vendredi 27 décembre 2013

CESSONS DE VIVRE A L'EXTERIEUR. RENTRONS A LA MAISON !



Vivre avec une tête, c'est comme vivre à l'extérieur de la maison. Nous ne sommes pas complétement à la rue. Nous avons une maison, nous la regardons de l'extérieur, nous l'apprécions. Nous travaillons beaucoup à peaufiner sa façade, le jardin collectif nous occupe énormément. Mais nous restons dehors. Nous ne vivons pas à l'intérieur.
Et dehors, nous nous sentons vulnérables, effrayés, soumis aux aléas du temps.

Vivre sans tête, c'est rentrer à la maison et regarder par la fenêtre intérieure, les circonstances extérieures changeantes. Et cette maison intérieure est magique, regarder par la fenêtre, c'est regarder par une fenêtre sans bord...

Rentrons enfin à la maison ! Habituons-nous à vivre en notre intérieur. Le monde entier, les autres et même notre corps et ses humeurs se tiennent à la fenêtre de notre intérieur immensément confortable.

samedi 7 décembre 2013

EVEILS TRADITIONALISTES ET EVEILS EVOLUTIFS.

06 décembre 2013

Un but, des chemins

Les chemins spirituels conduisent-ils à des buts différents?
la réalisation d'un maitre de l'advaita est-elle différente d'un sage bouddhiste ou chrétien?
Shankara, Longchenpa, Abhinavagupta, Plotin, Maitre Ekhart auraient-il atteint des états différents ?
Évidemment les disciples de chaque voie ont parfois tendance à l'affirmer : ma voie est la seule qui mène à l'absolu ! Les autres ne conduisent qu'à une réalisation partielle ou même vous mènent directement en Enfer!
Mais en réalité, l'expérience de l'absolu est au-delà de toute individualité, de toute forme, de tout nom, au delà de toutes les voies. Elle est donc universelle. Ce n'est pas un homme qui s'éveille à l'absolu, c'est l'absolu qui s’éveille à lui-même. Comment l'expérience pourrait-elle être différente ?
Bien sûr, chaque homme l'exprime  à travers son conditionnement (chrétien, bouddhiste ou autre) et c'est sans doute inévitable. Et il est utile aussi de suivre une voie et de ne pas les mélanger toutes, sinon on n'arrive nulle part.
diamant
C'est comme un diamant avec des milliers de facettes : chacune est différente mais c'est le même diamant.
Celui qui goûte l'Un reconnaît le goût de l'Un partout où il le rencontre.

jlr

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Pour faire écho à ce que José Le Roy veut nous rappeler dans le court texte précédent...

Le tableau est un. Mais on peut se pencher sur tel ou tel aspect pour parvenir à en voir la luminosité. Et si c'est toujours le même tableau qui est vu c'est telle nuance qui est vue d'abord pour en apercevoir la luminosité unique. Les maîtres les plus profonds parlent  du même tableau et savent le reconnaître car ils ne sont prisonniers d'absolument aucun concept (voir sur le blog de José Le Roy le dialogue entre Poonja, un enseignant du vedanta et Chokyi Nyima Rinpotché, un enseignant bouddhiste). Mais il y a une catégorie d'illuminés beaucoup moins profonds encore prisonniers de leur construction mentale bien qu'elle leur permet sans nul doute d'entrevoir la luminosité. Au moyen-âge chrétien ou musulman, ce type d'illuminés  (Augustin d'Hippone pour les chrétiens ou Ghazali pour les musulmans) a par exemple dénié aux païens d'avoir une quelconque expérience spirituelle valable. Ils ont fait l'apologie des armes pour contraindre les gens à entendre ce qui pourrait faire leur salut. Les plus profonds illuminés comme Ib'n Arabi en Islam ou Nicolas de Cusa en Christianisme ont au contraire affirmé l'unité transcendante des voies spirituelles. 

Aujourd'hui on est en général plus poli entre écoles religieuses mais on tient encore beaucoup à ses murs conceptuels. Dommage qu"on ne cherche pas à entendre l'autre nuance de luminosité pour abattre son mur sectaire de concepts "libérateurs" !!!!

Certes il est bien difficile d'entrer intérieurement dans un autre horizon de culture spirituelle, cela demande certains efforts et si l'on a déjà l'expérience de la luminosité du tableau, un à quoi bon surgit et on se contente de regarder l'autre approche extérieurement avec un rien de dédain. Une certaine paresse spirituelle finit par nourrir un manque d'amour qui s'ignore.

Ce genre d'attitudes est car au-delà de toute construction mentale commence une autre aventure, la lumière commence alors à faire son propre chemin dans le ballet de ce qui apparaît en elle. Elle est révolutionnaire et créatrice autant qu'elle a pu être maintenue accessible par l'approche traditionaliste.

Mais là encore il y a certainement déjà trop de concepts qu'il faudra sans aucun doute relativiser avant qu'ils ne produisent de nouvelles formes d'enfermements. Dépasser le mur conceptuel, c'est n'est plus seulement voir l'ouverture au-delà qu'il souligne, c'est l'abattre, le rendre entièrement poreux par le dialogue avec l'autre, qui me parle (qu'il le veuille ou non) de nuances qui s'ignorent encore à cause de références mentales et culturelles. 

Il y a divers niveaux d'attachements en nous. Les spiritualités souvent nous parlent des attachements égocentriques mais elles oublient les attachements culturels qu'ils soient hérités ou acquis. La lecture d'un Ken Wilber pourrait s'avérer utile en ce sens.
Cliquez sur l'image pour la voir entièrement.

Le mouvement intégral souligne l'enracinement d'une vision spirituelle dans une mentalité qui à la fois la porte et la limite d'où une dimension évolutive de la spiritualité qu'il faut valoriser pour être au plus près de la vérité.

Quoi qu'il en soit de la valeur d'une spiritualité intégrale, une authentique spiritualité aura donc un sens profond du dialogue : principe que j'ai défendu dans le Guide Almora de la spiritualité.

Et qu'on ne s'inquiète pas, pour dialoguer spirituellement, il faut au moins partir d'une culture spirituelle incarnée au plus profond.

jeudi 5 décembre 2013

DISTINGUER LA CONSCIENCE ET LA PENSEE.

CLIQUEZ SUR LE DESSIN POUR LE VOIR EN DETAIL.

La Vision Sans Tête que nous a offert le génie de Douglas Harding peut mettre un coin entre la conscience et la pensée. La pratique de quelques exercices finit si on y prête attention par mettre le coup de masse critique.

