mardi 15 décembre 2015

COMMENT LE MOUVEMENT INTEGRAL PEUT ENVISAGER LAÏCITE ?


Voici une piste.

On lit dans Quelques réponses de la Mère, p.246 :

Cela dit, notre position est claire.
Nous ne luttons contre aucune croyance, aucune religion.
Nous ne luttons contre aucune forme de gouvernement.
Nous ne luttons contre aucune caste, aucune classe sociale.
Nous ne luttons contre aucune nation, aucune civilisation.
Nous luttons contre la division, l'inconscience, l'ignorance, l'inertie et le mensonge.
Nous nous efforçons d'établir sur terre l'union, la connaissance, la conscience, la Vérité ; et nous luttons contre tout ce qui s'oppose à l’avènement de cette création nouvelle de Paix, de Vérité et d'Amour.

16 février 1965 

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vendredi 11 décembre 2015

LE DILEMME FRANCAIS SELON SRI AUROBINDO.




"Le peu de fraternité qui existe en Europe s'est établi autour de la patrie : appartenir à la même patrie, connaître des bonheurs et des malheurs communs, sentir la liberté protégée par l'unité, voilà la connaissance qui est à la base de l'unité européenne. Contre elle s'élève une autre connaissance : nous sommes tous des êtres humains, tous les êtres humains sont un, toute différence entre les êtres humains provient de l'ignorance et est nuisible ; le nationalisme est cause de différences, il provient de l'ignorance, il est nuisible ; nous devons abandonner tout nationalisme afin d'établir l'unité de l'humanité entière. « C'est en France, en particulier, le pays où les grands idéaux de liberté, d'unité, de fraternité, ont pu d'abord être diffusés, dans ce pays riche en idées et en sentiments, que ces deux connaissances contradictoires se trouvent en conflit. Le nationalisme est une vérité, et l'unité humaine est une vérité : c'est l'harmonie de ces vérités qui peut amener le bien de l'humanité ; si notre intelligence nous rend incapables de cette synthèse, si elle met en conflit des principes qui sont au-dessus des conflits, cette intelligence ne peut être que sujette à l'erreur [...]."

dimanche 6 décembre 2015

PEUR DE L'APOCALYPSE, ECOLOGIE ET SPIRITUALITE.



La question de la peur de la fin de l'humanité dans une perspective spirituelle ne se posera pas en tant que pure peur. L'aspect positif de la peur se sublime spirituellement en prudence.



En faisant l'expérience d'une façon d'être au-delà du mental, nous découvrons que nous ne sommes pas seulement ce corps fini, vulnérable et mortel auquel nous nous sommes identifiés jusque là. 
Associer spiritualité et écologie ne peut donc pas consister à promouvoir la peur. La recherche spirituelle consiste en effet à expérimenter l'au-delà de la peur. Cependant si nous découvrons une dimension de nous même non enfermée dans un corps limité et mortel, il n'empêche que par la spiritualité nous pouvons découvrir que nous participons intérieurement à la manifestation d'une toile du vivant. La spiritualité n'est pas seulement détachement de la vie (sceptique par exemple) mais aussi communion plus ou moins profonde avec elle.

Susciter la peur pour imposer l'écologie n'est pas du tout un chemin spirituel mais la prudence n'en reste pas moins une vertu. Certains appels à la prudence sont dénoncés injustement comme des incitations à la peur. Appeler à la prudence n'a rien à voir avec utiliser la peur. Utiliser la peur serait de la politique au sens d'un art de la manipulation et c'est bien ce sens de la politique qui doit être dépassé ou abandonné à un moment ou un autre si une évolution de la conscience passe par une spiritualité intégrale. Bien sûr certains dénoncent des appels à la prudence comme une manipulation par la peur mais là la manipulation consiste à dénoncer une soi-disant manipulation.

Dernier point la peur ou l'impression de la peur est bien souvent ce qui justifie le cynisme et amplifie la dégradation de l'environnement. Pascal a bien vu que le divertissement face à la mort induit le fait de risquer sa vie : au cœur de l'action la plus risquée je n'ai plus à penser à la mort. Aujourd'hui le cynisme est bien souvent un divertissement devant la peur de la fin de toute humanité : c'est donc le fruit d'une double négation d'un amour pur au cœur de l'être... 
Ceci dit revenons à la question écologique :

"Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou soit un économiste", dit Pierre Rabhi.

Ce point révèle une urgence à un changement urgent de culture dominante. La croissance matérialiste et capitaliste est une culture à dépasser or toutes les actions politiques l'ignorent encore. 

Apocalypse signifie en grec révélation. Ne confondons donc pas fin du monde humain et apocalypse où le monde humain ferait de la place à un monde autre que dominé par l'humain. 

Les connaissances sur le vivant nous disent clairement que nous avons en tant qu'espèce provoqué une crise évolutive : le changement climatique s'accompagne de la sixième grande extinction, et aussi d'un bouleversement des écosystèmes significatifs de toutes les grandes crises évolutives précédentes.

Si apocalypse, il y a, ce serait certainement l'émergence d'une nouvelle manière d'être cellulaire plus que culturelle ou mentale. Et là la connaissance mentale n'est guère capable d'envisager un au-delà d'elle-même se manifestant dans la matière. Comment penser une certaine manière d'être cellulaire autre que liée à une évolution cérébrale dont la conscience mentale est l'aboutissement ? Si on suit la connaissance mentale en biologie, il n'y a rien de nouveau sous le soleil depuis les cellules sinon l'organisation de celles-ci. Cependant la connaissance mentale ne peut cependant pas être à la hauteur de l'expérience spirituelle de base qu'est la réalisation de la lumière intérieure même si elle commence aujourd'hui à repérer des conséquences cérébrales et organiques de vivre consciemment dans la lumière intérieure. Un ordinateur pourra toujours faire mieux que notre connaissance mentale mais la connaissance intuitive inhérente aux réalisations spirituelles en tant qu'elle révèles un au-delà au-delà de tout ne sera jamais réductible à un simple mécanisme matériel plus ou moins plastique. Une connaissance nouvelle est même possible qui mettrait en jeu la matérialisation au sein de l'au-delà au-delà de tout. Sri Aurobindo parle d'une telle expérience spirituelle supramentale qui produirait un nouveau type d'être beaucoup plus plastique et conscient de manière de plus en plus immédiate et totale de sa manifestation matérielle. 
Ces points de vue intérieurs sur une dimension de la conscience qui ne peut être ramenée à une connaissance mentale et donc qui n'est pas modélisable selon des schémas et des modèles mentaux ouvre donc à la possibilité d'un niveau de conscience  possiblement autre au niveau matériel lui-même.


On peut tenter des analogies : la conscience du chien ou du chat n'arrive pas à envisager la conscience humaine dans sa profondeur même si elles peuvent échanger avec elle. Certains éthologues estiment que le chat dans une famille humaine se prend pour un humain mais quelque chose a priori lui échappe encore de la culture humaine. Si une nouvelle forme de conscience s'incarne comme capacité d'être plus directement consciente de sa propre manifestation matérielle, nous ne pourrons qu'en avoir une idée et non l'expliquer ou la comprendre.

Sans aller jusqu'à considérer que la conscience supramentale est le nouveau palier évolutif en cours, nous pouvons déjà creuser spirituellement ce monde subtil intuitif, ce quelque part qui relie cette conscience non mentale auto-créatrice et donc au-delà au-delà de tout et notre conscience mentale personnelle. Déjà du point de vue d'une expérience d'une conscience spirituelle ouvrant à une aventure intuitive au-delà de la conscience mentale, il est évident que la croissance des puissances matérielles de la culture humaine par l'intelligence mentale ne peut être infinie. L'homme mental "augmenté" ou "titanisé" par le biais de nouvelles technologies ne sera qu'une impasse. Cet homme augmenté ne sera qu'un homme qui tombera d'autant plus sur les limites. Un enfant qui balbutiera le nouveau niveau de conscience qui émergera de cette crise évolutive brisera d'un geste ses jouets titanesques et l'homme mental sera plus nu qu'à l'aube de sa venue évolutive. Indice majeur : toutes les technologies ont leur faille et leur panne... Toutes ont un défaut de conscience, une inconscience non pas morale mais ontologiquement indépassable... 

