mercredi 8 octobre 2025

Le grand artiste par Niranjan Guha Roy

 



Le Grand Artiste


Il me semble que nous passons presque tout notre temps à nous occuper des choses extérieures de la vie, et le reste du temps, dans les meilleurs cas nous le consacrons à étudier notre nature inférieure et à contrôler, perfectionner notre nature humaine. Peut-être qu’avec la présence de la Mahashakti supramentale ici sur terre, dans son atmosphère subtile, il y a une nouvelle possibilité directe pour mener une vie spirituelle.


L’homme mental vit enfermé dans l’univers matériel comme dans une prison petite ou large. Quelquefois il a une vague impression des autres mondes au-delà de cet univers matériel. Mais rarement il exerce son imagination. Dans la tradition spirituelle ancienne de l’Inde, l’étude de l’astronomie faisait partie de l’éducation spirituelle. Ce n’est pas un hasard que dans le monde moderne, presque tout le monde s’intéresse à la Nature. On remonte à l’origine de la vie, on plonge au cœur de l’atome, on s’élance dans l’infini du temps et de l’espace. Le mental de l’homme cherche à percer tous les mystères de notre existence. Partout il constate une organisation merveilleuse, une précision incroyable dans le microcosme aussi bien que dans cet univers matériel immensurable. Il est ravi de découvrir le processus secret de la Nature et l’applique où c’est possible.


Mais rarement ou presque jamais, il ne pose la question – Qui est l’auteur, le Magicien de ce miracle de la manifestation immensurable, mirifique qui se déroule devant nos yeux ! Nous vivons entourés des mystères, mais nous ne cherchons pas le Magicien, le Grand Artiste incomparable qui dessine sans repos sur l’écran mobile l’histoire du monde. Il y a eu des myriades et des myriades de terres, de soleils, de nébuleuses, d’êtres vivants et il y aurait encore des terres et des manifestations incalculables, des gloires et des splendeurs inimaginables. 

Où se cache l’Auteur, le Seigneur de l’arène, dans quelle grotte mystique, quel lotus fermé ?!!


Niranjan Guha Roy


© 2024-2025 Motherland, tous droits ré





Où était l'homme?



 Où était l’homme

Quand Dieu fit surgir les soleils du sein du Néant,

Lança les galaxies lumineuses dans les courants sans fin de l’espace

Et conçu le chemin de notre destinée cosmique?


Où était l’homme

Quand les montagnes furent sculptées, les volcans creusés

Les océans remplis d’eau et d’espoir

Pour devenir la nurserie d’une vie remplie merveilles.


Où était l’homme

Quand Dieu joua avec l’idée des formes

Donna à chacune un temps de vie et de joie

Et avec une patience infinie arriva à l’homo sapiens,


En signe de gratitude pour ce long labeur du Divin

L’homme renie son sculpteur et l’appelle un imposteur.

Minuscule étincelle dans le temps, morte avant de naître

Il se sent comme un roi – le diamant de la création


A chaque pas il combat son créateur

Qui le guide vers une incroyable transmutation

Il oppose son ignorance colossale au dessin de Dieu

Et se précipite vers sa propre ruine.


Pourtant le Divin tolère l’arrogance de l’homme.

Cette création éphémère est une ébauche non achevée de l’Un infini,

Une image crue formée des sept métaux et des sept nuances de la félicite

Il est petit et faible dans le corps mais transcendant dans son esprit


L’orgueil de l’homme vient d’une connaissance cachée

Son amour propre a sa source dans le Moi divin

Son aveuglement trouve sa force dans un puits lumineux et profond

Son affirmation de soi est soutenue par le droit inné d’exister.


Il provoque son destin secrètement supporté par une omnipuissance,

Il tue d’autres hommes et ne recule pas devant la mort,

Il jette le travail d’une vie dans un moment de caprice

Soutenu par l’ opulence immortelle de l’Esprit sans corps.


Chaque homme, chaque femme, chaque être humain, faible ou fort

Esclave ou maître, heureux ou malheureux, méchant ou bon

Est pour un instant éphémère une incarnation mystique

Nous ne sommes rien d’autre que notre Père, notre Mère, le Seigneur, l’Un


Surgis O homme, fais tomber les barrières du temps

Élargis toi dans la vastitude de la vision de l’âme

Surgis, casse la chrysalide d’or de l’envoûtement

Tout est miraculeusement le même.

Sois une partie consciente de Lui dans le temps.


***

Niranjan Guha Roy - 1956



© 2024-2025 Motherland, tous droits réservés.




samedi 20 septembre 2025

Joie océanique

 



Un peu de prose poétique...


Tout est Lui, tout est Cela, il n'y a qu'une vie, Tout est Son autocréation. Comment pourrait-il échouer à être ce qu'il est et ce qu'il devient ? 

Pauvres vagues désespérées qui se voient dans les tempêtes et pressentent cette falaise côtière où elles viendront toutes échouer... Si elles savaient cet océan en elle et en tout, cette falaise à l'horizon n'est rien. C'est l'océan qui dessine tous les paysages et il ne peut pas échouer.... Océan de vie dans nos cœurs nous débordons de joie, il n'y a plus de frontière, plus d'horizon barré...  et en moi, le vieil homme, ce désillusionné cynique ou ce désespéré des informations catastrophiques n'ont plus de place pour respirer... La joie océanique les a tous emportés... noyés et recyclés dans son grand élan de vie... 

Oui, tout est possible, tout est sublime, fabuleux, magique et inespéré. Qu'il m'emporte tout entier ou qu'il m'abandonne en ce monde inachevé, l'autocréateur porte en lui un monde de conte de fées qui deviendra réalité. Et quoi qu'il en soit, j'aurai pu être une esquisse plus ou moins lointaine et achevée de l'être futur non humain qui viendra et qui sera bien mieux que l'humain. L'autocréateur porte en lui la merveilleuse réalité de l'être transmuté auquel mon âme aspire.




SUIVRE SON ÂME selon Niranjan Guha Roy.