Il suffit de pratiquer en effet quelques expériences développées par Douglas et ses amis. Alors on entrevoit que penser est une forme de la conscience comme ressentir ou percevoir et que la conscience à proprement parler est une appréhension des phénomènes en amont.
Bien entendu, les habitudes arrachent bien souvent ce coin dans le bois durci de la conscience ordinaire. La pensée se recolle déjà alors à la conscience. Le coup de masse n'a pas été critique. L'oubli et l'ignorance peuvent régner de nouveau, nous vivons de nouveau englués dans la conscience ordinaire.
Mais le coin que sont les exercices proposés par Douglas Harding peut faire son effet, le jeu renouvelé de l'attention à cette conscience pure en amont des pensées, des émotions, des désirs et des sensations enfonce ce coin de plus en plus fort. L'écart entre pensée et conscience devient de plus en plus net. Le coup de masse critique peut être obtenu en une fois si l'on est mûr. Bien sûr, le fait peut encore s'oublier mais dès qu'on y revient, il ne peut plus s'ignorer, en un coup d’œil c'est réglé !

vendredi 18 octobre 2013

RELIRE LE SPIRITUALISME FRANCAIS DES ANNES 50.



Dans La découverte de Dieu publié en 1955 après sa mort , René Le Senne, un représentant du spiritualisme français, ami de Louis Lavelle, écrivait :
Samedi 23 mai.
 - La religion est l'ensemble des moyens par lesquels l'esprit concilie le contenu de la conscience à la théologie. Sa portée va jusqu'où va l'idée de Dieu ; mais l'idée de Dieu n'est pas Dieu.
- La mort ou le néant de conscience est la raison de craindre pour soi ; mais dans cette crainte pour soi, le je forme l'idée de lui-même. En acquérant l'idée de soi, il prend immédiatement conscience de l'inadéquation de tout moi au je, et par suite reconnaît Dieu au cœur de lui-même. La mort est donc indispensable à la connaissance de soi et de l'idéal de soi, Dieu.
- Je n'ai commencé à rendre une valeur à l'idée de Dieu qu'après avoir admis la réalité du moi et l'intériorité de tout objet par rapport à lui. En effet jusque là je circonscrivais plus ou moins étroitement le moi dans les confins d'une conscience s'arrêtant au cerveau et l'excluant, puis dans les limites de mon épiderme, au plus dans le territoire battu par mon action. Donc l'homme fait Dieu à son image, mais quand il s'est préalablement fait à l'image de Dieu.
Il faut donc pour convertir quelqu'un à l'idéalisme l'amener à faire sauter cette barrière idéale que le sens commun met entre le moi et le monde. Il faut mettre la lune vue dans le moi ; et montrer que cette lune vue enveloppe le monde tout entier.
- La vérité relative du solipsisme est un grand argument pour l'existence de Dieu. Sans elle, contradiction absolue. Car, d'une part, il est vrai que nous ne pouvons pas sortir de nous-même, de l'autre il est vrai que nous sommes limités et ne pouvons accaparer l'être entier. Seule issue : l'intériorité universelle de Dieu à nous-même. Chacun de nous est limité en Dieu.
- Pour s'avancer vers l'absolu, il ne faut pas le chercher en dehors des phénomènes, mais à travers eux. Le soleil derrière la verrière.

On perçoit ici qu'il ne s'agit pas d'une conception mais d'une expérience. Celle-ci met en jeu un positionnement intérieur qui permet de percevoir que "tout apparaît dans l'esprit". Et que tout notre esprit est intérieur à Dieu lui-même. 


vendredi 13 septembre 2013

GUIDE ALMORA DE LA SPIRITUALITE, DEUXIEME EDITION EN POCHE.



Ces jours paraît une deuxième édition en poche du Guide Almora de la spiritualité que j'ai co-écrit avec David Dubois.

Dans cette seconde édition, à côté de multiples corrections concernant tels ou tels points, c'est la dimension "ésotérique" qui a été considérablement approfondie. 

Je reproduis ci-dessous le dos de la couverture :

Un outil indispensable pour tous les chercheurs de sagesse. 
2e édition mise à jour et augmentée 

 Le Guide Almora de la spiritualité présente les grandes traditions spirituelles (hindouisme, yoga, bouddhisme, taoïsme, christianisme, islam, judaïsme, chamanisme…) mais aussi les principaux mouvements contemporains (sagesse philosophique, non-dualité, néo-advaita, mouvement intégral…). 
Un ensemble de fiches et d’adresses donnent des appréciations et des informations utiles sur les enseignants, les centres, afin de découvrir la pratique spirituelle qui nous convient au plus près de chez soi. Le Guide Almora de la spiritualité est le plus complet jamais publié. David Dubois est docteur en philosophie comparée. Sanskritiste, spécialiste d'Abhinavagupta, il se consacre à la traduction de textes du shivaïsme cachemirien après plusieurs longs séjours en Inde. Il est chargé de cours au Collège international de Philosophie. Serge Durand est professeur de philosophie. Il s’intéresse depuis très longtemps aux mouvements spirituels contemporains. 

« Avec ce Guide de la spiritualité, les éditions Almora viennent de combler un manque lourd de conséquence dans un monde où les intégrismes et les mouvements sectaires contribuent à falsifier largement la spiritualité et à dénigrer l’importance d’une libre recherche spirituelle. Les auteurs David Dubois et Serge Durand étaient en France les plus aptes à rédiger un guide aussi complet, offrant aux chercheurs de sagesse un panorama très précis. » 3e millénaire

dimanche 8 septembre 2013

L'ENFANCE ENTRE NON-DUALITE ET EVOLUTION DE LA CONSCIENCE.

 
L'approche non-duelle suggère que l'enfant n'a qu'un ego balbutiant qui reste longtemps relatif à la conscience nue. Un chercheur spirituel mettra souvent de nombreuses années pour que se réalise éventuellement la présence de la conscience nue et que son ego retrouve une place relative à cette réalisation.

La question qui revient souvent touche alors au pourquoi du comment la conscience nue peut s'oublier dans une illusion égocentrique source de tant de souffrances psychologiques.

Cependant soyons sincère : si l'égo-centrisme de la conscience se dissout dans une conscience nue une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part, l'ego comme sens de l'individualité disparaît-il ?

L'éveil ou le réveil à la conscience nue, nous semble-t-il, ne fait pas disparaître dans la plupart des expériences non-duelles une structure individuelle de désirs mentalisés.

L'enfant que nous avons été, l'enfant en général, est d'abord un être individuel de désir avant de se mentaliser. Nous vivions alors peut-être sur fond de conscience nue non duelle mais nos désirs nous laissaient rarement en paix fondus dans la conscience nue. Humains, nous n'avions aucun instinct pour réguler ces désirs qui nous animaient. D'ailleurs, ces quelques expériences où la conscience nue prédominait et qui nous restent en mémoire n'étaient pas monnaie courante. Un enfant n'a pas la plupart du temps la représentation des conséquences d'un désir : il peut se mettre en danger, il n'a aucune idée des conséquences sociales de ses actes, etc. Ainsi le réel et la société le confrontent à des frustrations incessantes et peu compréhensibles. La conscience nue ne semblait pas en mesure de faire face en nous au désir sinon en admettant la croissance d'un ego mental par l'entremise d'une éducation. Un ego mental d'enfant en grandissant accepte ou rejette les désirs suivant des représentations acquises ou intériorisées par les influences mentales diverses et l'éducation qu'il reçoit. Puis peu à peu il use de représentations développées par lui-même.

