samedi 25 août 2012

DETRUIRE LE MENTAL ou LE DEPASSER ?

Il est un mot d'ordre répandu dans les milieux spirituels se réclamant de la non dualité et de l'orient : faire taire le mental. Le mental est alors l'ennemi à abattre. Mais quel sens faut-il donner au mot mental ? A partir de là faut-il condamner toute démarche intellectuelle et tout effort d'expression de soi ? Le mot d'ordre d'abattre le mental est souvent une tarte à la crème peu réfléchie qui permet de se positionner comme plus sage, plus avancé spirituellement...
Le mental est ce qui vous éloigne de la Réalité, de l'objet.
Il y a donc là un tas de confusions. Comment comprendre au mieux cette citation "Le mental est ce qui vous éloigne de la Réalité, de l'objet." de Prajnanpad dénonçant le mental ?


Pour avancer spirituellement, il y a certaines structures mentales à abandonner car elle nous éloigne du réel mais il en est d'autres qui doivent être déployées pour s'en rapprocher comme par exemple se souvenir de cette citation. Un enseignement spirituel est ainsi une structure mentale visant à relativiser les structures mentales pour découvrir une réalité qui le dépasse. Nous utilisons ici une définition du terme mental qui ne coïncide pas avec celle de Prajnanpad. Mais malheureusement celui qui vit dans son monde pseudo-spirituel ignore qu'un mot utilisé comme un concept a un sens précis qui n'est pas valable dans tous les contextes où le mot usuel peut s'utiliser. Notre concept du mental est beaucoup plus large en extension que le concept utilisé ici par Prajnanpad et celui qui verrait une contradiction entre notre concept et celui de Prajnanpad manquerait surement le point d'accord sous-jacent : il y a des structures mentales à abandonner pour avancer spirituellement.

Condamner la réflexion et donc le mental au sens large revient souvent à obéir à des forces infra-mentales. De nombreux pseudo-gourous ne s'en privent pas. Pour être sa propre autorité intérieurement et authentiquement avancer spirituellement, une capacité de discernement mental est utile. On peut distinguer une structure mentale qui participe d'une illusion et favoriser le développement d'une structure mentale favorisant le discernement.
Retourner son attention selon la Vision sans tête pour trouver sa vraie nature.

Si on veut faire par exemple l'expérience spirituelle que "tout est conscience", il faut entrevoir quelque chose au-delà du discours même le plus rationnel et riche de discernement qui soit. Mais ce parfum du "tout est conscience" ne peut être pointé que par un protocole qui requiert le mental.


Si tout est conscience, on devrait s'interroger de savoir pourquoi le mental s'est tant développé. Certains vont affirmer que c'est le désir qui se sert du mental pour faire croître son monde de dualités et qu'en un sens l'explosion des connaissances mentales impliquent l'inéluctable catastrophe en cours. Il est clair que la modernité qui a vu l'activité mentale se déployer est alors entièrement condamnée comme le sommet de la catastrophe : la valorisation du mental impliquerait la dévalorisation et l'oubli du spirituel.

Mais si l'on veut affuter notre réflexion et notre sens du discernement, il y a une autre position mentale à envisager qui ne trahit pas la découverte que "tout est conscience" : le monde mental est aussi une manisfestation de "tout est conscience". Chaque évolution serait d'abord une floraison dans le temps d'une réalité éternelle involuée. Les spiritualités évolutionnistes comme celle de Bergson, Teilhard ou Sri Aurobindo vont voir dans la montée de l'activité mentale une évolution de l'univers vers de plus en plus de conscience individualisée. Le mental est une réalité qui permet davantage de s'exprimer individuellement que le monde émotionnel ou pire encore pulsionnel. Le "Tout est conscience" n'implique pas une négation de l'individualisation. Plus l'individualisation est développée grâce à un mental élargi, plus la découverte du tout est conscience aura un impact social fort.
Une autre forme de condamnation du mental existe cependant du point de vue d'une spiritualité fondée sur l'évolution de la conscience. Certains estiment qu'il est un obstacle à ce qui doit le dépasser dans la marche évolutive. Ils vont confondre un dépassement avec un rejet. Nous pouvons estimer qu'un mental pour être dépassé doit être complétement parvenue à ses limites de subtilités et de souplesse dans la relation au réel. Un tel mental a une liberté d'imagination sans aucune borne, il est prêt à devenir l'expression de toute forme d'intuition sans la réduire à des structures préexistantes, il est donc chargé de potentialité poétique traduisant n'importe quel courant du tout de conscience évolutive, il est au service de l'individualisation et non d'une idée.
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