mercredi 22 février 2017

PISTES COSMOPOLITIQUES POUR UNE FRATERNITÉ LAÏQUE HYPERMODERNE.

 Cet article prolonge et recoupe sur Carnet philosophique, Pistes vers une laïcité 3.0 

  1. - On a affaire aujourd’hui à une nouvelle équation du problème républicain moderne et postmoderne. Le postmoderne n'est plus un scientiste. Il ne croit plus que le progrès technoscientifique est la clé ultime de tous nos conflits d'idées et qu'il entraîne obligatoirement la résorption des obscurantismes et superstitions prémoderne. Les catastrophes totalitaires sont étroitement liées qu'on le veuille ou non à des ambitions modernes soit de gérer scientifiquement le cours de l'histoire et la vie sociale (plutôt les communismes marxistes), soit le cours même de l'évolution de l'espèce (plutôt le nazisme). Ces totalitarismes extrêmes se sont exercés au travers des pires massacres, crimes et génocides sans compter tous les mixtes fascistes plus ou moins radicaux qui sévissent encore. 
Un postmoderne admet qu'il y a des ressources spirituelles prémodernes dont nous aurions tort de nous défaire en nous défaisant d'un bloc de nos héritages religieux prémodernes. L’impérialisme et le colonialisme qui ont nourri les totalitarismes ont souvent été fortement ethnocentriques et ont malheureusement méprisé des ressources spirituelles et psychologiques dont heureusement nous trouvons l'intérêt maintenant. Certains couplets modernes semblent encore avoir bien du mal à reconnaître l’ambiguïté de ce qui s'est présenté comme progrès à des cultures qui contre leur volonté ont dû l'intégrer. 
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2.    – Le relativisme postmoderne face aux cultures cesse quand le postmoderne comprend que la dimension spirituelle authentique des religions ainsi que les spiritualités philosophiques semblent converger vers une seule et même réalité. Cette convergence tend à découvrir une unité transcendante de toute expérience spirituelle facilitatrice et surtout productrice de fraternité par delà les différences culturelles, religieuses, etc. Si notre laïcité vise à la fraternité, elle doit explorer cette possible unité dans la différence et se nourrir de cette unité spirituelle dans la différence.

3.    – Toutefois cette analyse postmoderne antitotalitaire qui perçoit le rôle des spiritualités pour produire et nourrir la fraternité doit s'interroger sur le fait qu'une certaine ouverture spirituelle existe au sein de mentalités somme toute assez fermées. 
Cette analyse postmoderne manque de clarté vis-à-vis des penseurs du fascisme qui ont toujours revendiqué leur filiation avec la recherche d'un âge d'or SPIRITUEL prémoderne où on vivait dans une hiérarchie ou un ordre du monde plus proche de l’Être ou de l'absolu. En France, le cas Heidegger embarrasse en ce sens les philosophes postmodernes. L'unité transcendante des religions a été défendue par des penseurs proches du fascisme comme Julius Evola, Mircea Eliade (dans sa jeunesse), etc. dans une posture promouvant le retour des castes et la pureté des élites. La pensée de la laïcité postmoderne est souvent la pensée idyllique d'un métissage culturel et donc spirituel. Il y a des dialogues interreligieux qui nourrissent la fraternité républicaine certes. Mais il y a le risque de communautarismes qui malgré leurs ressources spirituelles indéniables restent incapables de s'arracher à leur clôture mentale et donc incapables de produire une authentique fraternité républicaine.  

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Une fraternité laïque républicaine HYPERMODERNE met en jeu non un conservatisme culturel identitaire mais la capacité à créer et à renouveler une culture interculturelle et universaliste par delà les cultures communautaires. 