Suivre son âme


Parfois il arrive que nous passions par un grand réajustement dans la conscience, quelque chose émerge en nous qui est naturellement en contradiction avec tout ce qu’on a été et avec ce qu’est encore notre être physique avec son mental, vital et corps de ce moment. Cette transition est très pénible et difficile parce que tels que nous sommes faits, notre mental et sa logique n’accepteront pas la lumière intérieure. Le vital refusera obstinément tout changement, toute diminution de ses désirs, le corps est d’habitude trop inerte pour suivre un changement.
Nous ne pouvons espérer atteindre une soumission complète en un jour ou deux. Il faut parfois toute une vie pour être entièrement sous l’influence du Divin. Mais ce qu’on peut achever rapidement est l’acceptation du fait que l’attitude de soumission est le premier principe et la base de la vie spirituelle. La soumission peut commencer en réalité quand nous devenons conscients de l’élément divin en nous. Cet être divin est toujours en état de soumission et d’aspiration pour une lumière et une conscience plus grandes. Toutes nos pensées, idées et spéculations, tous nos sentiments, passions, sensations, et activités du corps doivent être exposés à la lumière de l’âme. Cela doit devenir une habitude constante et en même temps on doit accepter de plus en plus la guidance et l’illumination de l’âme.
Il y a quelque chose d’important. Du moment où nous avons décidé de suivre notre âme, de nous donner au Divin, une force divine très dynamique, Shakti, la Force Mère, devient directement opérationnelle dans notre vie. Nous pouvons devenir conscients de cette force, ce pouvoir, cette lumière comme la Mère divine, Elle-même d’une manière très spéciale et personnelle. Une fois que ce contact intérieur est établi alors nous sommes en chemin. Le progrès est constant et le temps devient un facteur relatif. Nous devons avoir foi dans notre destinée spirituelle. Il faut aspirer et prier la Mère pour son aide et soutien. Le mantra, répétition du Nom avec amour et concentration a un effet bénéfique sur les cellules du corps, sur la forme matérielle de notre existence. On peut même le répéter cinq cent à mille fois. Quand nous sommes en difficulté répétons le mantra, n’importe quel nom qui nous vienne à l’esprit naturellement, cela établira et renforcera le contact. Ce sera notre communication intime entre nous et le Divin.
Vivre dans la présence de la Mère Divine, vivre dans la conscience de la Mère Divine, vivre dans l’être de la Mère Divine est le but et la réalisation.
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Niranjan Guha Roy


L’âme doit être notre guide

jeudi 21 août 2025

De la perspective ordinaire du Témoin à la perspective évolutive Intégrale.

Œuvre de Priti Ghosh


PARLER DE REALISATION DE LA CONSCIENCE TEMOIN EST PLUS SÛR QUE DE PARLER DE CELLE DU SOI, SI POUR LA NON DUALITE LA PLUS AUTHENTIQUE, TOUT EST DIVIN.

Dans la spiritualité de la non dualité mainstream, la conscience Témoin est vue comme un succédané, un errement du chercheur avant que le Soi ne se réalise pleinement. 

Premièrement, cependant, la conscience Témoin ne doit pas être confondue avec une dissociation entre un ego agissant et un ego qui s'observe. Le Témoin, dont nous allons parler ici est un déjà-là, une dimension préexistante qu'il s'agit à un moment de voir se réaliser au sein d'une évolution spirituelle.





Deuxièmement, en amenant en avant la notion de conscience Témoin, nous souhaitons nous tenir à distance d'interprétations courantes du Soi.

La notion du Soi suppose bien souvent une unicité et une absolutisation de la conscience immuable, d'une part, et, d'autre part, une dévalorisation discutable des phénomènes relatifs muables. Plus généralement, elle conduit à séparer un absolu et un relatif. Dans certaines interprétations le Soi est lui-même le premier phénomène relatif, déjà du côté des phénomènes temporels. Car l'absolu est affirmé comme un Non soi. A ce sujet, il y a le risque d'absolutiser les ténèbres lumineuses de l'expérience du Soi alors qu'elles sont dues à des dimensions inexplorées, à des aveuglements relatifs, etc.

Notre vision spirituelle du Témoin veut éviter d'affirmer trop vite une conception qui nierait que tout jusqu'au moindre détail est réellement divin. 

Les conceptions courantes du Soi impliquent trop souvent une survalorisation discutable de l'immuabilité atemporelle sur la muabilité temporelle. Elles impliquent alors la survalorisation de l'Etre par rapport au Devenir.  

Il nous semble que, bien que revendiquant une non dualité, beaucoup des interprétations courantes du Soi ne sont pas radicalement et intégralement non duelles.

Les visions non duelles attachées au Soi sont, d'après nous, loin d'être intégrales : elles aboutissent à des dualités entre être et devenir, éternel et temporel, vacuité et formes, espace de conscience et phénomènes, entre non manifesté et manifestations, entre personnel et impersonnel, etc.


LA PLACE DU TEMOIN SUR LE CHEMIN DE LA NON DUALITÉ INTÉGRALE DU TOUT EST DIVIN.

Nous allons ici évoquer une approche du Témoin dont le vécu interdit d'absolutiser une quelconque dualité qui nous ferait conclure hâtivement que tout n'est pas divin.

La dimension de conscience Témoin peut être réalisée au niveau du plan de conscience où nous en sommes de l'évolution consciente de la conscience. Certains animaux qui n'ont pas un mental développé manifeste à l'évidence cette réalisation.

La conscience Témoin, y compris au plan de conscience ordinaire humain, est alors comme un "œil" sans bord, in-fini. Cet œil se tient là en arrière-plan de toute chose et simultanément en toute chose, qui paraît dans notre présence consciente. C'est un vide inhérent aux choses, une non-chose en laquelle se tient toute chose. Et sans chose, ce Témoin n'est rien, il est conscience de rien, devenant pratiquement inconscient. Sans mémoire ou autre façon de retenir quelque chose du passé, il y a traces de discontinuité de la conscience y compris dans sa dimension Témoin. Un inconscient l'affecte, il est Témoin de son rien de conscience ou du moins de son manque de conscience.

Cependant cette inconscient est-il absolu ? On observe que la conscience et son Témoin peut s'étendre sur un plan subtil. Dès lors la conscience Témoin réalisée sur un niveau de conscience ordinaire ne peut-elle pas s'étendre vers la supraconscience et le subconscient ? 