Bilan

La peur est inutile même si la prudence mentale est elle nécessaire. Cette prudence mentale est une vertu qui consiste à comprendre mentalement les limites des prétentions mentales à dominer la matière et la vie.
Une évolution authentique ne peut être qu'une évolution de la conscience au-delà de la conscience ordinaire réduite à un moi mental, émotionnel logeant dans un corps et étendu matériellement avec des artefacts pensés mentalement... La véritable connaissance est de savoir participer de plus en plus consciemment à l'évolution de la conscience. Celui qui a réalisé la lumière intérieure ne peut réduire cette participation à de la pensée, il sait que la racine de cette participation se joue dans une connexion intuitive à la lumière intérieure. Si vraiment en lui le mental accepte de se reconnaître dans ses limites, il peut même aspirer à une manifestation terrestre d'une conscience surpamentale. 
Si on parle d'une participation de plus en plus consciente à l'auto-création de la Conscience divine, le chemin de la connaissance est peut-être en ce sens infini. Mais si on parle de la connaissance exclusivement mentale, on s'enlisera dans des systèmes dont la boîte noire échappera de plus en plus à notre conscience ordinaire mentale et donc de moins en moins à la faille de la crise évolutive du mental en cours...

Retour sur notre actualité écologique

Pierre Rabhi est un fidèle interprète de Krishnamurti. Au centre de l'expérience de ce dernier, il y a ce qu'il appelle "Otherness" surgissant quand tous les chemins de la conscience mentale ont révélé leur vanité.

Dans le monde certainement finissant de la conscience mentale, ce sont nos folies et nos désirs consuméristes égocentriques qui pensent encore en nous que la pensée est le chemin le plus juste vers le réel.

Bien sûr, ce discours est encore de la pensée et relève donc d'une conscience mentale au mieux éclairée par une certaine lumière intérieure. Mais la pensée usuelle et ordinaire a toujours pour signifié le signifiant : le mental nourrit le mental, l'ego parle de lui-même et voit un monde où le réel et la pensée pourrait coïncider. Hegel posait clairement ce problème le réel est-il ou non rationnel, pensable intégralement ? Et il a saisi là l'ultime ressort de la modernité et de la postmodernité hypermoderne si l'on veut. Ici dans cette philosophie de l'évolution au-delà du mental humain ordinaire, le signifié est en dehors de tout signifiant mental même si ce signifié est simultanément à la source de l'être et du monde mental. Il ne s'agit pas seulement de fournir une pensée intégrale (peut-être encore trop fermée comme celle de Hegel ou plus efficace et ouverte encore comme celle de Ken Wilber) mais de viser à une aventure intérieure de la conscience usant d'une spiritualité intégrale. 

L'enjeu culturel est donc d'en finir avec toutes les tentations modernes et prémodernes de pensée totalisante risquant de nous plonger encore et encore dans des folies totalitaires. Le seuil postmoderne est utile en ce qu'il nous a appris à déconstruire toutes les volontés mentales de s'instituer en une vérité alors qu'il ne peut s'agir que d'une interprétation parmi d'autres y compris quand nous cherchons à rendre compte de la lumière intérieure non mentale. L'hypermoderne sait qu'il faut cependant hiérarchiser ces mentalités à partir d'une pensée complexe ouverte. Mais devenu solidement hypermoderne, s'ouvrant vraiment à la spiritualité, il lui faut se libérer de toutes les forteresses mentales. 

Et même ces petits éclairages intuitifs obtenus dans la lumière intérieure qui précisent nos pensées satisfont de moins en moins le feu croissant de notre aspiration évolutive. 

jeudi 3 décembre 2015

LA LAÏCITE DE 1905 N'EST PAS SEULEMENT NEUTRE VIS-A-VIS DES RELIGIONS.

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Présenter la laïcité de 1905 comme neutre et bienveillante vis-à-vis des options métaphysiques et religieuses est l'interprétation type Pena-Ruiz. Avec Jaurès, je pense que la laïcité 1905 met en avant la spiritualité en tant qu'expérimentation intérieure tout comme la science au-delà des religions et des métaphysiques matérialistes athées anti-spiritualistes. L'enseignement de philosophie à la plupart des élèves français, enseignement qui n'exclut pas Plotin, Platon, stoïciens, augustiniens, cartésiens et autres spiritualistes suggèrent cette non neutralité d'ordre argumentative, rationnelle, phénoménologique et expérimentale. D'autre part, L'enseignement laïque prend lui en compte la nécessité du point de vue athée, d'ailleurs souvent lui-même porteur d'une spiritualité anti-religieuse comme chez Spinoza, Schopenhauer, etc. Ainsi une laïcité promouvant la philosophie n'a rien de neutre spirituellement. On demande d'être capable de ne pas être enfermé dans la vérité d'une croyance indubitable et dogmatique : ceci est un acte spirituel capital pour que l'amour tolérant soit toujours au-delà de tout attachement dogmatique. La religion est particulière, la spiritualité a une dimension universelle testable et expérimentale. Bon nombre de rituels culturels dont ceux proposés par les religions n'auraient plus lieu d'être dès lors que l'horizon spirituel d'un au-delà des religions aujourd'hui nécessaire pour la paix civile se manifesterait politiquement.

Sur ce point avec d'autres, je me reconnais d'autant plus dans la laïcité 1905 que je pense que les spiritualités doivent se libérer des religions pour mieux s'intégrer et s'universaliser dans une science de l'intériorité. Celle-ci commence à s'imposer en sciences avec la neurophénoménologie, une science du cerveau et de la conscience qui a émergé dans les années 1990 avec Francisco Varela. Plus récemment celle-ci devient inévitable avec les thérapies cognitivistes et comportementalistes de 3ème génération comprenant la médiation laïque de pleine conscience ou encore avec les travaux comportementaux sur le bonheur. Les religions proposent d'adorer et de perpétuer des traditions, les spiritualités ont toujours été des innovations. La plupart ont essayé longtemps de se fondre dans le moule religieux. Parfois cela a coûté persécutions (Saint Jean de La Croix, Mme de Guyon, etc.). Mais depuis le fin du XVIIIème, les nouveautés spirituelles les plus importantes se sont développées en dehors des cadres religieux sans ré-instituer une nouvelle religion : les mouvements francs-maçons, Ramakrishna et Vivekananda qui ont témoigné de l'unité fondamentales de l'expérience du divin au-delà des religions, tout le courant néo-advaïta (Papaji, Atmananda Krishnamenon, Prajnanpad, etc.), le courant de non dualité (Douglas Harding, Eckhart Tolle, J. Krishnamurti, etc.), le mouvement laïque de la méditation de pleine conscience qui s'impose aujourd'hui de plus en plus dans les milieux des thérapies psychologiques en France et aussi déjà dans les milieux scolaires de divers pays occidentaux, et enfin le mouvement intégraliste (Bergson, Sri Aurobindo, Mira Alfassa, Satprem, Ken Wilber, etc.) qui conçoit un art d'évoluer consciemment et nous permet de mieux prendre d'un développement de conscience inégal que le postmodernisme ignore en ayant une vision discutable de l'égale dignité des personnes et des cultures. 