L'adulte qui s'éveille se réveille à la conscience nue qui peut-être opérait déjà des percées régulières dans son enfance mais le passage par l'ego mental place la conscience non duelle dans une autre position. Désormais elle dispose d'un instrument mental individualisé qui peut être libre du désir aveugle.

L'enfant par exemple laissait sa frustration s'exprimer violemment. En grandissant, il a appris à la refouler quitte à produire des émotions et des sentiments plus pernicieux en apparence. Mais si l'adulte (voire le jeune adulte) se réveille à la conscience non duelle, la frustration pourra s'exprimer complétement intérieurement jusqu'à être transmutée en tranquillité et sérénité.

Il y a une évolution de la conscience appréciable en ce qui concerne la dimension individuelle concernée : ce n'est pas un simple retour à l'état enfantin, ce nouvel état peut produire une libération de l'infantilisme. L'ego mental est quoi qu'on en dise un instrument positif dans une évolution de la conscience même si sa construction peut être excessivement égocentrique au point que la conscience non duelle, pure et nue ne puisse s'y réaliser ni même y faire une quelconque percée.

Cessons d'être anthropocentrique, combien de poissons sont morts pour qu'un reptile marche sur la terre ferme ?
Les balbutiements de l'être humain consciemment au service de l'individualisation et de l'évolution divine commencent à peine...

vendredi 23 août 2013

L'EVEIL INELUCTABLE. Rien n'est contre (Episode 3).



L’éveil inéluctable
Que nous devenions de plus en plus conscients de Ton gouvernement souverain de ce monde qui n’est qu’un champ immense de Ta propre manifestation.
Il y a encore un léger voile dans la conscience qui parfois me fait oublier la vérité fondamentale que Tu es tout, chaque chose, chaque être, que Tu es partout, que Tu vois tout, connais tout et que Tu mènes tout vers l’accomplissement divin, chacun selon son développement évolutif. La Force de Vérité en action exposera tout le mensonge où qu’il soit et l’éliminera sans indulgence. Le monde entier subit la pression écrasante de Ta force transformatrice. Il se transformera en sa réalité divine ou il disparaîtra englouti dans la passé, oublié. Ton aide est présente avec tous ceux qui aspirent à une vie d’unité, de paix, d’harmonie, qui sont libres de toute rapacité, de toute passion, cruauté, violence, égoïsme aveugle et effréné. Toutes les barrières érigés par la vision étroite humaine , les religions exclusives, les systèmes politiques despotiques, basés sur la division et le bien être uniquement matérialiste, dominés par le nombre de adhérents, la quantité et non la qualité morale et éthique universelle, le nationalisme militant, en somme tous les éléments qui divisent les hommes au lieu de les unir dans une diversité multicolore seront progressivement éliminés par un éveil de la Réalité spirituelle qui est identique chez tous les hommes, dans tout ce qui existe. Naturellement cet éveil inéluctable est progressif suivant l’état de conscience actuel de l’individu. Ceux qui émergeront dans cette Réalité divine deviendront spontanément les agents lumineux de la Mère Divine. Ils n’agiront pas de la manière humaine mais en silence, invisiblement, un peu comme les elles-mêmes naturels qui sont hors du contrôle des hommes, mais ils apporteront le bonheur la paix, l’harmonie et la joie aux êtres assoiffés de conscience divine ?
Niranjan Guha Roy -2000

mardi 20 août 2013

DE "TOUT EST NEUTRE" A "RIEN N'EST CONTRE" DU POINT DE VUE INTERIEUR. Rien n'est contre (Episode 2).


http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2011/11/16/22694250.html
Selon nous, la vérité de la non-dualité n'est pas dans l'affirmation métaphysique que "tout est neutre". Ce serait prendre le risque d'enfermer ce qui outrepasse le mental dans une formulation mentale discutable. La vérité de la non-dualité a plus exactement à voir avec l'affirmation pratique et métaphysique que "tout est égal". Autrement dit la non-dualité vécue dans sa profondeur la plus radicale est l'effacement des préférences personnelles y compris dans leur dimension culturelle et non leur simple relativisation. Un enjeu pratique éminent d'un approfondissement de la non-dualité au cœur du vécu personnel est donc la perfection de l'équanimité.

Si on admet cet enjeu pratique de perfection de la non-dualité incarnée au niveau personnel sous la forme de la vertu d'équanimité, on ne doit pas retomber non plus dans une forme de volontarisme spirituel. L'idéalisme qu'implique la recherche d'une perfection entraîne bien souvent un volontarisme qui remet l'ego au centre alors que le geste premier est de le relativiser dans la lumière non-duelle avant même d’espérer de voir s'abolir ses préférences. Mais d'autre part il y a des renoncements un peu rapide à tout idéal de perfection au nom d'un tout est parfait qui fait trop rapidement la part belle aux préférences égocentriques, même si on affirme volontiers qu'elles sont relativisées sans effort par la vue de notre véritable nature non-duelle. 

Accepter l'imperfection de notre réalisation non-duelle malgré un éveil flagrant à cette vérité et à sa lumière peut simplement signifier une humilité à l'encontre du volontarisme idéaliste et d'un laisser-aller des forces égocentriques. L'humilité véritable n'est ni humiliation de soi, ni posture subtile de l'ego : elle consiste simplement à percevoir ce qui fait tâche dans notre soi-disant équanimité rêvée. C'est un humour envers soi, un amour lucide de soi et non une forme perverse d'amour propre comme l'est l'auto-humiliation. L'humilité est une façon de se relier à la conscience non-duelle. L'humilité est d'abord ce qui fait de nous un cœur ouvert à une transformation dont nous sommes incapables volontairement. La conscience non-duelle, elle seule, a la vitesse requise pour attraper en flagrant délit les formes les mécanismes mentaux dans leur "plaisir de moudre et de moudre" et elle-seule a encore plus la vitesse de métamorphoser au vol les émotions et les pulsions. L'humilité est donc un renoncement à soi ego comme acteur de la vie spirituelle pour laisser vraiment la grâce de la conscience non-duelle opérer. Mais ce renoncement à soi n'est pas un mouvement sacrificiel doloriste. Il est don de soi à la lumière non-duelle : acte d'offrande de notre incarnation défaillante à l’œuvre divine. 
 

