dimanche 23 novembre 2014

RELIGION, RAISON ET SPIRITUALITE.




Que de haine et de stupidité les hommes ont-ils réussi
à emballer de façon décorative et à étiqueter « Religion » !

Sri Aurobindo

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La spirale dynamique nous indique une évolution des mentalités culturelles. Il apparaît que le mème bleu dont nos grandes religions civilisationnelles sont la marque n'aident pas forcément à entrer de plein pied dans les mèmes supérieurs orange et vert. 


Pour ceux qui ne connaissent pas cet instrument mental de repérage dans l'évolution mentale vers une ouverture au-delà du mental lui-même, nous pouvons nous contenter de signaler que les textes sacrés religieux ne sont pas des textes argumentés s'appuyant sur des protocoles expérimentaux vérifiables. Autrement dit ces textes sacrés ne comportent aucune induction ou déduction caractéristique de la rationalité et de la scientificité.

Ces textes sont le plus souvent des écrits qui ne prétendent même pas à la vérité factuelle et littérale. La Genèse biblique contient ainsi deux récits de création juxtaposés qui ne sont pas cohérent du point de vue rationnel. Dans un premier récit l'homme et la femme sont les derniers êtres vivants créés par Dieu. Dans le second récit, l'homme est seul et Dieu lui crée des compagnons jusqu'à sortir de son propre corps une compagne, la femme. La vérité recherchée n'est donc pas rationnelle et factuelle mais symbolique. Une histoire est d'autant plus vraie qu'elle a d'impact. Qui sait si le récit de Star Wars n'aurait pas pu en des temps reculés devenir un texte sacré vu la puissance symbolique du récit... Les grecs d'Athènes n'avaient-ils pas des procédés pour choisir les mythes les plus aptes à souder leur cité ? 

Paradoxalement, c'est peut-être la rationalité émergente qui a mené les diverses religions à fixer leurs textes sacrés dans une lecture dogmatique et littéraliste. Il fallait que la religion existe en regard de la raison. La raison était une source de désordre pour l'autorité dominante mais en même temps elle était un instrument de gain de puissance : la meilleure compréhension de la gravité a par exemple des conséquences militaires immédiates.

Si nous nous en tenons à l'idée qu'une histoire qui nous touche même si elle n'est pas une vérité factuelle aura à n'en pas douter une vérité symbolique alors nous en arrivons en donnant à la raison toute son autorité à la position qui suit :


Fondement d'un rapport moderne à la religion : 



Nous partirons d'un entretien entre Roger-Pol droit et Souleymane Bachir Diagne :

Roger-Pol Droit : S’il existe des vérités révélées, le voyage du philosophe n’est-il pas arrêté ? Avec le bouddhisme, sujet de plusieurs de mes livres, cette difficulté n’existe pas. Mais avec l’islam, auquel tu as consacré de nombreux travaux, on peut avoir l’impression qu’à un moment donné, la liberté de critique se soumet à une autorité extérieure.

Souleymane Bachir Diagne : D’abord, un mot sur ce que tu viens de dire, sur le sens des mots « dialogue » et « traduction » qui me semble très important. Tu te souviens d’Umberto Eco disant : « La langue de l’Europe, c’est la traduction.» J’aurais envie d’élargir son propos et de dire que la langue de l’humanité, c’est la traduction. D’ailleurs, c’est par des traductions qu’a commencé la philosophie dans les sociétés islamiques, traductions des œuvres grecques, à partir du syriaque qui a été l’intermédiaire entre le grec et l’arabe, puis des traductions directes. Y a-t-il conflit avec la Révélation? Cela peut arriver, car l’exigence critique de la philosophie doit être la même partout et son acte premier est de tenir à distance l’objet qu’elle examine. Or, la religion semble s’interdire cette prise de distance qui lui apparaît hostile ou hérétique, en tout cas condamnable. Averroès répond à cela : si la vérité que je découvre par la raison semble contredire la Révélation, ce qui est dit par la Révélation doit être interprété de manière à s’accorder avec ce que dit la raison. Les implications de ce principe peuvent être immenses. C’est cet esprit que nous devons retrouver aujourd’hui.
Ceci dit la modernité religieuse visée ici est-elle satisfaisante ? Nos mondes symboliques ne sont-ils pas en hiatus ? Même si nos interprétations religieuses des textes sacrés n'entrent plus directement en opposition à la raison, vivre dans un monde symbolique commun sacré pose les bases d'un communautarisme. Et même un communautarisme à visée universel demeure un communautarisme comme nous le révèle les affrontements entre religions "universalistes". Si la paix est un critère de progrès spirituel nous devons admettre que la tentation de vivre dans un monde symbolique commun sera toujours un échec même si cette vie symbolique est soumise aux limites qui lui impose la raison. Une voie du dialogue interreligieux est possible : elle consiste à pointer un domaine commun des communautés de vie symbolique religieuses à savoir la spiritualité. Mais si on mène un tant soit peu cet effort à quoi bon encore s'enfermer dans une seule tradition religieuse, ne faut-il pas dès lors tout centrer sur la vie spirituelle en faisant des mémoires religieuses juste un vivier où puiser des chemins d'expériences spirituelles ?