Une enquête sociologique récente montre la montée significative (Barbier-Bouvet, Les nouveaux aventuriers de la spiritualité, Médiaspaul) d'un courant spirituel qui partage des références (Frédéric Lenoir, Arnaud Desjardins, Eckhart Tolle, etc.) et qui héritant de la tradition judéo-chrétienne ne se reconnaît plus avant tout membre d'une Église mais aventurier spirituel parmi d'autres capable de puiser aussi dans le bouddhisme ou l'hindouisme. Ce n'est pas ce que certains sociologues chrétiens appelle le new-age ou une nébuleuse ésotérico-mystique. La laïcité de 1905 non neutre est le contexte politique qui seul peut permettre d'accomplir selon moi un saut spirituel de notre nation mais en dehors de toute appartenance religieuse. Seule elle peut offrir un contexte idéal pour former une fraternité humaine nationale l'emportant sur toute appartenance religieuse et culturelle. Ceci est une position jauressienne, héritière de Buisson ou plus avant de Pierre Leroux (inspirateur de la devise républicaine Liberté, égalité, Fraternité).
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jeudi 26 novembre 2015

DEFENDRE LA LAÏCITE REVIENT A NE PLUS FAIRE DE CRECHE DANS LES MAIRIES ET LES ECOLES.

Faut-il renoncer aux crèches de noël dans les mairies ou dans les écoles publiques ? 
Qu'on le veuille ou non une crèche reste une forme de prosélytisme. Un sapin de noël décoré avec des boules et des guirlandes et un père noël n'ont eux rien d'une propagande métaphysique et religieuse. Les musulmans d'ailleurs après Mohamed pensent que Jésus né de la vierge Marie à la fin des temps viendra juger les vivants et les morts. Le fils de dieu incarné reste l'objet d'une croyance religieuse et n'est jamais simplement une décoration, une imagerie locale.

L'argument culturel ne tient guère si on s'en tient à l'histoire républicaine. Il est temps d'accepter qu'en 1905 on a retiré les crucifix des écoles et donc les symboles d'adhésion de l’État au christianisme. La spiritualité centrale de la république consiste en la philosophie et en la science. 

Aujourd'hui la science prouve l'importance de la méditation de pleine conscience, la philosophie commence à réactualiser des sagesses expérimentales et si le divin a un sens il sera une expérience et non une croyance. Face au retour des intégrismes musulmans et des évangélistes dans les banlieues, il n'est pas lucide de jouer la carte de l'anodin culturel villageois de la crèche catholique. Soit dès lors on est multiculturaliste à l'anglo-saxonne et toutes les tendances religieuses sont bienvenues dans l'espace publique, soit on défend une laïcité qui exige de déposer les convictions, les accoutrements communautaires à l'entrée pour des arguments et des expériences partageables (y compris spirituelles) et bien sûr discutables. 

Dès lors je préfère qu'on discute dans l'espace publique sérieusement de l'expérience de l'infini, de Descartes et Pascal ou encore de certains arguments, à mon avis, convaincants d'Augustin plutôt qu'on fasse de la publicité même innocemment pour une quelconque identité religieuse. D'ailleurs dès lors il faut à la même hauteur évoquer Ib'n Arabi, Mohamed Iqbal ou Sankara, Abhinagupta, le Bouddha et Lao TSeu. 

Et entendons-nous bien un franc-maçon ne dirait pas le contraire car il n'ignorerait peut-être pas ces noms de la plus haute spiritualité de toutes les civilisations à moins que sa démarche ne soit enfermée elle-aussi dans une forteresse mentale étroite à l'image du croyant religieux ordinaire.

Dernier point je pense qu'il est possible de défendre tout comme Jaurès une spiritualité laïque dont l'objet est précisément de s'arracher à toutes les identifications particulières non pour trouver une identité universelle qui serait vide mais le mouvement même d'une liberté créatrice à l’œuvre détachée de toute limitation identitaire. Jaurès militait d'ailleurs pour que le meilleur de la spiritualité chrétienne ne dorme pas dans le giron du catholicisme. 
La question de Jésus unique fils de Dieu et donc de la crèche est religieuse mais l'idée qu'aimer son prochain comme soi-même est semblable à aimer le divin (l'absolu) de tout son cœur est universelle et donc spirituellement laïque peut se montrer philosophiquement (cf. Louis Lavelle) et se démontrer scientifiquement (cf les études sur l'empathie, les neurones miroirs, etc.). Jésus pointait lui-même en ce sens quand il disait que les blasphèmes à l'encontre de son nom ne portait pas à conséquence contrairement aux blasphèmes sur L'Esprit (d'amour) !

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mercredi 25 novembre 2015

VIVRE EN PAIX.

Article du site http://www.motherland-guharoy.net

Motherland – Prières d'harmonie

Vivre en paix




La vie sur terre est très tourmentée. Il n’y a nulle part même une semblance lointaine d’harmonie. La tension est à son comble, les gens courent dans tous les sens pour trouver un peu de répit dans ce tourbillon infernal. Mais on ne peut pas trouver une solution paisible, une harmonie satisfaisante par les moyens extérieurs. On change les lois, les institutions les systèmes politiques, économiques, religieux, sociaux mais on reste au point zéro. Le mental de l’homme vit dans la division et ne voit pas l’unité fondamentale de toute existence, le Divin immanent, éternel, invariable, l’esprit infini. Le vital de l’homme vit mu par les désirs, les passions, les impulsions incontrôlables et ainsi l’homme vit dans un état de lutte, de conflits permanents. Pourtant il porte en lui-même, dans ses profondeurs, loin derrière le cœur l’âme immortelle, son vrai Moi éternel, habité par la Divinité suprême. Mais tant que l’homme accepte de vivre une vie ignorante, douloureuse, la question du changement de la conscience ne se posera pas.
Chez une minorité l’âme intérieure, l’être psychique psyché est bien formé, bien cristallisé, ceux là ne peuvent pas accepter cette vie de folie et sont à la recherche d’une solution valable, durable, d’une paix inébranlable en toute circonstance, d’une harmonie spontanée même au sein d’un chaos effroyable, d’un bonheur qui ne s’évanouit pas comme la rosée du matin. Mais la découverte de l’âme n’est pas une action facile le chemin est long, dur et demande une aspiration constante et concentrée. La Divinité dans l’âme mène le chercheur pas à pas hors de cette vie chaotique angoissée vers la conscience spirituelle bien au-delà de la pensée la plus brillante et dont la substance même est la paix, l’harmonie, la félicité divines, profondes, invariables à l’abri de tous les mouvements inconscients et violents de l’homme. On peut vivre en paix parmi les hommes.

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Niranjan Guha Roy

LA LOGIQUE DU PROFIT NE PEUT PAS IMMUNISER NOS SOCIETES CONTRE LES LOGIQUES TOTALITAIRES des terroristes et des fascistes.



A vrai dire à partir de 1997, j'ai souscrit à la thèse que nous vivons non pas une simple crise mais une crise évolutive majeure. Et mes avancées spirituelles n'ont pas ébranlé cette thèse...

Une crise morale peut engendrer de nouvelles valeurs.
Une crise économique peut engendrer de nouveaux équilibres.
Une crise sociale peut engendrer une révolution.
Une crise écologique peut entraîner une extinction d'espèce.
etc.

Mais quand une crise concentre à ce point toutes les formes de crise, c'est l'impasse d'une manière d'être biologique.

Quel est le mode d'être biologique qui a besoin d'être dépassé ?

Jusqu'à présent le vivant a vécu dans la peur et la crainte de perdre sa vie, de ne pas la gagner, de ne pas avoir de travail, etc. La concurrence économique joue sur des facteurs malthusiens : le pétrole, les matières premières précieuses, la consommation de produits rares. Les religions sont encore en train d'estimer majoritairement que l'abondance matérielle se trouvera au paradis et que ce monde est une vallée de larmes pour les exclus de l'économie (ce discours est le fer de lance d'une bonne part de l'intégrisme religieux qui a repris dans le monde le flambeau des communismes évanescents). L'égoïsme nationaliste prolonge volontiers ces logiques malthusiennes.

