vendredi 12 septembre 2014

LA COMMUNION AU SENS SPIRITUEL au-delà de la relation maître-disciple.


Louis Lavelle dans Le mal et la souffrance, deuxième essai, décrit la communion proprement spirituelle et je montre entre crochet comment une spiritualité authentique implique dès lors le dépassement de la relation d'enseignant spirituel (maître) à enseigné (disciple) :


Cette troisième espèce dinfluence qui ne va point de lindividu à lindividu, soit dans le même sens [première forme d'influence], soit dans un sens réci­proque, [deuxième forme d'influence] mais qui découvre aux individus une source universelle dans laquelle cha­cun deux puise à la fois la lumière qui léclaire et la promesse dun infini déve­loppement, cette influence dont lindividu est linstrument et non pas lagent peut être nommée elle‑même trans‑individuelle. Elle réalise dune certaine manière la syn­thèse des deux précédentes et donne à chacune delles sa valeur et sa significa­tion. Car le prestige dun individu [première forme d'influence] asservit toujours celui qui le subit, au lieu que lascendant dun idéal dont lindividu est linterprète libère celui qui le contemple par son moyen, et qui soblige à le faire vivre en lui, dune vie qui est aussi la sienne. Et linfluence mutuelle des indi­vidus nenrichit et ne dilate chacun deux, au lieu de les resserrer plus étroitement dans leurs propres frontières [effet souvent du deuxième type d'influence], que si elle emprunte les ressources dont elle dispose à un principe dont ils dépendent lun et lautre et auquel ils doivent sunir dabord pour devenir capables de sunir entre eux.
En disant que les biens spirituels ne peuvent pas être dissociés de la personne même qui les possède et les met en œuvre, nous voulions dire quon ne peut jamais les considérer comme des choses toutes faites qui pourraient nous être données et que nous naurions quà recevoir : il faut sans cesse les acquérir. Celui dont nous pensons quil est capable de nous les com­muniquer sest fait lui-même en les faisant siens ; il nous invite à nous faire nous-même en les partageant [Ceci peut concerner une relation maître-disciple]. Dès lors, nulle influence nest bonne que si elle permet à la personne de se constituer, au lieu de lobliger à seffacer et à abdiquer [Le maître authentique ne confond pas l'humiliation de l'ego avec un dépassement de l'ego qui permet davantage à l'individu de s'individualiser en harmonie avec l'évolution de l'univers.]. Affirmer la valeur dun autre être, ce nest pas reconnaître en lui une individualité que la nature a comblée de ses dons : cest admirer lusage quil en fait et qui nous invite à faire de ceux que nous avons reçus un usage aussi beau. La valeur nest pas enfermée dans les limites de lindividualité : elle réside dans son emploi, qui la surpasse tou­jours, et qui crée loriginalité même de la vie spirituelle. Il ny a personne qui soit né ce quil doit être, et il ny a personne non plus qui le soit jamais devenu, cest‑à‑dire qui soit arrivé [contre l'idée d'un maître parfait qui ne serait plus lui-même sur le chemin]. Mais personne ne progresse autrement quen sortant de soi, cest‑à‑dire en triomphant de cet attachement à lui-même qui le sépare des autres êtres. Et tous, en sévadant deux‑mêmes, brisent également les murs de leur prison ; ils retrouvent alors limmensité du ciel libre sous lequel ils communient [Dans la tradition spirituelle chrétienne, Jésus insiste sur le fait que devenus conscient de cette communion, il convient de parler d'une relation d'amitié : "Je ne vous appelle plus esclaves, car l'esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai ouï de mon Père.", Jn 15,15. Toute relation maître-disciple qui confine à l'adoration relève du deuxième type d'influence. La relation maître-disciple, enseignant-enseigné accomplie doit être dépassée aussitôt que possible par celle de communion].
Ici on trouvera un recueil de textes de Louis Lavelle.
Enregistrer un commentaire