4. – Une approche hypermoderne n'est pas seulement dialogue mais aussi arrachement à l’identité, aux représentations mentales formant forteresse. Les ressources spirituelles des religions sont extraites et purifiées par la raison critique et les exigences fraternelles. Elles deviennent des processus de développement et de libération psychocorporels que les secteurs de la santé et de l'éducation vont de plus en plus intégrer. L'hypermodernité républicaine aura pour cœur la formation d'une culture spirituelle cosmopolite. La fraternité laïque française spiritualisée peut être un ferment d'un nouvel élan cosmopolite, d'une fraternité universelle.

Qu'on y songe, il y a un curieux dosage culturel, philosophique et religieux français qui fait écho au dosage des cultures du monde. Si vraiment nous produisons cette fraternité républicaine spiritualisée, nous assumerions une fois de plus notre vocation française universaliste pour l'humanité. 

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dimanche 22 janvier 2017

LIMITATIONS DU MENTAL.





Limitations du mental



Opposition à l’émergence de l’être spirituel

Récemment, j’ai vu très clairement quelle était la plus forte opposition à l’émergence de l’être spirituel dans l’homme et l’humanité.
Tout ce que nous avons achevé jusqu’à maintenant, le meilleur, le plus noble et le plus sublime dans l’art et la culture, le commerce, la science et technologie, éthique et religions même en spiritualité est l’accomplissement du mental, de l’homme mental ou fondamental. Ce mental a une foi ultime en lui-même, ses pouvoirs et capacités et ses nombreuses possibilités latentes. En même temps il a une arrogance sans bornes et un refus absolu de reconnaître et admettre même la plus petite possibilité qu’il puisse y avoir des états de conscience supérieurs, inconnus ou peu connus avec une dimension dynamique complètement différente. Même s’il y a une certaine acceptation restreinte d’une telle impossible possibilité, c’est-à-dire, de l’existence d’une autre conscience bien au-delà de sa vision et portée, même ainsi quand l’homme mental reçoit des intimations de cette source supérieure, il la nie de suite et refuse absolument d’appliquer ou d’utiliser cette intuition. Il ne lui donne pas une place supérieure mais il la met en doute et même si elle se prouve avérée des centaines de fois, il la rejette comme non digne de confiance et comme une connaissance ou information qui ne peut être appliquée. Il y a un autre aspect de l’homme mental sans doute plus dangereux encore dans son attitude vers tout ce qui prétend lui être supérieur, il adopte alors une agressivité sans faille et criminelle. L’homme mental non seulement discrédite la possibilité lointaine qu’il existe un état de conscience et une puissance supérieure mais il lui est hostile, hostile aussi aux représentants de cette conscience supérieure et souvent d’une manière la plus extrême. On peut dire que jusqu’à présent les avatars ont été rejetés par l’homme, exilés, bannis, torturés, tués et tout ce qui est resté de leur passage est un éclat mental chantant la gloire de l’homme mental , sa grandeur et suprématie éternelles.
Mais cette fois ci « Quelque chose » est arrivé. La Conscience suprême n’est pas venue sur terre pour mendier l’indulgence du condescendant roi de la terre, l’homme mental. Les avatars sont venus et ont proposé à l’homme ou bien de s’élever jusqu’à la conscience de vérité dans un don de soi brûlant en se soumettant à l’action du feu de transformation, à la transmutation par la conscience divine ou bien d’être voués à une extinction complète, une immobilité paralysante et impotente s’il refuse de se soumettre à la loi la plus haute de vérité et lumière. C’est le début d’une terrible bataille entre les forces extrêmement puissantes et toujours victorieuses de la conscience divine et les seigneurs du mental aveugles, arrogants, surs de soi, cruels, brutaux et sardoniques.
C’est vraiment une bataille entre des torches enflammées et le foin, la phalène et la mèche brûlante. Pourtant si notre attitude est celle de soumission, don de soi, collaboration et accueil de l’immense brasier de la Vérité alors graduellement il descendra dans le réceptacle humain, le transmuera, en fera sa maison pour son action lumineuse et affirmera d’une manière visible sa venue triomphante dans l’existence terrestre.
Bien sur cette suprême conscience active n’a pas l’intention de détruire la race. Etant sure de sa suprématie absolue elle transformera graduellement tous les éléments qui voudront, même dans un degré minime, accepter son action transformatrice. Les éléments qui ne peuvent tolérer son action disparaîtront peu à peu car la pression entre les forces de lumière et les forces d’ignorance grandira toujours. Tout ce qui résiste sera sous une tension de plus en plus forte au fur comme la lumière pénétrerait. A un point critique chaque élément ou bien permettrait d’être transformé ou serait éliminé. Ceci n’est pas une théorie ni une imagination. Il n’est pas même de question de justification, ou de morale ou éthique. C’est juste un simple fait physique très matériel dans son action.
Ce processus s’étalera sur des siècles et des siècles et l’émergence d’une nouvelle race divine pourrait prendre quelques milliers d’années. Mais pour ceux qui ont un aperçu de cette Vérité, qui y aspirent et travaillent consciemment pour l’incarner, l’histoire est fascinante- pour eux l’évolution spirituelle sera un procédé révolutionnaire d’une vitesse vertigineuse.