Mais les biologistes eux-mêmes commencent à relativiser le malthusianisme darwinien. Le vivant fournit au vivant le moyen de sa propre évolution. Il y a des crises évolutives liées à des bouleversements climatiques majeurs. Mais à chaque fois dans la biodiversité, une catégorie de survivants a offert une nouvelle exploration des potentialités du vivant qui a redynamisé toute la toile du vivant. J'observe que cette exploration accompagne une exploration de modes de conscience d'être où l'individualité semble s'explorer autant que des formes d'être-ensemble.

Les premières bactéries à consommer du Co2 ont failli mener à la faillite du vivant en produisant de l'o2 qui a refroidi dramatiquement le climat : c'était la première extinction massive. Une forme de vie est apparue qui a consommé de l'O2 et produit du co2. Nous sommes à l'heure de la 6ème extinction où l'animal humain pourrait spirituellement devenir plus conscient de sa participation à l'évolution de l'environnement, du vivant et de sa conscience.

Il ne s'agit ni de gagner sa vie, ni de gagner les élections, ni de gagner de nouveaux coreligionnaires, etc. il s'agit de participer plus consciemment à une évolution créatrice.

Cette tâche spirituelle me paraît beaucoup plus aisée aujourd'hui en France qu'ailleurs. Car notre projet fondamental moderne de liberté, d'égalité et de fraternité est inachevé.

Au moyen-âge régnaient les intégrismes religieux monothéistes. A l'époque dite des Lumières, l'obscurantisme, la superstition et le goût de la hiérarchie dominaient le monde malgré quelques frémissements de tolérance religieuse. Enfin aujourd'hui le règne du profit nourrit l'inculture (l'élimination du latin comme discipline me semble caractéristique), promet l'intégration économique par l'école tout en nourrissant l'inutilité sociale de masse et à la fin s'étonne de retours à l'obscurantisme. Cependant ces forces psychiques visant au profit me semblent moins effrayantes que le règne des castes guerrières ou religieuses car le profit croit de moins en moins qu'il a pas besoin de restreindre les libertés d'expression vus que les médias vivent des profits de l'audimat, qu'une information pour être combattue doit juste être noyée dans la désinformation ou l'inculture... Dès lors ce qui viendra dépasser cette conscience mesquine surgira silencieusement (du point de vue médiatique), n'aura aucunement de violence pour s'imposer comme une nouvelle forme de vie collective à incarner. Car la république démocratique dont nos politiques représentants de commerce se targuent n'est qu'un projet inachevé que par leurs intérêts ils ne pourront jamais sincèrement servir. Mais comme Rousseau y insiste nous ne pouvons pas être citoyen juste en laissant glisser un bulletin de vote dans une urne pour donner notre pouvoir de décision à un représentant qui ne tient pas ses promesses mais poursuit des intérêts ploutocratiques.

La force du profit qui tient en la croyance qu'il faut gagner sa vie, que la sécurité tient à la possession de la denrée malthusienne qu'est l'argent, etc. tombera... Les damnés de la terre qui rêvent encore de paradis religieux ou d'arrières-mondes s'ils constatent qu'on peut leur permettre d'échapper à la malédiction de devoir gagner sa vie laisseront tomber leurs guerres saintes... Toutes ces défaillances spirituelles sont la traînée des unes des autres.

Quand le tyrannosaure est encore en haut de la chaîne du vivant, on a un monde bien étranger à la compassion, à l'empathie, etc. Un docufiction sur cette manière d'être vivant vivant le montre aisément.

Dans le système global des représentations mentales et donc des mentalités, n'oublions donc pas que le haut de la chaîne est lié aujourd'hui à la valeur de profit. Certes à la marge nous avons des mentalités guerrières et religieuses dont nous avons sentis fort récemment la force de nuisance. Mais n'oublions pas que leur armement est une production industrielle commercialisée achetée grâce à la commercialisation de coton, de pétrole, de drogues, etc. N'oublions pas que le recrutement insiste sur des conditions de vie matérielle enviables. N'oublions pas que ces descendants d'immigrés mal intégrés capables de haine contre leur pays n'ont pas été éduqués ou rééduqués faute de moyens alloués à l'éducation, à la justice comme instance de sanction, à la justice comme instance de réhabilitation, à la médecine psychiatrique et à la psychologie. Et quand les moyens existent encore : on favorise en psychiatrie le médicament au lieu d'un travail de libération de l'esprit, on réduit l'école à des techniques mentales en vue de produire de bons petits soldats du profit et on regarde avec condescendance les disciplines axées sur le développement du sens critique. L'individualisme du profit met à mal toute solidarité nationale en ne payant pas l'impôt, en exploitant l'immigration au travail au lieu d'intégrer les chômeurs dans la vie active, etc.    

Ainsi avec mes enfants je regarde parfois des docufictions sur les dinosaures et je prends conscience de la patience de la nature pour créer des individus de plus en plus conscients et solidaires dans l'unité de la conscience. Dans le monde des dinosaures à l'apogée, le tyrannosaure est caractéristique. Il y a un début d'attention à ses progénitures mais elles peuvent s'entretuer ou s'exclure, pas d'intervention parentale, et la mère peut à l'occasion en manger une si la chasse n'est pas bonne.. Ces docufictions sont peut-être bâtis avec le préjugé darwinien d'un struggle for life. Mais en tout cas les bestioles inoffensives de l'époque n'étaient que des proies. 

Aujourd'hui se joue un tournant évolutif : une part de nous veut un monde où le haut de la chaîne du vivant ne soit plus dominé par un pur prédateur mais dans cette tâche nous devons apprendre à trouver la confiance dans ce monde à venir en voyant qu'il surgit de notre intériorité, qui elle vit déjà dans l'unité, la paix et se réjouit dans l'amour inconditionnel et non préférentiel qui s'incarne dans le monde... La désespérance est l'ennemi de cette cause...

Il y a alors une hiérarchie évidente de valeurs humaines qui s'imposent à l'esprit : cette profondeur doit mettre au pas le profit sous la forme d'un enrichissement matériel durable justement partagé et la force économique enfin soumise à la justice mettra naturellement au pas ces guerriers égarés (voire les psychopathes ou sociopathes instrumentalisés mais cependant engendrés au sein d'une société pour qui la rentabilité économique est trop souvent au-dessus du souci de l'humain). En effet ces guerriers ne sont rien sans des agriculteurs qui les nourrissent, des industriels qui en fermant les yeux acceptent qu'on leur vende leurs armes ou qu'on leur fournisse des moyens de télécommunication et enfin des financiers qui fricotent avec d'autres financiers qui eux par idéologie investissent. 

Mais pour installer ce bon ordre, une radicalisation démocratique de l'égalité, de la liberté et de la fraternité est nécessaire : par exemple que tout citoyen soit muni d'un revenu inconditionnel d'existence du fait d'être respectueux des fondamentaux de sa citoyenneté. Chacun sentirait matériellement sa mère patrie n'ayant pas à lui quémander son allocation logement, son assurance chômage, son assurance maladie, ses bourses, son allocation handicapée, l'avancée de son dossier pour toucher la retraite, etc. Enfin nous aurions par ailleurs des contrats de travail démocratiques puisque l'employé ne serait pas soumis au bon vouloir de l'employeur. On travaillerait clairement pour créer un surplus de richesse et non plus pour gagner sa vie. On travaillerait pour le luxe, pour la création, etc. Et certains auraient enfin les moyens de développer une spiritualité sans dépendre de la solidarité d'une église, d'une secte, du financement de ceux à qui ils sont sensés enseigner l'autarcie du sage. Quant au chercheur spirituel s'il devient clair que le profit n'a rien de justifiable spirituellement, il ne se laisserait plus aller à accepter les compromis des enseignants spirituels auto-proclamés. Une économie du partage en dehors de l'argent serait alors rendue possible... Le souci de l'humain et la fraternité ne seraient plus un vain mot. La spiritualité ne peut plus se réduire à une émancipation de nos illusions psychologiques et identitaires, elle doit être une participation de plus en plus consciente au mouvement de manifestation du réel émane de notre essence. Il faut que nos spiritualités aient après la découverte de l'Esprit, une Âme pour enfin prendre Corps dans le monde. 

lundi 16 novembre 2015

ELEMENTS D'UNE POLITIQUE POUR LUTTER CONTRE LES RADICALISATIONS RELIGIEUSES.