Par exemple, on peut sentir une force active intérieurement au niveau des sourcils, il y a présence d'une lumière, d'une forme, d'une énergie, qui n'est ni une pensée, ni une émotion, ni une sensation physique. Ce centre subtil par lequel une force de conscience jusque-là inaperçue génère des réactions et des actions sur le plan de conscience qui nous était jusqu'à présent familier s'avère une extension de conscience. Elle peut s'inviter d'ailleurs sans que le Témoin dont nous parlions soit réalisé.

Prenons le cas où le Témoin se tient réalisé en arrière-plan et au sein du mode de conscience humain usuel. Celui-ci  s'observera immédiatement Témoin de cette dimension subtile, qui se révèle soudain à l'œuvre alors qu'elle était ignorée précédemment.


Si je suis dans ma chambre, le Témoin englobe cette chambre selon ma perspective. 



Si je suis dehors à l'extérieur de mon logement, il englobe ma vision du ciel.



 Il s'étend et se contracte selon les dimensions spatiales que les sens humains captent. Mettre des bouchons d'oreille réduit la sphère auditive, la conscience Témoin est le Témoin d'un espace auditif réduit. J'enlève mes bouchons d'oreille, le Témoin demeure, il est le Témoin étendu à un espace auditif plus étendu dans la réception des sons. 

De la même façon, si la dimension d'un monde subtil paraît, il est Témoin du monde subtil. Si notre capacité subtile se voile, c'est le Témoin de ce voilement.

S'il y a un monde au-dessus du mental ordinaire, s'il y a un monde des idées, de vagues intuitives, etc., le Témoin réalisé sur le plan ordinaire du mental analytique sera ouvert automatiquement à ces expériences nouvelles. Si elles sont momentanées, l'extension automatique du Témoin n'aura été que momentanée.

Le Témoin est alors témoin d'un jeu propre à une automanifestation supra-individuelle de la perspective de conscience propre à notre individualité. Le Témoin, que le sanskrit nomme le purusha, est donc révélé dans ses divers plans par des flux d'automanifestation du Devenir. Ce type de flux est désigné en sanskrit comme prakriti.

Mais le Témoin Purusha, s'il accueille toute chose sans refus, sans jugement sur les prakritis, peut commencer à voir s'exprimer son aspiration silencieuse à des qualités de flux plus évoluées. Le Témoin Purusha ne consent plus à s'étendre et se réduire selon les caprices des flux de conscience, des prakritis. Les désirs sont l'œuvre d'une prakriti inférieure, mais l'aspiration émane d'un purusha aussi bien que d'un flux de prakriti supérieur. Le purusha Témoin ne consent plus passivement à voir ses dimensions de perception de plans de conscience paraître et disparaître. 

Il aspire à percevoir la source de tous ces flux, la Mahashakti, le flux de tous les flux de conscience, l'intelligence du Devenir, le flux supérieur du devenir de conscience par excellence. 

Cette aspiration révèle une personnalisation de ce Témoin anonyme, il se découvre une dimension Témoin individuel s'individuant, enfant aimant de la Mahashakti, enfant formé par la Mahashakti. Sri Aurobindo le nomme Chaïtya purusha. Cette dimension du Témoin se rencontre en arrière-plan du centre subtil du cœur.

Ce Témoin est un reflet d'un Témoin amoureusement soumis à la dynamique créatrice première, à la Mahashakti. Il est témoin d'une aspiration à contempler son Aimée dans sa nudité glorieuse, sans ses voiles d'ignorance, sans incapacité. 

Entrevoyant sa Mère, la shakti-prakriti qui soutient son aspiration et y répond, ce Témoin se pressent à fois témoin et miroitement du purusha témoin Suprême uni à la Mahashakti. 

Le Témoin du plan humain ordinaire est purusha du mental-vital, miroitement-rayonnement du Suprême purusha, Ishwara, uni à la Mahashakti, Mère du Devenir. 

Mais initialement ce Témoin est aussi bien ignorant de son essence ultime, union d'Iswahra et de Mahashakti que de sa dimension proprement individuelle. C'est par affinement de ce qui s'observe en lui qu'il commence à se réaliser dans un voilement moins prononcé de sa propre source. C'est par purification de ce qui vient troubler son observation qu'il commence aussi à voir l'insensibilité attachée à son propre cœur, à s'approcher ainsi de sa dimension individuelle, notre vraie personne. 

Ainsi le plus souvent, lorsque le purusha témoin mental-vital se réalise, au début, sa vision reste très  enténébrée. Entre autres, ses ténèbres masquent alors le secret de cette aspiration qui se reflète en lui de se relier à sa source et à sa véritable individuation en croissance. Son observation imprécise confond alors encore aspiration et désir. Il est le témoin mental, il n'est pas pleinement le témoin du vital.

Cette aspiration en lui à son authentique individuation, distincte du désir, c'est Chaïtya Purusha qui la produit. Cette aspiration est un fil qui, suivi, dévoile Chaïtya Purusha. Celui-ci est l'enfant de l'amour de l'Amant, l'Ishwara Purusha, le Purusha de tous les purushas, et de l'Aimée, Mahashakti, la Mère divine. Cet enfant est amour de la beauté-perfection, Eros, l'enfant d'Aphrodite, la Beauté Mère de toutes les beautés. Cet enfant est un feu 🔥 individué, fils du feu Suprême qui éclaire et engendre en son sein primordialement toute chose. 

Cette aspiration en lui à sa source divine au-dessus vient de son individualité éternelle, le purusha propre au jivatman au-dessus de la tête.

Son Père divin, la source des purushas, ouvre par sa lumière, l'espace rendant possible l'œuvre de notre Mère, Mahashakti, Mère de toutes choses. Son Père, Ishwara Prusha, se manifeste par des vagues de Paix,  des ondes de Silence qui débordent et amplifient la Paix et le silence inhérents au Témoin, d'abord découvert sur le seul plan ordinaire. Son Père prépare ou accompagne ainsi sa prise de conscience. Son individuation croissante deviendra par la grâce de Mahashakti, suffisante pour ne plus rester indiscernable dans les ténèbres lumineuses du Témoin jusque-là  seulement réalisé sur certains plans mentaux, vitaux et physiques, les plans ordinairement propres à la conscience humaine. 