Tant qu'une partie de nous refuse de se voir transformer, l'offrande de soi demeure défaillante, l'humilité affichée reste illusoire. L'offrande de soi est un geste qui se joue instant après instant. Elle est foi dans la dimension évolutive de la conscience non-duelle, elle est aspiration à la grâce transformante de cette conscience. L'humilité dont il question est la joie de se fondre dans l’œil témoin de la conscience non-duelle et de voir que "Rien n'est contre", qu'il y a un chemin de perfectionnement de la présence de cette lumière au cœur même de la Vie matérielle. L'équanimité qui s'approche de sa propre perfection d’œil pur témoin atemporel révèle forcément la volonté divine transformatrice de toute chose que la tradition hindoue appelle La Mère. L'Être divin immuable qui se dévoile comme égalité par la vertu d'équanimité est inséparable d'un Devenir qui se dévoile comme volonté divine par la vertu d'humilité. Une dimension de ce Devenir absolu de l'Être est un principe d'individualisation authentique de l'ego et par-delà l'ego.

La transformation spirituelle de l'ego à la lumière de la conscience non-duelle peut éventuellement conduire à une prise de conscience d'un principe d'individualisation conjoint au Devenir animant la vie cosmique. En terme plus clair et moins conceptuel, l'accomplissement de la vertu d'équanimité et d'humilité par un approfondissement de la conscience non-duelle peut nous conduire à une prise de conscience en nous d'un monde de l'âme étroitement uni à La Mère. Notre ego n'est d'abord qu'un relai potentiel de ce monde de l'âme avant de s'élargir et de s'accomplir dans la venue en avant de ce monde.

"Rien n'est contre" la transformation psychique (lié au monde de l'âme) de l'ego à la lumière de la conscience non-duelle. La tradition spirituelle du platonisme perse que Henry Corbin ou Ostad Elahi nous ont découverte offre clairement un chemin en ce sens. L'accomplissement de cette transformation serait ce qu'on appelle la transformation spirituelle. Mais faut-il voir dans la mise en avant de l'âme par l'accomplissement des vertus le tout de la vie ? Le Devenir et donc ce qu'on appelle plus simplement la volonté divine s'arrête-t-il là ?

Qui nous dit que quelque chose est contre une divinisation du monde matériel ? La venue en avant pendant cette vie terrestre de certaines âmes, c'est-à-dire la disparition de tout égocentrisme personnel ne nous mettrait-il pas face à l'imperfection de nos corps animaux ? Ici le chemin de Mère et Sri Aurobindo est le seul (selon nos informations) qui répond que "Rien n'est contre".


vendredi 16 août 2013

DE 'TOUT EST NEUTRE" A "RIEN N'EST CONTRE" AU PLAN SOCIAL ET POLITIQUE. Rien n'est contre (Episode 1).

Du point de vue de mon ego, il y a des préférences et donc des rejets. Mais mes préférences et donc mes rejets ne coïncident pas avec ceux d'autres égos. Plus simplement mes préférences et mes rejets me mettent loin de toute neutralité par rapport aux faits.

Il s'agit de ma conscience ordinaire égocentrique. On conviendra cependant qu'elle ne peut guère engendrer une paix intérieure durable : dès que les faits contredisent mes préférences et mes rejets, je suis frustré, attristé d'une façon ou l'autre qui peut conduire à l'amertume, à la haine, à la dénégation, etc. Dans tous les cas je suis fort loin de toute paix intérieure caractérisant la sagesse. En outre, ces préférences et rejets m'opposant aux préférences et rejets des autres, on s'éloigne fatalement de la paix politique et sociale. 


Si je rejette telle croyance, telle religion que j'estime en partie contraire au pluralisme et à la liberté, par exemple, mais que d'autres l'embrassent dans mon entourage, je me positionnerais de manière tendue vis-à-vis de ces personnes.

A vrai dire dans nos sociétés pluralistes, nous aurons par définition affaire à des personnes qui rejettent ce qui en fait le fondement. Il y a ceux qui agissent à l'encontre du respect même des droits et des lois garantissant le pluralisme : ils sont un danger à écarter. Mais il y a ceux qui le rejettent par les idées, espérant vaincre le pluralisme par un mouvement quantitativement imposant mais qui veillent à rester dans le cadre des droits et des lois : ces derniers doivent être tolérés sinon la défense de la liberté contre les ennemis du pluralisme se retournerait contre elle-même.

Même si ceux qui rejettent le pluralisme sont à l'évidence forcément loin de vivre la neutralité qui conduit à la paix intérieure et à la sagesse dans une société constituée de manière pluraliste, quelqu'un qui préfère le pluralisme aura affaire à des préférences qui le contrarie dans ce que lui valorise. Celui qui basculerait dans la neutralité où la paix intérieure devient inébranlable ne peut pas avoir des propos condamnant une identité culturelle quelconque de manière unilatérale.

Celui qui touche à une perfection de la neutralité sait qu'à un niveau absolu "tout est parfait". L'obscurantisme d'un autre ne lui fera plus perdre sa paix intérieure. Derrière le visage grimaçant et agressif de l'autre, il voit la même réalité qu'en lui. La question n'est pas de condamner unilatéralement les préférences et rejets de l'autre mais de s'appuyer sur ce qui dans son identification illusoire pourrait lui aussi le mener à plus de liberté. L'amour inconditionnel et non préférentiel ne peut pas stigmatiser telle culture ou telle religion car il est fondamentalement plus doux qu'une colombe et rusé qu'un serpent. Un tel amour dépasse le calcul intéressé mais sait intégrer l'esprit calculateur. Combattre les tendances identitaires d'un autre pour l'aider à retrouver sa vraie nature où nous communions déjà avec lui ne passe pas par l'impression que du point de vue de nos préférences nous rejetons unilatéralement ce qui compose son identité culturelle et religieuse. Si son identité est fondée sur un rejet du pluralisme et qu'il sent de notre part un rejet de son identité comment pourrait-il envisager que le pluralisme que nous revendiquons en soit vraiment un ? La neutralité qui tend à la paix intérieure pourrait certainement incarner une spiritualité laïque libérée des carcans identitaires religieux mais à jouer la laïcité contre telle identité, nous allons à l'évidence à l'envers de cet idéal.

Poursuivre la perfection de la neutralité est une condition nécessaire de la sagesse mais ce leitmotiv semble à l'évidence insuffisant du point de vue du conflit persistant entre visions prémodernes d'un ordre hiérarchisé autour de lois et de mœurs communes et vision moderne pluraliste. D'ailleurs, cette neutralité a été prônée par des sages s'inscrivant complétement dans une société prémoderne sans remettre en cause ses fondements religieux exclusivistes ou la rigidité de la hiérarchie sociale. Ainsi bien que des sages modernes furent précurseurs dans la défense d'un certain pluralisme, la sagesse caractérisée par la neutralité ne permet pas de trancher entre ces deux approches. Une neutralité au niveau absolu peut susciter des individus en conflit culturel et religieux au niveau relatif.