Bien sûr, pendant des siècles, il n'y a presque pas eu de spiritualité en dehors des religions. Mais la spiritualité n'est pas le sommet d'une religion, sinon elle ne serait qu'une lumière emmurée pour donner à l'édifice religieux sa dernière touche.
Et les grandes avancées spirituelles jusqu'aux Lumières n'ont été que de grandes crises religieuses voire de nouvelles religions. On attendait le retour du Christ, on a eu des Églises. On espérait l'unité des croyants musulmans, on a eu une guerre de califes. Les religions promettent la paix et pour cela menacent d'enfer ou mettent des bombes.

Il n'y a peut-être que les spiritualités philosophiques qui n'ont pas été prisonnières et alourdies par des dogmatiques religieuses se prétendant intangibles... Un philosophe argumente, un religieux anathématise. Un philosophe élargit ses connaissances, un religieux se limite à ses textes sacrés. Un philosophe crée et évolue, un religieux convoite l'apocalypse et contribue souvent dès lors à la fin du monde au cas où il pourrait voir sa religion se confirmer en ce bas-monde.
 
Ainsi dans toute croyance religieuse, il y a un facteur de radicalisation car tout croyant religieux croit posséder la vérité toute entière.
Et si avec condescendance, un croyant tolère les autres religions, il pense que sa forteresse mentale est la bonne pour lui, même s'il ne peut le prouver et le faire expérimenter à personne.
Le croyant réclame le droit de s'enfermer dans des limitations mentales et vitales.
Le religieux bon tain n'usera pas de la force mais espérera toujours convertir à sa religion. Son adhésion au pluralisme n'est rien que superficielle car si tout le monde se convertissait, ses lois bientôt créeraient des restrictions de droits.
Ainsi le radicalisme violent perdurera-t-il en dernier recours au-delà du radicalisme dogmatique courant.  

Je ne crois plus à l'idée de religion de l'amour, je suis sûr d'une philosophie de l'amour prisonnière d'aucune philosophie.
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Pour aider à sortir de la religion,
il va de soi qu'il ne faut pas partir en croisade (même athée). 
Il faut juste impérativement pointer et sanctionner les seules personnes religieuses qui commettent l'injustice,
puisque sinon les pouvoirs religieux multiformes y gagneraient en prestige.
Pour aider à sortir de la religion,
il ne faut pas en stigmatiser l'une plus que l'autre,
puisqu'elles sont par essence galvanisées par les persécutions
de martyrs innocents.
Pour aider à sortir de la religion,
il faut mettre la tolérance et l'amour du prochain (le visage devant) au-delà de toutes les religions, il y faut défendre toujours plus de laïcité et désarmer ceux qui la refusent.
Pour aider à sortir de la religion,
il faut valoriser la dimension spirituelle de chacune qui peut bien sûr valoir pour tout humain sans qu'il ait à y adhérer exclusivement.
Pour aider à sortir de la religion,
il faut lutter contre les logiques identitaires exclusives et valoriser le détachement de l'identité comme liberté radicale, comme ouverture compréhensive toujours prête à évoluer.

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mardi 22 septembre 2015

DECOUVRIR LA SAINTETE ET ASPIRER A LA PERFECTION. POUR UNE SPIRITUALITE DE L'EVOLUTION DE LA CONSCIENCE.

Le perfectionnisme de l'ego est une erreur indéniable. Mais il y a un préjugé répandu dans le monde spirituel de la non dualité contre une voie de perfectionnement au cœur de l'éveil lui-même.

Celui qui voit sa vraie nature de conscience infinie vit dans la sainteté. Mais voir sa vraie nature et baigner dans la sainteté n'est nullement une garantie d'une voie de perfection sincère. 

La sainteté est notre être. La sainteté nous plonge dans notre dimension éternelle sans devenir. Il suffit ainsi d'une prise de conscience de notre être pour vivre la sainteté.
Mais la sainteté est souvent confondue trop vite avec la perfection qui doit condamner tout perfectionnisme. Les refrains du "il n'y a rien à faire" ou celui du "tout est parfait" sonnent souvent creux quand ils ne résonnent pas comme un déni. L'ego fait ses petites affaires et dès qu'on lui cherche querelle ou qu'on lui demande des comptes, soudain il revient prendre refuge dans la lumière. Il y a soudain avantage à dire sa dissipation pour ne pas entendre l'imperfection qui demeure et qui obscurcit la lumière de la sainteté pourtant indéniablement réalisée...

Il y a une perfection de la sainteté. Ne pas ressentir la perfection qu'il y a dans la sainteté de notre être essentiel signifie que cet être essentiel ne s'est pas réalisé au centre de notre individualité. La sainteté véritable voit la perfection de ce qui est, ici et maintenant. Mais si la sainteté n'aspire pas à davantage de perfection, elle manque l'aspiration à la participation la plus parfaite possible au devenir de ce qui est ici et maintenant.

Autrement dit, la sainteté voit la perfection du tout surgissant du rien ici et maintenant, car ce qui jaillit est dans sa totalité manifestation de l'être. Et en même temps qu'est vue la perfection du tout et l'éclat de l'être, l'aspiration à la perfection voit de plus en plus nettement les détails insatisfaisants même si le tout est parfait. Sans cette reconnaissance de l'imperfection dans le détail, il y a une libération spirituelle sans aucune compassion. La compassion reconnaît la souffrance et la douleur comme des imperfections manifestées à dépasser. Cette aspiration à la perfection qui implique la compassion met à l'écoute de la créativité intérieure du divin qui seule peut reprendre à travers nous le tableau qui se présente et le porter par sa grâce à plus de perfection.

 
Premièrement, cette grâce créatrice qui répond à l'aspiration sainte à la perfection ne se réduit pas à un chemin moral, à un idéal politique, etc. car c'est un procédé qui ne se réduit pas à des conceptions mentales à réaliser. Ici l'intuition créatrice est plus ou moins raffinée, élevée, illuminée, etc. L'artiste qui ne cherche pas centralement une solution mentale comme le scientifique sait qu'il y a plusieurs niveaux de qualité intuitive. Sa qualité d'aspiration détermine la qualité de la grâce créatrice qu'il pourra incarner.

Deuxièmement, aucun détail ne peut être amélioré en ignorant la perfection du tout et l'éclat de l'être qui manifeste le devenir. La grâce créatrice qui répond à l'aspiration à la création a besoin d'une expérience de la sainteté. Cette intuition de la perfection du tout et du presque rien dans lequel et par lequel il se manifeste est la base spirituelle de toute intuition créatrice de perfectionnement du détail.


 

En écho un texte de Quelques réponses de Mère, la compagne de Sri Aurobindo :

On garde ses défauts, parce qu'on s'y cramponne comme à quelque chose de précieux ; on tient à ses vices comme on tient à une partie de son corps, et arracher une mauvaise habitude fait aussi mal que de s'arracher une dent. Voilà pourquoi on ne progresse pas.

Tandis que si on fait généreusement l'offrande de son défaut, de son vice ou de la mauvaise habitude, alors on a la joie de faire une offrande et, en échange, on reçoit la force de remplacer ce qui a été donné, par une vibration meilleure et plus vraie.

Le 13 juin 1960

mercredi 24 juin 2015

SE BAIGNER DANS L'IMMENSE AVEC JOIE ET SERENITE.