Par les soins de Mahashakti, sa Mère, et par les attentions d'Iswahra Purusha,  son Père, cet enfant divin se révèlera au cœur d'une vie individuelle humaine. Il se révèlera, à son heure, au cœur du cœur de la perspective individuelle du Purusha Témoin. Le dégagement et l'aspiration du jivatman au-dessus, l'individu éternel uni au divin universel et transcendant et le dégagement de et l'aspiration du Chaïtya purusha au niveau du cœur sont étroitement liés.

Autrement dit, la pleine réalisation du Témoin au niveau de conscience la plus ordinaire, une perspective humaine sur le monde, est concomitante à l'effort de la Mahashakti pour faire émerger son enfant divin enfoui en arrière-plan et au-dessus de chaque perspective individuelle.


Œuvre de Priti Ghosh

Il est évident que l'influence psychique de l'enfant Divin aura eu lieu en nous sans que nous soyons alors conscient du Témoin. Cette aspiration peut certainement établir un lien de pressentiment avec Mère, notre Mahashakti. On pressent ainsi une providence qui prend soin d'une partie de nous-même, on s'étonne de synchronicités, on a le sentiment d'une protection absolue. Un jour au lieu d'interpréter cela faussement comme concernant notre ego, nous réaliserons que cela concerne d'abord et prioritairement l'individuation vraie en nous. Cela semblera concerner notre ego dans la mesure où notre individuation divine vraie en tire profit. Si des forces coupaient notre vie égoïque de tout lien avec notre filiation divine, les synchronicités seraient celles de forces "antidivines" (une prakriti éloignée du flux principal du Devenir, peut plus ou moins longtemps s'opposer en apparence à l'impulsion de la Mahashakti) qui, au final, nous couperaient de la protection de notre Mère. La destruction de l'ego et de son véhicule font dès lors partie des moyens de libération dont dispose Mère pour servir son Enfant immortel en nous. 

Tous ces pressentiments de notre filiation divine peuvent donc prendre place sans la réalisation du Témoin. La réalisation du Témoin sur le seul plan ordinaire peut ne pas permettre d'éviter une victoire momentanée des forces que la Mahashakti n'a pas encore ramenées et soumises à sa nouvelle onde créatrice propagée parmi celles plus anciennes. 

Ceci explique les comportements aberrants de gens ayant pourtant une expérience non duelle indéniable. Leur prétendue réalisation absolue du Soi s'accompagne sans qu'ils le perçoivent d'une soumission à des prakritis inférieures œuvrant en sens dysharmonieux par rapport à la Mahashakti. Ils risquent de se couper de leurs âmes vraies, de l'enfant de Mahashakti en eux.

Ceci dit, une émergence solide en avant de l'enfant Divin s'accompagne de la réalisation du Témoin Purusha ordinaire de l'humain, cet œil toujours là, inhérent à notre présence consciente. Donc la recherche du Soi et d'expérience non duelle peut être au service de notre aspiration d'enfant divin que nous sommes.


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Œuvre de Priti Ghosh



dimanche 30 mars 2025

EXAMEN CRITIQUE DE L'ÉVEIL COMME PAIX : AU CŒUR DE LA VISION SANS TÊTE, L'EVOLUTION CONSCIENTE DE L'ÂME et quelques unes de ses conséquences concernant l'évolution de l'humanité.

Œuvre de Ton Dubbeldam


AU COEUR DE LA VISION SANS TETE, VIVRE LE SOI AVEC UNE AME OU L'EVEIL DE L'EVOLUTION CONSCIENTE DE LA CONSCIENCE


Pour percevoir cet œil ouvert de lumière intérieure en moi, de façon plus continue, les expériences de Douglas Harding me furent d'un grand secours. Grâce à elle, cette Ouverture consciente de la conscience, entraperçue régulièrement auparavant,  a pu se stabiliser au sein du vécu. 

La perception et la pensée sont distinguées aisément et de plus en plus radicalement avec la pratique d'un retour aux faits perceptifs pointés par Douglas Harding. Cette distinction entre perception et pensées ou émotions reste usuellement minorée par une vie ordinaire d'un ego ignorant de sa source. L'égocentrisme de mes personnalités est grâce à cela viscéralement relativisé. Mes personnalités ne trônent plus au centre de ce que je suis, elles n'y parviennent que fort épisodiquement. 

La lumière intérieure me met devant le mystère de l'autocréation de ce qui est et paraît comme mon individualité avec ses personnalités, les autres et le monde. Cette lumière intérieure se désenténébrant est lumière divine, Félicité,  Beauté, Bonté. Elle me révèle mon cœur. Ma présence personnelle dans cette présence divine descend s'enfoncer dans le cœur au centre du torse. Là certains pans de ma personnalité commencent à ne faire qu'un avec l'Ouverture de conscience. Des dimensions personnelles s'avèrent être dans la continuité de la Présence. Certaines s'avèrent de l'essence même la Présence. L'union sans séparation est aussi vue comme un fait en croissance. Elle n'est pas uniquement le produit d'une transparence acquise par ma personne en évoluant dans le Voir inhérent à l'Ouverture de conscience consciente. Elle ne résulte pas uniquement d'une intégration de mon individualité au sein de la Présence.
Cette réalité d'union par essence entre la Présence et des pans de ma personne rend la notion de Divin encore plus pertinente et évidente. Par cette union devenue perceptible, mes dimensions individuelles participent d'un amour universel dirigeant le Devenir. Là commence la découverte de ce que j'ai pu appeler, sur ce blog, le Soi avec une âme.

Pour prendre conscience de la lumière intérieure, nous avons des techniques psychocorporelles. Pour trouver une continuité avec le parfum de mon âme, cette dimension de ma personne véritable qui prend naissance dans cette lumière du divin, je ne peux témoigner d'aucune technique précise et réitérable par chacun, parce que, sans doute, il ne s'agit pas d'un simple retour à l'esprit et sa lumière. C'est un retour de notre âme vraie à elle-même. Cet enfant Divin que je suis/nous sommes commence par lui-même à se percevoir dans l'humain qu'il expérimente. Lui seul s'exprime dans l'aspiration à la descente dans le cœur. Lui-seul donc peut inspirer à ce qui descend vers lui le mouvement le plus juste qui correspond à sa propre rencontre avec lui-même au sein de l'individualité humaine dont il est le soubassement et pour laquelle il est la source véritable du sens de cette vie humaine temporaire.