 Ces êtres, si leur collaboration est pleine de bonne volonté, quelque soient leurs défauts, incapacités et limitations seront pris par la Force, modelés et transformés par ses ouragans et ses tempêtes, sa lave brûlante et destructrice, ces courants féroces, sa douceur, sa joie exaltante de transmutation et sa conscience infinie libératrice. Ces êtres serviraient de fers de lance à cette Force conquérante. Il y a une seule condition : une soumission et un don de soi absolus à la Shakti divine, une obéissance absolue au divin Maître, une aspiration absolue d’abandonner tout ce qui est humain, sombre, limité, ignorant en soi même et dans le monde. On doit être prêt à immoler son ego complètement, effectivement et à jamais. Vivre en Dieu, pour Dieu et par Dieu et être totalement conscient de l’âme.
Le signe que le Divin a entendu notre appel et l’a pris au sérieux est une entrée dans une conscience où tout est Divin. Si tout l’univers était effacé le Divin serait encore là, concrètement, absolument. Toute la manifestation est la manifestation du Moi du Divin. Il n’y a rien d’autre que le Divin. Dans le domaine physique tous les centres ou chakras seraient entièrement ouverts et on sentirait alors le pouvoir, la lumière, joie et conscience coulant à travers la couronne de la tête dans le centre du cœur et dans le corps tout entier, dans tous les centres. Cela veut dire que le contact avec le supraconscient a été établi d’une façon permanente. La transformation graduelle du mental, vital et corps sera inévitable, irréversible, le procédé s’étalant sur une vie entière ou beaucoup de vies.
Mais tout ceci est juste un commencement très rudimentaire et élémentaire quoique un commencement formidable et lumineux. Ce nouveau pouvoir est comme un nouveau né, il doit croître dans l’enfance, la jeunesse et la maturité. De par sa naissance même il est un enfant royal. Mais tout reste à découvrir et manifester. On nous dit que les premiers mammifères étaient de la taille d’un rat quand les dinosaures gigantesques dominaient la terre. La même histoire se répète. Le nouveau pouvoir avec de nouvelles possibilités, les conquérants et habitants futurs de la terre ont une existence très humble, presque invisible, encore presque complètement cachée, éclipsée par l’homme tout puissant, l’homme fondamental et ses réalisations magnifiques.
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Niranjan Guha Roy

samedi 26 novembre 2016

COMMENT COMPRENDRE LE VIRAGE NEOCONSERVATEUR DU POINT DE VUE EVOLUTIF DES MENTALITES ?





Je suis un défenseur de certaines valeurs de la modernité. Elles sont toujours à défendre plus que jamais.

L'égale dignité des personnes quelles que soient leur apparence, leur âge et leur sexe doit être défendue coûte que coûte à l'encontre de toutes les dominations injustes. La liberté de conscience doit être préservée à l'encontre de tous les fanatismes. Être à soi-même sa propre autorité par le biais de l'argumentation rationnelle et bien sûr d'une démarche expérimentale me semblent central humainement à l'encontre de tous les obscurantismes.