 

Quelques réponses de la Mère, p.184 :

Il ne faut pas se laisser écraser par le sens de l'immense ; il faut s'y baigner, au contraire, avec joie et sérénité. Si l'on était inévitablement enfermé entre les quatre murs de sa conscience personnelle, c'est alors que ce serait triste et écrasant... Mais l'infini nous est ouvert, nous n'avons qu'à nous plonger en lui.


29 mars 1937, Ashram de Sri Aurobindo

samedi 21 mars 2015

LIBERATION ET TRANSFORMATION. FAIRE FACE A LA SOUFFRANCE.


Fini de seulement penser,
la reconnaissance du pur Voir dans le grand angle de la conscience
se fait d'un mouvement de doigt ou plus discrète d'un coup d’œil intérieur.
Se Voir dans la lumière intérieure, lumière sur lumière rien de plus rien de moins.


La bulle mentale avec ses mécanismes oblitère la lumière première ou elle la voile en arrière plan l'empêchant de vraiment briller en elle-même.
La bulle mentale signifie selon sa propre mesure dans l'ignorance du grand sens de l'ouvert véritable. Elle signifie étroitesse sur étroitesse.

Se remettre en place toujours et toujours.
La paix est une base nécessaire, mais elle ne suffit pas. La paix, si elle est forte et permanente, peut libérer l'être intérieur qui devient alors le témoin calme et impassible des mouvements extérieurs. C'est la libération du sannyâsî. Dans certains cas elle peut libérer aussi l'être extérieur puisque l'ancienne nature se trouve rejetée au-dehors, dans la conscience environnante. Mais là encore il s'agit d'une libération, non d'une transformation.

Sri Aurobindo, Lettres sur le Yoga

Mais si on voit sincèrement on aperçoit en l'instrument psycho-corporel ce qui se désaccorde.

Par exemple, un geste est de lier toute souffrance qu'elle soit sienne ou celle d'un autre avec le retour en ce Voir afin que la souffrance n'oblitère pas la paix.  Mais où trouver un chemin de transformation avec la souffrance ?

Il ne s'agit ni de vouloir la souffrance comme on prendrait héroïquement une croix de martyr ni de rêver qu'elle s'évapore selon nos désirs. Dans ce geste de retour à la lumière intérieure aspirant à la transformation, il s'agit de participer à l’œuvre créatrice. Remettre la souffrance entre les mains de cette lumière intérieure ne consiste pas à l'y tendre comme la demande égocentrique d'un miracle qui d'ailleurs ne donnerait aucune conscience d'un chemin de transformation. Il y a certes des miracles de ce point de vue mais ils ne répondent pas à une aspiration à la transformation. Pour servir un chemin de transformation au sein d'un chemin de Paix, il s'agit de tendre la souffrance à la lumière intérieure comme un cri paisible d'aspiration à un chemin évolutif de conscience enfin accessible à tous et pour tous. Notre individualité ne verra peut-être pas la victoire mais nous y aurons travaillé car cette lumière intérieure si rayonnante d'amour ne verra-t-elle pas à travers l’œil humain un défi créateur ?
Je rends grâce à ceux qui dans leur corps de douleurs universel mènent ce travail pour nous tous et faciliteront le nôtre quand l'heure sera venue.

vendredi 20 mars 2015

PEUT-ON ÊTRE MUSULMAN ET CITOYEN FRANCAIS ?



Il est vrai que la mystique religieuse n'a jamais garanti une religion de ses excès d'intolérance. De nombreux mystiques chrétiens comme St Bernard ont été des acteurs de l'intolérance. Au nom de ses lumières intérieures indéniables, il a ainsi attaqué Abélard dont l'intellect  ouvrait pourtant les prémisses des démarches de l'intellect moderne. Il a aussi appelé à mené croisade.
De même la mystique musulmane dans le passé et dans le présent récent ne garantit pas une interprétation religieuse des excès d'intolérance.
Mais faut-il en conclure que l'essence de ces religions implique l'intolérance ?

On remarquera que nos sociétés ne mettent pas en majorité en doute l'idée d'un possible christianisme tolérant.

Tout l'enjeu est de savoir si on peut être un croyant musulman et être tolérant. La réponse à cette question met directement en jeu le fait de savoir si on peut être un musulman et  un bon citoyen français. En effet si on répond qu'il est impossible d'être musulman et tolérant alors on fait du musulman quelqu'un qui par définition ne peut que rejeter un  modèle politique laïque. Tout musulman est alors considéré comme un potentiel danger pour la laïcité.

On peut visiblement être citoyen français et catholique sans que cela soit contesté : rejet de l'homosexualité, aucun rôle d'importance des femmes dans la hiérarchie ecclésiastique, interdiction de la contraception et de l'avortement qui donnent aux femmes un réel droit sur leur corps, ouvrages à l'index, etc. Les catholiques obéissent à des influences internationales (la papauté), sont-ce de bons français d'abord centrés sur leur nation ? (Ici je reprends simplement les arguments de Locke). La reconnaissance catholique des droits de l'homme date des années 1960, etc. La charia certes n'est pas tout à fait l'équivalent du droit canonique catholique mais les 613 commandements juifs et leur mise en œuvre ultra-orthodoxe ne le sont-ils pas davantage ? Ces juifs dont les textes religieux de base du premier testament sont forts comparables au Coran peuvent-ils être de vrais français ou finiront-ils toujours par servir les intérêts d’Israël ? Ces raisonnements me ramènent à ceci : on peut être de n'importe quelle religion même la plus discutable du point de vue rationnel et évolutif et être français à partir du moment où on reconnaît la suprématie d'une fraternité laïque sur les intérêts de sa communauté religieuse. Peu importe que dès lors ces gens ne soient plus tout à fait de bons catholiques, de bons juifs orthodoxes ou de bons musulmans (d'après nos interprétations externes), cette allégeance suffit. La révolution française n'a pas imposé autre chose aux prêtres et religieux cathos qu'une allégeance et la part des choses s'est faite entre des religieux désireux de réinterpréter de plus en plus leur religion en fonction de la modernité ou non. Qu'une réinterprétation trahisse ou non le texte est sans intérêt si on regarde les évolutions religieuses : les juifs dans la torah lisent des sanctions d'adultère comportant la lapidation et il n'y a aucun moyen d'échapper à cette littéralité du texte ; or cela ne les empêche pas de considérer même pour les plus orthodoxes cette compréhension comme désormais hors de propos. D’ailleurs dans le christianisme Jésus promet l'enfer éternel à ceux qui n'accueilleront pas ses disciples convenablement, l'apocalypse est un récit où des armées du bien affrontent des armées de l'axe du mal : Chirac dit que Bush a voulu le convaincre d'attaquer l'Irak parce qu'il y localisait Gog et Magog (cf l'Apocalypse).

Vouloir affirmer pour l'autre quelle est la façon juste de croire surtout si c'est pour dire que c'est la façon la plus inhumaine me semble sans intérêt pour faciliter la rencontre des personnes et l'évolution des identités en mettant le cœur au-dessus de toute identité.

Il paraît légitime de dénoncer ce qui doit l'être car si sinon ce serait un angélisme tragique. Mais en concluant qu'une religion est par essence anti-moderne, on condamne tous ceux en son sein qui tente de la moderniser.
Cette stratégie qui a été menée contre le catholicisme a abouti à l'exclusion de tous les modernistes chrétiens de l'église catholique aux alentours des années 1900 et a retardé son évolution interne qui n'a repris vraiment un commencement qu'après la seconde guerre mondiale et a connu un tournant décisif moderne aux années 1960.

Un religieux n'a pas à être un herméneute universitaire mais à devenir un herméneute guidé par son cœur qui ne renie pas ses racines mais veut les faire pousser au-delà de toute ombre au soleil du cœur. 
 