Il y a bien sûr quelque chose qui a un rapport avec une descente du sentiment de notre personne dans le cœur ; le pur amour, ou la karuna, brille davantage quand une de nos personnalités en devient davantage l'instrument au lieu de se croire le pseudo-auteur de ce qui est moral. 
Dans cette descente, Il y a des bouffées de joie sans cause et sans objet qui surgissent de là et encourage la descente. D'où l'aspiration pour une large part de notre personne de servir le centre et de ne plus le masquer illusoirement. 
Cependant, c'est à l'acmé de notre authenticité dans la situation, ici et maintenant, qui exige de devenir et d'agir avec le plus de justesse possible, qu'il y a ce parfum. 
La justesse n'est pas simplement une question de servir l'amour. Il y a une vérité à servir avant d'être sûr de servir l'amour pur dans son flux autocréateur global. Cette vérité à pressentir n'est pas une vérité humaine mentalement exprimable.

Qualité des actions, justesse des connaissances dans leur inconnaissance sont exigées autant que dévotion à la bonté. La voie triple ou le quadruple sentier qui unit pratique des œuvres, de la dévotion, de la connaissance voire voie de la Perfection est donc utile et requise. Mais quelle inflexion mettre ? quand la mettre ? etc. Tout ceci reste à préciser pour chacun et selon le chemin singulier de chacun. 
Pour dire synthétiquement la visée focale de ce chemin, je parlerais d'authenticité du fait de se confier le plus entièrement possible au Divin et à sa dynamique évolutive. 
La foi la plus pure n'est plus seulement une volonté plus ou moins ferme, un sentiment plus ou moins fluctuant, une croyance mentale plus ou moins solide, elle s'avère un engagement naturel du cœur, shraddha en sanscrit. Se confier au Divin, c'est se soumettre vraiment à Lui. Se soumettre au sens de s'abandonner à son action dans la confiance, se soumettre au sens d'ancrer de plus en plus notre humanité individualisée par notre âme vraie, enfant du Divin, engendrée, non pas créée, dans l'œuvre Divine de perfection.


Le parfum de l'âme s'avère un feu. Il semble me ramener des morceaux d'histoire très fugitifs qui font écho maintenant comme à quelque chose qui rejoue une butée, ici et maintenant, d'une subtilité défiant toutes traductions mentales.

La présence de l'âme nous met en présence de l'action vraie. A côté de mes impressions d'action sur le plan mental, vital et physique, qui restent le fait de mes personnalités de surface, il y a l'action vraie. Elle nous fait d'abord pressentir que derrière tous les flux multiple du Devenir, il y a un fleuve unique du Devenir, un flux supraconscient. La dimension autocréatrice de ce qui est, quand elle est pressentie peut sembler inconsciente du point de vue mental, vital et physique : illusion, erreur, émotions perturbantes, souffrances, douleurs physiques, destructions incompréhensibles accompagnent inexorablement le Devenir autocréateur. Mais quand on pénètre sur ce plan de l'âme, on y voit ce flux du Devenir engendrer son étincelle d'individuation : le Suprême divin éternel est son Père et cette réalité divine autocréatrice est sa Mère. L'âme est de la même substance que la Mère du Devenir. L'aspiration de l'âme et de la Mère Divine est de s'aligner sur la "volonté" du Suprême même si nos dimensions humaines nous empêchent de connaître le pourquoi du comment. 
Et au fond, rien n'est contre du point de vue du développement de nos âmes. 
Un ego peut être balayé de la vie, un individu peut subir des injustices inacceptables du point de vue des idéaux humains mentaux, vitaux et physiques. Une âme s'incarne, elle, quelles que soient les circonstance ; si elle quitte la scène terrestre, chassée par les circonstances, elle en aura tout de même tirée une évolution. 



INDICES D'UNE COEVOLUTION EN COURS DE L'HUMANITE CONTRIBUANT A UN EXAMEN CRITIQUE DE L'EVEIL COMME PAIX POUR LA BULLE MENTALE HUMAINE

Même hors du point de vue expérientiel de l'âme, en considérant nos connaissances mentales de l'histoire de l'univers, on voit bien que la matière se vitalise, que la vie se mentalise et que dans ses sommets, l'évolution autocréatrice prend conscience d'elle-même au moins partiellement en un individu. Du point de vue mental, on sait qu'il y a une évolution de la matière produisant une individualisation ; du point de vue spirituel, on découvre un lien entre la conscience de l'Ouverture consciente, l'autocréation de tout ce qui se manifeste comme évolution universelle et ce que nous devenons individuellement. 
On peut pressentir, à partir de ces lignes de faits intérieurs et extérieurs objectifs, une réalité qui surgit d'au-delà de la conscience mentale humaine et peut matérialiser quelque chose au-delà des possibilités de compréhension de cette conscience. 
Si nous prenons au sérieux une évolution où par le passé des individualisations deviennent de plus en plus consciente, pourquoi ne pas envisager que ce mouvement se poursuive ? Le scandale de l'évolution de la matière n'est pas notre filiation passée, mais le fait que nous, humains, soyons nous-même un pont, une transition. 
Nous pourrions être un jour face à un être surhumain qui nous ressemble, un peu comme notre animal domestique nous ressemble ; nous pourrions communiquer avec lui comme notre animal domestique peut communiquer avec nous ; mais, comme notre animal domestique avec nous, nous saurions que quelque chose nous échappe dans son action au vu de ses résultats, nous serions amené à reconnaître un niveau de conscience incarné qui nous dépasse.

Cessons cette spéculation, même si elle est conséquente du point de vue du paradigme évolutif. Considérons juste le point de vue humain quand il reçoit une poussée évolutive, une intuition qui change son vécu mental de la vie. On doit admettre que cette expansion ne dure pas et produit le plus souvent ses propres obstacles qui devront recevoir une solution nouvelle jamais envisagée. 
Cette lumière qui s'est levée là sous la forme d'une intuition renouvelant la vie mentale, y compris matériellement, a tôt fait de s'éteindre dans les décombres de l'histoire. 
Et puis, même ce qu'il y a de plus lumineux dans tel regard de la vie mentale sur elle-même, ce qu'il y a d'amour le plus convaincant, paraît toujours s'accompagner d'ombres, qui à un moment deviennent concrètes et nécessitent un élan nouveau. 