Je me sens donc inscrit dans une filiation humaniste moderne mais observant combien le projet moderne humaniste demeure inachevé je perçois la nécessité de son renouvellement.

Mais je ne suis pas non plus en total rejet contre la postmodernité et son questionnement de la modernité.


La modernité a opposé les science (les faits objectifs) et les valeurs universalisables (les valeurs objectives) à l'obscurantisme et à l'autoritarisme prémoderne.

Cependant la condescendance moderne pour le "primitif" ou les cultures prémodernes a elle-aussi justifié bien des crimes. L'assurance moderne pour sa science a produit les causes d'une catastrophe écologique sans précédent. La valorisation moderne de l'enrichissement et du consumérisme doit être questionnée urgemment.

Le meilleur de la postmodernité nous a appris à prendre en compte ces points. Et surtout il nous a appris ainsi à réentendre un fond spirituel prémoderne dans une langue audible pour un moderne.

Toutefois le postmoderne a aussi souvent malheureusement permis de réhabiliter socialement ce qu'il prend, lui, pour un folklore entourant ce fond précieux sans voir qu'il scie alors la branche moderne qui lui permet d'exister.

La postmodernité tout en mettant en doute l'objectivité universaliste a revendiqué un statut pour un individu s'individualisant à travers des valeurs subjectives. Ceci lui a permis des alliances de circonstance avec la modernité mais la postmodernité ne parvient plus aujourd'hui à s'allier à la modernité comme elle a pu le faire autrefois pour empêcher le retour du communautarisme prémoderne national. Elle s'est disqualifiée en permettant l'installation de communautarismes ethniques fragilisant l'unité nationale. Mais cet échec s'il est celui qui en marque l'impasse politique en masque d'autres.

En France, les formes de social libéralisme plus ou moins libertaires de centre gauche qui formaient une telle alliance n'obtiennent plus de résultats probants face à la crise évolutive en cours dans ses composantes écologique, économique, familiale, culturelle et religieuse. La reconnaissance politique d'un mariage homosexuel a cristallisé une réaction prémoderne antilibertaire nationale. Personne ne semble voir qu'est ici en jeu une lutte salutaire contre les prémodernités dans leur ensemble. Au lieu de cela politiquement on va vers un affrontement des prémodernités, chacune s'appuyant sur des alliances plus ou moins improbables avec la modernité contre les autres prémodernités
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Dans les pays occidentaux actuellement, les Trump, les nouveaux conservateurs anglais, les populistes en Hongrie, en Bulgarie et en Moldavie, tous plus ou moins amis ou admirateurs de Poutine, paraissent l'emporter. En France aussi, les nouveaux conservateurs ont le vent en poupe. Une part de la modernité participe aujourd'hui contre la postmodernité à des alliances contre-nature avec une prémodernité jouée contre les autres : il y a désormais prédominance politique d'un socialisme ethnocentrique et/ou d'un ultralibéralisme économique sociétalement conservateur voire réactionnaire sur le plan des mœurs. 


Le socialisme ethnocentrique «républicain laïque» est la seule option qui ne semble pas épuisée mais nous savons, nous qui assumons notre postmodernité libertaire politiquement que c'est un succédané des fascismes racistes et antidémocratiques, un recyclage d'une alliance catastrophique entre modernité et prémodernité.

MAIS TOUTES CES MENTALITÉS POLITIQUEMENT ET MÉDIATIQUEMENT SUR-REPRÉSENTÉES S’ÉVERTUENT A NIER DES DIMENSIONS DE CETTE CRISE. CHACUN S'ARRANGE POUR NE PAS VOIR QU'ELLE EST BIEN UNE CRISE ÉVOLUTIVE.
Ces positions mentales subiront de cuisants échecs jusqu'à ce que cette réalité soit reconnue et acceptée. Tant qu'une démarche holistique au sens intégraliste ne sera pas vraiment envisagée, nous irons d'échec en échec voire nous subirons des tragédies encore plus douloureuses que celles rencontrées récemment dans les divers domaines de la crise évolutive.