Pour ma part, je rejoindrai dès lors les intuitions du mouvement intégral. "Rien n'est contre" me paraît beaucoup plus souple et pertinent que "Tout est neutre". "Tout est neutre" s’accommode fort bien du mental catastrophiste. Tout peut retourner à l'Être indifférencié, cela ne fait de toute façon aucune différence puisque la délivrance consiste à réaliser que tout est Cela. "Tout est neutre" peut justifier la relativisation de l'identité individuelle de l'autre sans aider l'autre à s'en délivrer puisque tout retournera inéluctablement par la catastrophe à Cela. "Rien n'est contre" exclut ce chemin de la catastrophe ; il y a un chemin de perfection qu'il s'agit de voir. "Rien n'est contre" nous parle d'une divinisation de la manifestation plurielle du divin.

Dès lors que "Rien n'est contre", nos préférences et nos rejets n'ont aucune valeur devant la seule valeur infinie du chemin de divinisation de la pluralité qui se cherche ici et maintenant. Chaque "ici et maintenant" offre les conditions nécessaires pour que ce chemin se réalise. L'acceptation neutre de ce qui est ici et maintenant si elle est nécessaire pour la paix reste insuffisante. Laisser se reconnaître à travers nous au-delà de notre identité relativisée l'unique Être de Cela n'est qu'une étape. la conscience maintenue de "Je ne suis pas cette pensée" ne résout pas le conflit entre des visions culturelles et religieuses diverses. La découverte que "Rien n'est contre" va bien au-delà car il s'agit de découvrir comment être co-créateurs en tant qu'authentiques disciples du sens.

Je n'ai rien à imposer de mes vues aux autres. Cela est inutile. Une argumentation aussi forte soit-elle ne renverse jamais  la vision de l'autre, si celle-ci n'est pas déjà un peu fissurée de l'intérieur ou si derrière celle-ci une soif de vérité l'emporte sur le désir de s'identifier. Puisque "Rien n'est contre", mon propos a d'abord pour ambition de contribuer à provoquer une ouverture intérieure dont le feu ne demandait que quelques nourritures extérieures adéquates pour s'alimenter et briser la forteresse mentale où il était en train de s'étouffer malgré son aspiration à respirer un autre air plus vrai, plus divin.
Mais puisque "Rien n'est contre", il y a certainement une intégration harmonieuse possible entre différents niveaux de mentalités d'une culture donnée et différentes identités culturelles.

On notera que l'identité culturelle devient moins crispée sur elle-même dès qu'on atteint une conscience mondocentrique.

lundi 1 juillet 2013

MOUVEMENT INTEGRAL ET REVENU MINIMUM D'EXISTENCE POUR DEPASSER TRIBALISME ET ETHNOCENTRISME.

Dans une perspective intégrale d'une évolution consciente de la conscience, quand on réfléchit au sujet d'un revenu minimum de citoyenneté, il faut aussi considérer qu'il s'agit de dépasser le "struggle for life" dont le "je dois gagner ma vie" est la continuation par d'autres moyens.

Dans le même sens, il faut aussi considérer que cela permettrait au cœur de la vie économique de vraiment de parler de contrat de travail où le postulant et l'employeur, l'auto-entrepreneur et son commanditaire sont vraiment à égalité.

Quand on réfléchit à ce revenu de base inconditionnel, il faut rapprocher cela de l'héritage qui est un revenu inconditionnel transmis par la famille, ce revenu de base inconditionnel de citoyenneté étant transmis par la nation. Fonder un revenu de base inconditionnel de citoyenneté impliquerait certainement économiquement de ne plus permettre les transferts de revenus inconditionnels par héritages familiaux.

En terme de mentalité les réflexes sur l'héritage familial ne sont-ils pas un reste de tribalisme ? L'héritage postmortem n'a pas le même sens que l'investissement économique pour soutenir l'éducation de ses enfants ou leur projet créatif. Il paraît légitime que les enfants recueille la mémoire de leurs parents, qu'ils gardent (quand l'héritage le permet) la possibilité de retrouver les lieux de cette mémoire. Mais quand il s'agit de centaines d'hectares, de maisons, d'immeubles, de millions d'euros, etc. ? Le libéralisme est-il cohérent quand se crée une aristocratie de possédants ? On peut assumer son tribalisme. Convenons que la démocratie représentative s'est constituée contre l'inégale dignité politique. Le projet libéral n'achoppe-t-il pas sur une inégalité économique par héritage patrimonial générant une aristocratie de possédant ? Défendre son droit au tribalisme n'est-il pas en l'occurrence une défense de l'inégalité ?

Par ailleurs appartenir à une tribu et y demeurer attaché pour raison économique induit une inégalité au sein de cette tribu elle-même. Les parents qui détiennent la bourse peuvent facilement instaurer des formes de tyrannie subtiles vis-à-vis de leurs enfants.
Un tel revenu minimum de citoyenneté libérerait de cette mentalité tribale quand elle est emprise sur les individus. L'héritage socio-culturel est très déterminant socialement, peut-être plus encore que l'héritage économique pour réussir : les enfants des classes supérieurs sans avoir déjà hérité économiquement sont souvent ceux qui réussissent le mieux par la méritocratie scolaire, la diminution de leur héritage économique ne conduirait pas à leur déclassement social. Cependant même si l'héritage socioculturel est correct, parfois le contexte psychologique de la famille (tribu) est intenable : un tel revenu offrirait davantage les moyens de s'émanciper de certaines cultures familiales. En général le tribalisme nourrit des attitudes allant à l'encontre de la libre pensée rationnelle or la citoyenneté pour ne pas verser dans l'antimodernisme a besoin qu'on puisse s'émanciper de ces tribalismes nocifs. Aujourd'hui le retour en force de l'ethnocentrisme sous quelque forme religieuse ou politique qu'il prenne ne se nourrit-il pas du retour au tribalisme qu'impose la réalité économique ? Concrètement, combien de jeunes gens dépendent économiquement de leurs parents ?
Ce revenu minimum de citoyenneté donnerait une consistance économique au fait d'être citoyen d'une république. La mère patrie serait une expression qui aurait un sens noble.

Voici des sites visant à recueillir plus d'un million de signatures pour qu'au niveau européen l'idée soit considérée politiquement :
http://www.revenudexistence.info/WD140AWP/WD140Awp.exe/CONNECT/revenudexistence
 http://basicincome2013.eu/

jeudi 27 juin 2013

L'ENONCE "JE NE SUIS PAS CETTE PENSEE" BIEN COMPRIS MENE VERS LA RELATIVISATION DU MENTAL.

Stephen Jourdain (1931-2009)

Considérons un instant l'énoncé suivant en essayant de lui donner le sens qui lui convient :

JE NE SUIS PAS CETTE PENSÉE.