Un Bouddha nous parle d'éveil, mais il ne reprend guère ses disciples affirmant que les femmes doivent se réincarner en homme pour qu'il se réalise plus aisément. 
Un Jésus-Christ nous parle d'un Dieu d'amour. Mais, d'après les Evangiles, il invite ses apôtres à maudire ceux qui n'accueillent pas sa Bonne Nouvelle en secouant leurs sandales à l'entrée de leur demeure ; il parle de cris et pleurs dans l'enfer, ce qui ressemble à une menace pour qui refuse son enseignement.

Le bonhomme humain ne change pas fondamentalement tant que l'âme et la lumière spirituelle n'exercent qu'une influence mentale, vitale et physique qui reste intermittente ou, plus encore, inconsciente en surface de notre individualité.

Revenons, maintenant, à ce qui se passe de nos jours. Actuellement, pour qui est attentif et rassemble les données, à l'évidence, il y a une émergence de l'âme plus radicale soutenue par l'action de la Mère divine, l'intelligence, pour nous, supraconsciente du Devenir autocréateur. 

Concrètement, les aspirations spirituelles se démultiplient et elles sont de moins en moins rattrapées par des dogmes collectifs, des pratiques standardisées, etc. Elles échappent ainsi de plus en plus à toute forteresse mentale religieuse.
Les aspirations spirituelles se singularisent, la religion s'individualise parce qu'une force intérieure, à laquelle les événements extérieurs répondent, accélère sans aucun doute l'individuation des âmes.


On peut observer ici comme un effet co-évolutif sur les formes du vivant qui accompagnent cette nouvelle individualisation matérielle en cours. 
L'émergence mentale s'est elle-même caractérisée par une co-évolution du vivant, aujourd'hui de plus en plus renseignée objectivement. Avec la disparition des dinosaures-mastodontes, des insectes pollinisateurs émergent avec les fleurs, émergent aussi alors les fruits produits de ces fleurs et nos ancêtres dont le volume cérébral croissant nécessite le sucre abondant de ces fruits.

Le vieil homme en nous, en qui s'effectue l'œuvre de cette supraconscience, force transformatrice, perd ses repères mentaux, il n'a plus de désirs qui le portent, son caractère se fissure, ses habitudes physiques déraillent insuffisantes. Le vieil homme perd pied. 
Certes l'âme émerge dans la conscience jusque là individualisée humainement, ce processus passe par un consentement intérieur, une soumission volontaire de notre personne. 
Mais aujourd'hui, même s'il n'y a pas cette intériorisation et ce consentement, celui qui ne vit que dans la perspective du vieil homme se voit le jouet des circonstances extérieures : il s'accroche à des repères, à des valeurs, à des désirs qui, sans cesse, sont ballotés, désarçonnés, inquiétés. 


Le besoin de Paix devient tellement criant que les chercheurs et les trouveurs de la Présence se démultiplient dans nos sociétés.
Pour l'humain ordinaire, l'horreur de la situation est de plus en plus impossible à fuir dans un quelconque divertissement. 
Mais même vivant déjà au sein de la Présence de cette Paix, l'horreur de la situation, demeure un objet de lutte constant : c'est ce monde, en ébullition, cet autre de plus en plus envahissant, qui met le désordre, menace nos modes de vie. 
Parmi ceux qui ont réalisé la Présence comme Paix, il y a beaucoup de fake-news qui sont partagées en tout sens, il y a un manque de discernement dans l'action, même si la Paix immuable est indéniablement présente en arrière-plan des actes de cette personne. 

Car se tenir humainement dans la Paix immuable, ce n'est encore n'y rien comprendre au Divin, c'est risquer de continuer à empirer les circonstances, l'horreur de la situation. Le premier danger certainement est d'absolutiser mentalement cette réalisation ; dès lors on exclut toute autre possibilité spirituelle, on commence à dogmatiser, à s'enfermer tout en se croyant l'Ouvert, une conscience indubitable de l'absolu. 

S'enfermer mentalement avec cette Paix, c'est refuser la Félicité et la divinisation qui se proposent, c'est refuser la nouvelle harmonie qui croît. C'est refuser de se mettre à l'écoute de son cœur et du feu de son âme vraie qui s'y tient cachée en arrière-plan. 
Et c'est forcément trouver aberrante toute idée d'un nouvel être au-delà de l'humain, même si son émergence parmi nous humains et sa victoire incarnée matériellement est peut-être la seule réponse à la crise évolutive que nous vivons. 
Car nous ne vivons pas, si vraiment nous nous plaçons dans la perspective de l'âme vraie, une crise écologique, politique, morale, etc., nous vivons actuellement d'abord et avant tout une crise évolutive. L'horreur de la situation ne peut être traitée authentiquement avec un début d'égalité d'âme qu'à ce niveau.

Les rôles qui font l'horreur de la situation et ceux qui la subissent s'inversent aisément et même se superposent. 
Et cela dessine comme en miroir inversé, la coévolution humaine qui accompagnera le saut évolutif au-delà de l'humain, si une espèce humaine demeure comme les oiseaux demeurèrent après la disparition des autres dinosaures, lors du dernier saut évolutif.

Par exemple, les palestiniens font l'horreur de la situation des israéliens et les israéliens font l'horreur de la situation des palestiniens. Il y a ceux qui font le choix des victimes palestiniennes et ceux qui font le choix des victimes israéliennes. Et ainsi va l'horreur de cette situation. Mais aussi émergera une vie humaine sans victimisation, sans cercle vicieux de la violence ainsi perpétuée par le jeu de la dramatisation.

La corruption et le vide de sens des propositions des politiciens libéraux et démocrates font que parmi ceux qui vivent la Présence, on lorgne vers des visions avec plus d'ordre et de valeurs. Même éveillé à la Présence, on relaie les idées illébérales d'un Trump, d'un Poutine - le fascisme d'un Julius Evola ne choquerait pas ceux qui le promeuvent sans le savoir. 
Mais comme une dictature de gauche, un autoritarisme de droite, c'est la vindicte contre des gens qui défendent d'autres points de vue.
Le mensonge politique s'inscrit plus largement dans l'œuvre du mensonge y compris celui de l'homme éveillé à la Paix spirituelle. Il peut y avoir la Paix et elle ne peut pas pour autant empêcher la fausseté du dialogue : on prétend écouter, on déforme le propos, on ne retient rien au nom d'un point effectivement faux, la part de vérité de l'autre est systématiquement niée et ignorée.