LA CRISE ÉVOLUTIVE EN COURS comprend une dimension écologique mettant en cause nos options technoscientifiques, une dimension économique où l'enrichissement global conduit à des inégalités de revenus inquiétantes qui rend non crédibles les solidarités nécessaires pour fonder une fraternité, une dimension psychologique dans la mesure où violences familiales perdurent et prennent une infinité de visages produisant des individus fragilisés et à leur tour déstructurant socialement, une dimension culturelle et religieuse où les désirs de sectarismes ou de sécurités nationales l'emportent sur les solidarités et la bienveillance universalistes, etc.

La redécouverte du fait subjectif de la conscience non égocentrique et de son authenticité ouvre de nouvelles configurations possibles d'une alliance entre modernité et postmodernité sous la houlette d'une hypermodernité s'imposant enfin comme une nouvelle composante distincte des deux autres.

Il n’y a pas d’un côté un subjectivisme des valeurs plus ou moins vivifiantes et ouvertes (la postmodernité couvrant un retour de la prémodernité) et de l’autre un objectivisme des énoncés falsifiables ou critiquables donc plus ou moins valides (la modernité). Il y a une manifestation de la vie intérieure intégrant plus ou moins de vitalité et conquérant plus ou moins son inconscience matérielle.



Le jaune systémique et l'holisme intégral turquoise forment aujourd'hui les premières mentalités du deuxième palier dans la spirale dynamique de Don Beck et Clare Graves popularisée par Ken Wilber et ses lecteurs. Naturellement ces mentalités ne s'opposent pas les unes aux autres comme dans le précédent palier : le jaune reconnaît l'interdépendance de toutes les mentalités dans un développement humain et le turquoise représente un dépassement de l'individualisme déjà relatif du stade jaune.

Je désigne comme hypermodernité l'alliance spontanée des mentalités du deuxième palier qui tirera sa force d'une capacité à réorganiser une alliance solide et définitive des mentalités modernes et postmodernes autour d'elle.


Une hypermodernité au sens le plus profond fera du mental un instrument au service d'une spiritualité intégrale. Il favorisera pour chacun un développement mental par les divers stades de la spirale dynamique mentale mais enfin débarrassé des pesanteurs et tragédies humaines prémodernes, des obsessions rationalistes aveugles modernes et des tergiversations affolantes postmodernes. 


Nous autres hypermodernes avons compris que la spiritualité doit être au centre. Nous savons que la démocratie représentative est insuffisante car un système politique qui exclut en les frustrant un nombre de plus en plus grand des citoyens de la représentation majoritaire est très fragile. Spirituellement nous voulons une démocratie qui vraiment exprime une intelligence collective et non une lutte de pouvoir policée. Seule une intelligence collective peut relever le défi écologique auquel nous faisons face : nous ne pouvons plus nous permettre une lutte d'intérêts économiques à peine masqués derrière des options politiques. Nous savons aussi que pour émerger du premier palier, il faut sortir les personnes de la nécessité de gagner leur vie en luttant, en se compromettant, etc. Si être sa propre autorité est un fondement d'une spiritualité libérée du carcan religieux prémoderne, on facilitera cette émancipation en offrant le pouvoir d'être libre matériellement de ses attaches familiales et communautaires.

Je suis proche de penseurs intégralistes comme Wilber mais plus encore de spiritualistes intégraux comme Sri Aurobindo, Mère, Satprem ou Niranjan Guha Roy. Ma réinterprétation du deuxième palier de la spirale dynamique est liée à l'idée que la crise évolutive en cours est tout la crise évolutive de la conscience humaine dont le propre est d’être mentale.