Plusieurs mésinterprétations :

1 - Confondre cet énoncé avec JE NE SUIS PLUS CETTE PENSÉE. 

Dans JE NE SUIS PAS CETTE PENSÉE, il y a un présent. C'est maintenant en pensant quoi que ce soit que je pourrai éventuellement constater que je ne suis pas ce que je pense. Si je suis libre de penser alors au moment où je pose un acte de penser, il ne me caractérise pas substantiellement au moment même où je le pose. Mais ce n'est pas le pouvoir de penser autrement dans l'instant qui suit qui me garantit toute ma liberté mais le pouvoir de poser un acte de pensée, de totalement m'y engager sans pour autant m'y confondre.

2 - croire qu'il y a dans cet énoncé un non sens entre le fait de penser et d'affirmer ne pas penser alors qu'on pense. En effet l'énoncé JE NE SUIS PAS CETTE PENSÉE n'est pas l'énoncé JE NE PENSE PAS CETTE PENSÉE qui, lui, met en jeu effectivement une contradiction performative. 

L'énoncé JE NE SUIS PAS CETTE PENSÉE ne fait pas auto-référence à moins qu'on confonde JE SUIS avec la substance intérieure où s'étire l'énoncé. Si on croit qu'on est le substrat où se prononce les mots, comment et d'où les mots prennent-ils sens ? L'acte de penser englobe-t-il forcément le JE. Quand il s'entend penser la pensée qu'il lit, est-il cette pensée ? Par extension toute pensée n'est-elle pas comme lue, comme jouée ? Ce qui la rend signifiante habite discrètement sa signification mais ne lui appartient pas.
Suis-je cette pensée ?

 Ce "je ne suis pas cette pensée" peut s'accoler à toutes nos pensées. Pour vraiment le maintenir face à toute pensée et ne pas se laisser prendre par son jeu auto-référentiel, il faudrait distinguer la conscience de la substance pensante que certains nomment le mental.


Ce dessin pointe une double direction : celle d'un mental qui est tourné vers la conscience ou du moins qui ne l'ignore pas dans sa prééminence de lecteur de toute chose, mais ce mental peut continuer à être tourné vers le monde et ne perd pas les bénéfices de son développement pour participer au devenir du monde et des individus.

La conscience pour exister consciemment se "symbolise" dans le mental. Autrement dit elle se réfléchit dans un acte de conscience pensant mais elle peut ne pas s'y enfermer et se retrouver en tant qu'acte de conscience précédant l'acte de conscience pensante, c'est en ce sens qu'elle se "symbolise".

Il faut pratiquer cette attention à double direction pour maintenir comme une correction incessante du mental afin de l'empêcher de retomber dans son illusion. auto-référentielle qui consiste à se croire dans l'état que stipule telle pensée, à implicitement se croire la substance pensante.

Nous ne sommes pas un morceau de la substance pensante séparé du reste des idées et du monde. En profondeur, nous sommes enfants de la conscience infinie qui transcende la substance pensante (le mental) avant même que s'y dessine un territoire avec ses frontières abusivement absolutisées.

C'est l'acte de conscience qui donne sens à la substance pensante qu'il faut corriger en maintenant une attention capable d'une double direction si l'on veut se détacher de toute pensée quelle qu'elle soit et donc par là de toute identification mentale à des émotions (nos émotions dès lors) ou à une forme physique individuelle (notre corps dès lors).

L'acte pur de conscience infinie est l'intérieur de l'intériorité.

mercredi 20 mars 2013

ESPACE ET MEDITATION selon Jacques Vigne, Fénelon et Sri Aurobindo.

Jacques Vigne, dans Ouvrir nos canaux d'énergie par la méditation écrit dès les premières lignes de son introduction :

Les chercheurs en neurosciences ont montré que l'expérience de méditation profonde est liée à une stimulation du centre permettant de percevoir l'espace pur et à une inhibition de celui des obstacles. De fait, avant même ces découvertes, il suffisait déjà de lire la littérature spirituelle pour s'apercevoir qu'une des comparaisons les plus fréquentes pour évoquer les grandes expériences spirituelles était celle de l'espace sans limite ni compartimentations.


Par exemple, dans son Traité de l'existence de Dieu, Fénelon insiste sur l'immensité inclue dans la lumière divine et déconstruit toutes nos compartimentations pour nous permettre de la reconnaître dans son évidence :
C'est donc à la lumière de Dieu que je vois tout ce qui peut être vu.

Mais quelle différence entre cette lumière et celle qui me paraît éclairer les corps ! C'est un jour sans nuage et sans ombre,sans nuit, et dont les rayons ne s'affaiblissent par aucune distance. C'est une lumière qui n'éclaire pas seulement les yeux ouverts et sains, elle ouvre, elle purifie, elle forme les yeux qui doivent être dignes de la voir. Elle ne se répand pas seulement sur les objets pour les rendre visibles; elle fait qu'ils sont vrais, et hors d'elle rien n'est véritable; car c'est elle qui fait tout ce qu'elle montre. Elle est tout ensemble lumière et vérité; car la vérité universelle n'a pas besoin de rayons empruntés pour luire. Il ne faut point la chercher, cette lumière en dehors de soi : chacun trouve en soi-même ; elle est la même pour tous. Elle découvre également toute chose ; elle se montre à la fois à tous les hommes dans tous les coins de l'univers. Elle met au dedans de nous ce qui est dans la distance la plus éloignée ; elle nous fait juger de ce qui est au-delà des mers, dans les extrémités de la terre, par ce qui est au dedans de nous. Elle n'est point nous-mêmes ; elle n'est point à nous ; elle est infiniment au-dessus de nous : cependant elle nous est si familière et si intime, que nous la trouvons aussi près de nous que nous-mêmes. Nous nous accoutumons même à supposer, faute de réflexion, qu'elle n'est rien distingué de nous. Elle nous réconcilie souvent avec nous-mêmes : jamais elle ne tarit ; jamais elle ne nous trompe ; et nous ne nous trompons que faute  de la consulter assez attentivement, ou en décidant avec impatience quand elle ne décide pas.
Ô vérité, ô lumière, tous ne voient que par vous ; mais peu vous voient et vous reconnaissent ! On ne voit tous les objets de la nature que par vous ; et on doute si vous êtes !