Enfin, du point de vue spirituel lui-même au-delà des traditions religieuses, reconnaissons que ni la vie symbolique religieuse, ni la pratique de la raison n'assurent un solide progrès spirituel de la masse.


Dans Le Cycle Humain, Buchet-Chastel, au chapitre "Psychologie du Développement social", Sri Aurobindo écrit pour ramener la raison à ses limites et nous redit la portée suprarationnelle du meilleure de l'expérience religieuse :
Le cœur profond, l'essence intime de la religion, indépendamment de la machinerie extérieure des credo, des cultes, des cérémonies et des symboles, est la quête et la découverte de Dieu. Son aspiration est découvrir l'Infini, l'Absolu, l'Un, le Divin qui est toutes ces choses, et n'est cependant pas une abstraction mais un être. Sa tâche est de vivre sincèrement et totalement les relations vraies et intimes de l'homme avec Dieu : relation d'unité, relation de différence, relation de connaissance illuminée, d'amour et de félicité extatique, de soumission et de services absolu- d'arracher à leur état ordinaire toutes les parties de notre existence et de faire jaillir l'homme jusqu'au Divin et descendre le Divin dans l'homme. Tout cela n'a rien à voir avec le domaine de la raison ni avec ses activités normales, le but de la religion, sa sphère et ses processus sont suprarationnels. La connaissance de Dieu ne s'obtient pas en pesant les faibles arguments de la raison pour ou contre l'existence de Dieu; elle tient seulement de soi et la consécration absolue, par l'aspiration et l'expérience. Et cette expérience ne procède aucunement comme le fait l'expérimentation scientifique rationnelle, la pensée philosophique rationnelle. Même les parties de la discipline religieuse qui semblent le plus ressembler à l'expérimentation scientifique, font appel à des méthodes de vérification qui dépassent la raison et ses timides limites. Même les parties de la connaissance religieuse qui semblent le plus ressembler aux opérations intellectuelles, font appel à des facultés illuminatrices qui ne sont pas l'imagination ni la logique ni le jugement rationnel, mais des révélations, des inspirations, des intuitions, des discernements intuitifs qui jaillissent d'un plan de lumière suprarationnel. L'amour de Dieu est un sentiment infini et absolu qui n'admet aucune limitation rationnelle et n’emploie pas le langage d'un culte rationnel ni d'une adoration rationnelle; la félicité en Dieu est une paix et une béatitude qui dépassent toute compréhension. La soumission à Dieu est une soumission de l'être tout entier à une lumière, une volonté, un pouvoir et un amour supra-rationnels, et le service de Dieu ne tient aucun compte des compromis avec la vie qui font l'essence de la méthode de la raison pratique de l'homme dans la conduite ordinaire de son existence mondaine. Certes, il existe toute une catégorie de pratiques religieuses qui sont hésitantes, imparfaites, à moitié sincères et pas très sûres d'elles-mêmes, et où la raison peut avoir son mot à dire ; mais partout où la religion s'est vraiment trouvée, partout où elle s'ouvre à son propre esprit, sa voie est absolue et ses fruits sont ineffables.


La raison peut nous aider à débarrasser le religieux de ses oripeaux cultuels, superstitieux, dogmatiques, etc. Elle peut nous aider ainsi à pointer une entrée dans l'expérience spirituelle mais une fois introduit dans l'expérience spirituelle elle-même, le vécu suressentiel lui échappe.
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Une certaine philosophie religieuse ou poésie spirituelle semble alors mieux capable d'exprimer le devenir de la prise de conscience de la conscience suressentielle en nous.

Ainsi il nous faut envisager une troisième voie ni religieuse ni rationnelle mais ni anti-religieuse et irrationnelle : la vie spirituelle comme développement d'une conscience suprarationnelle.

Les religions et le yoga

Seul un éveil spirituel général pourra apporter l’unité de la race humaine. La religion n’est pas la même chose que la pratique du yoga. Le yoga est une discipline spirituelle difficile, un long effort soutenu pour découvrir la Réalité éternelle, la Source, l’Origine. Toutes les religions sont fondées sur quelques aspects de cette Réalité secrète et ont aidé beaucoup d’âmes à se libérer de ce matérialisme d’airain, ont soutenu des êtres partout pour faire face à la tragédie de la vie. Mais les religions n’ont pas réussi à apporter la fraternité parmi les nations, sont sans pouvoir pour transformer la nature de l'animal congénital de l’homme et n’ont pas pu amener l’homme jusqu’à la Terre Promise.
Le yoga est la Lumière suprême éternelle. C’est l’aspiration sublime de l’âme humaine à s’unir à l’Origine, la Réalité suprême, l’Absolu, l’Un dans tous les êtres et les choses. Tandis que les politiciens et les chefs religieux luttent pour posséder la terre et imposer leur volonté sur la pauvre humanité, le Pouvoir Suprême qui forme la destinée de la terre dans les plus infimes détails est en train de créer une nouvelle race divine à partir de ce matériel encore rustre. La Nature est toujours en mouvement et ne peut plus se satisfaire de ce produit imparfait. Elle brille déjà de l’anticipation de cette Nouvelle Création.

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Niranjan Guha Roy


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