Toutes les actions mentales technologiques, technocratiques et les systèmes de pensée politique feront faillite s'ils prétendent se penser en dehors d'une intégration décisive d'une dimension spirituelle non mentale. Nous devons développer socialement une intuition directe et non mentale du spirituel. Nous avons besoin d'intuitions surmentales non pas pour les fossiliser en nouveaux systèmes mentaux mais pour ouvrir des nouveaux chemins de conscience. Si la crise évolutive en cours est une crise de la conscience mentale humaine, cela ne saurait suffire. Favoriser socialement les intuitions surmentales comme celles caractéristiques d'une ouverture du cœur ou du génie créatif permettrait d'envisager plus sereinement le saut évolutif au-delà du mental que la crise évolutive en cours exige.

Car si l'évolution de la conscience n'est pas un mirage pourquoi ne pas croire possible (étroitesse mentale sinon) et espérer un saut supramental dans nos corps même...

La visiothérapie spirituelle qui est évidente pour moi aujourd'hui est aussi une aventure qui met en jeu un bouleversement physique. J'en suis personnellement à l'aube et je ne sais si je vais être capable de passer certains caps forcément délicats mais j'ai déjà croisé en personne des êtres qui eux témoignent d'une telle expérience de manière convaincante.



POUR UN NOUVEL HUMANISME SPIRITUALISTE.




A l'heure de tous les délires identitaires prémodernes (communautarismes dogmatiques et fermés), modernes (économismes et scientismes ininterrogés) et postmodernes (narcissicismes divers), servir la lumière spirituelle implique de constituer un nouvel universel commun dont la France autrefois fût déjà une pourvoyeuse pour l'humanité.
Notre diversité loin de sombrer dans les communautarismes a besoin d'une fraternité refondée sur ce nouvel universel. 
Dans Dieu par la face Nord, Hervé Clerc apporte une contribution de premier plan à ce projet. Il écrit[1] :


« Les humanistes d’autrefois travaillaient dans l’ombre de la croix, doublement. D’abord parce qu’il existait autour d’eux une chrétienté, et secondement parce qu’ils devaient  étendre leur bras, démesurément et en sens opposé, pour concilier deux cultures de sensibilité contraire : la culture judéo-chrétienne et la culture gréco-romaine, Jérusalem et Athènes. Le choc de ces deux plaques tectoniques a produit le feu follet nommé « Europe ». Les humanistes se tenaient sur la ligne de fracture, inclassables, toujours en travail, avec en ligne de mire l’universel, lequel n’est jamais atteint.

Aujourd’hui, ce travail est devenu plus compliqué que par le passé. Car ce ne sont plus deux pelotes que l’humaniste doit  dénouer pour parvenir à une vision ouverte du monde mais trois : les monothéismes en incluant l’islam ; le pôle grec, porteur de l’indispensable pensée critique ; les pôles indiens et chinois.

La conciliation se révèle vite impossible si l’on reste à la périphérie. L’humaniste de la Renaissance allait chercher l’unité où elle se trouve : au centre. Et de l’intuition, ou mieux de l’expérience qu’il avait du centre, il repartait en tâtonnant vers la périphérie. En chemin, il s’efforçait de relier, conjoindre, articuler, comme dit Roger-Pol Droit. Jamais il ne se résignait au cloisonnement. Ce faisant, l’humaniste, homme du large, entrait inévitablement en conflit avec les esprits étroits, littéralistes, intégristes, spécialistes, à la pensée fixe, provinciale, enclavée, dont l’activité favorite, hier comme aujourd’hui, est la morne sodomie des mouches.