Ceci fait écho à ce qu'écrit Sri Aurobindo dans La Synthèse des yogas, tome 2, éditions Buchet-Chastel, p.133 qui montre davantage un processus de divinisation en jeu  :
L'Esprit, le Divin s'est manifesté en tant qu'Être infini étendu en lui-même, existant en lui-même, pur, libre du Temps et de l'Espace comme des images de sa conscience. Il est plus que toutes les choses et cependant les contient toutes en l'étendue de son être et de sa conscience ; Il n'est lié par rien de ce qu'Il crée, contient ou devient - Il est libre et infini, toute béatitude. En fait cette image du Brahman éthéré [âkâsha selon la philosophie sâmkhya[..]] peut être d'une grande aide pratique pour le sâdhak qui trouverait difficile difficile de méditer sur ce qui, tout d'abord, lui semble une idée abstraite et insaissable. Avec l'image de l'éther (non pas l'éther physique, mais un vaste éther d'être, de conscience et de béatitude qui embrasse tout), il peut chercher à voir par l'intellect et à sentir en son être mental cette existence suprême et à identifier celle-ci unitivement au moi qui est en lui. 
On notera une petite nuance que Jacques Vigne ne donnait pas : cette fusion dans l'espace infini perçu comme l'Esprit ouvre à sa dimension alocale et atemporelle. 

Sri Aurobindo poursuit :
Cette sorte de méditation peut mettre le mental dans un état favorable de prédisposition où, par une déchirure ou un retrait du voile, la vision supramentale pourra inonder la mentalité et changer complétement toute notre vision. Une fois ce changement de vision opéré et à mesure qu'il grandit en puissance et en insistance et qu'il occupe toute notre conscience, il se produit finalement un changement dans notre devenir, si bien que nous devenons ce que nous voyons. Dans la conscience de notre moi, nous ne serons pas tant cosmiques qu'ultra-cosmiques, infinis. Dès lors, le mental, la vie et le corps seront seulement des mouvements dans l'infini que nous sommes devenus, et nous verrons que ce qui existe n'est pas du tout le monde, mais seulement cet infini de l'Esprit en lequel se meuvent les grandioses harmonies des images de Son Devenir conscient.

vendredi 15 mars 2013

LE DON DE SOI A LA VIE DIVINE EVOLUTIVE EST VOIR MAIS AUSSI REFUS ET ASPIRATION.

La spiritualité orientale inspirée du bouddhisme, de Prajnanpad ou de l'advaïta, par exemple, nous a beaucoup habitués à songer qu'il ne faut pas faire d'effort sinon pour ne plus en faire comme quand on se relaxe et qu'on s'élargit laissant couler en nous tous les phénomènes.

L'attitude qui cherche à Voir plus qu'à juger et penser est juste.

Mais élargir notre attention pour retrouver le champ de conscience en amont des phénomènes qui nous libère ainsi de tout attachement à l'un d'entre eux interdit-il de refuser à l'occasion certains phénomènes pour y accéder plus radicalement et peut-être plus profondément ?

Se refuser efficacement à une pensée, à un désir ou à une émotion ne consiste pas bien sûr à lutter contre eux en opposant une autre pensée, un autre désir. Ce seraient encore les vieilles recettes du changement que tout le monde connaît. Parfois elles sont bien utiles et on ne vient à la nécessité authentique de la recherche spirituelle que parce qu'on les sent peu satisfaisantes les ayant pratiquées suffisamment pour le voir. 

Refuser efficacement une pensée, un désir ou une émotion va consister à se concentrer vers là où ils n'ont pas prise c'est-à-dire vers le champ de conscience pure et de là les rejeter c'est-à-dire empêcher le mouvement de conscience ordinaire qui veut nous ré-identifier mécaniquement à eux. Plus simplement et plus profondément le Refus est efficace s'il est dirigé vers un don de soi à la vie divine.

Quand on envisage la libération que du seul point de vue déterministe, on nous demande de comprendre nos attachements, de Voir la mécanique enfin que ce qui est en nous déjà libre se réalise. On insiste sur le fait qu'il ne s'agit ni de refuser l'émotion ni de la justifier mais de la laisser s'épanouir dans une ouverture compréhensive. Mais dans toutes les formes de complaisances égocentriques, de victimisations, de désirs vains qui comme l'addiction aux nouvelles technologies réduisent notre créativité en nous distrayant par des gratifications sans but, cette méthode du Voir n'a-t-elle pas des chances de s'enliser ? Un alcoolique peut-il s'en sortir sans un sevrage fondé sur des techniques de refus d'un mouvement de conscience mécanique ordinaire ?
Si le Refus est fondé sur la concentration vers notre liberté intérieure c'est-à-dire sur la dimension individuelle de notre ouverture intérieure naturelle à tous les phénomènes, il a toutes les chances d'opérer. Il y aurait là conjoint au Voir qui comprend les déterminations un mouvement de choix de se laisser prendre aux déterminations mécaniques ou de s'en détacher en les rejetant pour aller vers plus de lumière spirituelle.

On peut ainsi s'amuser à détruire des pensées comme un enfant fait éclater des bulles : je suis en un sens le Fils du champ de conscience à qui il m'a été donné de régner en priorité sur ce type de phénomène. La liberté semble dès lors de n'écarter aucune pensée de son champ de tir. Ce genre de refus qui va s'appuyer sur un point de concentration un peu en arrière entre les sourcils peut donner à voir les idées avant qu'elles ne s'expriment en mot. On peut se concentrer sur ce point avant qu'il ne se semble participer à la concentration comme un centre de la conscience. Descartes a-t-il vue dans la glande pinéale le centre où l'âme interagit principalement avec le corps en ayant fait une telle expérience ? Ce centre en arrière entre les sourcils coïncide avec le centre de l'ouverture visuelle du champ de conscience. Le champ de conscience peut ainsi s'ouvrir intérieurement à un monde des idées qui est aussi le monde des intuitions : on les voit flotter autour de nous parfois et on peut les voir s'approcher avant qu'elle ne s'exprime sous formes de pensées verbales ou imaginées.

Il y a donc bien une manière plus violente d'entrer chez soi au royaume des cieux en se concentrant directement là où le champ de conscience est en notre individualité un début de phénomène et déjà une ouverture, là où dimension personnelle et dimension impersonnelle du champ de conscience sont indiscernables.

Un autre point de concentration remarquable outre celui entre les deux yeux correspond encore mieux peut-être à ce point d'équilibre entre notre individualité et notre réalité d'ouverture de conscience impersonnelle : le cœur, non pas le cœur matériel mais un centre de concentration naturelle du champ de conscience au milieu du torse. Dans la détente, il y de l'attention sans effort au champ de conscience il y a une descente par là. On est là dans ce feu du cœur et partout à la fois. Par la concentration la plus détendue possible pour qu'elle gagne en endurance dans cette direction, on atteint non seulement une paix émotionnelle, une souveraineté de plus en plus grande vis-à-vis des désirs qui montent mais aussi une aspiration spirituelle, une soif paradoxalement joyeuse de Cela et de sa manifestation de plus en plus parfaite.
Eros, Génie assoiffé de beauté dans les bras d'Aphrodite, Mère de la beauté.















Trois mouvements participent dès lors à notre progression vers le don de soi à l'évolution divine : VOIR, REFUS et ASPIRATION.