Ce n'est guère manifester la Paix ! Car la Paix sans l'Amour, ce n'est guère la Paix. L'absence de dialogue authentique est toujours une absence de pureté et de vérité de l'Amour !

La Présence sourde au dialogue et les spiritualités sans âme ignorent les bienfaits du pluralisme. La paix sans âme, ce sont les tentations de régler les problèmes par uniformisation politique. L'âme nécessite le pluralisme, à la surdité dialogale, elle préfère le dissensus fraternel comme base d'une communion véritable et authentique. La fraternité pluraliste est tout sauf une  massification communiste d'où aucune tête ne doit dépasser, quitte à ce qu'on les coupe. La fraternité pluraliste est tout sauf un ordre fasciste où aucun écart du rang n'est pardonné quitte à tuer toute figure d'originalité qui ose interroger cet ordre. 

La Paix et l'Amour supposent un pluralisme créateur car sinon ce n'est guère de l'Amour Ouvert. Une autorité qui n'encourage pas un pluralisme créateur et ne partage pas ses pouvoirs aboutit inéluctablement à un autoritarisme tout à fait contraire à la Vérité de la Paix et de l'Amour Ouvert.

Ainsi s'emballe un processus qui semble contraire à toute harmonie, à tout sens de l'âme, qui, par essence, n'est d'aucun pays, d'aucune nation, d'aucune religion. Mais la maladie redouble ses symptômes avant qu'un saut évolutif immunise le corps définitivement. 

Si vraiment tout est Divin, ce que nous ressentons comme l'horreur de la situation est le refus secret dans notre cœur de poursuivre sur la voie du vieil humain en nous qui croit tout solutionner mentalement, dogmatiquement, autoritairement, violemment. En fait, l'horreur avait toujours été là mais nous la ressentons enfin comme telle ; notre âme émerge et avec elle, l'intelligence de l'œuvre Divine supraconsciente à commencer par le sens de l'imperfection de ce qui est. 
La Paix et une aspiration au Vrai, au Bien et à la Beauté sont indispensables dans cette zone intermédiaire où nous guettent les réponses mentales qui nous ramènent à la vieille humanité, mais où nous guettent aussi l'angoisse, la dépression qui de l'autre côté des forces nihilistes surgiront. 
A côté du surhumain que des âmes d'élites commenceront à incarner physiquement s'il s'agit d'un saut évolutif au-delà de l'humain, il y a donc place pour une coévolution humaine. 

Cela s'entend, si on veut bien l'entendre et répondre à son appel. Ce ne sera pas une paix molle ! Ce ne sera pas une paix pactisant avec l'horreur de la situation ! La Paix spirituelle saura se répandre sans nourrir ce qui est contraire à l'Amour vrai ! Elle sera le socle de base pour qui veut se rencontrer en son âme vraie et participer à la divinisation de son individualité mentale et vitale, et en cela ne pas faire obstacle au saut évolutif à venir.

Avant de parvenir à un nouvel équilibre co-évolutif, des gangues du genre humain seront le théâtre d'une transformation en autre chose au-delà de l'humain. Dans la foule des humains, un surhumain se fera ; comme dans la foule des poissons asphyxiés à l'air libre, une forme de respiration alvéolaire s'est fait jour.
Cela ne finira plus comme une lumière intuitive à chaque foie rattrapée par la bulle mentale humaine, touchant à chaque nouveau pas en avant une de ses limites. La bulle humaine mentale avec ses préjugés, ses dogmes, ses condamnations, ses contradictions ne règnera plus en imposant à la vie terrestre ses propres limites. 
Car déjà, Cela va autre part, Cela suscite un saut évolutif. 

Œuvre de Ton Dubbeldam

2024 - mars 2025

lundi 26 août 2024

Nos défis d'amour à relever.

Tableau de Gustave Caillebote


Il y a des défis d'amour à relever. 

Parfois, être en paix et laisser de côté les faux semblants, c'est encore servir un désir et ne pas aller jusqu'au bout de l'amour. Chercher à goûter la paix en modifiant les circonstances, cela reste un désir de paix et non l'établissement dans la paix intérieure sous la forme d'une équanimité intérieure absolument indépendante des circonstances.

L'amour vrai croît dans la paix intérieure : sans mélange, il n'attendra plus rien en retour. 

La paix en vérité, c'est l'équanimité intérieure incarnée dans tous les aspects de notre individualité. Alors que des défaites intimes, des coups reçus, des attaques ciblées parviennent bien à faire tomber la demeure édifiée de mon empreinte personnelle, l'équanimité demeure. Et sur ces ruines, au milieu d'éboulements continus, dans la fumée des gravats, la foi tranquille en l'action divine demeure étonnament toujours là. 

L'équanimité ancrée dans une foi sans attente personnelle, une confiance sans assurance garantie, est une disponibilité radicale à une transformation en l'amour vrai. L'amour humain a des attentes ; sans aucun retour, il s'épuise, il perd facilement confiance. Ces faiblesses de l'amour humain peuvent commencer à être purifiées lorsque l'équanimité, la foi et la confiance en l'action divine croissent en nous.

Il est parfois utile d'admettre que notre cœur est encore trop petit pour telle situation, plutôt que d'édifier ou nourrir un ego spirituel sans aucune réelle ressource. Ce défaut de ressource en amour vrai prédispose à des montées d'impulsions dépressives. Quand,  peu à peu, nous pouvons apprendre à trouver une aide intérieure et à la recevoir, nous n'avons plus à fuir automatiquement ce qui dépasse les forces vitales de notre ego. Notre rapport aux circonstances et à notre situation change, nous devenons réceptif à la grâce intérieure, nous pouvons coopérer plus aisément à son œuvre. Et ce rapport sera encore davantage apaisé et conscient quand  la transformation du cœur impliquera de plus en plus de nos subpersonnalités et, au-delà, lorsque la soumission à la divinisation de notre individualité s'amplifiera. Les circonstances extérieures qui provoquent l'effondrement  de l'ego au niveau de ses traits de caractère ancrés dans le subconscient deviennent alors une accélération de notre individuation divine, c'est-à-dire de la croissance psychique de notre âme vraie.