Il y a une critique des religions qui manque de cœur malgré l'objectivité de ses critiques dès lors qu'elle empêche celui qu'elle critique de se mettre à l'écoute de son cœur. Mais on voit si facilement la paille dans l’œil de son voisin...
 
les pères spirituels d'une religion ont rarement la perfection du cœur mais ils ont fait souvent ce premier pas du cœur... Si Henry Corbin, Jambet et Shayagan affirment qu'ils ont plus de vérité du Chiisme que Khomeyni, je les soutiens puisqu'ils défendent la démocratie moderne. Si Abdennour Bidar se dit musulman et défend la démocratie et la tradition philosophique, je le soutiens. Comme dans la pensée chrétienne catholique par homéomorphisme, je soutiens Panikkar, Ghislain Lafon, Teilhard... 

CLIQUEZ ICI POUR VOIR EN DÉTAIL.

Mais au final je crois que l'ultramodernité spiritualiste va épuiser toutes les formes religieuses inutiles quand l'expérience directe spirituelle se révélera possible au plus grand nombre sans institution, sans dogmatisme et sans croyance (ce qui n'est pas la foi dans l'ouverture qui peut détruire toutes les forteresses mentales posées pour séparer les personnes).

Est-ce de l'irénisme ? J'avoue que saint Irénée de Lyon qui a un discours conséquent sur le fait qu'un Dieu créateur ne pourrait pas vouloir créer un monde aboutissant à l'enfer pour la plupart. Pour Irénée de Lyon, Dieu s'est homme en Jésus-Christ afin que l'homme soit fait Dieu.

En m'arrachant à la dimension religieuse du propos, je témoigne d'une expérience spirituelle où le divin crée consciemment le vivant comme individualisation de sa conscience. Autrement dit si les notions d'âmes et d'évolution sont sensées, il se peut qu'une spiritualisation de nos sociétés conduisent les religions à devenir des reliques du passé.

Évidemment il y a ici en jeu une expérience intérieure qui ne se contente pas de réaliser que tout apparaît dans la conscience vacuité mais de réaliser que tout ce qui apparaît dans la conscience y apparaît de plus en plus consciemment.L'inconscience devient de plus en plus flagrante quand la conscience croît.

On aura compris que l'expérience mystique commence par être celle de la lumière intérieure mais que bien peu de ceux qui savent cette lumière voit vraiment leur cœur s'embraser non seulement pour cette lumière elle-même mais pour tout homme. Ces saint Bernard (chrétien catholique du Moyen-âge), Al Ghazali (théologien musulman et soufi du Moyen-âge) et autres ont eu cette première expérience mais elle n'a pas surmonté en eux les forteresses mentales, les clôtures de pensée rendant insensible au cœur de l'autre même le plus enfoui, etc. Ces maîtres spirituels n'étaient pas capables de mener leur culture religieuse à évoluer vers un niveau de mentalité plus élevé. Pour devenir un rayonnement d'amour vraiment capable de participer à l'évolution de la conscience, il faut aller au-delà de la prise de conscience d'une lumière intérieure. Il faut vraiment, entre autres, que toutes les pensées deviennent des circonstances et des expressions au service de la révélation des cœurs au cœur d'eux-mêmes. La purification est alors impitoyable : toute trace d'ego devient de plus en plus une blessure intolérable de l'amour. Et il faut bien faire face au fait que nos pensées soi-disant les plus justes, les plus vraies sont des moyens pour que notre ego soit l'objet d'attention, pour qu'il ait la sensation d'un pouvoir...

Si l'on sait un tel amour rayonnant au cœur du cœur purifiant toute imperfection impitoyablement, comment douter alors d'une évolution spirituelle de l'humanité produite par le rayonnement de quelque chose du fond de la conscience infinie ?

mercredi 18 mars 2015

IDÉAL SPIRITUEL DE COMMUNION ET PRINCIPES DE VIE DÉMOCRATIQUE.


I - IDÉAL SPIRITUEL DE COMMUNION.

Quand on pense à une communion humaine, on pense souvent à un cercle de personnes. Tout le monde se tient dans un même cercle où il semble égal aux autres du point de vue de la position dans ce cercle. Mais ce cercle semble aussi immédiatement communautariste car il semble toujours se cristalliser autour d'une identité de groupe.
Dans les spiritualités non-duelles, il s'agit plutôt de se mettre à l'écoute d'un guide qui a réalisé la présence de la lumière intérieure.Un satsang dans la spiritualité hindoue ou qui s'en réclame est ainsi une rencontre spirituelle où quelqu'un témoigne d'une réalisation spirituelle que les autres n'ont pas. Cette personne affirme que tout le monde peut réaliser ce dont elle parle mais elle se positionne au-delà du cercle, puisque tout le monde la regarde et oublie de regarder le plus souvent ses voisins. Mais elle prétend ne pas se positionner en tant qu'individu au-delà des autres, elle affirme symboliser par sa présence cette transcendance auquel chacun peut aspirer intérieurement.

Satsang de Mooji

Pour comprendre en quoi la spiritualité implique un idéal de communion humaine ouverte, il suffit de s'ouvrir à ce qui est donné dans un cercle de personnes. Ici nul besoin d'un maître ou d'un guide sur une estrade. L'ouverture spirituelle jaillit par la grâce même du cercle des corps.
Dans ce cercle, je constate par contraste que si il y a un cercle de pieds, de jambes et de torses, il n'y a pas un cercle de têtes. Dans ce cercle, entre mon voisin de droite et mon voisin de gauche, je suis avant tout l'ouverture où paraissent les visages des autres. Je sais que chacun intérieurement est aussi cette ouverture où paraissent les autres. Ainsi un motif, un projet nous a peut-être réuni pour composer ce cercle mais l'assise fondamentale de la communion est d'abord cette ouverture à laquelle notre relation collective est relative. Dans cette ouverture chacun trouve en soi une liberté par rapport au cercle mais en même temps en cette ouverture prend place le cercle.

Une hiérarchie humaine entre des êtres réalisés et ceux qui cherchent à l'être ne fonde pas un authentique idéal spirituel de communion. Au niveau humain dans le cercle, nous sommes d'une égale dignité et chacun peut y exprimer une diversité sans obligatoirement le rompre. Seule une interprétation fermée de l'identité peut troubler l'ouverture et tendre à vouloir un cercle identitaire. On peut croire détenir le véritable sens de l'ouverture malheureusement... 

Au niveau de l'ouverture en première personne au sein de ce cercle, de cette lumière intérieure où se déploie le cercle, nous savons qu'il n'y a qu'une seule conscience sans identité que personne ne peut symboliser plus qu'un autre. Les efforts pour revenir à cette unité source des identités limitées et diverses ainsi qu'à une ouverture à toutes les identités aboutissent peut-être à des âmes au cœur nettement plus lumineux. Mais dans le cercle, si ces cœurs facilitent le rappel à l'ouverture, La créativité de l'ouvert prédomine et fluidifie les frictions identitaires.   

II -  IDÉAL SPIRITUEL DE COMMUNION ET PRINCIPES DE VIE DÉMOCRATIQUE. 

Aucun régime sociopolitique ne peut l'imposer un idéal spirituel de communion sauf à aboutir à des communions humaines fermées. Seule une organisation démocratique peut poser les bases en terme de conditions nécessaires.


De nombreuses visions spirituelles conséquentes ont en vue l'idéal d'une communion humaine. Précisons le autant que possible dans la perspective d'une spiritualité de l'évolution de la conscience. D'un côté cet idéal viserait à édifier un vivre-ensemble au service de la créativité et donc de l'épanouissement individuel des uns et des autres et d'un autre côté cet idéal viserait une créativité collective fondée sur une solidarité. Cet idéal est donc à la fois un idéal collectif de solidarité créatrice et de liberté individuelle.