- l'observation compréhensive, le Voir à l'aide de la réalisation du pur témoin neutre qu'est en nous la simple ouverture aux phénomènes (ici les méditations fondées sur la pleine conscience sont utiles);
- le Refus des mécanismes en s'accrochant à notre liberté intérieure et en saisissant la grâce qu'on nous tend à travers elle (ce mouvement peut trouver à s'inspirer des procédés de la dévotion, de la soumission à la volonté divine) ;
- l'Aspiration à plus de vérité, mais aussi plus beauté et donc plus de perfection dans la manifestation (on trouve un témoignage chez Platon, dans la tradition monothéiste qui s'en inspire avec par exemple l'épectase de Grégoire de Nysse).

Voir permet de se détacher de la mécanique. La personnalité appartient à la mécanique, Voir permet l’Éveil à une réalité impersonnelle.
Refuser le mouvement mécanique est d'autant plus efficace qu'on voit. Le Refus met en jeu un Voir car sans Voir le refus ne sera qu'un refoulement. Le Refus met en jeu une dimension personnelle au cœur de l’Éveil spirituel permis par le Voir.
Enfin sans l'Aspiration, le Refus risque de devenir une lutte de l'ego qui oublie de se concentrer pour accueillir la force de la grâce. Sans l'Aspiration, le Voir finit par se mettre au rythme le plus lent du Devenir. Sans Aspiration et Refus, le Voir est un Éveil à une réalité impersonnelle déjà là mais sans transformation autre que celle permettant l'alignement de la personnalité à cette réalité. L’Aspiration révèle en nous un principe d'individualisation par delà la dimension personnelle humaine au cœur de la liberté intérieure : une âme ?

mercredi 20 février 2013

LES TROIS LUMIERES DE LA TRADITION OCCIDENTALE ET LES LIMITES DE TOUTE CONNAISSANCE MENTALE.

Que peut dire la pensée au sujet des possibilités de la lumière spirituelle ?

Le monde matériel émerge au sein de la lumière spirituelle.

Bien sûr la pensée peut parvenir à décrire par induction des lois concernant le monde sensible, c'est-à-dire le monde matériel mais aucune vérité ne peut être absolue dans ce domaine parce que l'infinie complexité du monde sensible échappe à la pensée. 

Le monde spirituel est simple mais il est un mystère pour la pensée. Le monde sensible s'ancre dans ce mystère et c'est ce qui explique fondamentalement pour le mental son infinie complexité.

Chaque personne s'ouvre depuis la lumière spirituelle dans un monde mental et un monde sensible. Quand quelqu'un se perçoit dans la lumière spirituelle, il la perçoit selon son propre vécu du mystère et selon les limites qu'il assigne aux "possibilités" de la lumière spirituelle.

Nous lirons Daniel Morin de ce point de vue pour montrer comment au moment où on pointe la lumière spirituelle, on peut la limiter dans les concepts qui pourtant la pointent efficacement.
Daniel Morin nie par exemple que cette lumière spirituelle puisse être toute puissante et créatrice (Maintenant ou jamais, p.17, il fait cette négation en la reliant à l'image d'un Dieu juge). Spinoza aussi pensait qu'il s'agissait d'un mythe. Vouloir trouver du sens à Cela revient toujours à vouloir réenchanter notre égocentrisme (p.18) et donc à subtilement refuser la non séparation d'avec un processus global impersonnel sans autre direction que la non direction de la pure présence à soi tel que c'est. Parler de providence revient à encore à mettre une acceptation dans les mains de l'ego (p.110 sq.). Voir dans la lumière spirituelle, dans cette approche, revient à déposséder l'ego de tout effort puisque voir dans la lumière spirituelle suffit au fond à réduire à néant toute souffrance psychologique (p.90).

Ce que pointe Daniel Morin est un saut nécessaire. Mais la manière dont il le formule occulte étrangement le mystère de la lumière spirituelle en la réduisant à un inconnaissable et un indéfinissable sans possibilité autre que celle que la démarche pratique qui lui semble efficace lui assigne (p.21). Une bonne construction mentale et pratique pour atteindre telle réalisation peut représenter une fermeture pour éventuellement comprendre que telle autre est possible. Cette approche qui se veut pourtant un dépouillement semble malgré tout en se positionnant métaphysiquement contre l'âme (p.27), le libre-arbitre (p.43 sq.), la création (entre autres p.47), etc. représenter une forteresse mentale tout en prétendant que non.

Il faudrait être complétement libéré de toute construction mentale y compris les plus scientifiques pour vraiment permettre à la lumière spirituelle d'être ce qu'elle est et ce qu'elle peut devenir par delà les déterminismes spatio-temporels apparents. Pour se libérer de toute construction mentale, de toute préférence vitale voire des mécanicités physiologiques sans en privilégier d'autres tacitement, tout se jouera dans un va-et-vient entre telle lumière intellectuelle et la lumière spirituelle puis entre telle lumière vitale ou sensible et cette même lumière spirituelle. 

Il faut enfoncer la cognée entre conscience et pensée, conscience et émotions, conscience et processus physiologique pour que vraiment la lumière spirituelle peu à peu s'en décolle et s'en distingue mieux.

De ce point de vue, je m'inscris d'abord dans un rapport personnel paradoxal à cette lumière spirituelle. Vivre en elle en n'ayant aucune impulsion non séparée d'elle n'implique pas encore de s'être complétement personnellement anéantie en elle en tant que forme personnelle persistante avec ses idées mentales, ses préférences sensibles, voire certaines habitudes physiques, etc. Être vraiment libre implique l'anéantissement effectif de ces limitations. Mais maintenant cet anéantissement n'étant pas achevé, je suis et je demeure dans un rapport personnel à la lumière spirituelle et je l'assume complétement en ce sens. Y a-t-il une autre explication pour expliquer les différences de rayonnement spirituel observables pour l’œil spirituel affiné ?

Dans ce processus d’anéantissement personnel en cours, il y a l'expérience émergente d'une dimension occulte de ma personne qui transcende ma personnalité limitée à ces histoires mentales que je peux raconter, à des processus vitaux et à ce corps qui la caractérise pour les autres. Elle est comme ce rien de ma personne et son vrai commencement qui appartient entièrement à cette lumière spirituelle. Comme mon processus d’anéantissement n'est pas linéaire, cette dimension n'est pas présente constamment. 

Mais je réalise que c'est le cœur de mon cœur à la fois plus personnel que peut l'être ma personnalité, à la fois ma plus authentique partie prenante du processus cosmique et enfin à la fois la capacité de se voir ouvrir une nouvelle dimension à ce processus, dimension jusque là inconnue, en réponse à mon aspiration à ce total abandon. Où est dès lors la frontière entre dimension personnelle et processus impersonnel ? entre déterminisme et libre-arbitre ? entre manifestation et création ? entre toute puissance et impuissance ?