L'âme vraie, c'est le fond du cœur et ça ne peut que servir ce fond du cœur de l'autre. Tel est, par essence, l'amour divin de l'âme. L'amour humain ne peut se purifier que par l'influence croissante de l'amour vrai inhérent à notre âme. 

Par essence aussi, l'âme se sait et se sent hors d'atteinte de tout inconfort et de tout danger. L'équanimité est un pouvoir de l'âme, une par nature avec la paix intérieure immuable. 

En l'essence de l'âme, amour Divin, foi et équanimité sont indiscernables. Le noyau d'être de l'âme est une goutte de vie divine. Celui en qui l'influence et la présence de l'âme émerge s'éveillera à une conscience directe de sa nature divine. Il se vivra enfant du Divin.

L'équanimité profonde de l'âme se vit donc comme le fait d'être l'enfant protégé du Divin. Un enfant du Divin n'aspire qu'à l'amour du Divin. Le reste, c'est de l'ego et des désirs. Certes, il faut bien s'occuper pendant longtemps de nos désirs comme un parent de ceux de ses enfants, tant qu'ils n'ont pas été soumis à une maturation humaine suffisante, et plus radicalement, à la transformation divine. 

Pour la grande majorité des gens, les désirs et les élans du cœur ne se distinguent pas bien. Pour certains, être libre du désir amène l'émergence de cette distinction : certaines aspirations du cœur et de l'âme vraie seront suivies, rendant certains objets de désirs beaucoup moins attrayants. Cette prédominance de l'influence de l'âme à travers le cœur sur certains plans personnels n'empêche pas d'autres dimensions personnelles d'être encore sous la prédominance du désir. Ces discontinuités d'intégration autour de l'ouverture du cœur et de l'être psychique de l'âme dessine une aventure spirituelle.

S'il y a maturation et transformation, arrive un temps où l'appel du cœur et de l'âme peuvent prévaloir de plus en plus continûment. Et il y faut notre obéissance à la commande. Les désirs de paix et de tranquillité de notre ego spirituel sont souvent en porte-à-faux avec la commande divine. Celle-ci, suivie quoi qu'il en coûte à notre ego, produira une émergence psychique du pouvoir réel d'équanimité intrinsèque au Divin. Si peu à peu l'amour du divin nous a suffisamment rendu réceptif à son appel au bien, au beau et au vrai, il nous appartient d'y répondre ou non. Si nous avons cette sincérité, à ce moment-là, disparaît de plus en plus toute forme d'écart intérieur ou de distance entre le fond authentique de notre individualité et la vision en première personne (vision partagée par Douglas Harding). 

L'âme, c'est ce point où une véritable individuation en parfaite harmonie avec le Devenir Divin est une évidence indubitable. L'échelle alors n'est plus celle d'une courte vie humaine. Notre âme de nature divine partage l'éternité atemporelle de l'Être Divin et la sempiternité du Devenir Divin. Si ceci relève encore de la croyance ou de la spéculation, notre âme vraie d'essence divine nous est encore inconnue.

L'âme pressent que tout est Un et elle grandit dans l'intelligence du Devenir. Avant d'incarner cette intelligence au-delà de l'intelligence mentale, elle la vit comme présence et action de la Mère divine. 

Quand la voix du Divin s'entendra à travers notre âme, il serait dommage que notre ego, qui demeure encore en surface de nous-même n'obéisse pas à la commande divine. L'ego, même spirituel, même imbibé d'un mental spiritualisé peut ne pas être un bon serviteur de l'amour du Divin. Il peut vouloir continuer à améliorer la façon de vivre sa situation et ses relations alors que le progrès de l'âme exige une aventure périlleuse pour l'ego voire une rupture avec ce qui nous disperse de notre profondeur. 

En intégrant tout ce que nous sommes autour du centre véritable de nous-mêmes qu'est notre âme, la division entre l'impersonnel et le personnel, l'individuel et l'universel n'a plus de sens... 

La vacuité universelle et impersonnelle découvre désormais une dimension divine personnelle et individuelle qui en est inséparable. La seule présence de la vacuité est désormais ressentie incomplète quand la présence divine de l'âme se retire, à cause de notre insubordination au Divin. Réciproquement, il ne peut y avoir la présence de l'âme sans être consciemment vacuité, paix intérieure. L'ego qui a suivi une impulsion qui étouffe et ferme à la présence de l'âme ne manque pas ensuite d'être sollicité par des impulsions qui cherchent à lui faire perdre de vue la présence pacifiante de la vacuité.

Le Devenir est une joie en mouvement dont l'âme est une onde. Le désir, le plaisir, la peine, la douleur demeurent peut-être encore, mais ils sont bien vus comme un restant de l'ego séparateur. Ils sont le symptôme de l'inachèvement de notre transformation divine.

La vision en première personne arrache la tête de l'ego, son égocentrisme, mais pas ses racines que sont le désir, la recherche du plaisir et leur revers qu'est la souffrance. La vision en première personne fait de nous des personnes libres de leurs désirs, mais pas des êtres libérés du désir.

Pour cela, il faut trouver son cœur et, dans son cœur, il faut trouver son âme et la conscience vraie du Devenir, la Mère divine, dont la substance est aussi celle de notre âme.

 L'horizon d'être un pur instrument entre les mains du Divin peut alors commencer à se concrétiser. Ce n'est plus ce qu'on aime, ceux qu'on aime, dans un endroit qu'on aime. Ce que nous sommes vraiment, c'est le Divin et son Devenir. Et pour Être et Devenir ce que nous sommes vraiment, pour que la filiation divine de notre âme l'emporte sur notre subconscient animal, notre ego doit être transformé à l'image d'un soldat qui s'exécute sans délai et sans ménagement pour sa petite personne. Un bon soldat n'est-il pas prêt à donner sa vie, juste le temps du salut militaire marquant déférence et obéissance à son supérieur venant de lui ordonner une mission périlleuse ?


Tableau de Gustave Caillebote