jeudi 23 septembre 2010

ABOLIR L'HERITAGE ? QUELQUES PISTES THEORIQUES.






















Le mouvement intégral avec Ken Wilber partant des travaux de Clare Graves et ses disciples ou Sri Aurobindo dans L'idéal de l'unité humaine repère des transformations de notre culture selon notre appartenance plus ou moins consciente à telle ou telle organisation.

Nous proposons ci-dessus un schéma qui en donne une idée de leur analyse et de ce qu'on peut en retirer. Il est clair que la qualité d'être qui implique le dépassement incessant de l'ego influe sur la culture et entre en conflit avec elle.

Le judéo-christianisme dans son texte de référence La Bible offre dans son Premier Testament un dépassement de la mentalité clanique vers une mentalité ethnique puis pointe une réalité supraethnique que le Deuxième testament approfondit autour de l'enseignement et de la vie de Jésus-Christ. Le bouddhisme représente aussi un tel mouvement pour l'hindouisme. Au contact du christianisme des colons, l'hindouisme connaîtra à partir du XIXe siècle une forme d'universalisation dont Ramakhrishna, Vivékananda et aussi Sri Aurobindo sont l'incarnation spirituelle.

Nous voudrions appliquer ce schéma du dépassement de l'ego à la question de l'appropriation.
Ceci reste une ébauche qu'il nous faudra préciser mais voici une première approche :
























Quand l'enfant acquiert une conscience réfléchie, il parvient rapidement à un sens du Tien et du Mien. L'identification égocentrique à son propre corps définit l'arrière plan de son sens de l'appropriation que nous distinguerons du sens de la propriété. L'enfant s'appropriant son corps rencontre d'ailleurs des difficultés psychologiques. Il n'aime pas par exemple qu'on coupe ses ongles ou ses cheveux, il peut s'inquiéter de perdre ses fèces. Des liens étroits ont été reconnus par la psychanalyse entre le rapport à l'appropriation et les perturbations des selles.

Le rapport à la propriété est donc viscéralement lié à la conscience séparative de la conscience égocentrique.

Il nous semble que de nombreux enseignements spirituels négligent ce fait et qu'on peut légitimement questionner la profondeur du dépassement de l'ego qu'ils proposent.
Aujourd'hui la tribu, la famille ont bonne presse et à vrai dire il s'agit d'un espace de solidarité et de redistribution essentiel. Cependant on notera que le pouvoir et l'autorité sont concentrés dans les mains des parents. La tribu n'est pas un espace d'individualisation parfaitement libre tant qu'on est pas affranchi économiquement d'elle. Toutefois c'est un espace de don où le Tien et le Mien sont aussi échangés dans une relative confiance. Cet esprit peut exister entre amis, au sein d'une bande, etc. Dans nos sociétés postmodernes, cette fascination pour le clan, son sens du partage participe de la ploutocratie comme les sociologues Pinçon-Charlot l'ont bien vu (ici on trouvera une interview éloquente). Mais on ne doit pas se focaliser sur les plus riches, il existe des systèmes claniques qui sont mis en place au sein des grandes écoles qui forment nos cadres supérieurs, nos ingénieurs... Partout dans nos sociétés ploutocratiques postmodernes se pratiquent des "pistons".


L'héritage proprement dit qui est la forme d'appropriation que nous voulons interroger apparaît avec des visions du monde ethnique. dans ces visions du monde, le clan est relativisé. C'est l'organisation ethnique qui prime face à des concurrences ethniques, liés à de nouveaux modes de production centré sur l'agriculture. Le fondement de la puissance économique est l'appropriation des terres cultivables. Une caste aristocratique va s'emparer des terres et faire admettre à tous que l'appropriation des terres cultivables s'hérite. La propriété au sens propre suppose une reconnaissance sociale. L'héritage est un système de propriété lié au système de castes inhérent au stade ethnique où au fond des clans entrent au sein d'une alliance ethnique en rapport hiérarchique avec les autres. A l'échelle du clan, le don et l'échange ne comprennent pas une telle conception. L'héritage est donc le nerf des sociétés de caste. On hérite des fonctions, des droits et des devoirs inhérents à la caste mais aussi des biens et des pouvoirs économiques qui sont les siens.

Le capitalisme d'Etat (qui comme le montre Immanuel Wallerstein fut aussi le fait des régimes communistes) et la modernité vont ébranler les système de caste mais il ne va guère questionner l'héritage. L'héritage est un résidu de l'égocentrisme clanique au sein de l'organisation clanique qui a contribué à l'injustice des castes mais qui dans le capitalisme d'Etat produit des classes sociales d'apparatchiks, une classe bourgeoisie plus ou moins grande, etc.