On l’accusait, on l’accuse encore de syncrétisme, panthéisme, concordisme, salade niçoise. Mais lui sait ce que ses adversaires ignorent : que la vérité étouffe dans leur carcan ou plutôt qu’elle s’en est échappée depuis longtemps, à tire d’aile, car la vérité ne vit pas ni ne respire dans des carcans, et qu’il convient à présent, dans ce présent que nous nommons la « modernité », de faire comme elle. »


[1]. Hervé Clerc, Dieu par la face Nord, Albin Michel, 2016, p.87-88.

mercredi 21 septembre 2016

DERNIERES NOUVELLES DE LA DESCENTE DANS LE COEUR.



http://leberreannaig.blogspot.fr/2011/01/appel-du-large-le-vent-de-noroit.html
Dans le néo-advaita, on me dit que l'éveil voit disparaître l'ego. Voir surgir la lumière intérieure implique la disparation de l'ego. Ce n'est pas moi qui m'éveille, personne ne s'éveille, il n'y a plus que Cela.

Plus modestement,  dans mon cas, il y a éveil à une réalité intérieure mais cet éveil en ce qui me concerne n'est pas aussi radical au départ que certains tenants du néo-advaïta le présentent. Dans l'advaïta traditionnel, il est question d'une prise de conscience d'un Témoin intérieur immuable. J'en suis plus là en ce qui concerne l'éveil. D'ailleurs certains enseignants distinguent éveil et réalisation... 

Il y a au centre de ma conscience une conscience infinie, des ténèbres lumineuses où lumières sensibles, lumières intellectuelles  paraissent. Et donc moi  composé de ces lumières, je n'ai pas disparu, je suis bien là encore. Certes je ne suis plus dans l'illusion d'être au centre de la conscience. Ce "qui" ou "quoi" s'éveille est au centre de moi-même au-delà de tout ce qui compose ma personnalité. C'est la source de ma personne et de toutes les personnes, ça se communique et se partage en personnes et entre personnes, ça se vit en personne tout en transcendant toute personne.

J'ai souvent ce vertige d'admiration devant l'immensité intérieure qui demeure immuablement là au centre et que pourtant je réussis encore à oublier et à négliger si souvent.  

En tant que personne séjournant consciemment dans l'œil de cette conscience infinie, je n'ai plus un simple devenir temporel. Cette conscience infinie est éternité dans l'instant. Me choisir en elle m'est possible. Je ne suis pas un simple mécanisme corps esprit qui se déroulerait impersonnellement dans la vie des autres et du monde. Dans la lumière de cette immensité, il y a pour moi des négligences, des choix grinçants et regrettables et puis il y a ces choix mystérieux où l'écart entre mon devenir personnel et le Devenir que manifeste l'immensité intérieure deviennent indiscernables.

C'est peut-être cela qu'il faut entendre comme la recherche de la volonté de Dieu ou dans un autre vocabulaire le fait d'adhérer à la nécessité de ce qui est puisque Dieu ne me parle pas personnellement de sa voie de tonnerre ou dans le murmure de la brise mais quelque fois la présence de l'immensité résonne en moi en empruntant la bouche de mes amis et parents.   

C'est dans ces trop rares moments intérieurs où mon choix devient comme indiscernable de la nécessité du Devenir manifesté par la conscience infinie que j'entrevois le sens profond de l'éveil selon l'advaïta. 

Je sais aussi que bien peu de ceux qui affirment en témoigner usent abusivement du vocabulaire de la disparition de la personne. Bien peu le réalisent pleinement. Pour plus de sincérité et moins de confusion pour leurs suiveurs, ils devraient certainement rendre compte avec plus de modestie de leur réalisation spirituelle. 

Notre parfum d'ego qui subsiste empeste souvent fort y compris de ses bonnes intentions et gâche bien souvent le doux parfum de notre immensité intérieure. Pendant une courte conférence, un atelier ou un stage, un certain sens de la courtoisie du conférencier ou de l'enseignant ou l'évidence d'un fait expérimental peuvent masquer l'odeur. Mais dans la proximité impossible. Pas de panique cependant. On est des humains un peu animal et certains côtés d'odeurs un peu fortes nous attirent : la plupart des relations ordinaires ne sont-elles pas d'ailleurs exclusivement des relations d'égocentrique à égocentrique où nul ne ressent malheureusement le doux parfum et le souffle raffraichissant de l'immensité intérieure ? 
Et si d'autres côtés de ces odeurs nous incommodent, au final dans le désir de proximité, on s'y accommodent. Et l'accommodement n'est pas tout à fait contraire à la compassion... Cet ingrédient de l'amitié et de l'amour vaut bien comme une voie spirituelle à part entière !