Cet idéal ne peut pas être imposé par qui que ce soit. Une élite de sages cherchant à l'imposer irait forcément à l'encontre de la liberté individuelle que comprend un tel idéal. On peut très bien envisager des groupes cherchant à incarner à leur niveau cet idéal mais leur autorité liée à une expérience indéniable ne saurait s'imposer. Leur rôle d'éclaireurs et de témoins ne pourraient pas leur octroyer le pouvoir d'imposer leur expérience. Ils feraient juste autorité pour ceux qui voudraient aller librement en ce sens et chercheraient une inspiration pour trouver leur propre ligne créatrice. Dans une aventure proprement créatrice, il n'y pas d'autorité au sens de modèle à imiter mais des des autorités inspiratrices. 


Par contre on peut envisager un double cadre créant les conditions de possibilité de sa réalisation.

Un cadre social et juridique peut à la fois :

- protéger les sphères de libertés individuelles les unes des autres grâce à une coopération d'ensemble ;

- instituer certaines solidarités collectives dès lors qu'elles ne contrecarrent pas la créativité et la liberté individuelle ainsi que l'idéal de petits groupes voulant incarner plus radicalement cet idéal de communion humaine créatrice.


Ainsi il faut instituer une force collective protégeant des droits individuels et une force collective définissant un espace public de solidarité par le biais de décisions démocratiques.


On voit bien que ce double cadre est en tension. La recherche de libertés individuelles entre fréquemment en conflit avec l'exigence de solidarités collectives. Toutefois ces deux principes animant la vie sociopolitique ne sont pas antinomiques du point de vue spirituel d'un idéal de communion humaine ouverte et créatrice. 
 

lundi 16 mars 2015

LAÏCITE SPIRITUALISTE. NI CROYANT NI ATHEE. LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.


Si l'on vous interroge à un sondage sur votre croyance religieuse ou non, répondriez-vous que vous croyez en Dieu ou que vous n'y croyez pas ?



























Quand je démontre l'existence de Dieu et que je crois à la certitude de ma démonstration, j'ai des raisons de croire en une entité divine à l'extérieur de mon esprit. J'ai des raisons de croire mais je n'en suis pas moins croyant. 

Mais si j'expérimente dans mon intériorité la source de tout de ce qui est, je ne suis ni athée ni croyant.

Si j'expérimente une présence absolue en moi, ai-je besoin de me soumettre à une quelconque dogmatique religieuse ? Les sociétés modernes me laisse assez de liberté pour que je vive cette expérience de la présence absolue en dehors de toute institution religieuse, en dehors de tout communautarisme. Je peux partager cela avec des amis dont je suis indépendant économiquement et socialement. Je découvre la possibilité d'une libre communion à travers cette présence qui porte l'individu à l'accomplissement le plus profond de son individualité.

De ce point de vue spiritualiste, il parait nécessaire de défendre une laïcité républicaine dont l'idéal est une fraternité fondée sur la liberté individuelle et le sens de l'égale dignité.
La laïcité républicaine facilite des fraternités par delà les appartenances, par delà les frottements des identités culturelles. Dans la croyance il y a des maîtres et des traditions, dans l'expérience spirituelle nous découvrons notre propre autorité intérieure, notre âme, notre ancrage individuel dans la source.
Une laïcité multiculturelle qui valorise l'appartenance à des communautés de croyants ne fondera jamais spirituellement une fraternité républicaine spiritualiste. L'espace public sera tout au plus un lieu de coexistence pacifique et chacun sera renvoyé à son identité. 

Cette conception spiritualiste de la laïcité a des antécédents chez Pierre Leroux, Ferdinand Buisson et Jaurès.

Documents :

« Ce que veut la religion, c’est que « l’esprit poursuive toujours l’infini, et ne se flatte jamais de le posséder ». Pour le religieux laïque, « croire en Dieu, ce n’est pas croire que Dieu est, c’est vouloir qu’il soit ». »


 
« Nos pères avaient mis sur leur drapeau : Liberté Égalité Fraternité. Que leur devise soit encore la nôtre ! Ils n’avaient pas conclu de je ne sais quel système social à l’individu ; ils n’avaient pas dit " La société doit être organisée nécessairement de telle ou telle façon, et nous allons enchaîner le citoyen à cette organisation". Ils avaient dit "La société doit satisfaction à l’individualité de tous, elle est le moyen de la liberté de tous". » (1834, De l’individualisme et du socialisme).
Comme l’analyse parfaitement Pierre Leroux, cette liberté n’a rien à voir « avec l’individualisme actuel, l’individualisme de l’économie politique anglaise qui, au nom de la liberté, fait des hommes entre eux des loups rapaces et réduit la société en atomes », avec le libéralisme bourgeois qui fait de l’égalité "une chimère sans importance" et crée dans les faits "la plus infâme inégalité". « Dès lors leur liberté est un mensonge, car il n’y a que le très petit nombre qui en jouisse. »
L’égalité est la condition de la liberté et de la fraternité « En effet, si les hommes ne sont pas égaux, comment voulez-vous les proclamer tous libres ; et s’ils ne sont ni égaux, ni libres, comment voulez-vous qu’ils s’aiment d’un fraternel amour ? » « L’origine et le but de la société sont cachés dans ce mot (Egalité), comme l’énigme du Sphinx : mais cela n’empêche pas que ce mot ne soit, dans la formule politique, la raison des deux autres termes. »
En 1845, Leroux donne une définition sur laquelle nous conclurons : « Nous sommes socialistes si l’on veut entendre par socialisme la doctrine qui ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté, fraternité, égalité, unité, mais qui les conciliera tous »


Jean Jaurès, L'enseignement laïque, Discours de Castres, 30 juillet 1904.

« C'étaient des humanistes, c'étaient des hellénistes, qui se passionnaient pour la Réforme ; il leur semblait que pendant les siècles du Moyen Âge, une même barbarie, faite d'ignorance et de superstition, avait obscurci la beauté du génie antique et la vérité de la religion chrétienne. Ils voulaient, en toutes choses divines et humaines, se débarrasser d'intermédiaires ignorants ou sordides, nettoyer de la rouille scolastique et ecclésiastique les effigies du génie humain et de la charité divine, répudier pour tous les livres, pour les livres de l'homme et pour les livres de Dieu, les commentaires frauduleux ou ignorés, retourner tout droit au texte d'Homère, de Platon et de Virgile, comme au texte de la Bible et de l'Évangile, et retrouver le chemin de toutes les sources, les sources sacrées de la beauté ancienne, les sources divines de l'espérance nouvelle, qui confondraient leur double vertu dans l'unité vivante de l'esprit renouvelé. Qu'est-ce à dire ? C'est que jusqu'ici, ni dans les premiers siècles, ni au seizième, ni dans la crise des origines, ni dans la crise de la Réforme, le christianisme, quelque transcendante que fût son affirmation, quelque puissance d'anathème que recelât sa doctrine contre la nature et la raison, n'a pu couper ses communications avec la vie, ni se refuser au mouvement des sèves, au libre et profond travail de l'esprit.

Conquêtes décisives Mais maintenant, pour le grand effort qui va de la Réforme à la Révolution, l'homme a fait deux conquêtes décisives : il a reconnu et affirmé le droit de la personne humaine, indépendant de toute croyance, supérieur à toute formule ; et il a organisé la science méthodique, expérimentale et inductive, qui tous les jours étend ses prises sur l'univers. Oui, le droit de la personne humaine à choisir et à affirmer librement sa croyance, quelle qu'elle soit, l'autonomie inviolable de la conscience et de l'esprit, et en même temps la puissance de la science organisée qui, par l'hypothèse vérifiée et vérifiable, par l'observation, l'expérimentation et le calcul, interroge la nature et nous transmet ses réponses, sans les mutiler ou les déformer à la convenance d'une autorité, d'un dogme ou d'un livre, voilà les deux nouveautés décisives qui résument toute la Révolution ; voilà les deux principes essentiels, voilà les deux forces du monde moderne. Ces principes sont si bien, aujourd'hui, la condition même, le fond et le ressort de la vie, qu'il n'y a pas une seule croyance qui puisse survivre si elle ne s'y accommode, ou si même elle ne s'en inspire. (...) »