En sciences, l'objectivité est acquise par un détachement gnoséologique du sujet. Une spiritualité de l'évolution consciente nécessite une transformation qualitative du sujet qui oriente la vision de l'Ouvert.
Parmi les sentiers spirituels, on distingue usuellement la voie de la connaissance, la voie de la dévotion et la voie des œuvre.
La voie de la connaissance est celle que ma phénoménologie spiritualiste a majoritairement emprunté dans un dialogue critique avec la tienne.
En évoquant la dimension personnelle du Devenir comme la Mère de mon individuation vraie, je suggère bien sûr la nécessité de compléter la connaissance par une voie de dévotion. Celle-ci révèlera par le ressenti des réalités et expériences d'Union avec le Divin. L'Amour de la Sagesse est un sens de la démarche philosophique fort souvent oublié. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, dit Pascal. Cette citation bien comprise suggère que le cœur, lieu d'intuition, transcende intelligence émotionnelle, finesse de ressentis autant que solides raisonnements ou esprit de géométrie. C'est au fond du cœur que notre Amour fera l'expérience de l'union au Divin. Un lien substantiel nous relie là au Divin, notre dévotion peut nous faire réaliser être une individuation divine engendrée dans la substance même du Divin. La mystique chrétienne la plus profonde comme celle de maître Eckhart, de madame de Guyon ou de Ma Suryananda Lakshmi approfondit cela.
Et par ailleurs, s'il s'agit de mieux voir à la croisée de l'ouverture et de ce qui s'ouvre, notre besoin est de mieux discerner à la croisée du voir et de l'action, de la contemplation et de l'activité. Une voie de la connaissance pragmatique s'impose. Et donc, s'il s'agit mieux voir à la croisée de la contemplation et du contemplé en Être et en Ðevenir, le sentier de la voie des œuvres devra être exploré ardemment.
Voir le non effort inhérent à l'Ouvert revient à privilégier l'ouverture toujours déjà là, l'Être, et déjà cela risque encore très souvent de relativiser le Devenir. La voie de la connaissance devenant dogmatique risque d'effacer l'accès à la profondeur pragmatique de l'action en survalorisant le non effort ! Voir le non effort de l'Être peut en même temps être voir le mystère de la nature manifester l'effort de l'action s'effectuant à travers notre bulle individuelle.
Par exemple, Témoin Ouvert aux mouvements des mes bras et de mes mains, ces mouvements s'écoulent dans une conscience sans l'impression de qui que ce soit qui s'efforce. Mais de sensations apparaissent, disparaissent, de mouvements avec certaines forces, certaines énergies, il y a un effort impersonnel de la nature dans le corps et l'esprit. Mon mental évoque un objectif pour ces mouvements, il y a une concentration. C'est la nature qui agit, qui fait à travers moi des efforts en manipulant des forces, en suggérant telle idée.
Pour moi, il y a là un mystère de l'action à explorer. C'est dans l'effort de l'action que je découvre non seulement un non effort mais que je découvre aussi que l'effort qui se maintient n'est pas mon œuvre personnelle. Je vois la nature qui détermine tout cela. Mais venues d'au-delà de la nature, se découvrent aussi des courants de forces conscientes de l'œuvre divine en perfectionnement de sa propre autocréation. Sur la voie des œuvres, il n'y a pas essentiellement découverte d'une illusion intrinsèque de l'effort mais d'illusions sur l'auteur et l'intérêt de l'effort. Certes il y a un non effort de la Conscience, une ouverture sans effort à ce qui se manifeste. Mais ce non effort n'abolit pas le fait de courants de conscience énergétiques parcourant sa vacuité.
L'effort ici à mieux vivre, à mieux dévoiler n'est pas uniquement celui d'un individu empêchant la dispersion de sa concentration, la rendant ainsi plus stable et plus constante. La révélation essentielle en jeu concernant l'effort sera celle d'une force de Conscience, d'un courant du Devenir modifiant en moi les filtres et manières d'être imparfaits de mon mental, vital et physique, modifiant les courants ordinaires de mon humanité. Les courants ordinaires du devenir suivent le cours des pulsions, des désirs : les activités servant la persistance de la nature nous laissent loin d'une Prise de Conscience du Devenir. Le mystère de l'action de la nature par delà les apparences de l'action individuelle peut être entraperçu. Ça pense, ça désire, ça vit, ça matérialise, à la fois universellement et individuellement. A partir d'activités servant uniquement la perpétuation de la nature, l'essence du Devenir reste bien enténèbrée. Le ressenti d'absurdité d'être humain peut l'emporter sur le mystère d'une évolution d'une autocréation divine. Les intérêts qui m'amènent à vouloir agir sont souvent illusoires et trompeurs en tant qu'ego humain, même si en arrière-plan tout se colore d'un non-agir impersonnel en la conscience de l'Ouvert. Le désintéressement nous rapproche davantage du flux principal du Devenir et de son mystère à sa croisée de l'Être, quoique mes impressions d'être l'auteur, même désintéressé, sont aussi une ignorance à dépasser.