Le sociolibéralisme taxe plus ou moins les héritages pour le redistribuer en biens communs comme l'éducation, la santé, etc. car il a en vue un développement économique harmonieux. Il met en valeur une égale dignité qui n'est pas formelle dès lors qu'elle s'appuie sur une égalité des chances. Mais on notera qu'il est profondément en crise surtout depuis que le monde se modernise. Les dernières hautes castes féodales qui choisissent de chercher un pouvoir à travers la modernité forment des oligarchies ploutocratiques maquillées parfois derrière des paravents religieux fondamentalistes. Les élites occidentales s'allient ses nouveaux venus à la modernité et en postmoderne admettent souvent les différences de valeurs sans les interroger. On parie sur la modernisation des esprits pour que ces pays en voie de modernisation accepte les visions sociolibérales. On estime que le sociolibéralisme est un ensemble de valeurs qu'il ne convient pas d'imposer.


















L'humanisme postmoderne et sociolibéral compte essentiellement sur la modernisation économique pour vaincre la pauvreté. On compte sur la croissance pour diminuer le chômage, on compte sur la croissance pour redistribuer davantage les biens. La globalisation a obtenu de bons résultats mais on notera qu'une pauvreté de masse est réapparue dans le monde occidental postmoderne et que toutes les tentatives sociolibérales pour l'endiguer ont échoué face aux mécanismes perturbateurs de la mondialisation économique telle qu'elle est menée maintenant. Par ailleurs la croissance économique sociolibéral découvre que la terre n'a que des matières premières limitées. Certains pensent que la pauvreté sera vaincue seulement si on restreint la population terrestre. S'il y avait moins d'un milliard d'habitants voire 500 million nous pourrions continuer de vivre sur la même dynamique économique d'abondance.



































Où est l'erreur et l'impasse sociolibérale ? Ce sont des gens qui acceptent que gagner de l'argent est déconnecté de la qualité d'être et du fait de créer durablement. Leur défense agressive et irréfléchie de l'héritage et du droit à la propriété prouve leur rejet de la spiritualité. Il montre que l'ego est resté accroché aux vielles mentalités. Leur sens mondocentrique refuse le moyeu d'une approche systémique authentique qu'est la valorisation de la conscience d'être et de l'intuition créatrice car il reste tourné vers les niveaux inférieurs d'élargissement de l'ego. Pour eux, gagner sa vie est un devoir alors que les dominants par le jeu de l'héritage ont visiblement moins d'efforts à faire en ce sens. Ils ne parviennent pas à dissocier le travail et le fait de gagner sa vie. Certes la valorisation du travail est saine du point de vue d'une spiritualité qui valorise le développement de la conscience force créatrice. Mais pourquoi celui qui ne travaille pas devrait-il être condamné à ne pas gagner sa vie ?

Accéder pleinement à une conscience anthropocentrique suppose que l'enrichissement économique puisse être accessible au plus grand nombre. A vrai dire si tout le monde n'avait pas à gagner sa vie, il faudrait immédiatement repenser l'usage des biens relatifs à la terre. Il faudrait interdire toute spéculation financière sur la nourriture pour que ce droit d'exister concrétiser par un revenu d'existence ou de maintenance soit réel. Il faudrait créer des choses durables et recyclables et non produire de plus en plus de choses écologiquement dommageables qui amènent à un épuisement et une dépense inutile des ressources en vue d'un plus grand profit financier. Etc. La conscience systémique et authentiquement anthropocentrique qui seule peut allier de manière harmonieuse l'individu et le collectif n'est pas mondocentrique dans la mesure où elle intègre une écologie au service de la préservation de la vie humaine et du respect de chacune des individualités humaines.

Le dernier cercle met en jeu une évolution au-delà de l'homme qui suppose vraiment de se focaliser sur le devenir cosmique au-delà de l'ego mental qui caractérise les limites de la conscience humaine. La surhumanité mettra certainement fin à l'argent et à la propriété individuelle en dépassant définitivement le point de vue de l'ego. Mais cette disparition ne sera pas imposée politiquement. Elle aura lieu localement au sein du système économique systémique où chacun aura son revenu d'existence assuré et l'égoïsme de l'héritage déraciné. L'Avoir deviendra de plus en plus spontanément une expression de l'Être. Mais si ceci prend place n'est-ce pas une nouvelle manière d'être du cosmos qui se manifestera ? Ne faudra-t-il pas dépasser la surhumanité cosmocentrique dans une suprahumanité ayant accès comme à une nouvelle manière d'être cosmique ? C'est en tout cas ce que suggère Satprem quand il essaie de rendre compte de l'expérience de Mère...
Enregistrer un commentaire