C'est plus problématique quand, du rang de conférencier ou d'enseignant, on prétend au rôle de guide spirituel d'une autre personne... La moindre odeur d'ego un peu persistante a vertu de faillite de la relation prétendue spirituelle ! Combien de déceptions inutiles !

Il y a certainement des gourous ou des avatars quelque part si pour Dieu rien n'est impossible. 

Pour moi, j'ai pris le chemin de l’accommodement à commencer vis-à-vis de moi-même vécu et apprécié dans la lumière de l'immensité. 

Car pour moi, entre autres possibilités, il y a là comme un chemin de choix de soi-même (indiscernables d'un acquiescement délibéré à la nécessité) où dans le silence vertigineux de cet intérieur, je vois comme un cœur d'amour prendre forme qui fait de ma personne son masque diffuseur ! Et ce cœur de ma personne veille parfois quand bien même, moi, ego, je «dors» ! 

Et quand, un moment, tout cet amour s'est emparé de nous et s'est donné en nous et par nous absent de nous-même, le "peu" de nous qui reparaît inéluctablement pour longtemps encore a de plus en plus les allures d'un mendiant qui supplie sa bien-aimée immensité intérieure de tout lui prendre y compris ce qu'il ose appeler «son» amour.




     

         

samedi 20 août 2016

AVEC YVAN AMAR, PURIFIER SPIRITUELLEMENT LE SENS DE LA REVOLTE.


«Je me révolte effectivement devant une situation donnée, mais mon engagement m'oblige à me rappeler qu'il ne faut pas que j'agisse seulement par réaction à une situation, parce que je vais être emporté par une émotion, et il ne semble pas que ce soit juste en soi. La réaction à la souffrance peut-elle être là source d'une action féconde ? À long terme, oui, si l'on est vigilant ; mais la spiritualité n'est pas fabrique de combattants contre l'injustice. Cultiver la représentation d'un monde idéal cache bien souvent la représentation d'un moi idéal. La politique informe les gens et leur fait croire que, parce qu'ils sont informés, ils vont changer. La politique est informée socialement, scientifiquement ou religieusement, mais un être informé ne change pas pour autant. Seuls changent les êtres conscients. Nous aurons alors [...] un être politique conscient, conscient et responsable, quelqu'un qui a été transformé par le dedans. [...] Plus on devient conscient et responsable, plus paradoxalement, on devient ludique. Le paradoxe des êtres spirituels, c'est que leur comportement extérieur est en apparence plus ludique que grave.», Yvan Amar, L'Effort et la Grâce.


jeudi 28 juillet 2016

L'AMOUR DES ENNEMIS COMME POLITIQUE ?



On baratine des tartines sur l'amour... Les belles paroles sont souvent de la fausse monnaie disait la petite Thèrése de Lisieux. Voici une énigme de la spiritualité chrétienne qui vaut toujours pour moi disciple du rabin Jésus (même si je nie maintenant entre autres qu'il soit l'unique médiateur de tout le cosmos) : aime tes ennemis. Aimer ses amis ou sa famille tout le monde sait faire à peu près. Il ne s'agit pas de laisser nos ennemis triompher surtout s'ils cherchent à triompher de tout amour. Alors comment les vaincre en les aimant ? Comment les vaincre en faisant triompher en eux et en nous l'amour ?

Dans notre situation sociale et politique cette énigme n'a-t-elle pas un poids inédit ? Mesurons enfin nos propositions sociales et politiques à cette aune et nous passerons peut-être une part  inquiétante de la crise évolutive en cours.





J'admets que l'amour personnel pour la lumière divine reste un moment nécessaire mais l'amour pur n'est pas mien. Seul l'amour au cœur de la lumière divine est véritable.