Une nouvelle connaissance surgit en l'Ouvert au-delà des savoirs, elle n'est plus réductible à une phénoménologie de l'Être. Cette nouvelle connaissance émerge en dissipant ou en dépassant les ténèbres lumineuses de l'Ouvert grâce à des luminosités jusque là inconnues. Elle s'apparente davantage à une phénoménologie pragmatique à la croisée de l'Être et du Devenir qu'à une phénoménologie axée sur la fixité de l'Être. Ce sont des actions pratiques de transformation évolutive de notre humanité qui facilitent l'émergence en l'Ouvert de nouvelles formes de connaissance.
Une évolution de la conscience est nécessaire pour connaître et toute connaissance éclaircissant le mystère de l'Ouvert est évolution de la conscience.
L'intuition de l'Ouvert la plus immédiate nécessite l'intuition la plus instinctive. Rilke a certainement eu la connaissance de sa présence intuitive pour l'animal. Nos savoirs mentaux nous permettent une représentation, mais son vécu intuitif demeure premier. Et l'animal muet rencontré en cet Ouvert commun est notre frère.
Notre célébration mentale de l'Ouvert ne nous éloigne pas tant que cela de la conscience animale de l'Ouvert. Mais dans une pratique pragmatique, il y a évolution consciente de notre conscience. Au niveau mental déjà, la capacité mentale d'estimer des quantités et des rapports peut connaître des sauts qualitatifs de la petite enfance à la préadolescence. La plasticité mentale elle-même évolue en fonction de nos mentalités. Les travaux de Ken Wilber sur la spiritualité de l'évolution de la conscience rendent compte de cela. Pour nous, l'évolution consciente de la conscience peut aller plus loin encore grâce à des pratiques de spiritualisation concentrée. Sri Aurobindo a décrit des plans de connaissance surmentaux et supramentaux. Décrire ces plans sur un plan inférieur présente peu d'intérêt. Sri Aurobindo disait que le supramental s'expliquera de lui-même. Par contre, détailler les pratiques de spiritualisation qui permettent d'y accéder revient à fournir une cartographie permettant d'explorer réellement ce qui relevait du mystère de l'inconnu. Le dévoilement du domaine intuitif et la levée des ténèbres lumineuses limitant notre perception de l'Ouvert (à partir de l'Ouvert et de l'essence de l'Ouvert) passe par une pratique spirituelle. Le chemin de la connaissance peut aider à corrige des limitations herméneutiques mentales d'expériences intuitives phénoménologiques. Une pragmatique phénoménologique dispose à des sauts de conscience connaissante : en fait, l'Intuition, la connaissance par identité se décline en divers degré elle-aussi. Explorer le mystère du Devenir par le sentier des œuvres prédispose à ces évolutions. L'acte de connaître le Devenir autocréateur au-delà de nos savoirs passe par une action évolutive de la conscience mentale puis intuitive. Le sentier des œuvres est une participation de plus en plus consciente à l'autocréation de l'Être et du Devenir.
Cependant le sentier des oeuvres ne culmine pas seulement dans des nouvelles luminosités connaissante au-delà des savoirs. Reste encore une étape vers la Prise de conscience de l'auteur Divin du Devenir, celle de s'offrir et de se consacrer à cette Conscience force directrice de tous les devenirs, y compris donc des flux de perpétuation.
En sanskrit, la Shakti désigne les flux principaux du Devenir, prakriti les flux de perpétuation de la Nature manifestée. Cette étape de dévotion à l'action de la Shakti vise à dépasser toute illusion d'être l'auteur d'une action quelconque y compris celle de s'offrir et de se consacrer.
Cette dévotion d'offrande et de consécration devra s'initier depuis notre âme vraie, notre individuation du Divin pour révèler par la suite de plus en plus les dimensions personnelles du Devenir.
Alors, par cette investigation intuitive des œuvres confluente avec la quête dévotionnelle, deux dimensions personnelles originaires à la croisée de l'Être et du Devenir pourraient se révèler : la Mère Divine, la MahaShakti et aussi l'Âme de la manifestation, qu'en sanskrit la Bhagavad Gîta nomme Purusha suprême ou Uttama Purusha ou encore Purushottama.
Tout Purusha est ce détachement permettant la maîtrise, notre individuation vraie est un Purusha, le Suprême est le détachement du Devenir qui en a la totale maîtrise. Mère, la Mahashakti est l'amoureuse du Purusha, sa volonté exécutrice, son pouvoir d'exécution. La Mère est l'amour du Suprême se manifestant pour Elle, en Elle et par Elle entre toutes leurs autocréations.
Au-delà des savoirs, sur la voie des œuvres, à la confluence de la voie de la connaissance et de la dévotion, il y aura la reconnaissance intime de la relation première d'Amour créateur où s'embrassent Être et Devenir, la Mère et le Suprême.
Ce seront peut-être d'abord des expériences, mais comme au départ de notre cheminement la présence de l'Ouvert s'expérimente discontinument, le jeu de dévoilement et voilement dure et accompagne notre transformation nécessaire avant que des réalisations se cristallisent.
Une nouvelle fois, ces rythmes suggèrent le mystère à la croisée de l'Être et du Devenir que je t'invite à explorer.




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